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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 08:00

barbe-grise2.jpg

 

La barbe forme un tapis gris
Autour de la bouche
Entrouverte sur le silence

En quel siècle
Les mots ont-ils disparu ?

La lumière nimbe une forme rabougris
Isolée dans son éternel

Pas plus juillet que
Mai ou septembre
Ne dévoileront son secret

Le silence enferme
Le mensonge nauséabond

Plus rien ne fera sursauter
L’homme assoupi
Dont la barbe grise ne sera plus rasée

Ana Surret

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 17:58

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Le 27 mai dernier nous annoncions qu'un événement d'importance allait se produire quelques heures plus tard au café. Force est de constater que les quelques heures sont devenues quelques jours, mais bon nous y voilà. Enfin, nous y étions car la chose s'est produite le vendredi 10 juin à 13h39 et c'est une certaine Bobonne qui en est responsable. A propos du poème "Encre marine" elle a en effet écrit :

Une nouvelle "Histoire d'eau" mise en poésie large, prenante, envoûtante. Il n'y manque qu'un peu de musique reposante pour nous laisser aller à rêver d'embruns. Merci de nous avoir permis d'embarquer.

Ce bel hommage était le cinq millième commentaire déposé au café et reconnu d'utilité publique par le barman. Un grand merci donc à Bobonne et à celles et ceux qui au fil des ans sont venus saluer les auteurs avec tant de savoir-faire et de savoir-vivre.

Maintenant si Bobonne le veut bien elle peut choisir de manière publique ou privée le recueil de son choix dans la collection Calipso.

A très bientôt pour le dix millième…

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 12:00

encre-marine.jpg

 

La plage cernée 

Par l’écrin sombre

Et tourmenté de la roche

Luisait faiblement

Sous le pinceau du phare

Surgi des eaux

Comme un rêve de pierre.

Des reflets argentés

En effusions de perles

Faisaient des colliers aux vagues.

Non loin,

Un réverbère disposait

D’évocatrices guirlandes

Aux arbres du grand parc.

Des pâleurs s’attardaient entre les feuilles.

 Comme des larmes suspendues

De multiples amandes grisâtres

Inondaient les branches.

La brise du large avait forci

Et jouait dans les ramures

Une mélodie monotone.

 Suzanne Alvarez

 

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 08:00

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  Corruptissima respublica, plurimae leges

 

La loi entre en application

par Corinne Jeanson

 

- Vous êtes tous là ?

- Gilbert est à la machine à café, le voilà.

- Bon, la loi entre en vigueur aujourd'hui. Donc, je demande aux équipes de l'après-midi d'être en veille active. Je ne veux pas de débandade dans les rangs. On n'est pas là pour juger la loi, on l'applique.
- Ok chef, on fait comment concrètement ?

- Vous surveillez les terrasses entre 14 heures et 17 heures, à partir du 21 juin, jusqu'à 19 heures.

- Et ?

- La moindre tasse qui fume, vous vérifiez et si besoin vous verbalisez.

- Comment on sait que c'est une substance illicite ? On demande au patron ou au client ce qu'il boit ? On goûte ?

- Regardez le ticket. C'est un premier indice. Thé, chocolat, tisane, vous oubliez.

- Ils vont tous tricher !

- Ce n'est pas notre problème. En cas de doute, vous verbalisez. Amende à 150 euros à la clé, ça les fera réfléchir. On verra plus tard pour les récidivistes s'il faut les serrer.

- Serré, je le préfère serré.

- Moi, dans mon quartier ça va poser problème. Y a tous les petits vieux dans les jardins publics, y s'assoient sur les bancs avec leur thermos les après-midi de soleil. Ça fait longtemps qu'y vont plus en terrasse, trop chers pour les retraités, enfin ceux de mon quartier.

- Ils auraient mieux fait d'en interdire la vente directement.

- Le lobby des grandes surfaces a levé son bouclier. On peut pas savoir comment les clients consomment. Rien n'interdit, chez soi, d'en consommer, c'est juste sur l'espace public qu'il y a danger et encore en principe quand il fait soleil.

- Et s'il vente, les tickets s'envolent. Ça va compliquer.

- Thomas, je répète on n'est pas là pour juger la loi, on l'applique. C'est tout.

- Et à Gerland, je fais comment ?

- Dans les camionnettes blanches, ce qui s'y passent c'est pas notre problème, c'est celui de la brigade de répression du proxénétisme.

- Chef, et au commissariat, on fait comment maintenant ? Parce que la machine à café, c'est aussi l'heure de la clope. Moi je sors avec ma cigarette et mon café.

- C'est pareil. Pas de café à l'extérieur les après-midi et pour nous TOUS les après-midi de l'année. Je vous imagine déjà chipoter que c'est 17 heures zéro cinq et qu'on est le 20 juin.

- Au fond, c'est quoi le risque ?

- L'amende. Cent cinquante euros.

- Non, mais je veux dire pour la santé ?

- Les scientifiques ont sorti une enquête : le café bu au soleil donne le cancer. Enfin le soleil de l'après-midi, les études montrent que le soleil du matin n'est pas contre-indiqué, question d'orientation des rayons. Les politiques savaient pas quoi foutre qu'inventer une loi, le ministre de la santé a été le plus virulent. Il s'en fout, lui il ne boit que du café décaféiné depuis sa crise cardiaque.

- Et en DOM-TOM y font comment ?

- Ça vaut pour la métropole, les DOM-TOM c'est pas notre rayon d'action. Tout le monde a compris les instructions ? Je répète pas, ça me lasse.

- On fête ça à la machine à café ? Il est onze heures, on peut même le boire dans le carré extérieur. Je vous offre le café, pour la naissance de mon troisième. Et chef, n'oubliez pas, vous êtes le parrain !

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 17:09

le-citron-yo.jpg 

Vous avez tourné sept fois votre langue dans la bouche avant de l'ouvrir mais vous sentez bien qu'aucune protestation n'en sortira. D'ailleurs, vous n'avez plus tout à fait votre tête. Vous avez baissé les bras et êtes pieds et poings liés. L'autre a fini par vous piquer et le voilà en train de fourrer son nez dans vos affaires...

 

Le citron

par Yvonne Oter

 

J’aime les couleurs du drapeau belge car elles représentent les différents états d’esprit que l’on peut connaître au cours de toute vie humaine. Le rouge, d’abord, signe de passion brûlante, devant laquelle rien ne compte plus, n’existe plus, que son appel dévorant. Puis le jaune, or de joie délirante, de vie trépidante, que l’on saisit à pleines poignées quand la chance la place à notre portée et nous donne envie de danser, de chanter, de hurler notre bonheur à tous les échos. Le noir, enfin, teinte de mauvais augure, de morne déprime, de mal-être, de deuil et de chagrin, de vague à l’âme ou d’âme en mal d’aimer.

Pour le moment, je vis une période couleur de drapeau belge délavé par les intempéries. Pas de grandes passions, pas d’immenses joies, pas de gros chagrins. Un petit boulot pépère, sans ennui mais sans conviction ; une vie amoureuse aussi plate qu’une ligne d’horizon à la Mer du Nord ; même pas de petite contrariété stimulante pour pimenter mon existence quotidienne : le contrôleur des impôts paraît m’avoir oubliée, le chat n’a plus de puces, mes géraniums ont bien fleuri, le prix du steak reste stable et le propriétaire a fait repeindre l’appartement sans augmenter le loyer. Ce n’est pas que je m’ennuie, ni que je pleure après les embêtements ; c’est plutôt comme si tous mes repas étaient cuisinés sans sel ni poivre. C’est fade.

Mon seul vrai plaisir, dans mes journées insipides, c’est le soir. Après ma douche, je coupe un citron en fines tranches et je m’installe dans mon vieux fauteuil de cuir éculé où je déguste lentement, religieusement, les juteuses rondelles. Je fais glisser amoureusement le citron dans ma bouche, le déplace voluptueusement le long de chacune de mes dents, histoire que toutes profitent bien de la saveur acidulée de la pulpe, puis je la mordille délicatement pour sentir le jus imprégner avec délice chacune des papilles gustatives de mon palais. Quand le liquide parfumé me descend enfin dans la gorge, je ressens une profonde jouissance sensuelle, tellement physique que les poils de mes bras se hérissent et que mes orteils se mettraient presque au garde-à-vous. C’est le meilleur moment de la journée, quand le silence s’étend sur la ville et que la paix descend sur moi avec la nuit. Le chat peut bien faire le dégoûté et me tourner le dos pour ne pas voir " ça ", le rite du citron, c’est ma messe du soir à moi.

Aïe ! Le zeste s’est traîtreusement calé le long d’une molaire et une douleur fulgurante autant qu’insupportable brise brusquement ma félicité béate. Ce n’est pas possible ! Je n’ai jamais eu mal aux dents de toute ma vie ! Pour vérifier l’improbable attentat à mon intégrité physique, je prends une autre tranche de citron et la lance à l’assaut de la rebelle : re-aïe ! Ah, la méchante, la traîtresse ! Je dois alors me rendre à l’évidence : ma molaire inférieure droite est en train de me lâcher !

Oh rage (de dent !), oh désespoir ! Une sueur d’angoisse m’inonde. Bobo aux dents = visite chez le dentiste. Je n’aime pas ça. Je n’aime pas ça du tout. D’abord, je n’en connais pas, de dentiste, ce ne sont pas des gens fréquentables en société et je méprise une corporation qui ne vise qu’à faire souffrir des gens qui ne leur ont pourtant causé aucun tort. Ce sont des malades, des sadiques, des fous furieux. Je hais les dentistes. Et je devrais confier le sort de ma petite molaire innocente - mais douloureuse - aux mains d’un bourreau de pareille espèce ?

D’accord, je devrai y passer ! D’accord, je m’y résigne ! D’accord, mais lequel choisir ? En consultant l’annuaire téléphonique, je m’aperçois qu’il y en a de pleines pages. Il faut croire que le métier de tortureur professionnel est bien lucratif ! Et ils ont des noms qui me paraissent plus rébarbatifs les uns que les autres. Je trouve même un Docteur G. Tenaille ! Ca te donne envie, tiens ça… Pas de panique, je demanderai demain à ma collègue Pascale, elle en connaît peut-être un.

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, ou alors pour me réveiller en sursaut à la suite d’un cauchemar épouvantable où des paires de tenailles me pourchassaient en cliquetant férocement. Ce matin, j’ai la mine grise d’une déterrée du jour.

-Ben alors, ma poule, t’en fais une tête ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

-J’ai une vilaine molaire qui me fait mal et j’angoisse à l’idée de la confier à un méchant dentiste.

-Ils ne sont pas tous méchants, les dentistes ! Tiens, le mari de ma copine Monique, il est dentiste. Et je peux t’assurer qu’il est tout plein mignon. Si ce n’était pas le mari d’une amie…

-Je ne demande pas à ce qu’il soit mignon, l’arracheur de dents, je voudrais juste qu’il soit doux, tendre, attentionné, pour ma pauvre molaire ; qu’il me rassure, me réconforte, et surtout, qu’il m’explique bien ce qu’il va me faire subir. T’en connais un pareil, toi ?

- J’ai ce qu’il te faut, ma vieille ! Un pas croyable, ce mec-là, que le plus dur est de garder la bouche ouverte tellement il te fait rigoler.

- Ça m’étonnerait quand même qu’un dentiste me fasse rire ! Donne-moi quand même son numéro de téléphone. Je vais prendre rendez-vous chez ton phénomène, ça ne m’engage à rien. S’il ne me plaît pas, je fuirai courageusement, tu me connais…

Déjà, la salle d’attente est moche. C’est pas bon signe. La bibliothèque regorge de gros volumes de littérature spécialisée dans l’art de la dentisterie. C’est pas bon signe non plus. Un praticien qui a dû étudier autant de bouquins rébarbatifs doit avoir un cerveau tellement survolté qu’il a sûrement pété un plomb ou deux en cours de route. Et puis le papier au mur est débile, les fauteuils inconfortables et les revues " gracieusement mises à la disposition " des malchanceux qui doivent poireauter datent pour le mieux de l’année dernière.

J’essaye de faire le vide dans ma tête pour, tout le monde le sait, "décompresser à une période cruciale de votre vie". Je ne décompresse pas ! Je laisse alors mon esprit errer vers les confins ténébreux de mon subconscient. Mauvaise idée, car il me ramène vers un moment scabreux de mon enfance que mon conscient avait définitivement occulté pendant de longues années.

J’avais cinq, six ans, et Maman m’avait emmenée chez le dentiste pour soigner une dent de lait qui prenait mauvais aspect.

- Tu verras, c’est un monsieur très gentil : il ne te fera pas de mal.

Maman n’avait pas pour habitude de me mentir, donc je la crus. P’tit bout d’chou perdue au fond d’un vaste fauteuil, j’eus cependant un doute en regardant la mine peu amène du médicastre.

- Elle est gentille, au moins ? Elle se tiendra calme ?

- Ben oui… Je suppose…

Alors l’infâme me fit ouvrir la bouche et d’un coup, sans prévenir, y introduisit une roulette bourdonnante et fora sèchement la dent incriminée jusqu’à atteindre le nerf malade. Une horrible douleur me vrilla le cerveau jusqu’aux plus lointains neurones. Mais je ne criai pas, j’avais promis à Maman. Deux grosses larmes me coulèrent simplement le long des joues.

- Voilà ! J’y ai mis un pansement. Je la reverrai la semaine prochaine pour terminer le travail.

Maman n’était pas plus fière que moi en sortant. On aurait dit que c’était elle qui avait eu mal.

- Je ne veux plus jamais aller chez le méchant monsieur !

- Il faut pourtant bien finir de soigner ta dent.

- Non, c’est fini, je ne veux plus ! Il est vilain tout plein, il me fera encore mal !

- Ecoute, mon bébé, nous allons faire un marché. Je sais que tu as très envie d’un joli lapin en peluche, avec la tête qui dodeline au-dessus d’un ressort. Si tu te laisses bien soigner la semaine prochaine, je te l’offrirai en sortant de chez le dentiste. On fait comme ça ?

- Chic, alors !

Chaque jour, en partant à l’école, je m’arrêtais devant l’étalage de Pâques du pâtissier et contemplais le lapin, objet de ma convoitise. Chaque jour, il me semblait plus beau, plus désirable. " Plus que quatre fois dormir ! ". " Plus que deux fois… Plus qu’une fois… ". Mon cerveau, obnubilé par la promesse du lapin-récompense, avait soigneusement occulté la condition liée au cadeau.

Le matin où Maman me conduisit chez le dentiste, tout reprit sa réalité. L’horreur s’abattit derechef sur moi.

Je me fondis dans les profondeurs de l’immense fauteuil, pendant que l’homme de l’art me disait d’un ton faux et mielleux :

- Ouvre grand la bouche, ma petite.

J’ouvris largement les lèvres en prenant bien soin de garder les dents serrées l’une contre l’autre.

- Ah, on fait sa capricieuse ! Allons, je n’ai pas de temps à perdre, moi ! Ouvre la bouche !

- Non !

Les choses se sont gâtées lorsque le sale type a voulu me desserrer les dents de force, avec son index. Finalement, je l’ai ouverte, la bouche, mais pour la refermer aussitôt sur le doigt inquisiteur. Il a hurlé, le sinistre praticien ! Et il s’en est souvenu longtemps de la gamine, parce que l’infection s’est mise dans la plaie, et il a dû cesser ses activités pendant un mois, qu’on a même cru qu’on allait devoir l’amputer.

Maman ne m’a pas payé le lapin de mes rêves…

On a essayé d’autres dentistes. Mais comme la salle d’attente avait tendance à se vider quand je poussais des cris d’égorgée pendant les séances, on demandait à Maman de m’emmener chez un collègue la prochaine fois. Parfois même sans nous faire payer…

- Tiens, une nouvelle ! C’est à vous, belle enfant.

Comment ? C’est déjà mon tour ? Au secours ! Je ne veux plus, moi, d’ailleurs je n’ai plus mal ! Je veux m’en aller !

- Alors, on vient se faire torturer chez Tonton Jean-Pierre ? Racontez-moi, elle est où cette vilaine dent qui fait du mal à la madame ?

Avant de me rendre compte de quoi que ce soit, je me retrouve à moitié couchée dans un confortable fauteuil, une lampe discrète braquée sur ma petite mâchoire, un tuyau coudé pompant avidement le peu de salive subsistant dans ma bouche desséchée par l’angoisse.

- Alors, c’est où ?

- Mmmgrrrblll…

- Pour les leçons de diction, c’est chez la logopède en face ! Montrez-moi ça avec le doigt, ce sera plus simple.

Il fait une grimace tellement comique que j’éclate de rire.

- Non, non, non ! Quand on rigole ici, c’est la bouche ouverte ! C’est qu’elle me mordrait, celle-là…

S’il savait, le brave homme ! Je rigole de nouveau en essayant de garder la bouche ouverte.

- Vous m’avez l’air d’une joyeuse, vous ! Bon, passons aux choses sérieuses. Elle n’a rien de bien grave, votre molaire. A peine un soupçon de carie. On va régler ça en deux temps trois mouvements.

Oh non ! Pas une piqûre !

- Si je n’endors pas, vous allez avoir un mal de chien ! Alors, vous allez laisser faire Tonton Jean-Pierre et vous ne sentirez rien.

Je laisse faire Tonton Jean-Pierre. Bien obligée puisque je suis à sa merci… Et c’est vrai que je ne sens pratiquement rien.

Pendant que le produit agit, il prépare ses instruments qui cling-clignent à mes oreilles apeurées, puis il enclenche le mécanisme de la roulette fatidique qui se met à vibrer de manière menaçante. Ce serait épouvantable si Tonton Jean-Pierre ne se mettait pas en même temps à parodier les paroles de la chanson qui passe en sourdine à la radio.

"A chacun sa rousse,

A chacun son câlin,

Rase la moustache à ton méd’cin."

Je me bidonne dans mon fauteuil.

Je commence à moins me marrer lorsqu’il approche la roulette de ma petite molaire adorée.

- Mmmgrrrblll…

- Dodo ! La dent, elle fait dodo, la dent ne va pas faire bobo ! Alors, on laisse travailler l’artiste sans râler. Non, mais !

Mes deux mains se serrent convulsivement en un geste de prière bien inutile. Mes yeux affolés cherchent parmi les moulures du plafond un signe divin qui ajournerait le supplice.

Bzzzzz… La fraise résonne comme un moulin à café dans mon cerveau enfiévré. Mais je n’ai pas mal ! Petit à petit, je me calme, je me détends.

- Et voilà l’travail ! Je vais juste y poser un petit pansement que j’enlèverai la semaine prochaine pour parachever l’ouvrage d’art. On se redresse, on se rince la bouche et on dit " Merci Tonton Jean-Pierre ".

- Merci Tonton Jean-Pierre !

- Ne rien manger avant une heure, le temps de laisser sécher le produit.

- Ce soir, je pourrai manger mon citron ?

- Bien sûr, et la peau et les pépins aussi si ça vous tente. Tout est bon dans l’citron, comme disait l’autre.

Il ne faudra pas que j’oublie de remercier Pascale de son bon conseil. Ce dentiste-là, je ne pense pas que je le mordrai. Il m’a trop fait rigoler !

 

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 14:24

dentiste.jpg 

On le sait, certains y vont la bouche en cœur et d'autres armés jusqu'aux dents. D'aucuns en reviennent en se mordant les doigts ou claquent la porte en ne mâchant pas leurs mots. Ceux-là dévoraient la vie à pleine dents avant de se retrouver à n'avoir plus rien à se mettre dessous Ceux-ci ont eu beau se les brosser, la première visite leur est restée en travers de la gorge.

Ils ont pignon sur rue et leur réputation se fait par le bouche à oreille, mais au final nous sommes nombreux à nous faire mener par le bout du nez quand vient le temps de crever l'abcès.

 

Chez le dentiste

par Danielle Akakpo

 

 

Vendredi après-midi, je me trouve devant la porte de mon dentiste en même temps qu’un monsieur tout de noir vêtu. L’assistante en chef-secrétaire-hôtesse d’accueil nous ouvre, lève les yeux vers nous de toute la hauteur de son mètre-cinquante-cinq enrobé dans ses 75 kilos de bonne chair et nous désigne la salle d’attente d’un geste péremptoire. Une fois installé en face de moi, mon vis à vis s’agite sur son siège, remue les lèvres sans qu’il en sorte un son puis, n’y tenant plus, ose :

- Eh bien, dites donc, l’accueil ici…

Je fronce les sourcils, étonnée. Il explose.

- Non mais, vous avez vu ? Pas un mot, pas même bonjour, pas une moitié de sourire !

J’ai compris.

- C’est la première fois que vous venez, sans doute ?

- Non, mais c’est la première fois que c’est cette… cette personne qui m’ouvre la porte.

J’éclate de rire.

- Oh ! vous savez, j’habite l’immeuble, deux étages au-dessus, je viens me faire soigner ici depuis presque vingt ans, alors Marinette, je l’ai toujours connue ainsi, fermée, bougonne, je n’y fais même plus attention !

- Oui, mais tout de même, l’accueil, ça compte, non ? Les autres sont plus avenantes.

C’est vrai que Marinette, avec sa permanente frisée – vous savez, la permanente à l’ancienne faite pour durer cinq à six mois – ses yeux globuleux qui ont toujours l’air de vouloir sauter par-dessus ses grosses lunettes à monture noire, son tablier-robe à rayures bleues et blanches – les autres portent une coquette blouse bleu ciel – sa voix caverneuse quand elle consent à ouvrir le bec, elle n’a rien de la parfaite hôtesse d’accueil. C’est plutôt le genre bouledogue furieux à qui l’on vient de piquer son os !

Je continue à renseigner le brave patient.

- C’est l’employée la plus ancienne, sûrement la plus compétente aussi. Elle a toute la confiance des patrons. C’est elle qui a les clés, qui vient relever le courrier le samedi et pendant les vacances. Si vous la rencontrez dans le quartier, c’est la même chose (j’ai failli lâcher la même tronche !), grognon, face de carême…

C’est plus fort que moi, il faut que je cause, ça m’évite de stresser avant d’aller m’installer sur le fauteuil de torture. D’ordinaire, les clients du cabinet dentaire font semblant de s’absorber dans un magazine ou regardent droit devant eux, arborant un faux air détaché : "Même pas peur ! " Pour une fois que j’ai un interlocuteur en veine de bavardage, j’en profite.

- Ben dites donc, poursuit le monsieur, vraiment pas un cadeau, celle-là ! L’accueil, ça compte, pourtant ! (Il y tient à l’accueil !) Moi, une secrétaire aussi désagréable, je ne la garderais pas huit jours.

Puisqu’il m’encourage…

- Ah ça, si vous avez vraiment mal, si vous venez en urgence, sûr que si vous tombez sur Marinette, elle vous envoie balader vite fait bien fait ou vous donne un rendez-vous pour la semaine suivante ! Les urgences, elle ne connaît pas. Elle m’a fait le coup assez souvent. Maintenant je guette : quand je la vois partir de ma fenêtre, je redescends voir ses collègues et le tour est joué !

Entre nous, Marinette faisait la joie de mes filles adolescentes qui l’avaient baptisée Sœur Sourire et lui attribuaient une aventure secrète avec son boss ! L’amour au milieu des prothèses, entre deux piqûres anesthésiantes, entre deux couronnes…

Je réattaque avec un soupir :

- Dommage que M.X prenne sa retraite en septembre.

- Ah bon ! Je ne savais pas. Une chance qu’il ait un associé.

Heureusement que M.X ouvre la porte et vient me chercher parce que j’étais toute prête à susurrer que l’associé, mon mari l’appelle le boucher ou le bourreau suivant son humeur et s’est juré de ne jamais remettre les pieds dans son cabinet.

Dites-moi, j’ai un doute tout à coup, vous croyez que je suis mauvaise langue ?

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 12:02

LoterieMise en garde

Toute loterie n’est et ne peut être qu’un moyen cruellement abusif d’attirer l’argent du peuple en se jouant de sa crédulité…Une pensée unique travaille tous les esprits : de l’or, des monceaux d’or gagnés sans peine ; c’est à cette funeste pensée qu’on livre deux fois par mois tous les sujets de l’Etat, et principalement ceux à qui le travail et l’économie sont le plus nécessaires… Et comme si tous ces moyens de séduction ne suffisaient pas, il faut ajouter enfin, qu'on ne cesse d'entretenir l'ivresse générale, en répandant de toutes parts des livres, des almanachs, où chacun va chercher les combinaisons les plus superstitieuses ; que l'on corrompt la raison du peuple par les rêveries des pressentiments , par l'absurde interprétation des songes ; qu'on enflamme son imagination par mille récits mensongers , et que l'on achève de l'étourdir par des provocations bruyantes ; par des cris extravagants , par des ornements de fête, par le son des instruments, par le bruit des fanfares…

Si vous êtes encore dans de bonnes dispositions, vous ne manquerez pas non plus de découvrir l'auteur de ces appréciations...

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 10:00

couleur-du-temps.jpg

Il y a quelques mois de cela, Jean-Claude Touray nous avait conté la vie singulière de personnages mémorables tombés dans les oubliettes de l'histoire comme Ravaillac, Mandrin, Caïn. Le temps faisant également son œuvre, il était à son tour menacé de passer à la trappe. Fort heureusement, notre chroniqueur en a vu bien d'autres et il nous revient pour honorer un homme qui en a vu de toutes les couleurs

 

John Dalton : je pense à lui quand en saison, les cerises sont rares.

Je ne sais pas si chez vous c’est comme chez moi, mais la variété précoce (l’Early Rivers d’Olivet) a mûri cette année avec beaucoup d’avance, la production étant malheureusement faible. Peu de ces grappes de " pendants d’oreille " qui font les fortes récoltes et que le poète a chantées, il fallut se contenter de ramasser une par une les cerises, points rouges dispersés dans une masse de feuillage vert : un challenge pour les malheureux atteints de l’anomalie de la vision, décrite en son temps par John Dalton.

"Quand j’entends ce nom, je sors mon Lucky Luke". Voila le genre de réponse en forme de bon mot que te font les gens quand tu leur demandes s’ils connaissent John Dalton. Uniquement histoire de jouer les branchés en montrant qu’ils en savent plus que tu ne crois. Mais c’est à Joe l’aîné des quatre frères, bandits de bédé qu’ils pensent : un homonyme.

John Dalton (1766-1844) est né en Angleterre, dans une pieuse famille de pauvres tisserands. Il doit sa célébrité posthume à ses travaux en physique-chimie et en médecine.

Il est d’abord connu comme homme de loi (la loi de Dalton ? Tu m’étonnes) et vrai père de la théorie atomique. Un vieux machin proposé sans arguments sérieux par Démocrite, au joli temps de la Grèce antique et que Dalton a revisité. A ce titre, il a fait un malheur chez les chimistes qui ont donné son nom à une unité officielle au chapitre des mesures physiques. Seules quelques dizaines de personnes, comme Ampère ou Pascal par exemple ont été ainsi honorées.

La distinction accordée par la "vox populi" des intellos à de grands esprits sympa et à leurs découvertes peut-être un nom commun en…isme, complété par des adjectifs qualificatifs en …iste et/ou plus rarement en …ien. Ainsi, John Dalton n’était pas daltoniste mais daltonien, alors que Bouddha n’était pas bouddhien mais bouddhiste. Le général était tout à la fois gaulliste et gaullien. Mais ne nous égarons pas, tout ce qui nous intéresse est de rappeler que Dalton est le premier daltonien homologué. Un de ces confusionnistes du vert et du rouge qui prennent une menthe à l’eau pour de la grenadine et voient rouge dans de verdoyants pâturages. Je ne parle même pas de leurs opinions : une simple anomalie de la rétine explique leur ignorance de l’écologie politique.

John Dalton racontait volontiers comment à l’âge de six ans il avait, en ramassant des cerises confondu les rouges et les pas mûres. Il en avait déduit l’existence d’une anomalie, inconnue du corps médical, dans la perception des couleurs, déficience dont il était victime. Sagement, il attendit pour publier ses données d’être assez âgé pour être pris au sérieux.

John Dalton aurait son buste au Panthéon mondial des hommes de science, si ce monument existait. De plus, il fait partie de ces savants que la petite histoire a rendus familiers : Einstein tirant la langue avec malice ou Newton le distrait qui ne prévoit pas que s’il fait la sieste sous un pommier de plein vent chargé de fruits mûrs, il risque d’en recevoir un sur la tête… pronostic à la portée d’un enfant, mais il fallait être Newton pour en déduire la théorie de la gravitation universelle et ne pas en être plus fier pour ça. Quoi de plus touchant pour le public qu’un scientifique expérimentant sur lui-même, comme Dalton découvrant le daltonisme.

Alors pourquoi n’est-il pas plus connu aujourd’hui ? Je n’ai pas de données statistiques à présenter mais j’ai l’intime conviction qu’il a été injustement trop oublié. Je vois trois raisons principales :

D’abord le nombre des homonymes (cf Wikipedia)

Ensuite la quantité des "réfractaires aux beautés des gaz parfaits" qui ont, dès que possible, oublié Boyle, Mariotte, Gay-Lussac, Avogadro et donc aussi Dalton…

Enfin le fait que John D. était anglais, facteur défavorable pour être honoré en France. Mais la question reste ouverte…

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Les grands oubliés
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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 13:19
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Grenoble, Printemps des Libertés, mai 2011 

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 15:36

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Un voile noir est tombé sur la ville. Tous les ponts ont été coupés. Plus aucune route ne la dessert. La seule lumière vient de la lune et quand elle est pleine il arrive que le cœur d'un homme s'emballe. Une nuit, un pauvre bougre est sorti tout nu et a crié des choses incompréhensibles. Tel quel, on l'a enchaîné au mur du cimetière et condamné à vivre dans le silence de la pierre. Il s'est débattu jusqu'à s'en briser les mains. Dans la peur agissante, le croc s'est contracté. Maintenant, son corps ploie et ne parvient plus à protester contre le châtiment. Ses jambes se sont nouées et n'ont plus la force de rien. Il voudrait aspirer quelques goulées d'air pour réchauffer ses membres éreintés mais sa poitrine n'est qu'une poche crayeuse qui ne retient que la poussière. Il ne sait pas où donner de la tête. Ses yeux ont cessé de départager les ombres et ont abandonné l'idée même de chercher un secours. Des larmes s'y sont cristallisées et à l'intérieur il fait de plus en plus froid. Sa langue s'est usée elle aussi et les mots qui lui étaient chers ont lâché prise l'un après l'autre. Il n'entend plus qu'un léger bruit de plume à la porte de ses lèvres. Viens.

 

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