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Samedi 17 mai 2008

Par précaution, les enfants leur avaient demandé de prendre un train de nuit. Les voyages de jour étaient pénibles, semés d’embûches et d’incidents de toutes sortes, disaient-ils. Eux, les offenses comme les humiliations ne les faisaient plus pâlir d’effroi depuis longtemps. Ils avaient vécu jusqu’à l’épuisement toutes les douleurs de la vie. La vieillesse était venue sans qu’ils aient eu besoin d’être à leur tour impitoyables. Leurs enfants travaillaient au Nord, de l’autre côté de la frontière dans une ville industrieuse bordée de cités ouvrières et de camps d’émigrants. Ils avaient entrepris de les rejoindre et de s’installer dans une maison réservée aux anciens. Leurs passeports dataient de leur mariage et, pour s’acquitter des formalités propres aux gens du Sud, le vieux couple disposait d'une poignée de billets à deux chiffres, toutes leurs économies. A la douane, l’inspecteur était plein d’attention. Pour leurs intentions, leurs papiers et leurs liquidités. Son regard se partageait entre le doute et la tentation. S’il le fallait, une fois parvenus à destination, les enfants pourraient trouver à lui donner davantage. L’homme aurait voulu être sûr. Vous serez bientôt arrivés, avait-il dit finalement en glissant l’argent et les papiers dans sa vareuse. Peu avant l’aube, le train s’était arrêté dans une gare de banlieue. Les sans papiers avaient été rassemblés. Un fourgon cellulaire les attendait sur le quai.

par Patrick L'ECOLIER
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Jeudi 15 mai 2008


Sur la route de la vie, les histoires d'amour n'ont pas de fin

par Corinne Jeanson



Come on baby
Ta main effleura mon coude à l'entrée du bar
" La route m'attend, suis-moi, lâche les amarres
Come on baby tu connaîtras le paradis "
Je n'ai pas fléchi, le cœur abasourdi
Nous avons parcouru le trouble de l'amour
Dans les nuits blanches en absence des jours

Good bye baby
Tu as poursuivi seul tes chemins de traverse
Mes pleurs inassouvis imitaient les averses
Esseulé tu as goûté les baies des buissons
Esseulé tu as roulé dans les sombres limons
Esseulé tu as bu le blanc brouillard des étuves
L'enchantement touche à sa fin la nuit arrive

I love you baby
Aimer, dans quelle langue vive te l'écrire
Chuinter en allemand ou de l'anglais dire
Viens lover ton corps dans ma tanière
Tes nuits fauves se mêleront à mes lumières
Pour te chérir je choisirai l'italien
Je t'attends au seuil de notre rêve aérien

Baby come back
Les routes ont séparé nos sillons d'âme
Détache tes souffles grisés du macadam
Notre jardin d'hiver guette ton vrai retour
Du fond de ma vie je ne crains pas tes détours
Dépêche-toi le soleil a quitté le Sud
Je ne t'attendrai plus longtemps finis ta ronde.

par Patrick L'ECOLIER publié dans : Nuits blanches
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Mardi 13 mai 2008


Paris, 13 mai 1968. Ce jour-là, la capitale connaissait une des plus grandes manifestations populaire de son histoire. Elle marquait l’entrée massive des travailleurs dans le mouvement de contestation de la société française de l’époque. La révolte étudiante passa au second plan et le mouvement de contestation par son ampleur et sa radicalité évolua au fil des évènements en processus révolutionnaire. C’est assurément cette orientation " incontrôlée " qui amena l’état, le patronat et les syndicats à liquider ensemble et au prix fort les dits évènements.
Gilbert Marquès avait vingt ans en ce temps là. Il nous propose quarante plus tard d’évoquer ce qu’il en a été pour lui et ce qui anime sa réflexion aujourd’hui.

 

 

Que reste-t-il, quarante ans après, de ce que l'histoire a retenu sous le titre générique "Les événements de Mai 68"

 Des photos, quelques films, des articles de journaux auxquels s'ajoutent des livres et pour les babas-cool de l'époque, beaucoup de souvenirs embellis et empreints d'une évidente nostalgie.

On se demande aujourd'hui ce que ces événements ont eu de si extraordinaires pour être entré dans la mémoire collective au point que certains pensent les fêter comme on commémore le 14 Juillet 1789. Ils sont devenus une référence de la résistance populaire face au pouvoir qui n'a pas hésité à les qualifier de RÉVOLUTION.

 Quatre décennies semblent avoir été nécessaires pour parvenir à les comprendre. Ils ont été analysés, disséqués pour être finalement classés dans l'armoire des fiascos. Pas si sûr, pourtant…

J'avais vingt ans en ce temps-là et depuis quelques années déjà grondait une certaine colère un peu partout dans le monde. La jeunesse, conçue après guerre, aspirait à autre chose que ce qu'on lui offrait comme avenir. Elle voulait davantage de liberté, la paix et surtout, se défaire des carcans moraux, politiques et religieux qui lui étaient imposés par une éducation parfois rigide. Le mouvement Hippie montrait le chemin mais si pour beaucoup ces objectifs semblaient à portée de mains, ils restaient néanmoins inaccessibles faute de moyens matériels, notamment celui de s'exprimer à cause d'une certaine censure.

Après des mois de bouillonnement, les étudiants de nombreux pays ont lancé un vaste mouvement spontané de contestation sans concertation. Ce fut d'abord aux Etats-Unis où les jeunes refusèrent la conscription qui devait les envoyer se battre contre le spectre du communisme au Viêt-Nam. Ce fut ensuite les jeunes français dont les parents sortaient de la guerre d'Algérie, qui n'entendirent pas obéir aux diktats d'un Général DE GAULLE vieillissant se croyant toujours en résistance contre un occupant imaginaire. Ce fut enfin la Tchécoslovaquie tentant vainement de fissurer la chape de plomb posée par Moscou sur l'ensemble des pays de l'Est qui constituaient alors le bloc soviétique.

Peut-être le temps est-il venu maintenant non pas de se souvenir mais de se rappeler d'abord comment tous ces événements s'achevèrent dans une sorte d'internationale et d'analyser plus objectivement grâce au recul, les impacts qu'ils ont eus sur les années suivantes.

- Les Etats-Unis s'enlisèrent dans la guerre de tranchées imposée par les Viêt-Congs et malgré leur prétendue invincibilité, durent plier bagages en encaissant une défaite mais en laissant, en contrepartie, un pays exsangue.

- En France, la protestation estudiantine fut finalement récupérée par les syndicats puis par les politiciens de l'opposition qualifiée de gauchiste. Après un sévère mois de grèves rappelant à mes parents la plus sombre période de l'occupation où ils devaient faire la queue devant les magasins aux rayons vides à cause du rationnement, le mouvement sombra dans une sorte de violence aveugle. Répressions policières puis négociations mirent un terme à la colère populaire puis, peu à peu, tout rentra dans un ordre apparent. Il ressemblait à celui d'avant mais des traces de ce qui avait été vécu par beaucoup restaient gravées dans les mémoires. Peu après, DE GAULLE abdiqua…

- Le gouvernement praguois, enfin, avait officiellement donné acte au peuple de ses aspirations à vivre plus libre, un peu comme les Occidentaux sur lesquels ils prenaient modèle. Pour les dirigeants de l'URSS, fermer les yeux sur cette dissidence revenait à ouvrir une porte à l'éclatement de l'union. Elle mettait en péril l'autorité souveraine de Moscou et l'image de l'état infaillible. Il en résulta le Printemps de Prague, de triste mémoire, qui mit un terme dans le sang aux velléités d'indépendance.

Vus sous cet angle, ces événements qui ont secoué le monde, se sont effectivement achevés sur des échecs dus peut-être au fait que les peuples ont trop voulu trop vite sans préparation après des années de disette. Cependant, des mouvements de cette ampleur ne pouvaient pas disparaître sans donner des idées nouvelles dont se sont emparés les jeunes après les avoir lancées. Dans un premier temps, ils avaient échoué mais ils avaient l'avenir devant eux pour faire évoluer les choses en changeant celles qui ne leur convenaient pas.

Ainsi les événements de Mai 68 ont-ils semé des graines qui ont mis parfois longtemps à germer mais qui sans eux, n'auraient jamais permis de récolter bien des progrès apparaissant à la jeunesse d'aujourd'hui comme des acquis évidents sans… histoire.

Quels sont-ils ?

Ceux que je me permets d'évoquer ne sont peut-être pas spécialement représentatifs ni même exhaustifs mais marquants néanmoins parce qu'ils résultent d'une rupture avec une certaine éducation traditionaliste et conservatrice.

Ce fut, notamment pour les femmes, l'accession à la libre contraception et dans la foulée, la légalisation de l'avortement initié par Simone WEIL. Ce fut aussi le début d'un combat acharné lancé par Gisèle HALIMI sous l'étiquette féministe. Il consistait simplement en l'obtention légale de l'égalité des sexes dans tous les domaines et notamment celui du travail afin de gommer les disparités de salaires entre hommes et femmes. Il n'est toujours pas terminé mais on parle aujourd'hui de parité.

Plus à l'est et durant plus de vingt ans, la pression populaire dans les pays communistes se solde par la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et l'accession progressive à l'indépendance des nations qui avaient constitué l'URSS.

Seul le gouvernement des Etats-Unis semble n'avoir toujours rien compris, comme si les assassinats de John KENNEDDY et du pasteur Martin Luther KING n'avaient servi à rien. Il semble aussi n'avoir tiré aucune leçon de la défaite au Viêt-Nam. A cette époque, c'était la phobie du communisme qui l'avait lancé dans ce conflit sans issue. Aujourd'hui, au nom du dieu Dollar et des saints énergétiques, il s'est lancé dans une nouvelle guerre en Afghanistan et en Irak sous prétexte d'extirper le terrorisme de certains états du Moyen-Orient. Malgré sa puissance et sa richesse, ses promesses d'une guerre rapide et facile à gagner, il est toujours tenu en échec tandis que morts et blessés s'amoncellent sans résultat probant et surtout sans que l'occupation parvienne à rétablir la paix. BEN LADEN court toujours et rien n'est parvenu à venger les attentats du 11 septembre sinon un chaos de plus en plus meurtrier.

Malheureusement, chaque période d'instabilité s'avère génératrice de progrès, comme si tous les changements fondamentaux devaient se faire dans la douleur. Tout ce que nous avons vécu depuis quarante ans et que nous vivons encore aujourd'hui est en grande partie dû à l'héritage de 1968. Beaucoup reste à faire néanmoins pour parvenir au mieux être de l'humanité et si possible, dans le respect de la paix et la liberté de chaque individu.

L'évolution actuelle de nos sociétés, quelles qu'elles soient, n'en prend pas le chemin. Malgré une technologie envahissante de plus en plus sophistiquée, l'esprit humain stagne quand il ne régresse pas. Nous en sommes tellement loin que… ne faudrait-il pas un grand coup de pied dans la fourmilière humaine pour débloquer la situation ? Il reste à réinventer, peut-être, des événements semblables à cette année-là !    
                                                                                                    Gilbert MARQUÈS

par Patrick L'ECOLIER publié dans : A propos de...
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Dimanche 11 mai 2008

 

par Jean-Claude Touray

 

Alain Emery récidive dans le polar Costarmoricain : après " Erquy sous les cendres " (2007), voici un second roman qui se déroule au même endroit, mais à une époque antérieure. L’histoire, qui se passe en 1950, a ses racines dans la période troublée de l’Occupation. Sans rien déflorer de l’énigme, on peut écrire que l’ouvrage est placé sous le double signe de la souffrance et de la vengeance.

Comme dans le précédent polar, on appréciera la description des personnages : présentation fouillée du " chevalier blanc ", le capitaine de gendarmerie Henri Fabre, cavalier droit dans ses bottes, esquisse en quelques traits de plume des personnages secondaires : Angèle, petite bonne et pure jeune fille, dont visiblement l’auteur est amoureux, Jeanne Lebrac, ancienne tenancière de maison close et " kollabo " convaincue… L’une des figures les plus pittoresques est celle du fossoyeur : Raoul Marnier, dit " le grand Marnier " : opportuniste, pleutre, il a cependant son franc parler et n’hésite pas à répéter que, s’il n’a rien vu, " c’est qu’il faisait noir comme dans le trou du cul d’un merle ".

Au total, c’est au théâtre que l’auteur nous emmène, avec une galerie de portraits sortis tout droit d’une " tragedia del arte " costarmoricaine, pour jouer une pièce policière dont le scénario, solidement structuré, laisse tout de même aux personnages de l’espace pour un peu d’improvisation.

Un style imaginatif et quasi picaresque au service d’une histoire qui " tient la route ", une évocation de la Bretagne de la collaboration, un décor précis, voilà ce que l’on trouve dans " Le Bourreau des Landes ". Vous avez aimé " Erquy sous les cendres " ? Vous allez adorer.

Le Bourreau des Landes  d’Alain Emery, Collection Breizh noir, Astoure Edition, 192 pages, 8€

par Patrick L'ECOLIER publié dans : chroniques littéraires
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Vendredi 2 mai 2008
 
Ils allaient dans le même sens. Ensemble, les sens en alerte. Ensemble et perdus. Anonymes dans la foule des voyageurs. Egarés au milieu d’âmes traînant de pays en pays leurs corps épuisés. Ensemble, ils avaient un but. Ensemble, ils se rendaient sur le lieu de l’exécution. Elle seule devait accomplir l'exécrable. Leur histoire avait déraillé. C’était une affaire entendue. Il ne leur restait plus qu’à se débarrasser des restes. Ensemble, une dernière fois. Elle en était certaine, elle n’avait rien dit ou rien fait de travers. Son généreux ami s’était éclipsé du train sans crier gare, au milieu de la nuit, quelque part entre Paris et Amsterdam. Seule au monde, elle ne croisait plus que des regards qui disaient l’étrangeté des hommes. Son ventre réprimait des remords. Sa gorge cherchait à expulser la rage. Laisser tomber, se disait-elle. Se délester. Abandonner la valise et tout le nécessaire. Inverser le cours des choses. Dépasser l’idée de devoir se rendre seule à la clinique.
Retourner à la vie.
par Patrick L'ECOLIER publié dans : Transit
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Jeudi 1 mai 2008

1er mai oblige...

par Patrick L'ECOLIER publié dans : calipso expression
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Mardi 29 avril 2008


Pour la rubrique " Au cœur de … " Ysiad nous propose un reportage dans les coulisses du sport de haut niveau…

 

 

J POINT P

 

Bonjour les enfants. Je me présente : Poustaud Jean-Paul, J POINT P, vot’ nouveau prof’ de gym. Quelqu’un dans cette classe peut-il me dire pourquoi je précise bien : J POINT P ?

- Moi M’sieur.

- Vas-y.

- Parce qu’il y a plusieurs Jean Paul.

- Pas du tout. Suivant.

- Parce qu’on peut confondre avec Jean Pierre.

- Du tout. Suivant.

- Parce que vous avez un frère.

- Parce que j’ai un frère. Bravo Chouchou. Même qu’il s’appelle Christophe, et qu’il est aussi prof de gym ici, dans le même bahut, ça prête à confusion et ça explique pourquoi je tiens beaucoup à J POINT P. Ça permet de faire le distinguo entre collègues. Je dis bien : collègues. Sachez que dans l’éducation nationale, y a plus de lien de parenté qui tienne, on est une immense famille de collègues, Poustaud Christophe, c’est plus un frère mais un collègue, c’est pour ça que je précise bien J POINT P, pour qu’on me prenne pas pour mon frère, prof de gym dans le même collège. Des questions ?

- Moi, M’sieur !

- Comment tu t’appelles ?

- Gabriel.

- Gabriel. Vas-y.

- C’est rapport à votre frère…

- COLLEGUE !

- Collègue. Il est dans quelle classe ?

- On s’en fiche puisque vous avez J POINT P pour prof de gym ! Retenez bien. J POINT P. Bon. Passons aux horaires. Qui c’est qui connaît les horaires de gym ?

- …

- Personne ? Je récapitule. On va se voir trois fois par semaine, une heure le lundi de 9 à 10, deux heures le mercredi de 10 à 11 et une heure le vendredi de 15 à 16, soit trois heures en tout, c’est du lourd. Du très lourd. Tiens, toi, chouchou, distribue la feuille des horaires à tes p’tits camarades. Bon. Parlons terrain. Il y a le grand terrain et le petit terrain. Alors : quelqu’un peut me dire sur quel terrain on va faire de la gym ?

- …

- Personne ? Bon. On va faire de la gym sur les DEUX terrains ! Sur le grand terrain on va faire du foot, du basket, du base-ball et des tours de pelouse, minimum cinquante pour s’échauffer, et s’agira pas de s’inventer des crampes au pied pour les dispenses. Sur le petit terrain, on va faire du volley-ball, du hand-ball, et des passes à dix. Pas de questions ?

 - …

- Parfait. Passons au gymnase. Au collège, il y a deux gymnases. On va partager un gymnase avec la 6ème 4, dont le prof de gym s’appelle Poustaud Christophe, alors attention. Faudra pas vous tromper. Quand vous demanderez Monsieur Poustaud, faudra bien préciser : J POINT P. Donc dans le gymnase, on fera la même chose que sur les terrains, sauf qu’en hiver on sera chauffés. Des questions ? Toi, là-bas, c’est quoi, ton nom ?

- Maurice.

- On t’écoute Maurice.

- Ben heu… Est-ce qu’il y a des douches ?

- Excellente question. Justement oui. Depuis cette année, il y en a. Et il y a aussi des vestiaires pour se changer. Des vestiaires filles pour les filles, et des vestiaires garçons pour les garçons.

- Mais heu… Est-ce qu’on sera obligés de prendre des douches ?

- Alors là chacun fait comme il veut. Si tu veux rester crade, tu te laves pas ! Avec J POINT P, la douche n’est pas obligatoire. Qu’on se le dise. Passons au stade. Pour aller au stade, il faudra prendre le car de 9 heures dix.

- Mais si on est malade ?

- Quoi, malade ? Précise.

- Si j’ai mal au cœur….

- Ben Chouchou si t’as mal au coeur, tu te mettras à côté de moi côté vitre, comme ça on sera parés. Passons au matériel. C’est simple. Ouvrez bien vos oreilles, je le répéterai pas. Je veux pas de tenue sportive. Une tenue sportive, c’est ce que je porte maintenant. Un sweat, un pantalon mou, des baskets à scratch. C’est pas bon, ça. Du tout. Je veux une tenue de sport. Nuance. Quelqu’un peut me dire ce que J POINT P veut dire par : Tenue de sport ?

- …

- Bon. Explication. Une tenue de sport c’est un survêtement conçu pour l’usage du sport et non pour repeindre l’appartement ou descendre les poubelles. Un survêtement, donc, à couleurs coordonnées, sans fioritures ni ficelles ni tous ces trucs qui pendouillent pour faire joli, rien que du sobre, qui permette de faire des mouvements amples, d’être à l’aise dans ses gestes. Pour les chaussures, je veux de vraies baskets à semelle en plastique amortisseur, qui aèrent le pied, le détendent, lui permettent de donner tout son punch dans la course à pied, lui laissent sa liberté de pied sans le comprimer, en somme des baskets pour que le pied puisse s’épanouir. Par exemple toi, là devant, fais pas ces yeux là, je vais pas te manger, J POINT P est gentil avec les enfants, c’est pas comme Poustaud Christophe, qui lui les mange, eh ben toi par exemple, t’es pas en tenue de sport. Le haut ça va, le bas aussi, mais voilà : t’as pas les bonnes chaussures.

- Mais… C’est des Puma, M’sieur

J POINT P…

- Je dis pas, c’est très bien les Puma, mais ce sont pas les bonnes chaussures avec des trous pour aérer la voûte plantaire.

- C’est Maman qui me les a achetées exprès pour le sport.

- Eh ben ta Maman pouvait pas savoir, voilà tout. C’est pas grave, on s’arrangera. Qui c’est qu’a des Puma dans la classe ?... Vous avez TOUS des Puma ? Pas possible. Dix mois avec trente cinq paires de Puma, ça va puer des pieds, je vous dis pas. Bon. On va s’en sortir. Faudra prendre des douches. Beaucoup. Toi Chouchou là-bas au fond, arrête de rire. Y a pas de quoi rire tu sais, vraiment pas. J’ai 58 ans, je suis encore jeune mais je manque de mémoire, c’est comme ça, donc toutes les filles je les appelle : Chouchou. Faudra vous y faire. Toi par exemple, Chouchou, là, qu’est ce que tu fricotes dans tes papiers ?

- Rien, M’sieur. Je cherche l’emploi du temps.

- Il circule. Tu vas l’avoir. Plus de questions ? Bon ben il reste dix minutes, on va aller faire un foot dans la cour, y a justement mon collègue Poustaud Christophe en bas avec ses élèves. Allez zou !

Ysiad

par Patrick L'ECOLIER publié dans : Au coeur de...
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Dimanche 27 avril 2008

                                                                                     Photo Ernest J. Brooms


Pourquoi ne pas prolonger la nuit blanche de Corinne Jeanson avec un nouvel hommage au tango ? Ernest J. Brooms entre en scène.

 

La tristesse danse

 

Ton tango tangue mes mots chagrin, cambre leurs reins. Mes sons tragiques gainés de soie tremblent ta musique. Et la tristesse danse.

C'est Buenos Aires, le Rio de la Plata, quand sur tes airs, ondule la fille de joie ; costume rayé, cheveux noirs et gomina. Regard de velours, l'homme joue la femme, front contre front, jambe entre jambes... et le corps chante le désir, le respire, s'unit à l'autre, au grand écart du bandonéon. Au grand désespoir des dévots et des faux pudiques. Danse la tristesse, danse !

Tu quittes Medellin, retour au pays, ton avion explose ! Une larme dans la gorge, tu chantais hier encore l’impossible retour !

Mais chaque jour et toutes les nuits, tu chantes mieux. Tu vis ici, hantes nos espoirs et nos amours. Au cimetière de Chacarita, tu fais sourire la douleur des femmes. Elles fleurissent ta boutonnière, fredonnent " Silencio " et, entre tes doigts de bronze, glissent une cigarette allumée qui fumera toujours entre mes mots, Gardel, Carlos Gardel.

par Patrick L'ECOLIER publié dans : calipso expression
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Vendredi 25 avril 2008


C’est sur un air de tango que Corinne Jeanson nous invite pour sa prochaine nuit blanche…

 


Quand tu dis : cette nuit sur la colline
Je file pour une grande envolée,
Moi, ton homme à femme, je goûte au spleen.
Quand tu t'évades pour tes chevauchées
Je me damne à toi ma douce sauvage.
Tu te glisses sur les pierres qui roulent
Avec quoi, avec qui ? Dis ! Ça m'enrage,
Pour quoi, avec qui tu tangues, ma poule ?

Quand tu fous le camp rejoindre les loups,
Ca m'obsède, savoir qui te possède,
Y faut que je sache ou je deviens fou.
Quand tu t'éclates, je crie pas à l'aide
Je préfère, mon bel amour, mourir
Ou pourrir là sous tes fenêtres closes.
Au-dessus des lois, au-dessus des rires,
Monte à ma gorge un goût d'apothéose.

Ce n'est pas ma faute quand tu m'oublies
Je me perds au milieu de tes délires.
Je sanglote quand tu ris à la vie.
Sous les mille étoiles de tes désirs,
Mes songes voyagent à la dérive
Pour toi, j'suis prêt à flirter au-delà,
A quitter le droit chemin pour tes rives.
Je garde en moi le parfum de tes pas.



par Patrick L'ECOLIER publié dans : Nuits blanches
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Mercredi 23 avril 2008


L'heure est à la réforme dans l'enseignement... Comme toujours, profitons des vacances pour soumettre à la consultation et au débat les décisions incontestables arrêtées par la commission de modernisation des programmes éducatifs. Le rapporteur, Jean Calbrix, un professeur de la nouvelle école, s’est autorisé à rendre compte de la mise en œuvre du chantier telle qu’il a pu la vivre de l’intérieur.

 

à Jean-Paul

La situation était alarmante. Les caisses de l'état étaient vides. On n’allait bientôt plus pouvoir verser le salaire du Président. Le gouvernement multiplia les commissions pour examiner les dépenses superfétatoires. On réalisa que l'Éducation Nationale - et plus particulièrement l'enseignement des mathématiques dans les collèges - était un gouffre. Tout un aréopage - doctes inspecteurs généraux, parlementaires, personnalités connues pour l’intérêt porté aux choses éducatives - dirigé par le Ministre en personne, passa à la loupe les programmes pléthoriques que les enseignants devaient inculquer aux chères têtes bondes (et souvent brunes).

Les triangles furent les premiers à subir l'attaque frontale. Il fut avancé que l'étude des triangles quelconques était une ineptie. Pourquoi une telle notion vague, propre à brouiller les jeunes esprits, était-elle enseignée ? De surcroît, ces triangles de guingois représentaient un obstacle à l'approche de la vision harmonieuse de l'univers. Seul le triangle équilatéral par sa simplicité et son esthétisme trouva grâce à leurs yeux. On biffa donc tout ce qui ne concernait pas l'équilatéralité et deux centaines d'heures d'enseignement - ou plutôt de gaspillage enseignemental - furent économisées. Bien sûr, un vieux schnock qui avait dû connaître les dinosaures fit remarquer que Pythagore passait à la trappe. Ce fut un tollé. Comment en 2008 pouvait-on encore se préoccuper de ces choses obsolètes datant de plus de 2.500 ans ? Dans la foulée, les quadrilatères subirent le même sort. Il n'y eut que le carré qui ne resta pas sur le carreau. Et puis, tout ce qui n'était franchement pas rond - l'ellipse, la parabole, l'hyperbole - fut considéré comme faribole. On les élimina rondement. L'économie en heures passa d'un bond de 200 à 600.

Devant ces résultats encourageants, la commission s'attaqua avec enthousiasme à l'algèbre. Elle remarqua qu'additionner, soustraire et multiplier des lettres, quand on ne les divisait pas, étaient d'une aporie sans nom. Et puis, pouvait-on encore laisser traîner dans les manuels cette expression sibylline et absconse "soit x l'inconnue" plongeant les élèves dans une perplexité sans fond, puisque cette inconnue logeait de manière immuable à la 24 ième place dans l'alphabet ? Les chiffres ne devait pas être mélangés aux lettres, un peu d'ordre était nécessaire : les uns aux maths, les autres au français ! Et le célèbre jeu télévisuel ne s'en porterait que mieux. Il est vrai qu'il était un peu dur, même pour un ministre, de jouer au compte est bon avec des lettres. Quant au mot le plus long avec des chiffres ? Bref, on économisa ainsi plus de mille heures.

L'euphorie gagna la commission. Après avoir soulevé ce lièvre, elle en souleva un autre dans la foulée. On avait parlé d'opérations mais on n'en avait pas discuté. Quelqu'un fit remarquer qu'un ministre du passé avait déjà fait œuvre de simplification hardie en supprimant allègrement la division au CM, allégeant substantiellement le fardeau des maîtres et des élèves. Aucune heure ne fut économisée, mais la route était toute tracée pour en faire au collège. Si la division était inaccessible à l'école, elle ne l'était pas moins au CES. Certains dirent même qu'elle ne pouvait trouver sa place qu'à Sciences-Po pour illustrer l'adage "Diviser pour régner" devant nos futurs penseurs. On décida donc de biffer le mot division des programmes. Le grognon de service qui avait plaidé pour Pythagore intervint pour défendre sa grande utilité dans les partages d'héritages. Un inspecteur le toisa en rétorquant que les partages en parts égales n'étaient qu'une vue de l'esprit. N'avait-on pas encore en tête l'incident de Soisson où Clovis dut réprimer sévèrement un de ses reîtres qui avait fait voler en éclat un vase qui revenait légitimement au maître après le sac de la ville ?

On débattit longuement de la soustraction. Le secrétaire de séance biffait, gommait biffait, gommait... On tomba finalement d'accord pour offrir aux élèves des soustractions rondes et carrées, partant sans retenues. Il était vrai que ce mot de retenue était à proscrire car créant des traumatismes irréversibles dans la tête des élèves comme le fit remarquer un éminent psychothérapeute. Le gain en heures atteignait des sommets. Cependant, le Ministre avait placé la barre un peu haut et le compte n'y était pas encore. Alors, un secrétaire d'État émit l'idée révolutionnaire : "Et si on se passait des quatre opérations ?". Monsieur Hewlett-Packard qui somnolait dans son coin, sursauta. Il avait arraché haut la main le marché des calculettes. La proposition du secrétaire d'État risquait de le lui faire perdre. Il protesta avec véhémence. Le ministre le rassura tout de suite. Le cours des bûchettes avait encore augmenté, les machines de monsieur Hewlett-Packard pouvaient habilement se substituer à ce matériel onéreux. On les distribuerait donc aux élèves de CP voire de maternelle pour qu'ils s'initient au dénombrement. Et si, par hasard, certains d'entre eux remarquaient qu'en appuyant sur les touches, il s'affichait des nombres, peut-être que, finalement, découvriraient-ils tout seuls les vertus des opérations, ce qui mettrait aux anges les tenants de l'auto-apprentissage.

L'objectif était atteint. La commission se sépara grandement satisfaite de ses travaux et vota une augmentation de salaire de 200% pour le Président et une forte prime de rendement pour le Ministre.

Jean Calbrix

par Patrick L'ECOLIER publié dans : Au coeur de...
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Bernard Ollivier, 
La longue marche

Stewart O'Nan, Le pays des ténèbres

Patricia Parry, Petits arrangements avec l'infâme

Franck Pavloff
, La chapelle des Apparences 

Jean-Bernard Pouy, 
Le petit bluff de l'alcootest

Juan Rulfo, Le Llano en flammes

Laurent Sagalovitsch, Loin de quoi ?

Fabienne Swiatly, Gagner sa vie

Jean Teulé, Le magasin des Suicides

Ingrid Thobois, Le roi d'Afghanistan ne nous a pas mariés

Emmanuelle Urien, 
Court, noir, sans sucre - Toute humanité mise à partLa collecte des monstres

Roger Vailland, 325000 francs

Emmanuel Venet, Précis de médecine imaginaire

Marc Villard, Quand la ville mord

 

 

 

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