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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 00:01

Noel-paienbis.jpg

Au café, la fin de l'année se termine sous le signe de la poésie.

On ne se demande plus à quoi rime la poésie et que sont les poètes, ni pourquoi le vers contribue autant à humaniser la société. Qu'elle soit cri, prière, chant, complainte, l'expression poétique est une voix sur un chemin d'errance, une alchimie de mots de l'instant, de lettres hors du temps. Le poète n'explique rien et c'est avec une joyeuse légèreté, une romantique pudeur ou une bouffée de colère qu'il donne à entendre les battement de cœur de l'amoureux, la rêverie du promeneur ou la sourde douleur du compagnon d'infortune.

En ce premier jour de concert nous recevons Johanne Hauber-Bieth  et lui dédions "Summertime" chanté par Sarah Vaughan 

 

Minuit païen…

Il est venu vagir dans un berceau de paille

Avec au cœur l’amour, la sève du pardon

Alors que les humains ne pensent que "ripaille"

Oubliant que Noël fut avant tout un don.

 

Ils fêtent goulûment… mais la crèche tressaille…

Il est venu vagir dans un berceau de paille

Et dans l’église vide où doucement Joseph

Veille sur l’enfant-dieu, muette est la Grand’ nef.

 

Ni cantique ni chants… pourtant l’autel s’émaille

De tendres lumignons pour fêter ce doux soir :  

Il est venu vagir dans un berceau de paille…

Hélas ! pas un fidèle, ils sont tous à déchoir !

 

Les uns sont trop gourmets, les autres déjà soûls

Pour penser au mystère à minuit qui sonnaille…

Portant déjà sa croix, pour eux, pour moi, pour vous,

Il est venu vagir dans un berceau de paille.

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 08:00

Valise.jpg

Tout en gardant en mémoire l’antienne selon laquelle "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous remontons d’un bon pas aujourd’hui la rue de Rivoli en direction du BHV alors que la neige vole et tourbillonne, à la recherche d’un porte-documents suffisamment beau à offrir pour Noël à l’homme qui partage votre vie.

Comment bien foirer sa petite équipée au magasin le plus masculin de tout Paris 

par  Ysiad

 

Il faut en convenir : sa serviette fait peine à voir. Le cuir est taché et usé aux angles, les coutures craquent, les fermetures ont terni, bientôt la poignée lui restera dans la main, il est donc urgent de lui offrir quelque chose de viril et de solide, pour lui redonner l’envie de partir le matin rejoindre le RER d’une foulée guillerette avec ses cours et ses bouquins, et de rentrer le soir tout aussi gaîment avec des paquets de copies rangés dans des compartiments imprégnés d’une envoûtante odeur de cuir. Oui, ce cadeau est essentiel pour lui permettre d’accomplir sa mission d’enseignant, ruminez-vous en franchissant les portes du BHV Hommes, le grand magasin le plus masculin de tout Paris, comme le serine la publicité. Vous n’aimez pas trop les grands magasins et la bousculade qui y règne, mais aujourd’hui vous avez fait une exception, vous mettez rarement les pieds dans un univers entièrement dédié aux hommes, et puis il est encore trop tôt pour subir un bain de foule, c’est donc un bon plan.

Et même un très bon plan, les accessoires pour hommes se trouvent tout de suite à votre gauche en entrant, ce qui vous épargne bien des traversées. Votre sens de l’orientation a tendance à s’atrophier considérablement dans les grands magasins, vous ne savez pourquoi mais vous vous perdez très facilement et n’êtes pas plus fichue de lire les panneaux indicateurs que de trouver la sortie sans demander votre chemin aux vendeuses ; aujourd’hui il s’agira de vendeurs, toujours est-il que vous n’en voyez pas beaucoup pour l’instant. Autant dire aucun. Bon. Après tout, il faut du temps pour se mettre en route, surtout un samedi de décembre, pensez-vous en contemplant les porte-documents rangés dans des casiers en bois qui grimpent sur tout un pan de mur. A moins de monter sur une table, vous ne voyez pas trop comment vous y prendre pour attraper l’article que vous venez de repérer, mais qui se trouve à trois mètres du sol. Il faudrait une échelle mais il n’y en a pas, ou une gaffe, vous n’en voyez pas non plus, ou une perche à croc, enfin un machin qui vous évite de sauter sur place comme vous le faites maintenant pour tenter de choper une mallette marron qui vous semble pas mal du tout, et qui n’est qu’à deux mètres du sol. Vous êtes sur le point de bondir en l’air lorsqu’un : Je peux vous aider ? lancé d’une voix perchée freine net votre élan. Un grand jeune homme s’approche, et tout en attrapant la mallette d’un geste élégant, vous sourit gracieusement. Ah… Dommage. Il y a une bandoulière, dites-vous d’une voix déçue. Le vendeur continue de vous sourire alors que vous retournez l’article entre vos mains, vaguement embarrassée. Je cherche quelque chose de viril, sans bandoulière, et de très contenant aussi. En cuir si possible, avec des compartiments. Et une poignée. Pour y ranger des cours. Et aussi des bouquins. Et des copies. Sans se départir de son sourire et en battant des cils, le vendeur susurre : Vous voulez une serviette à soufflets. Je vais aller voir dans la réserve, j’en ai pour cinq minutes. Vous le regardez qui s’en va en se dandinant un peu. Bon. En l’attendant, vous flânez au rayon parfumerie au même étage, reluquez les nouveautés, quand un écran posé sur un présentoir s’allume, attirant votre regard. S’affiche sur fond de Tour Eiffel un homme sublime, genre Alain Delon à vingt ans, impeccablement rasé, qui, après vous avoir fait subir le feu ardent de ses yeux verts durant dix secondes trop brèves, va successivement se passer de la crème sur les joues, se les tamponner avec une houppette, se les farder au pinceau-blush, se dessiner le contour des lèvres au crayon, s’enduire les cils de Rimmel. Vous croyez à un gag. Jamais encore il ne vous a été donné d’assister à ça, alors vous regardez une deuxième fois Alain Delon se maquiller entièrement, et une troisième, jusqu’à ce qu’un vendeur parfumé interrompe la séance d’hypnose. Je peux vous aider ? vous demande-t-il d’une voix veloutée. Et comme, encore un peu sous le choc, vous ne répondez pas, il en profite pour vous prendre de court : Vous connaissez les parfums Annick Goutal ?Non, pas encore, non, répondez-vous, estimant que cela doit suffire pour le dissuader de vous les faire découvrir. Apparemment, non, ça ne suffit pas, et le voici qui agite un gros vaporisateur derrière le comptoir. Vous reculez, pas tout à fait assez vite pour échapper à la première pulvérisation, et vous allez subir la deuxième lorsque le vendeur des accessoires revient au petit trot, cette fois en roulant ostensiblement du bassin. Jean-Claude ! Veux-tu laisser ma cliente tranquille! glapit-il en lui donnant une tapette sur le bras.

Retour au rayon. Voici le modèle, fait-il en sortant de sa housse une serviette noire virile, à soufflets, munie d’une solide poignée de cuir. Doublé vachette, ajoute-t-il en l’ouvrant. Ah. Il y a une petite égratignure, remarque-t-il en indiquant de son ongle manucuré un défaut invisible. Si le modèle vous plaît, j’irai vous en chercher un autre dans la réserve. Ma foi oui. Le modèle vous plaît. Sobre. Contenant. Pratique. C’est tout à fait ce qu’il vous faut. Allez. Affaire conclue. Vous voulez un joli paquet-cadeau ? vous demande-t-il. – Ça va aller comme ça, je le ferai chez moi. Mais si vous avez du papier et du bolduc, pourquoi pas. – Bolduc, non, un gros nœud, oui, croit-il bon de préciser.

La vidéo d’Alain Delon se maquillant passe en boucle derrière les caisses. En attendant votre tour, vous êtes prise d’un fou-rire nerveux, et sans doute une réflexion vous échappe-t-elle aussi, pour que les deux types qui se tiennent par la main devant vous se retournent brusquement, et vous assènent un regard farouchement outré.

Foiré ? Pas tout à fait, mais presque !

Attendez le moment de franchir la sortie pour lancer malgré vous au vendeur des accessoires : Merci, vous m’avez beaucoup aidée, et estimer que cette fois ci, oui, but, c’est foiré.

Mais si par miracle, une fois chez vous, en déballant la marchandise pour faire le paquet-cadeau, vous découvrez, en sortant la bourre de papier glissée dans les soufflets, que le doublé vachette de la serviette est d’une sympathique couleur rose bonbon, alors seulement, votre petite équipée au magasin le plus masculin de tout Paris aura été bien foirée.

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 08:00

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Et si, avec Annie, nous écoutions Jacques Brel nous conter le dimanche des taureaux...

en compagnie d'un crocodile pour donner le change à Ysiad...

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 08:00

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Aujourd’hui, en faisant nôtre l’adage selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous aventurons dans la tourmente ménagère pleine de ces pièges sournois que vous tendent les choses pour mieux vous happer dans une spirale infernale, surtout le dimanche matin.

 

Comment bien foirer sa petite entreprise du grand nettoyage dominical

par Ysiad

 

La petite entreprise du grand nettoyage dominical commence toujours de très bonne heure, par une impasse totale devant la page blanche. Le stylo se rebiffe. Vous vous énervez. Si seulement vous pouviez pomper au fond de cette bouteille d’encre toutes les bonnes idées qui ont peuplé vos rêves, mais qui se sont évaporées au réveil ! Rien ne germe sous la plume, pas la moindre étincelle, le cerveau refuse de répondre à vos sollicitations, et pour noircir encore le tableau, en levant le nez, une tache sur le carrelage de la cuisine vous a écorché la rétine. Nom d’une pipe en terre, une tache !

Vous n’avez jamais vraiment bien compris pour quelle raison bizarre les rebuffades du stylo conduisaient nécessairement à attraper un bidon de Monsieur Propre et un balai en état de marche; toujours est-il que de l’impossibilité d’écrire découle le besoin irrépressible de lessiver à fond l’appartement, c’est comme ça, et vous voilà à six heures du mat’ aux prises avec une serpillière parfumée à la lavande que vous passez frénétiquement dans de longues diagonales sur un carrelage maculé de mouchetures d’origines diverses et variées, ahhhh, une deuxième fois, une troisième, et une quatrième avant de rincer à l’eau chaude, c’est pas encore ça mais c’est pas fini, les joints du dallage sont si sales qu’il faut impérativement les ravoir à l’eau de Javel avec un graton laveur, mais comme il s’avère que le graton laveur ne va pas aussi loin que vous l’espériez, vous avez l’idée éblouissante d’aller chercher votre brosse à dents et de la plonger dans l’eau de Javel, pour fignoler dans les interstices. Bien plus tard, la brosse à dents est naze mais pour ce qui est du joint, c’est mieux, ça blanchit, encore un peu d’eau de Javel, attention aux gestes maladroits, qu’est ce qu’on disait, flûte ! Le flacon s’est renversé en giclant, y en a partout sur la robe de chambre, mais patience : c’est juste le début de la foirade. En attendant, remontez vos manches et défoulez-vous sur le four qui croupit dans ses déjections alimentaires, beuuurk, tu vas voir ce que tu vas voir, un grand coup de Spontex parfumée au Décap-Four, c’est une pestilence, ce truc, mais vous allez faire sortir toute cette crasse immonde jusqu’à ce que vous retrouviez la couleur du revêtement d’origine ! Frottez à fond, façon : on achève bien les chevaux, rincez, et en attendant que ça sèche, passez-vous les nerfs sur le four à micro-ondes constellé d’éclats d’épinards, on efface d’un geste souple toutes ces cochonneries, trop ignoble, puis on frotte et on brique avant d’attaquer la pente de la hotte dégoûtante, sus à la graisse alimentaire qui a empoissé la surface de l’inox, c’est dégueu, allez, l’éponge est toute noire mais on n’a pas dit son dernier mot, et on continue à forcer la poussière tout au fond des placards bourrés d’emballages vides que les enfants ne jettent jamais dans la poubelle, et ainsi de suite et de placard en tiroir, jusqu’au panier à linge.

Qui déborde, comme tous les dimanches. Tiens, Le panier à linge déborde le dimanche, ça pourrait faire un titre aussi con que Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, le dernier roman de Katherine Pancol. Mais qu’est ce que vous attendez, au lieu de ruminer sur les chefs-d’œuvre que notre époque mérite, attrapez-moi ce ballot de linge dans vos p’tits bras musclés et embarquez-le jusqu’à la machine à laver. Accroupissez-vous, chassez l’occupant tapi dans le tambour, miaouste ! et commencez à trier. Triez, triez, triez les jolies chaussettes ! Les côtelées, les lisses, les bicolores, les unies, les rêches et les tricotées main, celles sans trous et celles avec, combien de paires tenez-vous ? Douze, soit vingt-quatre chaussettes individuelles, y a le compte. Cependant tout doux, ne jubilez pas trop vite, vous n’êtes pas du tout sortie de l’auberge ; tout comme nos dépenses publiques, le nombre de chaussettes orphelines suit une très sévère courbe ascensionnelle ces temps-ci, vous l’avez encore constaté la semaine dernière en faisant vos boules de chaussettes, certaines choses n’ont pas leur pareil pour se dépareiller, c’est l’un des grands mystères de la vie, mais aujourd’hui, il en va différemment. Ces chaussettes que vous enfournez une à une dans le tambour ressortiront aussi nombreuses tout à l’heure, nom d’une pipe en bois !

Depuis que vous avez scotché une pancarte au-dessus de la machine priant chacun de bien vouloir vider complètement ses poches de vêtements de tout leur bazar hétéroclite, vous n’avez plus à le faire, mais tout de même, vous vérifiez, on ne sait jamais, un kleenex est si vite oublié. L’épisode du paquet de mouchoirs déchiquetés vous a traumatisée, les fringues étaient ressorties couvertes de charpie de cellulose, impossible de faire partir cette putain de pellicule, raaah, il avait fallu tout rincer à la main. Et encore. Ça ne partait pas. Bon, enfin pour l’instant tout va bien, pas de kleenex oublié, on vous a donné que des trucs courants à laver, frocs, chemises, tee-shirt, sweat-shirt, du linge de corps en veux-tu, en voilà, et au milieu une serviette éponge de couleur qui traînait encore récemment dans la chambre de votre fils. Avant il se lavait pas, maintenant il donne ses serviettes à laver, y a du mieux au pays de la crasse, pensez-vous en la fourrant dans le tambour. Parfait, programmez sur 4, quarante degrés, c’est parti, ça tourne, les enfants prennent leur petit-déjeuner, vous avez le temps de filer sous la douche… D’où vous ressortez précipitamment, juste après avoir entendu une explosion maousse.

C’est rien, M’man, y a juste eu un p’tit accident mais j’me suis pas coupé, le pot d’ Nut’ était trop bien rangé, j’ai dû sauter pour l’attraper et il a entraîné en tombant les pots de pesto et de sauce tomate...

Argh. Que la cuisine est jolie ! Colorée comme il faut, façon impressionniste. Y en a partout. Jusqu’au plafond. Pas besoin de faire appel à un décorateur. La tomate et le pesto ont giclé de concert sur les murs et tous les appareils, tandis que le Nutella, lui, a préféré aller s’incruster bien profond dans les joints du carrelage. Chacun ses goûts, après tout.

Bravo. Dans le mille. C’est foiré.

Mais si par miracle, une heure et demie de serpillière plus tard, les slips de l’époux ressortent fuchsia de la machine ainsi que la totalité du linge de corps de toute la petite famille à cause de la putain de serviette éponge fabriquée à Bombay qu’a dégorgé toutes les couleurs de l’Inde, vous auriez alors bien foiré votre petite entreprise du grand nettoyage dominical.

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 17:26

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Promenons-nous donc du côté de l'Île Saint Louis en compagnie de Léo Ferré

 

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 10:00

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Confortés que nous sommes maintenant dans l’idée que "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous jetons l’ancre dans le fleuve tumultueux de la Seine, durant les beaux jours merveilleusement touristiques d’un mois de juillet 1998 ô combien glorieux pour notre doulce France.

 

Comment bien foirer son permis de bateau

par Ysiad 

 

Dans un élan d’inconscience, vous avez décidé de passer votre permis de bateau. Pourquoi donc ? Parce que vous avez répondu à un défi, pardi. Des défis, on s’en lance tout le temps, tous les jours, maintenant, je gagne toutes mes parties de pendu durant les réunions de bureau, c’est un défi, je vais au supermarché malgré la pluie battante m’acheter des Chocoletti pour arrêter de fumer, c’est deux défis en un, je vais passer le chat à la broche s’il me réveille encore une fois à quatre heures douze, c’est un défi, mais non, vous ne pouvez pas faire une chose pareille, bref. Les défis sont innombrables, c’est ce qui tisse la trame de notre vie sur terre, et c’est ainsi qu’en ce vendredi 13 juillet 1998, vous vous retrouvez en train de remplir un questionnaire à choix multiples qui vous demande s’il faut virer à bâbord ou tribord d’une bouée jaune et noire ressemblant étrangement au corps d’une grosse guêpe plantée verticalement au milieu de la mer. Bâbord, tribord, am stram gram, bourre et bourre et ratatam, vous ne savez plus trop, la veille les Bleus ont remporté la coupe du monde de football et vous avez encore la vision de la tête de Zidane plantant le ballon dans la lucarne, et vous cochez, cochez, un peu au blair, en louvoyant entre les cases, c’est ric-rac mais ça va, on vous signe un bon pour passer à l’épreuve pratique, au suivant.

Une petite pluie s’est mise à crachoter en ce matin de vendredi 13, le ciel est tout gris et menaçant et il y a même un léger vent de Nord/Nord-Est qui ébouriffe les plumes des mouettes. Bon, tout va bien, d’autres candidats attendent avec vous sur le quai, vous n’êtes pas toute seule, mais vous êtes la seule femme. Autour de vous, que des types, qui ont tous une tête à l’avoir, leur permis, c’est assez agaçant mais bon, il n’est pas dit que vous ne leur en bouchiez pas un coin, nom d’un p’tit bi moteur, y vont voir c’qui vont voir. Et voici l’examinateur, un rude gaillard qui vous mate, narquois derrière ses lunettes, que c’est énervant mon dieu, que c’est énervant, et puisque vous n’êtes pas à un défi près, lancez lui un regard sec, et si ça ne suffit pas, dites lui que vous descendez du capitaine Haddock par la branche cadette, carre-toi ça dans les dents, mon pépère. Voilà. Maintenant que vous vous êtes mis l’examinateur à dos, la foirade est fort bien partie, va falloir jouer super serré pour l’avoir, ce permis, allez les p’tits loups (de mer), on embarque à bord du Titanic.

Une fois sur le pont, l’examinateur vous relègue dans un coin comme si vous étiez une anomalie de la nature, et se tourne vers les candidats pour décider de l’ordre de leur passage. Et comme c’est amusant ! Vous passerez la dernière. Pendant que ça défile tous les quarts d’heure à tour de rôle dans la cabine, les bateaux-mouches et les péniches sortent les uns après les autres avec leur chargement de touristes, la Seine ne tarde pas à se transformer en une autoroute fluviale bourrée de vagues et de bateaux de toutes tailles, les mouettes s’envolent en traçant des biais, les sillages creusent de gros remous qui se télescopent et vous flanquent un mal de mer mémorable. Aucune importance. Souriez, et allez rendre discrètement vos tripes au bout du pont pendant que l’examinateur est occupé à aider un postulant à manœuvrer entre une barge et un bateau de plaisance, fouchtra, ça remue sec, pour bien viser, faut s’accrocher au bastingage.

Les candidats sont tous passés, la Seine n’est plus qu’un fleuve déchaîné sous un ciel noir d’encre, il pleut comme jamais, c’est à vous, entrez d’un pas gaillard dans la cabine de pilotage. Hardi, moussaillon, ouh le joli volant ! "Mettez le cap sur les tours de Notre-Dame !" vous lance l’examinateur dans un grand sourire vache. Que voilà un bien joli défi, pensez-vous, et en avant vers les tours dans une bonne accélération, on va pas y passer la nuit, on évite de justesse la péniche Les Flots Bleus par un habile petit coup de gouvernail à droite, paf, parfait, à gauche toute et on profite d’une trouée pour tracer plein gaz, ah comme c’est beau, la vitesse, sous les statues glorieuses du Pont des Invalides, filons à fond sur les flots de Paris ! Les quais défilent, la pluie déferle, pour un peu vous pourriez vous croire en train de passer la pointe du Raz, le vent dans le visage, des embruns plein les yeux, s’il n’y avait l’examinateur à côté de vous qui tapote d’un doigt nerveux sur le tableau de bord. "Arrêtez-vous", vous somme-t-il. "Tout de suite! "Bon, cool, ok, point mort. Gros silence. La pluie continue de tomber sur la bâche. L’examinateur vous regarde." Ça va pas. Ça va pas du tout. On fait du huit nœuds. Pas du vingt. Dix nœuds, grand maximum. Et seulement quand je vous le dirai. Pour l’instant c’est pas possible. Vous voyez bien. Y a du monde. Reprenez le cap vers les tours en regardant devant vous, et faites attention au trafic". De grâce, gardez votre calme en repartant. C’est très mal barré, certes, mais c’est pas encore tout à fait foiré, il reste encore un p’tit chouïa de chance, heureusement que les tours sont encore très loin et que vous n’y voyez rien sous la pluie battante. Plissez les yeux, mettez le cap au pif en évitant toutefois Le Nautilus qui arrive droit sur vous, saloperie de bateau-mouche, c’est pas passé loin, on a eu chaud ! L’examinateur aussi. Il tousse bruyamment dans son poing serré. "Vous avez failli refuser la priorité. Ça vous coûte vot’ permis, un truc comme ça. Faudra r’passer. Allez. On rentre."

Bravo. But. C’est foiré.

Mais si par miracle, au moment de vous aligner le long du quai, en reculant hardiment vous enfoncez le nez du bateau-flic amarré juste derrière, alors seulement, l’épreuve du petit permis de bateau aura été bien foirée.

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 09:27

MLF

MLF.jpg 

Sylvie Dubin vient de recevoir le prix de la Nouvelle d'Angers pour son premier recueil publié aux éditions Siloë. Au café, on la connaît un petit peu Sylvie, pour avoir été primée deux années de suite au concours Calipso ; du coup, elle a traversé deux fois le pays pour simplement venir parler de deux ou trois choses qui lui tiennent à cœur et profiter de l'événement pour se retrouver, le temps d'une soirée, dans un petit coin de lumière au pied de la belle Chartreuse.

C'est qu'elle est prête à tout Sylvie (enfin presque) pour sortir des sentiers battus, se laisser dérouter, attraper ça et là un mot, une expression, éprouver l'inclinaison d'un regard, prêter l'oreille à un chuchotis, effleurer une anguille sous roche… bref, entretenir une poignante affection pour les multiples bruits qui font la vie…

En écrivant, il est possible de rectifier les destins, dit-elle, et c'est bien parce qu'avant tout elle écoute qu'elle peut voir au-delà des apparences. Les mots parfois, c'est quand ils manquent qu'ils font mal, dit-elle encore, et c'est sans doute pour cela qu'elle offre à ses personnages - des femmes apparemment sans histoires - autant de mots difficiles à convoquer. L'absence, la violence, le rejet sont tapis derrière la lourde toile où sont brodées les armes de la famille. alors bien sûr on comprend qu'elle se familiarise avec les questions de filiation, les affaires de couples, les douleurs rentrées, ces froissements surpris à la tombée du jour et qui reviennent inopinément dans la blanche intimité de la nuit.

Les histoires reconstruites par Sylvie Dubin sont marquées par la rupture. Elle ne dissout pas ses héroïnes dans les sombres évènements de la vie, elle leur prête une voix qui réveille des désirs, met en mouvement les corps, brise le miroir de la résignation. La nouvelle intitulée "Marie-Louise F." en est certainement le plus beau témoignage. 

Selon elles,  de Sylvie Dubin aux édtions Silooë, 78 pages, 10€ 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 08:00

Derive2.jpg

Comme nous l'avons fait dernièrement avec Christelle et son poème "A l'aube de la vie", il eût été dommage de ne pas profiter pleinement de celui laissé par Jean Calbrix dans les commentaires sur "Julius".

 

Dérive

Les charlatans sont là, voilà que l’on délaisse
Le chemin des aïeux devant nous grand ouvert.
Désormais il faudra marcher à découvert,
Les bourreaux frapperont sans aucune mollesse.

Ce nouvel esclavage sera payé très cher
Par les faibles et les fous dans une marche lente
Vers des gouffres sans fond, sur la lave brûlante
Qu’ils en imploreront de périr dans la mer.

Car nul ne saura plus ce qu’est une aube fraîche,
Ce qu’est un coin de ciel, ce qu’est une couleur,
Ce qu’est un rire clair, encor moins une fleur.
Rien ne poussera plus sur cette terre sèche.

Et c’est un cauchemar sur ton front qui se plisse,
Un rictus sur ta lèvre au rouge de carmin.
La raison a quitté tout ce qui fait l’humain,
Tu ne connaîtras plus ni bonheur, ni délice !

Allons, révolte-toi ! Fuis cet embrassement
Des Judas se vautrant sur ta liberté d’homme.
Avant que tu ne sois enchaîné, pauvre pomme,
Qu’ils te fassent crever, doucement, doucement !

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 08:00

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Tout en nous conformant fidèlement au principe selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous poursuivons tel Don Quichotte notre folle équipée dans l’univers des foirades que réserve notre monde moderne, avec aujourd’hui l’installation d’une Live Box, parce qu’avec Noos, ça n’a pas été tout à fait ça.

 

Comment bien foirer l’installation de votre Live Box

par Ysiad

 

Allons calmez-vous. Je sais. On va pas appeler le SAMU tout de même. Ça va passer. Défoulez-vous un peu. Allez-y. Non, pas Noos, pas Noos, pitié, noooon, tout mais pas Noooos. Pas Noooos. Pas Nnnnnn……….Ça va un peu mieux ? C’est bien. Asseyez-vous et soufflez. Il faut avouer que vous avez perdu un temps considérable avec le progrès technique. Encore aujourd’hui quand une personne de votre entourage prononce le mot barbare de Numericable, vous avez envie de l’étrangler, vous revivez les affres par lesquels vous êtes passé lorsque le film coupait au milieu d’une scène torride, putain de bordel de connexion à la con, vous avez failli perdre vos nerfs avec tous ces grands professionnels de Noos au téléphone qui comprenaient rien à votre problème et qui vous demandaient de tout reprendre depuis le début, maintenant, prenez le petit câble blanc et courez dans la chambre pour rebrancher le décodeur, raaaah, ils étaient gentils, doux, aimables, ils prenaient bien sur eux, mais bon, c’était le merdier, un vrai de vrai, putain, à peine le décodeur rebranché que vous n’aviez plus ni internet, ni téléphone, ni télé, ni envie de vivre, et quand par hasard le téléphone remarchait, ça coupait au beau milieu d’une conversation, idem pour la télé, à l’instant où Marion Crane se faisait assassiner sous la douche par Anthony Perkins (Psychose), couic, écran noir, plus rien, sacré nom de Dieu ! et Noos vous envoyait la facture des appels que vous leur passiez et qui raquaient un max, putain, salopard de Noos, plus jamais ça.

Enfin. Après la pluie, le déluge, comme disait Noé.

Et c’est ainsi que quelques semaines de déconnexion totale plus tard, vous êtes reparti sur le sentier de la guerre, suite à un appel d’Orange. Oui. Orange. Qui vous a proposé au téléphone une offre à saisir. Que vous avez saisie. Ou plutôt que votre épouse a saisie. Nuance. Il faut le signaler. Vous n’en seriez pas là sinon. Bordel. Et cette offre s’est accompagnée de l’envoi d’un sympathique petit colis, à l’intérieur duquel se cachait la Livebox (Boîte de vie). Que vous vous êtes empressé de rebaptiser autrement, nous allons voir comment plus loin.

Reconnaissez que la Livebox première génération s’est montrée plus obéissante que le bazar de Noos. Un professionnel d’Orange est venu l’installer, très bien le gars, très souriant, la Livebox n’a pas moufté, elle s’est laissé tirer les câbles jusqu’aux prises téléphoniques sans faire des siennes, et lorsque, se relevant, l’installateur vous a dit que tout marchait, vous avez été très soulagé.

Jusqu’au moment où il est parti, et où tout s’est mis à méchamment déconner.

Plus de connexion internet, plus de télé, plus de téléphone. Plus rien. Même les ampoules sautaient. C’était la vengeance de Noos. Orange vous faisait voir rouge. Vous avez rebaptisé la Live box : Dead box puis vous avez shooté dans la poubelle pour vous passer les nerfs et menacé d’aller vivre le reste de votre vie au milieu des pingouins, là où il n’y a aucune connexion d’aucune sorte à ce putain de monde débile. Merde ! Vous êtes sorti vous aérer, et quand enfin, au bout d’une heure d’attente héroïque dans une cabine téléphonique, vous avez pu joindre Orange pour leur expliquer ce qui vous arrivait, une voix charmante vous a demandé si vous aviez la Livebox deuxième génération. C’est là que vous avez explosé. Putain de sacré nom de Dieu, avez-vous dit, j’en sais rien, tout c’que ch’ais, ça marche pas, vot’ salop’rie, bordel à nœud !

Et là, clic. Plus rien. On vous a raccroché au nez.

Bravo. Dans le mille. C’est foiré.

Trois jours plus tard, toujours sans connexion aucune, vous êtes allé rendre ce machin nul contre la Livebox deuxième génération. Nettement plus compacte que la première. Vous voyant quelque peu nerveux avec l’objet entre les mains, un vendeur vous a proposé son aide à domicile, et vous avez dit oui. Une fois chez vous, il a pansé vos plaies. Il a remplacé votre câble par un RJ45 super performant, il vous a passé en haut débit, il vous a promis que le décodeur déconnerait plus jamais, il a paramétré la connexion internet sur l’ordi, il a inscrit en très grosses lettres un numéro à 22 chiffres, il a ajouté au bazar un truc qui porte un nom d’oiseau exotique, le Wi-Fi, et il a tout branché dans les bonnes prises en précisant qu’il fallait plus toucher à rien, d’accord ? – D’accord, avez-vous juré, les yeux humides de reconnaissance. Il était même prêt à donner à votre épouse des cours sur les fonctionnalités de la nouvelle Livebox, mais là tout de même non, vous êtes trop bon mais non, on va s’en sortir, au revoir monsieur et merci pour tout !

… Mais si par miracle ce jour-là, votre épouse qui est toujours à la recherche d’une prise disponible débranche net l’ensemble du bazar pour passer l’aspirateur, alors seulement, l’installation de votre Live… Deadbox sera bien foirée.

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 15:10

Julius

On ne le dira jamais assez : si les cabinets d'aisance sont des lieux protégés par la loi sur la propriété individuelle, ce sont également des lieux de résistance à l'opression ; les occupations clandestines n'y sont pas rares et des activités ambiguës, souvent liées à des querelles intestitnes, s'y développent outrageusement.

C'est pourquoi, nous avons décidé de rendre public ce témoignage recueilli auprès d'une personnalité de premier plan afin que tout un chacun sache comment sont réglées en notre beau pays les atteintes à l'ordre établi.

 

Julius

par Jean Calbrix

 

Julius ne se plains pas, non. Il est dans cette prison dorée qu'est le château de Versailles. Il porte un bel habit de laquais comme nombre de ses semblables et il est astreint à résidence dans les communs sous les combles ou dans un couloir. Il ne connaît rien de la splendeur des lustres de cristal et des lambris décorés d'or sous lesquels la noblesse se pavane. Il est confiné dans un périmètre à ne pas dépasser. Il besogne, obtempère aux ordres sèchement aboyés par les maîtres d'hôtels et se tient en faction des heures durant pour qu'enfin le carrosse de Madame la comtesse apparaisse et qu'il ouvre la portière en tendant son bras en guise d'accoudoir. Il ne connaît plus la faim, il y a assez de miettes sur les tables desservies. Et même si le cuisinier veille à ce que ces miettes lui reviennent, il grappille derrière son dos. Et là aujourd'hui, il s'est emparé d'une belle grappe de raisin bien mûre, trop mûre, et s'en gave sous l'escalier à se péter la panse.

Bien sûr, il lui arrive de regretter sa vie de berger dans sa Provence du côté de Manosque, vie faite de brimades de la part du maître, de quignons de pain rassi et de morceaux de lard rance, mais vie pleine d'étoiles et de grand air. Madame la comtesse, en visitant ses gens, l'avait repéré, gamin en guenilles au visage gris de poussière avec deux yeux immenses qui avaient absorbé le ciel. Alors, Madame la comtesse était repartie à Versailles avec armes et bagages et le petit berger.

Son festin achevé, Julius va se remettre en faction le long du mur dans le couloir. Deux heures plus tard, on lui tend une missive à porter d'urgence à la marquise de Pontamousson. Il a l'habitude, c'est à la limite du périmètre autorisé. Mais cette fois-ci, une porte est hermétiquement close sur son chemin. Il réfléchit un petit moment, puis décide de contourner l'obstacle en empruntant un couloir parallèle. Il s'inquiète, il commence à ressentir des douleurs intestinales, mais il va de l'avant. Plus il avance, plus les salles sont grandes et richement décorées. Il rencontre un majordome auquel il demande sa route. Celui-ci le toise et lui fait un geste signifiant qu'il doit s'écarter de son chemin. Julius se méprend et croit que le majordome lui indique une direction. Son mal de ventre s'amplifie, mais il continue à aller de l'avant. Chaque fois qu'il voit des perruques poudrées à l'horizon, il se cache derrière un meuble ou une tenture.

Cette fois, la douleur intestinale le tarabuste. Il y a urgence de déféquer. Il ouvre une porte et là, miracle, il aperçoit au milieu de la pièce une superbe chaise d'aisance. Il a juste le temps d'enlever ses hauts-de-chausses ; il se vide brutalement du contenu de son colon soumis aux insupportables contactions du sympathique.

C'est alors que la grande porte s'ouvre devant lui, et que, le roi poursuivi par une cohorte de courtisans, pénètre dans la pièce. La surprise de part et d'autre est totale. Il y a un grand silence, puis des exclamations indignées et des rires. Le roi frappe sur le sol avec sa longue canne à pommeau d'or. Le silence se réinstalle instantanément et le roi déclare : "Garde, qu'on emmène ce drôle à la Conciergerie et qu'on le juge sur-le-champ".

Julius fut décapité en place de Grève pour crime de lèse-majesté. Nul ne peut impunément violer le trône royal et mêler les divins excréments de sa Majesté à de la basse merde roturière.

 

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