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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 09:49

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Aujourd’hui, nous nous lançons avec la fougue du fils des âges farouches sur le chemin d’une remise de prix à Bruxelles, cent pour cent authentique. Au fait : pourquoi Bruxelles, et pas Tahiti ? C’est vrai. C’est une question qu’il est tout à fait permis de se poser, mais bon, pour l’instant, on va pas faire les difficiles, on va prendre ce qui se présente, la gloire se trouve de l’autre côté de la frontière, pas aux antipodes, c’est parti.

 

Comment bien foirer sa remise de prix à Bruxelles

par Ysiad

 

La bonne nouvelle est tombée ce matin dans votre messagerie, en faisant un dzoiiing sublime. Ahhhh que c’est bon, mon Dieu, que c’est doux, que c’est exaltant ! Jubilez. Allez, lâchez-vous dans les grandes largeurs, sautez, riez, dansez, courez partout. Vous avez décroché un prix ! Enfin, une mention, pour être précis, dans le cadre de la Fureur de Lire, un événement littéraire qui a lieu au mois d’octobre en Belgique. Vous ne vous y attendiez pas. Et il y a une publication à la clé, dans un recueil collectif édité par les Editions Puce Clampin. Génial. Hip, hip, hip ! En un tour de main, vous avez trouvé à vous loger tous les quatre du premier coup, dans un petit hôtel pas cher du tout, à deux pas de la Grand-Place et du Manneken Pis. Euréka ! Merci, Internet ! Allez, en voiture !

La route est belle, merveilleusement dégagée, les enfants sont ravis, ils vont pouvoir manger des frites et des gaufres, tout va très bien en dépit des températures qui dégringolent à la frontière, quelle importance, c’est la fête ! Et regardez comme tout commence à merveille à votre arrivée dans la ville : une place s’est dégagée presque instantanément dans une petite rue, à cinq minutes à pied de Grote Markt. Incroyable, mais vrai ! Ah ! Vive la Belgique !

C’est en pénétrant dans l’hôtel que vous commencez à déchanter un peu. Peut-être est-ce à cause de la fontaine en stuc ornée d’insolites cariatides reproduisant des poses du Kama Sutra, ou de la température plutôt frisquette, ou encore de l’odeur de kebab qui envahit le petit hall tendu de velours rouge grenat. Bizarre. Il fait vraiment très froid, et puis les tableaux qui vous entourent sont plutôt ambigus. Y a des meufs à poil sur les murs ! s’exclame votre fils d’une voix enthousiaste, cependant que l’hôtesse d’accueil vous remet les clés de la chambre agrémentées d’une breloque équivoque en vous demandant de la suivre à travers un dédale d’escaliers et de couloirs étroits.

Tiens, c’est curieux, il flotte dans la chambre. Le toit doit être refait l’année prochaine, vous précise l’hôtesse. En attendant, on a mis une bassine. Videz-la quand elle sera pleine. Bon. Enfin, les enfants s’amusent bien, c’est toujours ça, ils s’envoient à la tête des coussins parfumés et chamarrés de perlouzes. Plutôt étranges, ces coussins. M’est avis que t’as réservé dans un bobinard, vous glisse le conjoint après avoir longuement étudié la gravure accrochée avec des nœuds au-dessus du lit et représentant Adam en rut lorgnant d’un œil salace une jeune Eve avec beaucoup de monde au balcon. Bon. Tant qu’y a pas de miroir au plafond, ça va, et c’est juste pour une nuit, alors qu’attendez-vous pour fuir ce claque et découvrir Bruxelles qui vous attend ?

Egayez-vous dans les rues, visitez le musée de la Bande Dessinée, les passages, les vieilles maisons, les galeries royales, photographiez-vous à tour de rôle devant le Manneken Pis, arpentez à la nuit tombée la Grand-Place illuminée et ses merveilles d’architecture, mangez des frites arrosées de bière dans un bistrot, et dodo.

Pensez tout de même à vider la bassine, on ne sait jamais.

Le lendemain, temps de gloire sur la ville. La remise des prix s’annonce sous de très riants auspices, jusqu’à ce que les choses se gâtent à l’endroit même où vous avez laissé votre véhicule la veille. Etonnant ? Allons. Absolument pas ! Tout à fait normal ! Si ça se gâtait pas au moment où vous partez assister à la remise des prix, ce serait un conte de fées, pas une foirade. La rue est vide. La bagnole ? Envolée. Vous voilà lancés tous les quatre vers le commissariat le plus proche, qui est loin d’être tout près. Deux grands costauds à képi vous attendent à l’entrée, les poings sur les hanches. Votre voiture ? Elle est à la fourrière, une fois, vous disent-ils. Y avait des travaux dans la rue. C’était écrit en néerlandais sur les panneaux. Ben si. Vous les avez pas vus ? Jaune fluo. Visibles. Ben voui. Un conseil, deux fois : si vous allez chercher le véhicule aujourd’hui, ce sera moins cher que demain. Et ainsi d’ suite, vous comprenez. Ahhh. Division des équipes. Les gars, direction la fourrière en tram au fin fond de la banlieue de Bruxelles ; les filles, cap sur la maison de la radio. Hep, taxi ! On est en retard !

Tellement en retard que vous déboulez dans l’auditorium à l’instant où on vous appelle sur l’estrade. Vous n’avez que le temps de courir rejoindre le jury qui vous regarde d’un air perplexe. La lecture de votre texte vient de s’achever. Vous l’avez loupée. Fort bien joué. Allons, vous aurez tout loisir d’entendre les textes des sept autres primés. A la fin de la cérémonie, une dame vient vous voir. Votre nouvelle a été ad-mi-ra-ble-ment lue, Madame ! Quelle chance vous avez ! Souriez, et réchauffez-vous avec la soupe au potiron qu’on vous sert au buffet, à côté de Puce Clampin, l’éditrice en chair et en os, à qui vous refilez quelques textes dans un sac en plastique, accompagnés de tous vos espoirs d’être enfin publiée. Tiens, vos gars arrivent. Ils ont l’air frigorifiés. Ils ont récupéré l’auto, et franchement, vous avez mis dans le mille : le montant de l’amende correspond exactement à celui de votre prix !

Bravo ! C’est foiré !

Mais si par miracle, six mois d’attente à jouer à pile ou face plus tard, vous recevez un courriel sommaire de Puce Clampin vous apprenant que vos situations sont aussi banales que votre style et que la maison préfère défendre d'autres textes à forte personnalité, alors seulement, votre petite virée au pays de la frite aura été bien foirée.

 

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 13:18

San-Marco--Bachelier-.jpg

C'est à une balade dans la Sérénissime Cité des Doges que nous vous convions aujourd'hui. Mais attention,  prenez soin de tempérer votre enthousiasme, la belle Venise est un miroir à deux faces.

 

Place San Marco

par Claude Bachelier

 

C’est dingue, il est onze heures du soir et je suis assis sur une chaise au milieu de la place San Marco ! Je l’ai empruntée, entre guillemets, à la terrasse du Florian. J’y ai vidé pas mal de verres avec quelques fêtards. Il paraît que l’alcool, ça donne de la force et du courage. Conneries que tout ça ! L’alcool, ça rend malade, ça rend idiot, ça fait dégueuler, c’est tout ! De toutes façons, moi ce soir, du courage, j’en ai à revendre ! C’est bien d’ailleurs la première fois que j’en ai autant ! Alors, l’alcool, c’était juste pour la frime. Juste pour claquer quelques billets, pour avoir l’air d’être quelqu’un. Ca fait chic de sortir de sa poche une liasse de billets, ça impressionne. Et à chaque fois que je prenais le fric dans la poche de mon manteau, je touchais le revolver, comme pour me rappeler ce pourquoi j’étais là.

Il fait frisquet et malgré cela, il y a encore des gens qui se baladent. Y’a pas mal de couples, des amoureux, peut être des jeunes mariés. C’est beau l’amour quand ça débute… J’ai l’impression que l’alcool me chauffe un peu la peau et si je ne me retenais pas, j’enlèverai mon manteau et ma chemise. C’est signe que je dois avoir un petit coup dans le nez. Mais je me les garde, mes fringues, j’ai pas envie d’attraper la crève. Je veux mourir en bonne santé !

Je dois avoir l’air couillon, assis au milieu de la place. Là-bas, sous les arcades, j’entends des rires de filles chatouillées. Vous avez raison, jeunes gens, amusez vous !

Dans ma poche, je caresse le revolver. Caresser n’est pas vraiment le mot. Non, je l’effleure plus que je ne le touche. C’était le revolver d’ordonnance de mon grand-père. Quand il me l’a donné, il m’a dit qu’il n’avait jamais servi à autre chose qu’à des tirs d’entraînement. En tout cas, jamais pour tuer ou pour blesser.

Qu’est ce que t’en penses, toi, Pépé, toi qui détestais les armes et tous ceux qui les portent, tous les traîneurs de sabre et autres jean-foutre? Qu’est ce que t’en penses de me voir là ? Sûr que tu me dirais " j’vas t’dire ", que tu me raconterais ta vie qui n’a pas toujours été drôle. Que tu me parlerais de la mienne qui n’a pas été si mauvaise, et que tu connais bien puisque c’est toi qui m’as élevé… Je vais t’dire… Je vais t’dire… Tu me dirais quoi, Pépé ? Hein, tu m’dirais quoi ? Que la vie est belle, que j’ai du fric, des femmes, que je peux tout avoir ? Des conneries, Pépé, des conneries ! Et puis non, tu m’dirais pas ça, c’est pas ton genre !

Remarque, c’est vrai, je n’ai pas vraiment été malheureux dans ma vie. Sauf quand tu es parti, que cette saloperie de cancer te bouffait de l’intérieur et que tu as préféré te balancer sous un train. C’est vrai aussi que tu les as toujours aimé les trains, surtout ceux qui partaient de Montparnasse et qui nous emmenaient tous les deux vers l’océan. Qu’est ce que tu l’aimais l’océan, Pépé ! Et les bateaux donc ! T’as jamais compris pourquoi ces cons de l’armée t’avaient collé comme ordonnance d’un général alors que tu aurais été aussi bien comme loufiat d’un amiral ! Va savoir, Pépé, va savoir ! Et puis, si tu avais été dans la marine plutôt que dans l’infanterie, tu n’aurais pas connu ta femme, et je ne serai pas là….

C’est vrai que j’ai été malheureux quand tu es mort, mais pour être honnête avec toi, Pépé, je crois que j’ai encore été plus malheureux quand elle m’a quitté.

Tu te rends compte, ça faisant plus de vingt ans qu’on était ensemble ! On avait deux gamins qui se débrouillaient bien dans leurs études. On avait plein d’argent qu’on venait de gagner au loto, et puis tout d’un coup, hop, elle m’annonce qu’elle s’en va avec un autre type. D’accord, on n’était pas vraiment pareils, elle était plutôt ronde et je suis maigre comme un clou ; c’était une intello et suis du genre manuel ; elle était de gauche et moi, je n’ai jamais été nulle part !... Mais quand même !

Il y a des gens qui passent à côté de moi. Je les entends chuchoter et ricaner. Je leur demande rien, à ces cons ! Passez votre chemin et foutez moi la paix !

Dans une demi heure, je prendrai mon pistolet, et pan !…A minuit tapant. Ça aura de la gueule, non ? Ça va les bluffer mes gamins, ça va surprendre leurs petits conformismes. Est ce qu’ils regretteront seulement de m’avoir laissé tomber comme une vieille chaussette ? J’en suis même pas sûr.

Pourtant, ils ont toujours eu un père et une mère, eux ! Alors que moi, je n’ai jamais connu ça : mon père, un marin de passage et ma mère qui s’est tuée dans un accident ! J’avais deux mois ! Mes grands parents m’ont recueilli et élevé. Mais je ne sais pas ce que c’est de dire papa ou maman. Maintenant que je sais que je vais tourner la page, je sais aussi que je ne me suis jamais fait à l’idée de ne pas avoir de parents, de ne pas être comme les autres. Ceux qui en ont eu, qui ont été aimés par eux ne savent pas ce que c’est que la solitude.

Avec elle, avec mon ex, je n’étais pas seul, c’est sûr. Mais cette femme que j’aimais – ah oui, bon dieu, je l’aimais !- ne pouvait combler le vide. Personne ne pouvait.

Je croyais qu’on s’entendait plutôt bien : des conneries tout ça ! Quand elle est partie, elle m’a dit que cela faisait plus de dix ans qu’elle le connaissait, le gus en question !

En tout cas, il y a vingt six ans tout juste, nous étions ici, à Venise, tous les deux, en voyage de noces. C’était encore l’époque où Venise était encore à la mode pour les jeunes mariés. Aujourd’hui, ils filent aux Maldives ou à Tahiti et divorcent juste en rentrant.

Qu’est ce qu’on était heureux ! On avait trouvé un petit hôtel, juste en plein centre. On n’arrêtait pas de faire l’amour, même que parfois des voisins tapaient contre les murs et nous regardaient le lendemain matin d’un air entendu. Une fois, on l’a fait dans une ruelle, sous la pluie. La tête hilare du carabinier, le doigt sur la bouche, mais qui nous a laissé faire !…

Je me suis baladé toute la journée dans la ville, essayant de retrouver un passé lointain. La basilique, les musées, les gondoles n’ont pas bougé, mais je n’ai rien revu de ce que je cherchais.

On n’avait pas beaucoup d’argent à cette époque, et pourtant, je crois qu’on était bien ensemble. Depuis qu’on a gagné tout ce fric au loto, tout est parti de travers. Comme si ce loto avait été comme un détonateur. Parce qu’elle est partie à cause de ça, à cause de tout cet argent, ça, c’est sûr. Putain, que c’est dur de vivre seul, même avec plein d’argent. C’est vrai que j’ai pu m’acheter plein de trucs, un appart, des bagnoles, des voyages. Et même des femmes ! Je n’étais pas tout à fait idiot, elles couchaient avec moi pour mon compte en banque, pas pour autre chose : jamais aucune d’elle ne parlait d’avenir. Même avec un minimum d’amour, on parle forcément d’avenir un jour ou l’autre.

Il n’est pas encore tout à fait minuit, encore quelques minutes. Je commence à avoir froid. Ou peur, je sais pas trop. Les deux sans doute. Je dois avoir l’air con, planté au milieu de la place San Marco. Mais de toutes façons, il n’y a pratiquement plus personne, comme si le brouillard qui descend avait chassé les derniers fêtards. Ah si, je vois encore un petit groupe, assis sur les marches. Ça discute fort, mais je ne comprends rien à ce qu’ils disent. De toutes façons, je m’en fous !

Ca me rappelle, Pépé, que tu ne voulais pas que je dise " j’m’en fou ". Pour toi, avoir rien à foutre de quoi que ce soit était une saloperie, une façon comme une autre de ne pas se mouiller. Si tu revenais, tu verrais que le " j’m’en fous " a remplacé tout le reste, et comme le reste c’était déjà pas grand chose….

Je suis lucide. Je vais mourir et je n’ai plus peur. Ou si peu. Si ça se trouve, je vais retrouver des gens que je connais, des gens que j’ai aimés, toi Pépé, par exemple. Oh, ça, ce serait super. Te retrouver, et repartir tous les deux vers l’océan. Le regarder de nouveau le soir, assis sur la grève. Putain, Pépé, ce serait bien, tu me raconterais toutes ces histoires de marins, de pirates, de trésors à découvrir, de filles à enlever ! Toutes ces histoires que tu inventais au fur et à mesure que tu me les racontais ! Oh Pépé, attends moi, attends moi le temps que je prenne ton pétard, que je monte sur cette chaise et que je fasse le grand saut.

Je n’ai pas peur, un peu froid tout au plus. Et le goût de l’acier, c’est vraiment dégueulasse….

 

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 13:57

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Vous êtes certainement nombreux à vous poser la question et la fréquentation régulière du café vous encourage à penser qu'il serait grand temps de vous y mettre. Conscient de notre part de responsabilité, nous avons décidé, avant que vous ne mettiez le pied à l'encrier et vous tordiez le doigt dans l'engrenage, de vous faire profiter de l'expérience d'Ysiad notre éminente spécialiste en revers de médaille.

 

Aujourd’hui, dans la série : "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous avançons à pas précautionneux sur le terrain dynamité de l’œuvre écrite, celle que nous pensons avoir suffisamment mûri en nous pour la faire naître sur le papier. C’est un terrain très sensible, nous en savons quelque chose. Enfin, surtout vous, n’est-ce pas.

 

Comment bien foirer son petit texte tragique

par Ysiad

 

Depuis que vous écrivez, les génies littéraires n’ont cessé de vous fasciner. Vous avez lu dans une biographie documentée que Victor Hugo grattait ses dix feuillets d’une traite, debout à son pupitre, sans la moindre rature, sans un seul lever de plume, tenu par sa seule inspiration, et qu’après avoir jeté un peu de poudre d’or sur son encre encore fraîche, Monsieur s’en allait cueillir des pâquerettes, ou conter fleurette aux soubrettes. Victor s’y prenait ainsi, avec insouciance et désinvolture, et il excellait dans tous les genres. Vous, c’est pas encore tout à fait ça, et s’il ne fallait citer qu’un exemple, le tragique vous échappe complètement, alors même qu’il exerce sur vous un immense pouvoir d’attraction. Ce genre-là vous soulève l’âme, tout en vous laissant entrevoir ce bref instant où l’homme, soumis à son fatum, réalise que sa vie bascule vers l’irrémédiable. C’est ainsi qu’un dimanche, soucieuse de cerner cet instant-là et de vous mettre pleinement en condition d’écrire une histoire puissamment tragique, vous avez décroché les rideaux dans le tissu desquels vous vous êtes drapée, pour déclamer les vers les plus connus du répertoire tragique. Vous étiez tantôt Jules César, Tu quoque, mi fili ! tantôt Chimène, Va, je ne te hais point ! tantôt Clytemnestre préparant avec son complice le meurtre d’Agamemnon. Lorsque votre conjoint vous a surprise en toge au-dessus de la baignoire, en train d’éventrer, sous le regard du chat, un ballot de vieux torchons avec une fourchette à huitres, devant son air ahuri, vous avez dû lui expliquer que vous revisitiez les desseins des grandes figures de la mythologie pour vous imprégner de tout le tragique possible. Que c’était une affaire de quelques jours. Que ça allait passer. Que les grandes œuvres ne se faisaient pas en claquant des doigts. Que quoi. M’enfin.

Ce n’est qu’au bout de plusieurs séances au cœur de la guerre de Troie que vous avez consenti à quitter votre accoutrement pour attraper le stylo et vous mettre à rédiger. L’idée était là, sublime, presque palpable sous la plume qui courait entre des ruisseaux de larmes. Vous aviez en tête de composer un texte puissant autour de deux personnages éperdus d’amour, qui vont se déclarer leur flamme au cours d’un dîner aux chandelles, en même temps que chacun va révéler à l’autre un secret assez terrible pour les précipiter dans un gouffre si profond, que même avec une corde à nœuds, on peut pas remonter la pente.

L’accouchement a été long. Très laborieux. L’encre n’a pas coulé à gros bouillons, hélas. La sueur, si. Vous avez souffert comme un veau et le papier aussi, que vous froissiez d’un geste impatient avant de le jeter dans un geste de colère à la corbeille. Et puis vous couriez reprendre la toge, dès que vous vous sentiez flancher. Ah ! Qui dira assez ces heures durant lesquelles vous vous êtes bagarrée avec ce maudit texte qui vous filait entre les doigts, ce vide qui ouvrait une gueule béante à la fin de chaque phrase, cet épuisement à donner à la situation une tournure tragique, cet entêtement ô combien dérisoire à trouver une fin qui fût digne de vos ambitions littéraires ?

Personne, heureusement. Il n’y a guère que le chat qui sache combien vous en avez sué. Jamais il ne s’est autant éclaté à pousser sous le bureau ces boulettes (de papier) que vous serriez rageusement dans votre poing. Il vous en remercie. Il a beaucoup apprécié votre période tragique. Il aimerait bien que ça recommence.

Après des heures de relecture à faire résonner vos phrases face au mur, vous avez estimé que vous pouviez donner votre œuvre à lire à autrui. Mais attention. Pas à n’importe qui. Il vous fallait quelqu’un à la hauteur de la situation. En qui vous aviez pleine confiance. C’est pourquoi vous l’avez envoyée à un auteur de vos amis qui a du métier, et du tact. Vous avez attendu, impatiente de connaître le verdict de ce camarade d’écriture. Lequel, ne voulant pas se brouiller avec vous, a déclaré au bout de deux jours que c’était pas mal, oui. Et même intéressant. Voire audacieux, à condition de se placer dans une perspective avant-gardiste, car enfin, personne n’avait encore osé aller jusque-là, mais que toutefois, certains passages méritaient sans doute d’être retravaillés. Un petit peu. Surtout la fin. Et au milieu aussi, lorsque l’héroïne perd son œil dans la soupe. Enfin, tu vois ce que je veux dire, a-t-il conclu dans un courriel ménageant la chèvre autant que le chou. Encore aujourd’hui, vous lui savez gré de sa délicatesse. A l’époque, si cet ami avait décrété d’emblée que c’était nul à chier, et qu’il fallait urgemment passer à autre chose, vous auriez alors coulé à pic au fond du Styx. Seuls, ceux qui écrivent peuvent savoir ces choses-là. C’est pourquoi vous avez rapidement déchanté lorsque vous avez donné à lire le texte retravaillé à votre fils, sans lui dire que l’œuvre était de vous. C’est quoi, c’te daube? a-t-il dit haut et fort, en prenant soudain les traits d’Oreste. Grotesque ! a-t-il repris en appuyant bien fort sur " gro ", afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Cette fois-ci, c’était bon, vous touchiez le fond, et sans oser lui avouer la vérité, vous avez froissé votre copie et l’avez jetée entre les pattes du chat.

Bravo. Cœur de cible. C’est foiré.

Mais si par miracle, quelques jours plus tard, après avoir récupéré la boule de papier glissée sous un meuble, votre fille déclare en rentrant de l’école qu’elle l’a donné à lire à Bourdin, son prof de français, et que celui-ci a dit en se frappant les cuisses qu’il n’avait jamais rien lu d’aussi involontairement comique, alors seulement, l’aventure du grand texte tragique sera bien foirée.

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 08:00

Voeux-2011.jpg

On ne saurait commencer la nouvelle année sans saluer celles et ceux qui, par la diversité de leurs talents, ont contribué à faire vivre gaillardement le café durant 2010. Par ordre d'entrée en scène :

Jean Calbrix, Marie Bouchet, Geneviève Steinling, Françoise Bouchet, Yvonne Oter, Gilbert Marquès, Claude Romashov, Suzanne Alvarez, Ysiad, Jean-Claude Touray, Danielle Akakpo, Catherine Wrobel, Jean-Pierre Michel, Patrick Denys, Claude Bachelier, Noémie, Jordy Grosborne, Andrée Pons-Jacquet, Annick Demouzon, Laurence Magaud, Elodie Fonteneau, Christelle, Johanne Hauber-Bieth, Roger-André Halique, Joël Hamm, François Fournet, Madeleine, Yvette Bonaric, Louis Delorme, Paul Athanase, Louise Debrakel, René Lallement, Olivier Furon-Bazan, Colette Rigoulot…  

Un dernier petit pas derrière soi pour entamer le premier jour avec un poème de Corinne Romanzini posté quelques heures avant que l'année se termine. Avec "Inolvidable" de Bebo & Cigala pour l'accompagner...

Le courant l'emporte

Je ne me suis jamais posé
Tourbillon
Comme pavillon
Trop facilement aimé
Mal épris

J'accrocherai des peaux
Au rocher
Eternelle ignorance
Jusqu'à ce que je te reconnaisse
Dans ma mémoire

Tes voiles m'attachent
Je me suis détaché jadis
Moi l'insatisfait
Au dernier jour
Je reviens vers toi
Trop tard

Le tourbillon de la vie
T'emporte au loin
Pas trop loin
La vie n'est pas une tragédie
Sinon je vogue

Ne cherche pas le désespoir
Dans mon regard
Je suis trop vieux
Pour cette inélégance

La jeunesse ne compose pas
La vieillesse a accepté
Depuis longtemps
La vie et sa mélancolie

La vieillesse depuis longtemps
Guette avec lucidité
La passion du désir
Comme un mystique
En prière.

Corinne Romanzini

 

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 08:00

Concert-bouquet-bis-copie-1.jpg

Le festival se termine avec un feu d'artifice concocté par quelques uns des poètes qui ont illuminé cette dernière semaine de 2010. Un grand merci à Johanne Hauber-Bieth, Roger-André Halique, Yvonne Oter, François Fournet, Yvette Bonaric, Louis Delorme, Colette Rigoulot, Paul Athanase, Louise Debrakel, René Lallement, Jean Calbrix, Suzanne Alvarez, Olivier Furon-Bazan, Madeleine, Christelle, Joël Hamm ainsi que le poète inconnu et toute ma reconnaissance à  Jean-Pierre Michel  pour son active et chaleureuse collaboration. Merci également à Ysiad qui nous offre "Holidays" de Michel Polnareff pour couronner la fête.

L'étang

Tel un fragment de jade

Au ciel tout ébloui,

L’étang plein de secrets

Cher aux grenouilles vertes,

Niché dans un écrin

De grands sapins bleu-nuit,

S’exhale en doux soupirs

Quand la nèpe volette.

Frémit l’onde placide

Au petit vent léger

Sous le dais triomphant

Du magnifique azur,

Parfois un papillon

Se plaît à voltiger,

Turbulence éphémère 

Du monde miniature.

Suzanne Alvarez

     Delormebis.jpg

 

Les fleurs de la sagesse

Elles viennent éclore un beau jour dans notre âme

Avec l’âge portant en lui bien des chagrins

Et nous les regardons fleurir nos boulingrins…

L’expérience est là pour aviver leur flamme.

 

Au parfum de ces fleurs plus doux sont les regrets,

Moins vif l’emportement suscitant la colère…

La sagesse en bouquet fait que mieux l’on tolère

Puisque chaque pétale a bien mille secrets.

 

Le cœur se laisse aller et plus vite pardonne.

Les yeux savent saisir d’un coup l’essentiel,

Lors le geste se fait moins artificiel

Et l’esprit se sent mieux car, surpris, il chantonne.

 

Les fleurs de la sagesse ont le don de l’humour

Qui parle bien plus fort que celui de la haine

Elles tissent en nous une indicible chaîne

Faisant briller notre être où ruisselle l’amour.

Johanne Hauber-Bieth

 

Belle étrangère

Ta nudité est celle de mes rêves enfantés

Jadis par ces notes aux touches si douces

Poursuivies par des sons aux pouces

Réglés surgissant des brumes argentés.

 

Ton ombre hante mes souvenirs,

Elle est la source de mes errances

Le puits de mes souffrances

Et de mes espérances d'avenir !!!

 

Tu es belle étrangère, la muse

La princesse de mes nuits

De cette folie mon imaginaire fuit

Dans le temps sans ruse !

 

Ta silhouette m'obsède et mon cœur se brise

Dans le temps de la vie !

Je ne suis plus qu'un mendiant de la survie,

Un homme abandonné sur la banquise.

 

Ta douceur m'étouffe d'une chaleur

Au voile agité d'un bonheur,

A la croisée des chemins d'honneur

Malgré l'agitation d'un monde de douleur !

Olivier Furon-Bazan

 

Les amours silencieuses

Ô mes amours de porcelaine,

Amours brisées dans les lointains

Mes amours pelotes de laine

Enchevêtrées par le destin.

 

Ô mes amours de confidences

Doux secrets de mots chuchotés

Lumineux dans leur transparence

Envolés vers l'éternité.

 

Ô mes amours frêles rameaux,

Mes fleurs de vent, mes poignées d'eau

Mes chansons mortes sans berceuse,

 

Faut-il que des joies si précieuses

S'évanouissent dans les roseaux

ô mes amours silencieuses!...

Louise Debrakel

   

L'oiseau de paix 

Affronte l'avenir mais respecte, ma fille,

La paisible colombe, emblématique oiseau,

Prête à quitter la terre, où le tumulte brille,

Si nous ne forgeons pas un idéal nouveau.

 

Ne cherche point, ma fille, à conquérir le monde,

Mais soutiens les combats dont l'esprit répondrait

Aux sentiments d'entraide et d'amitié profonde:

Alors, le ciel morose, enfin s'éclaircirait.

 

Peut-être y verrais-tu, l'angoisse étant finie,

Un merveilleux bonheur entraîner avec lui,

La colombe de paix veillant sur l'harmonie

D'un monde fraternel où la discorde a fui.

René Lallement

 

Scènes de plage

Au chevet de l’été, près des vagues mourantes

Sont alignés les corps, les bras posés en croix

Sur la blancheur des peaux, où la rougeur s’accroît

S’incline l’or du jour, aux heures flamboyantes.

 

Des bustes généreux, dévoilant leurs rondeurs

Où vient jouer le vent aux instants d’effeuillage

Attisent les regards des mâles sur la plage

Tant il est bien connu, que l’homme est un voyeur.

 

Mais comment résister, à la vue des ondines

S’élançant presque nues pour plonger dans les flots.

A trop les contempler, étendu sur le dos

Le soleil sur mes yeux, a grillé la rétine…

Poète inconnu

  

   Poete-Colettebis-copie-2.jpg

 

L'idée

La vague eut l’idée de ciseler l’écaille

l’écaille de façonner l’œil.

L’œil regarda la terre

la terre reçut l’empreinte.

Le vent eut l’idée de modeler le souffle

le souffle de s’élever en cri.

Le cri chercha le ciel

le ciel imagina l’envol.

Le pas eut l’idée d’atteindre l’horizon

l’horizon d’éclairer l’espérance.

L’espérance rencontra l’amour

l’amour engendra l’enfant.

L’enfant eut l’idée de composer des signes

les signes de s’épanouir en mots.

 

Les mots formèrent des vagues

signèrent de leurs empreintes

l’ivresse de leurs ailes

c’est la que la vie eut l’idée

de me faire naître.

 François Fournet

   

Premier amour

A l’ombre des regards s’effeuillaient les mots tendres

Chaque baiser volé s’enlaçait aux soupirs

Mon cœur en ce bel âge où chante l’avenir

Aux mailles de l’amour s’était laissé surprendre.

 

Dans le jardin secret de nos premiers serments

Où frémissait encor sa frêle chrysalide

Les jours n’existaient plus, quand ma douce sylphide

M’offrait l’or de ses yeux aux mille chatoiements.

 

Un jour, ma belle amie a déployé ses ailes

Pour prendre son envol vers un futile ailleurs

Je garde le parfum, aux rives de mes pleurs

De ces printemps perdus, lorsque je pense à Elle.

Jean-Pierre Michel

Concert bouquet

 

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 08:00

pleine-lune-nuages.jpg Photo Roger-André Halique

Roger-André Halique, Yvonne Oter et François Fournet sont les invités du jour. Diana Krall les accompagne avec "Temptation"   

 

Le rêve

Prévaut l'ombre de mes nuits

Aux jours de désolation.

Mieux valent ses illusions

Au froid constat du midi

De l’hivernale clarté.

   

Quand les ailes de mes rêves

A bord d'un char de nuages

Attelés à mes poèmes

En leurs galops étoilés

M'entraînent dans leurs voyages

   

J'y vais quérir la lumière

En la blanche cour de Vénus

Pour y rechercher la femme

Qui fut ma chaleur d'hier

Au temps béni de mon âme

   

Si le sommeil m'en dévoile

Ne fut-ce qu'une vision brève

Je le préfère à mes matins

Quand l'éveil d'un nouveau jour

Me sert son lot de chagrins.

 Roger-André Halique

 

 

Voici le temps venu.

"Ma mère, voici le temps venu

D’aller prier pour mon salut

Les sots sont revenus."

 

Voici le temps venu

des gens farcis de certitudes

qu’ils veulent à tout prix

faire partager aux autres.

Tous les moyens sont bons,

la presse, la radio, la toile,

un film, un livre,

certains ne reculant devant rien

pour propager leur bonne parole.

Leurs certitudes doivent devenir le credo universel.

 

Voici le temps venu

des ratés, des désabusés, des frustrés.

Oh, s’ils n’ont pas réussi,

ce n’était pas qu’ils étaient sans talent

c’était les "autres" qui en manquaient

pour être à même de comprendre

l’immensité de leur génie.

Alors, il faut "les" éclairer,

"leur" expliquer,

"les" déniaiser,

afin qu’ils ne laissent plus passer

l’opportunité de s’améliorer.

 

Voici le temps venu

des tartuffes

des faux-monnayeurs

des faire semblant

des gurus

des menteurs.

Et de leurs victimes,

les naïfs

les purs

les gogos

les enfants

les candides.

Et les premiers clament, déclament, proclament.

Et les seconds écoutent, béent, admirent.

Tandis qu’une nausée d’abord vague

s’insinue

et monte allègrement en puissance

aux creux de mon corps

de mon esprit

de mon âme.

 

"Ma mère, voici le temps venu

D’aller prier pour mon salut

Les sots sont revenus."  

Yvonne Oter 

 

Toucher le soleil

 

Au cœur de cette vie

tu ne crois pas pouvoir saisir

les astres dans le ciel

ni la lune qui rêve,

ni l’étoile qui rit

et danse sur ton ombre.

Il est pourtant si simple

de poser le soleil

dans le creux de ta main,

de caresser la lune

tremblante sous tes doigts,

de pianoter sur chaque étoile

ainsi qu’autant de notes

d’un même clavecin.

Il faut peu de chose, bien peu.

Ouvrir tes sens

aux grand large des yeux,

éclore ton regard

sur le moindre reflet,

élargir tes deux bras

pour élever ton ombre

aux dimension de l’être.

Il suffit d’allumer

un matin de tendresse

au désir d’accueillir.

Il suffit de si peu,

sans doute d’écouter

plus longuement,

plus doucement

le chant des galaxies

qui brûlent sur la terre :

les regards rencontrés.

François Fournet

 (poète, comédien, animateur radio)

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 08:00

concert-5bis.jpg

Nora Luka, de Monika Juhasz-Miczura et Gipsy Star se joignent à nos poètes du jour, Louis Delorme, Jean-Pierre Michel et un poète inconnu... 

Les mots

J'ai mis des mots sur tout ce qui me touche

Les jours heureux, les moments de malheur...

j'en ai brodé de toutes les couleurs,

J'en ai semé mon chemin et ta couche.

 

Les plus acérés ont parfois fait mouche:

Ils n'ont pas dit ma rogne avec des fleurs;

J'en ai trouvé pour apaiser tes pleurs

Mais les plus doux sont sortis de ta bouche.

  

Ils ont tissé, tant les tiens que les miens,

La vie durant, d'indéfectibles liens

Et nos enfants les ont dans leur bagage...

 

J'en ai gardé pour la soif et la fin,

Pour agrémenter notre long voyage

Mais le plus beau, c'est celui de la fin.

 Louis Delorme

 

Songe d'été 

Lorsque la nuit m’emporte au rivage des rêves

Où s’effeuille ton corps sous la beauté des cieux

L’éclat de ton sourire est comme un or précieux

Que vient cueillir l’amour au sable blond des grèves.

 

Aux murmures de l’onde, où dorment les fonds clairs

Scintille dans tes yeux le reflet des étoiles

Quand sur les flots dansants, au loin, voguent les voiles

Et frissonne ta peau au souffle de la mer.

 

A l’heure vaporeuse, où l’aube frôle l’ombre

S’éteignent les élans de nos secrets désirs.

Je garde le parfum d’un vivant souvenir

Lorsque dansait la houle au flanc des vagues sombres.

Jean-Pierre Michel

 

L’homme

Sous l’alcôve du ciel, pour des plaisirs sans fin

Ce fieffé polisson vient brûler sa jeunesse

Où le corps est offrande aux sublimes caresses

Dont la femme à tout âge, aime le doux parfum.

 

Chaque instant est propice aux folles aventures

Pour en goûter le fruit, sur les belles en fleurs

Où mordillent les mots, au charme ensorceleur

Dont la nuit innocente, écoute les murmures…

 

Mais aux jeux de l’amour, déclinent les élans

Quand le souffle du temps, fait vaciller la flamme.

L’homme, le corps en deuil et la tristesse à l’âme

Voit l’ultime lueur, s’éteindre sous les ans.

Poète inconnu

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 08:00

Concert-4-copie-1.jpg

Yvette Bonnaric, Louise Debrakel et  Paul Athanase sont à l'affiche aujourd'hui.

Le barman a choisi "Misty" d'Ella Fittgerald pour les accompagner... 

 

Accueil 

Accueille, dès le seuil, celui qui vient te voir.

Qu'importe sa couleur ! Offre ta gentillesse,

La nappe du festin, la coupe de l'ivresse ;

Parfume l'eau du bain pour bien le recevoir. 

 

Avance les coussins pour qu'il puisse s'asseoir.

Fais entrer le soleil pour dorer l'allégresse,

Pose, auprès de sa couche, un livre de sagesse,

Quand son regard se voile aux approches du soir.

 

Approuve son ascèse en disciple crédule.

S'il aspire au silence, arrête la pendule,

Ouvre-lui ton piano, s'il désire chanter.

 

Allège ses tourments, que ton âme les porte !

Un champagne rosé saura bien enchanter

Celui que le destin conduisit vers ta porte.

Yvette Bonnaric

 

 

Le bonheur

Oh ! quel bonheur d'être malade

Et de pouvoir penser à vous!

J'ai dans l'oreille des cascades

De tintements et de mots doux.

 

Quand la fatigue me rend sage

Je lève les yeux et souris

Au reflet de votre visage

Penché au dessus de mon lit.

 

Et voilà qu'une horloge sonne

Et je crois que c'est votre voix

Et comme je ne m'endors pas,

 

Mes cheveux font, qui se dénouent,

La caresse chaude et si bonne

De votre main contre ma joue.

Louise Debrakel

 

Une simple photo  

Jamais je n'oublierai cette simple photo

Qui m'a si bien parlé sans l'aide d'un seul mot.

Un enfant qui dormait dans les bras de son père,

D'un sommeil apaisé qui gardait son mystère...

 

Et son père, attendri, ne le regardait pas...

Interrogeant le ciel, perdus dans l'au delà,

Ses yeux devaient chercher, dans un rêve incertain,

Ce que serait sa vie...quel serait son destin...

 

Peut-être rêvait-il, mais ses yeux traduisaient

A la fois son amour et sa sérénité.

Une simple photo...un moment d'émotion...

 

Un sentiment diffus entraînant la question :

Qu'y a t-il d'aussi beau qu'un sourire de mère?...

Je le sais à présent. C'est le regard d'un père.

Paul Athanase

 

 

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 08:00

Concert-3.jpg 

Jean Calbrix, Madeleine et René Lallement sont les invités de ce 3ème jour de fête. Abd Al Malik les accompagne avec "Gibraltar"

 

Mumba

Que fais-tu là, Mumba, sur la mer en furie  

Loin des tiens, ta mangrove et tes palétuviers ?

Tu revois ta promise aux grâces de pluviers ;

Pour elle tu t'en fus en pleine pénurie

 

Gagner quelques euros, palliant l'incurie

Du petit homme blanc, le nez dans vos viviers,

Interdisant la pêche et tous vos éperviers(*),

Vous laissant affamés, meurtrière aporie.

 

Déjà tu vis au loin les côtes d'Occident,

Heureux, touchant au but, indemne d'incident.

Dans ta coque de noix, ton coeur était en fête,

 

Et tes espoirs voguaient au gré des flots courants.

Hélas ! le vent rageur déchaîna la tempête ;

Et l'on te repêcha, mort parmi les mourants.   

(*) Filets de pêches. On dit aussi pêcher à l’épervier

Jean Calbrix 

 

Fait d'hiver

Parfois, quand il est dit que l'âme humaine est noble

Le doute m'est permis devant de tels propos

Lorsque ce jour d'hiver, j'ai vu dans le métro

Devant la main tendue, les gens les plus ignobles.

 

Face à l'homme brisé, marqué par la galère

Venu leur demander de quoi calmer sa faim

Ils ont jeté l'argent, comme un os à un chien

En riant de plaisir, quand il roulait à terre.

 

A ces êtres abjects, je veux crier bien haut

Connaître la misère est une tragédie

En rire sans pudeur, c'est humilier la vie

Je le pense et leur dit, - vous êtes des salauds -

Madeleine

 

Mépris

Puissants qui perturbez la terre,

Jamais vous ne serez pleurés.

Morts, deviendrez vile poussière,

Puissants qui perturbez la terre.

 

Pour avoir semé la misère

Par vos rêves démesurés,

Puissants qui perturbez la terre,

Jamais vous ne serez pleurés

René Lallement 

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 08:00

Concert-2.jpg

Olivier FURON-BAZAN

est président de la Société des Auteurs et Poètes de la Francophonie, fondateur de la toute nouvelle Fédération Internationale Artistique et Poétique de France, lauréat du grand prix de la poésie francophone pour le recueil LOVE A TOI (2009) 

Nous lui offrons "Live in the desert" de Yair Dalal 

 

 

Rêverie vocale

 

Ta voix éloignée flottait au vent de l'éternité !

Elle est là, permanente, parfois vacillante

Voulant guider mes paroles défaillantes

Pour provoquer l'osmose et notre pérennité !

 

Ton corps est aussi un rêve après tant d'absence,

De jours ombrageux et de semaines décourageantes,

Enfin les lucarnes de la vie s' entrouvrent changeantes

Pour battre la campagne inconnue avec décence !

 

Ta voix si fragile découpe de longs silences

Sans doute, libération des chemins de la naissance

Et des grands bonheurs à l'approche d'une renaissance

Acquise lentement, parfois avec insolence !

 

Ton corps si douillet a choisi la rue de la liberté

Tes yeux ne sont plus que deux simples pétales,

Parmi les fleurs d'un printemps végétal,

Dans l'attente de célébrer la douceur de l'été.

 

Ta voix préfère le sacré et son silence ;

Ton corps, celui d'un égarement vers la Liberté !

Mais ton histoire est un amour d'une frivolité

Qui s'écrit sans générosité et dans la turbulence !

 

 

L'AZUR CÂLIN....

 

Love, tu es ma douce et belle obsession

Ton retour dans mes rêves solitaires et mes pensées

Devient aussi vivace que ce lierre au fastidieux passé

Me couvrant de ses chaînes d'un bagne sans pression.

 

Love, tu es ma fée à la baguette sans mesure

Accompagnée délicatement et avec modération

Par les hymnes à la joie sans aucune conjuration

Frappant mes sentiments sans démesure.

 

Love, tu es mon soleil de demain et de mes rêves câlins

Ton esprit est là, ouvert avec ravissement à ta flamme

D'un soupir mesuré, accompagné de ton oriflamme

Aux couleurs tendres de l'océan azur et cristallin.

 

Love, tu es le miroir de cette folle tendresse,

Ton corps moitié nu est un rappel aux espérances

D'une félicité sans retour, en oubliant les souffrances

Et déshérences pour un futur à vivre sans paresse.

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