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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 08:59

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Christine Jeanney est une vagabonde éclairée. Une personne qui aime aller et venir dans le monde. Le sien et celui des autres. Celui qu'elle voit, qu'elle respire ou qu'elle invente. Celui qu'elle raconte en quelques mots. Elle n'en fait pas tout un roman. Pas le temps ou pas la tête à ça, c'est égal. Dans ses voyages, elle rencontre des gens qui sentent l'épicerie, la quincaillerie ou l'arrière-boutique. Ils sont beaux ou pas, capables de faire valser des cœurs ou se perdre dans la contemplation d'un grand poème sans titre et sans coupure.

Cela commence par un rien. Une grande surface. Des gens font leurs courses. Elle les surprend au commencement, quand ils n'en sont qu'à regarder le contour des choses. Elle les suit et poursuit une étrange intention, quelque chose qui ressemble à une rêverie, à une conjonction des sens. Elle éprouve avec eux l'inconstance et la frivolité, flaire les petits bonheurs et pressent les mauvaises humeurs. Elle combine toutes sortes d'alambics pour mettre en lumière ces choses-là. A force, elle en connaît un rayon. Elle circule, elle croise, elle écoute, elle s'approche, se frotte les yeux, elle sourit, sourcille ou tressaille, des idées lui viennent, on a l'impression qu'elle prospère, qu'elle fleurit, qu'elle s'emplie de soupirs, de gouttelettes d'amour. Elle se fait un peu peur aussi, à l'occasion. Parfois elle se sent étrangère, elle ralentit son pas et hésite avant d'emboîter celui d'un inconnu, comme si ses jambes étaient trop frêles ou comme si elle avait le sentiment de faire des choses qui ne ressemblent à rien. Cela ne dure pas. Elle se remet en course, se laisse transporter dans des zones de non-parole, attrape un signe en passant, finit toujours par surprendre celui qu'elle ne cherche pas, par saluer celle qu'elle ne connaît ni d'Eve ni d'Adam.

Lieu d'aventures improbables où le souffle de la vie se déploie dans le manque, le supermarché devient avec Christine Jeanney un véritable poumon de créativité. Elle est publiée chez Quadrature, un éditeur ambitieux et clairvoyant.

 

Une heure dans un supermarché  de Christine Jeanney aux Editions Quadrature, 128 pages, 16€ 

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 09:00

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Nous poursuivons imperturbablement notre saga selon laquelle foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux, dont nous entamons le quatrième volet bon pied bon œil, enfin c’est vite dit, n’est-ce pas, tout dépend du point de vue depuis lequel on envisage les choses.  

 

Comment bien foirer son voyage à l’étranger

  par Ysiad

 

Vous voulez partir ? Avec la petite famille ? Tous ensemble au Canada durant quatre semaines, par exemple ? C’est parfait. Commencez par confier le chat aux beaux-parents qui se feront une joie de le garder, il est si gentil, si aimable ce chat, puis surfez sur Internet à la recherche du meilleur prix, au besoin prenez le comparateur qui vous trouvera le meilleur des meilleurs prix de tout le monde entier, et dégainez la carte. Crac. Boum. Quatre places, vous les avez, c’est un charter pour le Québec, c’est bien. C’est un peu moins bien quand vous découvrez que compte tenu du meilleur prix vraiment pas cher du tout, il y a tout de même une petite escale qui n’était pas prévue à Tombouctou. Pourquoi Tombouctou, ma foi on n’en sait rien, on n’est pas là pour répondre à toutes les questions, demandez au pilote stagiaire, c’est la première fois qu’il lit une carte du ciel, c’est pas évident avec tous ces trous d’air. Donc Tombouctou sur le tarmac pendant huit heures, puis redécollage vers Québec où vous récupérerez soixante douze heures après avoir quitté la France une superbe voiture américaine sur le volant de laquelle le conjoint pose deux mains volontaires. Pas touche. La conduite, c’est une affaire d’homme. Maintenant roulons. Roulons, roulons, roulons jusqu’à la magnifique région du Saguenay où le chalet que vous avez loué dans un lotissement vous attend. Il est mignon tout plein ce petit chalet dans ce centre de vacances, et il est fort bien équipé contre les risques d’incendie. Si bien équipé qu’à l’instant où vous allumez une cigarette sur la terrasse en contemplant le lac Saint Jean à la tombée du jour, une sirène se met à hurler si fort qu’elle provoque un rassemblement de pyjamas sur la pelouse du centre. C’est qui qu’a fait tout ce bruit, nom d’une pipe, on peut pas être tranquille, encore des Français. Vous ne pouviez pas savoir, vous promettez qu’à l’avenir vous allez arrêter de fumer, c’est vrai, ça, comment peut-on fumer entouré de grands espaces, c’est une honte, vite en voiture vers les Laurentides chez les amis qui attendent la petite famille, les enfants dormiront sous la tente si le temps le permet. Et le temps le permet. Les enfants dorment sous la tente malgré la grosse tempête de vent qui s’est levée au petit matin, et qui vous a fait vous lever, vous aussi. Vous courez, très inquiète, dans le jardin, la toile de tente s’est envolée, les enfants sont ravis, ils font des cabrioles sur l’herbe, dommage que vous rappliquiez avec vos recommandations, on s’amusait si bien sans toi Maman, on a même vu un ours, il était grand comme ça. Stupeur. On vous confirme que oui, il y a effectivement des ours, quelques-uns, et aussi des castors, beaucoup, mais plus beaucoup d’indiens, c’est dommage. Tout compte fait, mieux vaut choisir des endroits où l’on peut voir des indiens et des ours derrière une vitrine. Un musée par exemple. C’est bien, les musées, c’est très bien pour se cultiver, il y en a beaucoup au Canada. Au hasard, le grand Musée des Civilisations. Qui est si bien organisé que des gardiens vous attendent à la sortie pour vous prier de rappeler à votre fils de reposer le totem à tête de mammouth à sa place au deuxième étage entre les masques sacrificiels et les calumets, merci infiniment. Continuons la visite de ce beau pays en faisant un détour par les Chutes du Niagara, drôle d’idée mais les enfants ont tellement insisté, donc les Chutes par trente-cinq degrés à dix heures du matin au milieu d’une foule cosmopolite qui lèche des grosses glaces coulantes, et qui embarque avec vous sur le Maid of the Mist. Attention ça tangue, ça tangue tellement que les enfants vomissent à l’un et l’autre bout du bateau pendant qu’une américaine fait tomber sa glace sur vos nouvelles bottes que vous n’avez pas eu le temps d’imperméabiliser. Trente dollars pensez-vous, c’est tout de même un peu cher pour se faire rincer au pied des chutes et rentrer au motel trempés, avec l’impression de tanguer sur une mer déchaînée, mais enfin. C’est pour les chers petits. Il faut leur faire plaisir. Ils aiment tellement l’eau. Ils ont toujours aimé l’eau, et comme s’ils n’en avaient pas encore eu assez, les voilà qui courent déjà à la piscine située au sous-sol du motel pour essayer un nouveau truc, le jacuzzi à vapeur. Circulaire. Deux mètres de diamètre à peine. Qui est occupé par un type au facies de Sumo. Enorme. De cou, point. La tête posée directement sur des épaules d’éléphant. Il barbote. Il est bien. Il ne veut pas être embêté. Et surtout pas par des enfants, en l’occurrence les vôtres. Les enfaaaants ! Vous avez beau les rappeler à l’ordre, ils ne vous entendent pas, ils sautent dans le jacuzzi et s’amusent à éclabousser le sumo, qui commence à devenir vraiment très rouge, mais fais quelque chose, enfin, Georges, (votre mari peut très bien s’appeler Georges, la loi ne l’interdit pas), fais quelque chose, nom d’un Iroquois. En voyant Georges qui s’avance d’un pas hésitant, le sumo s’extirpe du bain de vapeur. Lentement. Pneu par pneu. Il fait deux mètres. En largeur comme en hauteur. Georges, un mètre soixante-quinze. Ou seize. Guère plus. Et seulement en hauteur. Bon. On va écourter les barbotages, les enfants, sinon le monsieur va se fâcher. Allez. Cap sur Montréal. C’est préférable.

 

Donc Montréal, à l’hôtel que vous ont conseillé les amis des Laurentides, où vous avez réservé une chambre à quatre lits, et où il est temps que vous fassiez escale. Grand temps. Georges n’en peut plus. Il en a un petit peu marre de toutes ces conneries. On met un frein au gros délire, là. Ça va bien comme ça. Demain il fera jour. Bonne nuit. Le lendemain, vous vous levez, et c’est avec une énergie toute fraiche que vous empoignez les pans de rideaux et les tirez sur la tringle, qui se tord et se décroche dans un bruit net, réveillant d’un coup les enfants. Vous essayez de réparer la bévue. Georges prenant sa douche, vous avez donc quinze minutes devant vous pour raccrocher cette putain de tringle, et vous grimpez sur le dossier du canapé, soutenant la tringle à deux mains comme s’il s’agissait d’haltères, avec les rideaux qui pendent à chaque bout. Un peu plus tard, Georges pourra sortir du bain en sifflotant et voyant sa progéniture hilare, il dira : Vous, les enfants, vous avez une tête à avoir fait des bêtises ! Et les deux répondront en chœur : Pas nous ! Tourne-toi Papa !

 

Et là, bérézina.

Allez. On rentre au bercail. Fissa.

 

Mais si par miracle, avant de régler la location de la voiture, votre carte bleue est goulûment avalée par le distributeur automatique de l’aéroport, alors seulement, le voyage aura été bien foiré.

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 09:47

maitre temps

A l'heure du remaniement, le grand horloger et quelques uns de ses fantômes 

 "L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer
Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger."

Voltaire

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 19:28

Xylocope.jpg

Il est des personnes qui écrivent comme elles respirent et ils en est d'autres qui, toujours pour écrire, tâtonnent, fouillent, interrogent pour finalement se laisser surprendre par un bruit, un trait de lumière, un ange...

 

Xylocope

 

Ah ! qui dira l'angoisse aux noirceurs de vitrain

Du poète émotif devant la page blanche ?

L'idée est là, c'est sûr, mais rien ne se déclenche.

Il est comme une gare orpheline d'un train.

 

Et puis vient une ligne, une rime, un quatrain.

La page se recouvre et c'est déjà dimanche.

Mais voilà que son vers boitille et se déhanche,

Bloquant net son allant et tout son bel entrain.

 

Il chiffonne la page et de nouveau s'élance,

Il griffonne une phrase, et c'est encor malchance.

Son stylo le trahit, pauvre vieux aux abois.

 

Et soudain sous sa plume, il ressent la caresse

D'un insecte or et noir sourdant du sombre bois ;

Ô, qui saura conter son bel instant d'ivresse !

 

  Jean Calbrix

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 13:38

premiere-pierre-bis-copie-1.jpgpremiere-pierre.jpg

 

L'aube arrive comme une intruse sur la prison. Des poings anonymes frappent les murs. Dans un obscur nuage de poussière, une femme sort de sa geôle. On la conduit au point qui la soustraira au ciel. Elle se tient droite malgré les fers. Ses yeux sont déliés et toisent le monde. Vient le moment où son regard percute celui du gardien. Un homme en pleine force. Des baisers et des promesses lui reviennent en mémoire. Elle aimait tant ce goût de fruits interdits. Elle chérissait tant cette bouche qui ne surveillait pas les mots. L'homme ne veut pas voir, ni sentir, ni goûter à rien. La lumière et l'ombre se défient. Il ordonne qu'elle se couvre. Elle s'attarde. Le fouet la brûle quarante fois. Ses jambes ne se dérobent pas. Elle garde la douleur nouée au fond de la gorge. Elle repart, les yeux grands ouverts. Sur le chemin, les passants sont nus comme des vers. Des vers affamés qui attendent une bouchée de terre. Quelques larmes soulagent leur dénuement. Aujourd'hui est jour de piété. On distribue du sang et de la cendre. Des pelletées entières d'yeux se décrispent. L'excitation fait briller les corps.

De plus en plus d'hommes et de femmes prennent goût aux sacrifices. Ensemble, ils creusent la terre en marmonnant des prières. Des pierres aux arêtes effilées passent de mains en mains. Ces pierres-là sont précieuses. Les plus fervents se les approprient. Bénies par le Tout Puissant, elles seront brandies à la cérémonie. Consacrées pour l'expiation.

Sur la place des pénitents, le seigneur a dressé un paravent à miroirs. Une voix prononce l'oraison.

Elle s'est détournée de l'eau et de la terre et a vendu son âme au feu. Un serpent a fendu son hymen et enivré son cœur. Le reptile s'est gonflé d'orgueil en buvant le sang de ses entrailles. Son visage est pour toujours barbouillé de chaux et de suie. Qu'elle soit traînée à la chaîne des mourants !

Des hommes broussailleux la jettent au sol. Elle se prosterne et tend sa croupe ceinte d'un foulard. Amoureuse prise dans la nuit du corps religieux, elle attend qu'on lui jette la première pierre.

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 13:33

douce nuit

Comment bien foirer sa nuit

 par Ysiad 

   

Nous continuons notre série selon laquelle foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux, avec aujourd’hui un troisième volet qui traitera de l’inconvénient de vouloir dormir la nuit.

 

 

Commencez par rêver d’une nuit réparatrice. Rien de tel qu’une bonne nuit pour vous remettre des innombrables gags de l’existence qui vous assaillent dès que vous avez posé un pied hors du lit. Non parce que franchement, la journée a été sacrément salée. Vous avez attendu le métro vingt minutes sur le quai avant de vous ruer à l’intérieur d’une rame bondée de gens qui vous ont écrasé les orteils, vous avez reçu trois mails en latin du chef de service, qui aime beaucoup se distinguer en écrivant : merci de faire plus que le minimum minimorum, quel petit farceur tout de même, il faut être énarque pour écrire des choses aussi poilantes, le photocopieur couleur s’est bloqué juste au moment où vous imprimiez vos photos de vacances, flûte alors, c’est gênant, enfin bref, une bonne nuit, ça va vous requinquer, et vous commencez par changer les draps. De bons draps bien frais prédisposent au sommeil, c’est ce que disait votre grand-mère, et sur cette bonne devise bien sensée vous aérez la chambre, retapez les oreillers, passez l’aspirateur, ramassez la poussière à quatre pattes, allez, du nerf, épuisez-vous bien à nettoyer la pièce, et chassez-moi ce chat couché sous la couette. C’est un peu difficile, c’est vrai, avec ces grands yeux pâles qui vous regardent d’un air contrit, mêlé de ce petit quelque chose qui insinue que vous feriez vraiment mieux de le laisser tranquille. Ne cédez pas devant cette stratégie féline ! Surtout pas ! Pas de pitié pour cette grosse fourrure tiède, ce pacha voluptueux qui couve sur tout ce qui est mou et doux, coussin, oreiller, couverture, peau de mouton, écharpe de laine, tapis de bain, bonnets d’hiver. Zou le chat ! Ouste ! Du balai ! Ce gros père a semé des poils partout sur le drap du dessous, pas gêné. Ce soir-là, soyez impitoyable, et prenez de bonnes résolutions. Nourrissez-le aussi tard que possible, en vous rappelant que la vétérinaire a dit que les matous devaient faire dix-huit petits repas par jour, et non se jeter voracement sur leur gamelle comme le vôtre, qui est beaucoup trop gras. Ne vous a-t-elle pas vanté les bienfaits des croquettes allégées ? N’avez-vous pas porté à bout de bras en tirant la langue six kilos d’allégé, pour que cette grosse fourrure perde un peu de cette brioche qui essuie la poussière ? Qu’attendez-vous pour l’ouvrir, ce paquet acheté expressément pour le tigre ronronnant qui vient frotter sa tête contre vos jambes au risque de vous faire choir ? Attendez vingt et une heures trente pour verser. Petit à petit. Croquette par croquette. C’est fastidieux, mais le succès est au bout de l’effort… Dreling, dreling, dreling. Pas plus de six croquettes par prise. A vingt-trois heures douze, le bol doseur est vide, vous avez un peu sommeil, le chat est parti se réfugier sur le canapé, et la nuit, la douce nuit est à vous.

 

Préparez vous une bonne tisane aux plantes, prenez le code du commerce en latin, lisez les deux premières pages, bordez bien le conjoint pour qu’il ait bien chaud, éteignez et dodo. Là. Il est pas doux, l’oreiller ? Ils sont pas frais, les draps bien propres ? Ah ! La bonne nuit que vous allez passer… jusqu’à trois heures douze du mat’. Le chat affamé a bondi sur le lit. Oreilles couchées, moustaches écartées, babines frémissantes, il s’approche sur ses grosses pattes griffues. A mi-parcours, il s’arrête et miaule. De plus en plus fort. Ouh, l’ignoble matou. Vous temporisez. Bâillez. Il est encore trop tôt pour les braves, grosse bête. Mais le matou ne l’entend pas de cette oreille. Il n’aime pas trop qu’on l’appelle grosse bête, voyez-vous. Il est assez chatouilleux sur ce point. Voire très susceptible. Vous avez remué, il ne vous lâchera plus. Il vous piétine en exécutant sa danse du lait. Passe et repasse sur votre estomac, mais comme vous faites la morte, voilà qu’il se venge sur le conjoint en lui mordant ignoblement les pieds. Vous vous levez, titubant derrière l’animal qui se dirige d’un trot nerveux vers sa gamelle. Vous la remplissez à ras de croquettes allégées et retournez vous coucher en vous retenant au mur.

 

Mais si, par miracle, le portable sonne à quatre heures vingt-deux pour vous annoncer qu’il vous reste un euro de crédit et qu’il est temps de recharger le forfait, cette fois c’est la bonne, la nuit est bien foirée.

 

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 19:19

Aujourd’hui, dans la série "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous abordons l’entretien annuel. Nous savons tous que l’entreprise broie les êtres humains, qui savent eux aussi très bien s’entre-déchirer ; mais il existe un autre type d’avanie qui expose le salarié à un sabordage en règle, pour peu qu’il soit un peu émotif, un peu mal à l’aise, un peu impressionnable, tout cela formant un mélange assez difficile à maîtriser au moment crucial.

foirer entretien  

Comment bien foirer son entretien annuel

par Ysiad

 

 
Le jour de l’entretien annuel, (que l’on fixe en général en début de soirée, lorsque la lumière baisse et que la fatigue monte), commencez par aller vous acheter une paire de chaussures. Cela peut paraître étrange, mais quoi de mieux pour se remonter le moral avant l’épreuve qu’une paire de chaussures neuve pour vous assurer une base solide ? D’autant que vos pompes laissent cruellement à désirer, et que vous ne pouvez pas décemment vous présenter devant le Président avec des grolles aussi avachies. Leur bout est tout râpé, elles bâillent, le cuir gode, le talon se détache de la semelle, elles sont bonnes pour la poubelle. A l’heure du déjeuner, accordez-vous du temps pour lécher les vitrines, et entrez dans la seule boutique qui présente des modèles en solde. Une aubaine. Et en plus elles sont jolies, ces petites chaussures noires dont le talon n’est pas trop haut. Essayez-les, elles vous vont, leur prix est sacrifié, la vendeuse vous a confirmé qu’il ne restait plus qu’une paire de ce modèle, " qui s’est très bien vendu ", alors raflez-la, chaussez-vous avec, bazardez votre vieille paire et on en parle plus. Là. On se sent mieux, non ? Au moral, oui, on se sent beaucoup mieux. Au physique, c’est un peu moins ça. Vous remontez la rue avec difficulté, le cuir neuf frotte contre le cou-de-pied, le talon, les orteils, saloperies de godasses. A peine avez-vous poussé la porte de l’entreprise que la douleur monte d’un cran. Bon. Ça va passer. Ça va forcément passer. Il faut que ça passe, et plus vite que ça. Malheureusement, ce jour-là, il y a beaucoup de photocopies à faire et beaucoup d’allers-retours de votre bureau jusqu’au photocopieur, ce qui n’arrange pas les choses. Pas du tout. La situation s’aggrave. Vos talons sont constellés d’ampoules qui ont déjà beaucoup enflé, on dirait des dos de méduse. C’est pas la joie. Déchaussez-vous, tant pis. Il vous reste une heure à attendre avant d’entrer dans le bureau du Président qui n’est pas à prendre avec des pincettes. Il faut vous montrer sous votre meilleur jour, avec un sourire avenant et beaucoup de décontraction dans les gestes, c’est ainsi que l’on détend l’atmosphère. Souffrez en silence en regardant vos orteils rouges autour desquels la peau est salement amochée. Le téléphone sonne pour vous prévenir que le Président vous attend. Plus le choix, il faut vous rechausser, bien obligée, et traverser le couloir en boitant horriblement sur des pieds en feu. 
 
Le Président est là, mâchoires contractées comme à son habitude, il est bientôt dix-neuf heures et franchement, il n’a pas que ça à faire, le Président, ça se lit tout de suite sur son visage. Avancez-vous en serrant les dents et asseyez-vous sur le fauteuil qu’il vous désigne. Allez, on lui fait une risette, ça peut pas nuire. Il est super intimidant, ce type, avec ses petits yeux bleu acier qui vous examinent comme si vous alliez lui demander de doubler votre salaire. Vous n’allez rien demander du tout, ce n’est pas le moment, la douleur pédestre est insoutenable, vos pieds sont tellement comprimés qu’il n’est pas dit que vous n’explosiez pas à la fin de l’entretien, c’est intenable. Enfin. Pour l’instant, vous déballez les réalisations que vous avez menées à bien tout au long de l’année et qui ont considérablement étoffé le cadre de vos fonctions, du moins l’estimez-vous, et vous poursuivez sur cette lancée, même si le Président regarde maintenant sa montre, une Rollex, c’est normal, il est Président et il a plus de cinquante ans, et puisqu’il étudie avec intérêt la course des aiguilles sur le cadran de sa grosse Rollex en or, profitez-en pour jeter discrètement un coup d’œil à vos pieds en les dégageant délicatement de leur gangue de cuir. Attention. Pas de geste brusque. Flûte, dans votre hâte à vous déchausser, la chaussure droite s’est barrée loin sous le bureau, c’est la barbe, vous la rattraperez plus tard. Quant à vos pieds, ils sont dans un triste état, on dirait deux moignons tuméfiés, c’est ignoble, vous souffrez le martyre mais c’est le moment de faire une transition en enchaînant sur vos projets pour l’année prochaine, les objectifs que vous voulez atteindre. Prenez un air convaincant, sans tenir compte du fait que le Président s’en fout complètement, et qu’il vous le prouve en faisant sauter avec l’ongle de son index droit les saletés qui se sont glissées sous ceux de sa main gauche, ça fait " tic " et " poc " à chaque doigt, eh oui, on a beau être Président, on en est pas moins un gros onguiculé. Gardez un air décontract’, tout est on ne peut plus normal, la fin de la journée est propice à l’auto-manucure, et puisqu’il est si absorbé dans son opération de nettoyage, baissez-vous discrètement pour voir où a bien pu aller se loger cette putain de chaussure. Qui demeure invisible. Etirez la jambe et laisser votre pied partir à tâtons sous la table à la recherche de la grolle, c’est la barbe, où peut-elle être, nom d’une pipe en bois ? Mais voilà que le Président a braqué sur vous ses petits yeux féroces, et comme vous ne dites plus rien et qu’il attend impatiemment que vous concluiez, vous ajoutez dans un demi-sourire, à l’instant de saisir enfin avec les orteils le bord de la chaussure égarée, que vous avez terminé l’exposé. " Bon ben vous pouvez disposer !" rugit-il d’une voix terrible, et ce rugissement est si brutal qu’il vous fait lâcher la chaussure que vous rameniez délicatement avec les orteils. C’est la barbe, elle vous a encore échappé, et cette fois-ci le Président s’impatiente en vous voyant toujours scotchée en face de lui, il vous fait signe de dégager d’un geste de la main comme s’il chassait une mouche, il ne veut plus vous voir.
 
Bravo. Dans le mille. C’est foiré.
 
Et si par miracle, dans un ultime effort pour ressaisir cette foutue chaussure, vous perdez l’équilibre et tombez de votre chaise, alors seulement l’entretien sera bien foiré.
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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 09:49

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Et de ce côté là, chère Yvonne, est-ce que cela vous dirait... le temps d'un petit thé ?

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 16:33

ou est le barman

Mais où diable est encore passé le barman ?

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 12:00

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Le soir tombait. Il était à la fenêtre de la chambre d'hôtel à regarder les trains en partance. Une brise tiède soufflait.

Elle était allongée sur le lit et venait de terminer un livre. Elle était transportée.

Il n'avait pas besoin de tenir un carnet de voyage, il savait que sa mémoire était capable de toutes les inventions.

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