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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 16:18

Au café, nous avons entendu un monsieur bien propre sur lui et bien nourri dire que les pauvres nés sous le signe du cancer se développeraient par prolifération de cellules. Pour s'en persuader un peu plus, nous l'invitons à venir faire quelques pas sur les berges de l'Isère. 

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Le vrai secours aux misérables, c'est l'abolition de la misère (Victor Hugo)

Ce monsieur et bien d'autres peuvent également lire l'article de Claude Bachelier "Salauds de pauvres"

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 18:08

Tout-un-cinema.jpg

Rosetta n'était pas seulement belle de jour, il fallait la voir au couchant se pencher à la fenêtre, celle qui donnait sur la cour, et de ses yeux clairs captiver quelques forbans de la nuit. Parfois, elle descendait jusqu'à la jetée et pour les hommes qui aimaient les femmes c'était alors jour de fête. Tous rêvaient de cueillir la fleur de son secret et entreprendre avec elle un voyage au bout de l'enfer. Mais seuls les anges ont des ailes et quand un soir elle croisa un dénommé Nosferatu, il lui fallu bien accepter d'épancher sa soif du mal. Ce n'était pas pour autant le genre de femme à rester sous influence et elle fit le nécessaire pour que la bête meure sous un soleil trompeur.
De retour dans la ville blanche et malgré le mépris affiché par la femme d'à côté, une certaine Véronique qui comme elle menait une double vie et en pinçait pour ceux de la zone, elle poursuivait ses rêves de Dolce Vita.  Elle n'aimait rien tant que festoyer en compagnie de Babette, jouir avec elle d'une bonne soupe au canard et se gorger de fraises sauvages. Un soir, un train l'arracha aux lumières de la ville et beaucoup d'hommes se retrouvèrent au bord de la crise de nerfs. Fort heureusement, elle avait depuis longtemps conclu de petits arrangements avec les morts, on ne tarda pas à la retrouver en train de badiner avec les enfants du paradis.

 

Note du barman : à votre tour, n'hésitez pas à faire votre cinéma en imaginant comme il vous plaira une suite ou un nouvel épisode…

Note du barman bis : au fait, saurez-vous reconnaître les auteurs qui ont apporté leur contribution à cette histoire et qui est représenté sur l'illustration ?
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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 18:50

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50, 1200, 72000

C'est le nombre de jours, d'heures ou de minutes restants pour vous mettre à table

et écrire la nouvelle qui marquera les dix ans du concours Calipso.

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 19:09

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Un certain Gus se présentant comme un contre-pitre en rupture de cirque a déposé cette brève sur le comptoir du café. Comme il y est question de littérature et de clown, nous n'hésitons pas à vous en faire profiter.

 

Un supermarché de la culture proche du ministère du même nom a fait l’objet d’un cambriolage à son ouverture ce lundi matin. Seuls les employés étaient présents dans le grand magasin au moment des faits. Les malfaiteurs, armes au poing et cagoulés se sont faits ouvrir les coffres et, après une rapide inspection, se sont emparés d'une recette d'écriture inédite contenue dans l'un d'entre eux. Il n'y a pas eu de blessé. Aucun argent n’a été dérobé. Selon la police, le mode opératoire et un nez rouge abandonné sur le lieu du forfait laisse à penser à un retour du gang des clowns sur la scène littéraire. Devant un parterre de journalistes en ébullition, le ministre s'est voulu rassurant et a rappelé l'attachement de l'état et des entreprises au processus de création. Fidèle aux éléments de langage dispensés en haut lieu, il s'est attaché à minimiser l'importance du préjudice en évoquant la quasi impossibilité d'exploiter la palette lexicale et syntagmatique dérobée du fait de son extraordinaire complexité. Du côté des investisseurs, on ne se fait guère d'illusions et la tendance est au repli sur des valeurs moins exposées. Par le passé, le gang s'est montré capable des pires turpitudes et une recrudescence de publications usurpatoires pour le prochain salon du livre est à prévoir.

 

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 08:00

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Aujourd’hui, nous nous aventurons sur le terrain de l’âge tendre en compagnie du slogan "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", à l’occasion d’un petit baby-sitting.

Comment bien foirer sa petite séance de baby-sitting

par Ysiad

 

Cela fait déjà un petit moment que vous rêvez de gagner votre argent de poche. Vos parents ont l’impression de perdre un bras chaque fois que vous leur demandez trois sous pour recharger le portable, il est grand temps que vous ayez un peu d’autonomie ; à quinze ans, vous en êtes tout à fait capable. D’ailleurs vous avez une patience d’ange et vous adorez les enfants, c’est ce qu’ils ont dit récemment à des gens qui cherchent une gentille baby-sitter dévouée qui puisse surveiller leurs petits amours de quatre et deux ans.

Et comme la vie est bien faite, le téléphone sonne ! Ces gens-là vous demandent un coup de main vendredi soir après les cours, entre 18h 30 et 20h 30, pour distraire les petits, leur faire prendre leur bain, les faire dîner, jouer avec eux, leur lire des histoires et les coucher. C’est tout. Ce n’est pas sorcier. Ton prix sera le nôtre, a dit la mère au téléphone. Vous ne connaissez pas les tarifs, vu que c’est votre premier baby-sitting, mais bon, ça devrait s’arranger, au besoin, on arrondira.

Les amis de vos parents habitant à l’autre bout de la ville, en quittant le lycée, vous prenez le métro, puis un bus, et un autre bus. Il est dix-huit heures trente quand vous arrivez au pied de l’immeuble, essoufflée et en nage tant vous avez couru pour être ponctuelle. Le père est là, qui a besoin de silence pour préparer son intervention. Il n’a pas que ça à faire, le père, il est conférencier à l’étranger, il vous briefe rapidement dans la cuisine, vous montre où sont les provisions et la chaise haute où il faut attacher Benjamin, lequel n’est pas toujours propre, vous glisse-t-il en confidence en vous conduisant jusqu’à la chambre des gamins qui vous regardent d’un œil malin en vous voyant entrer. Blandine, Benjamin, dit-il, voilà votre nouvelle baby-sitter. Soyez sages !

Ben voilà. C’est à vous de jouer !

Blandine a quatre ans et des nattes amusantes que son frère s’amuse à tirer toutes les vingt secondes, pendant que vous leur lisez l’histoire de la chèvre trop gourmande, qu’aucun des deux n’écoute. Pourtant vous mettez le ton, mimez, amplifiez les effets de la crise de foie de la chèvre qui à la page 4 a la bonne idée de gerber toute l’herbe qu’elle a broutée sur les sabots du fermier, en même temps que Benjamin se met à baver copieusement sur votre jean tout neuf, sans doute pour imiter la chèvre. Cette histoire est répugnante, vous changez de livre, démarrez celle du loup aux grandes dents qui boulotte tous les agneaux, mais ce n’est pas une bonne idée, voilà les mômes qui se mettent à trépigner. Allez, on va faire un plouf ! déclarez-vous avec entrain. Dans la salle de bain, vous déchantez en déshabillant le petit qui a bien lesté sa couche. Le thermomètre censé prendre la température ne marche pas, l’eau est glacée. Vous ajoutez de l’eau chaude pendant que Benjamin se roule par terre de rage, il ne veut pas se baigner. Après un quart d’heure d’âpres négociations, vous l’avez convaincu, et le voilà qui barbote à côté de sa sœur. Quinze secondes se passent avant que la guerre de l’eau éclate entre les deux camps ennemis. Benjamin claque la flotte des deux mains, Blandine riposte en lui vidant un gobelet de plastique sur le crâne, ça gicle, ça déborde, y en a partout, la salle de bains ressemble à une piscine. Tu t’en sors ? demande le père attiré par le boucan. Oui, mentez-vous avec le sourire, ils se sont juste un peu amusés. Il repart d’un air contrarié, non sans vous avoir indiqué où se trouvait la serpillière, et pendant que vous jouez à Cosette, les genoux dans le marécage, les gamins se dispersent en répétant comme des perroquets deux mots composés de deux syllabes identiques, le premier qui trouve reçoit un paquet de Pampers. Alerté par les cris, le père sort de son bureau, pour voir où vous en êtes. Il faudrait les faire dîner, vous suggère-t-il d’une voix plutôt impatiente. Bon, oui, bien sûr : direction la cuisine, et qu’ça saute !

Plus qu’une heure pensez-vous, en tournant au fond de la casserole les épinards surgelés. Vous émincez du blanc de poulet que vous faites rissoler, dans un calme un peu trop parfait pour être honnête. C’est prêt !, annoncez-vous en cherchant les fruits que vous aviez posés à l’instant sur la table. Les enfants se sont réconciliés et les jettent à tour de rôle par-dessus le balcon. Va falloir vachement vous magner pour sauver une poire… Trop tard ! Elle s’est écrasée sur le trottoir ! Il ne vous reste plus qu’à séparer les complices, attacher Benjamin à sa chaise, nouer les bavoirs, remplir les gamelles, une bouchée pour Papa, une bouchée pour Maman, une bouchée pour faire plaisir à Julie, votre gentille baby-sitter, sans l’éclabousser, pas de blagues, les mioches, sinon ça va sévèrement barder ! Un quart d’heure plus tard, votre tee-shirt est maculé d’éclats d’épinards, le pyjama de Benjamin dégouline de confiture, quant à Blandine, elle a fait glisser ses morceaux de poulet derrière le radiateur. C’est la bérézina, le père vous surprend en train d’essayer de les récupérer avec une fourchette.

Bravo. En plein dans la purée. C’est foiré.

Il est bientôt vingt-et-une heures et la mère n’est toujours pas rentrée. Repli stratégique dans la chambre, en espérant qu’elle ne tarde plus. Vous êtes sur les rotules. L’histoire du matou doux, roux et mou est presque achevée quand enfin, la clé tourne dans la serrure. Il est pile la demie. Trois heures que vous suez pour les petits chéris, et c’est rien de le dire ! Heureusement, ils viennent de s’endormir.

Bonsoir, dit-elle. Je suis très en retard. Tout s’est bien passé ?A merveille, répondez-vous avec un grand sourire de pro qui a vingt ans de métier. – Parfait. Nous avons un peu de mal à trouver quelqu’un de fidèle… Ça fait combien ?Ben… Euh… Cinq euros, répondez-vous, histoire de faire un peu d’humour.

Mais si par miracle, trop contente de l’aubaine, la mère vous prend au mot et dégaine de son sac un petit billet gris tout chiffonné en vous suppliant de revenir dès vendredi prochain, alors seulement, la petite séance de baby-sitting aura été bien foirée.

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 15:58

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 1er mai en demi-teinte comme on dit à la radio  

 
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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 20:00

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A propos de "Tous crocs dehors" recueil de nouvelles de Lunatik, publié aux éditions Quadrature

Le livre commence par une série de clichés littéraires en trompe l'œil. L'auteur use de cette formidable ouverture pour activer notre rapport au mal. C'est à une question, toujours sous-jacente aux vingt nouvelles du recueil, qu'il nous propose de prendre notre plaisir : comment ça nous fait mal ? Les possibilités sont infinies bien sûr, c'est pourquoi il nous offre quelque chose d'essentiel quand on fait acte d'écriture : l'ambiguïté. Ecrire sur le mal en pensant à bien est une intention tout à fait honorable mais risquée. Le mal nous est si coutumier que bon nombre d'auteurs et de lecteurs ne font que sombrer dans un ridicule puit d'excitation fantasmatique. Ici, les pulsions sont mises à mal sans artifices. On échappe à l'habituelle mortification comme ferment du plaisir et à l'amour impossible comme force d'expansion du mal. Le pseudonyme choisi par l'auteur, Lunatik, nous éclaire quelque peu sur le côté imprévisible de ses personnages, à la fois fantaisiste et inquiétant.

On sent bien que cet homme-là a eu affaire à la cruauté et qu'il y a eu un temps péril en la demeure, celle qui constitue le moi. Seulement, le mal semble avoir été absorbé et il le recrache en toute intelligence sans chercher à séduire le lecteur avec des scènes macabres. Le récit n'est pas enflammé par la haine et si la plume se fait parfois vengeresse ce n'est que pour rappeler des choses anciennes, des événements funestes qui sont peut-être toujours à l'œuvre. On le sait, la place du mal ne saurait demeurer vide éternellement. On ne dompte pas si facilement l'animalité humaine. Aussi, comme les souffrances endurées ne sont jamais pleinement reconnues, la rancœur finit par défigurer et corrompre la raison. Pour faire taire la plainte, on attend d'un blessé qu'il s'en remette à la justice, à la psychologie ou à la religion. L'écrivain est celui qui ne répond pas à cette attente, ses mots suffisent à porter la peur qui est en lui, à éprouver son ressentiment et à soutenir sa demande d'amour. De la même manière, une histoire qui tient la route doit être un moment de vertige pour le lecteur, une occasion de se laisser prendre sans se faire happer par le comprendre et une opportunité de faire émerger d'autres lieux, de rendre lisibles quelques traces de sa propre mauvaise graine.

Avec ce premier livre, Lunatik semble bien parti pour embrasser à pleines dents la littérature.

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 18:38

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Jacques Flament et les éditions du même nom ont trouvé l'ambiance du café fort agréable au point de nous demander un petit coup de pouce pour leur appel à textes intitulé "Leitmotive, opus 2".

Je ne connaissais pas cet éditeur avant de lire une de ses dernières publications "Au p'tits bonheurs malchance" le très bon recueil de nouvelles de Dominique Guérin. Il suffit de faire un tour sur le Forum du Cercle Maux d'Auteurs et de lire l'histoire de cette publication, les messages de félicitations et les chroniques enthousiastes des uns et des autres pour être assuré que l'éditeur sait faire de bons choix.

Pour découvrir les caractéristiques de cet appel et les modalités de participation se rendre sur le site Leitmotive 
A noter que les deux phrases figurant sur la photo ont un rapport direct avec la proposition…



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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 17:28

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La porte s'est refermée irrémédiablement.

Le gardien est très attaché à son intérieur. Il sait d'où il vient et dans quoi il s'est rendu. Il se moque d'avoir une mauvaise image vis-à-vis de l'extérieur. Il a réussi à s'en sortir, à s'arracher à tout ce qui l'étouffait. Pris dans le périmètre abrupt de l'usine, il ne s'épuise pas à courir après les ombres. Au contraire, fixé au pied de la grille, il est celui qui entend les offenses et voit s'approcher les menaces.

Les jours comme celui ci, quand la rue reste déserte des heures durant, il lui arrive de fermer subrepticement les yeux et de laisser aller ses pensées vers ceux qui sont restés. Immanquablement, dans son esprit, se présente une interrogation qui le fige dans une épuisante posture : comment obéir à la nécessité de rester vigilant et satisfaire une furieuse envie d'échapper à l'immobilisation ?

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 10:58

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Comment bien foirer sa première journée dans une entreprise de consultants

par Ysiad

 

Tout en fredonnant le jingle selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous acheminons aujourd’hui d’un pas guilleret vers le monde de l’entreprise, sans pour autant faire partie de ces stakhanovistes qui triment quinze heures d’affilée dans le but de battre leur record, ou de ces drogués du boulot que les rosbifs surnomment : workaholics, et qui ne prennent jamais de vacances de peur de se faire piquer leur poste, et dorment dans leur bureau pour être certains d’être à l’heure le lendemain. Nous sommes semblables à tous ces gens qui doivent gagner leur vie, et qui espèrent cocher un jour les bons numéros sur la grille, pour pouvoir se barrer sous des cieux plus cléments.

 

Vous rêvez d’un job, un vrai, qui vous occuperait du lundi au vendredi. Vous en avez votre claque de jouer les bouche-trous pour Manpower qui vous file tout plein de missions rigolotes, comme de quoi vous éclater durant deux mois au service des factures d’un fabricant de chiottes, et voilà que de fil en aiguille et de missions d’intérim en dépannage express (au rayon des vis et des pinces au sous-sol d’un grand magasin), vous rencontrez un beau jour un chasseur de têtes, qui a forcément un job pour vous. Tous les chasseurs de têtes vous diront la même chose, c’est précisément leur boulot, ils arrivent au grand galop sur leur char avec un casque d’or sur la tête, vous ramassent au passage et vous disent : j’ai exactement ce qu’il vous faut, et vous voilà embarquée dans toute une batterie de tests linguistiques, d’analyses graphologiques, de problèmes de logique qui vont durer des semaines, pour finalement déboucher sur une proposition mirobolante consistant à rejoindre l’équipe des assistantes multilingues de Roger Dublé. Attention. Roger Dublé n’est rien moins que le Président d’une multinationale renommée de consultants, située au cœur d’un très beau quartier de Paris, à un jet de pierre des Champs-Elysées. Boum. Vlan. Crac. Le cadeau. Attendez, c’est pas fini. Y en a encore. Vous êtes cadre. Très bien rémunérée. Sujette aux primes de fin d’année. Il y a sept semaines de congés annuels. Et des avantages à la pelle. Et des réduc’ pour aller au cinoche. Qu’est ce qu’on dit au chasseur de têtes ?

Le pied, pensez-vous en découvrant dans le livret d’accueil que l’on vous a envoyé par la poste avec votre contrat d’embauche les innombrables avantages que proposent les consultants à leurs salariés, ce qui explique l’enthousiasme fougueux avec lequel vous poussez la porte du bel immeuble 19ème entièrement rénové, pour vous engouffrer dans l’ascenseur, en même temps qu’une foule d’hommes et de femmes qui vous regardent de biais, car enfin, votre binette, personne ne la connaît, vous êtes nouvelle. Votre cœur bat très fort, si fort qu’il vous semble que l’on n’entend que lui lorsque l’ascenseur repart vers les étages supérieurs. Vous êtes impatiente, oui. Très. Vous avez les jetons, aussi. Il y a de quoi. Une longue période d’essai s’ouvre devant vous, trois mois durant lesquels vous devrez faire vos preuves, trois mois où il faudra sérieusement se bouger les miches et torcher de belles lettres dans un Engliche impeccable, au bas desquelles le Président apposera négligemment sa griffe avec son Mont-Blanc plaqué or. Qu’importe. Ces trois mois là vous paraissent autrement plus riants que toutes ces semaines durant lesquelles vous avez vendu des vis et facturé des balais chiottes et qui défilent en habits sombres dans votre souvenir, alors que l’ascenseur vous hisse sans un bruit au sommet de l’immeuble, là où crèchent les consultants senior, qui gravitent comme des phalènes autour du bureau de Roger Dublé.

Une jeune femme vient vous chercher à l’accueil. Elle est intérimaire, vous dit-elle. Elle vous dit aussi que le Président va vous recevoir ce matin. Très bien, répondez-vous, grisée à l’idée d’endosser un nouveau rôle.

Et la première heure s’écoule. Lente, monotone, dans un petit bureau aux murs blancs au fond du couloir, en face de l’intérimaire dissimulée derrière son écran. Vous entendez des gens qui parlent, des portes qui s’ouvrent, qui claquent, des cavalcades. L’intérimaire tape sur son clavier sans plus vous parler, notant parfois quelque chose sur un bloc à mesure que les messages tombent dans la messagerie du téléphone, qu’elle consulte tous les quarts d’heure en coupant le haut-parleur. Une deuxième heure s’écoule en compagnie du martèlement des touches. Toujours rien. A midi, la fille lève les yeux comme si elle se réveillait d’un long sommeil. Le Président va vous recevoir cet après-midi, vous dit-elle. Bon. Autant aller s’attabler quelque part, pour tuer le temps.

Et l’après-midi s’écoule de la même façon, sans que l’intérimaire vous accorde plus d’attention. Les aiguilles tournent au cadran de votre montre. A dix-huit heures, la fille se lève enfin. Le Président a demandé à Monsieur Turbin, le directeur du personnel, de vous recevoir. Les questions dansent mais vous la suivez, avec la nette impression d’avoir atterri dans une boîte de frappadingues. Ce qui vous sera confirmé par la suite, un peu de patience. Les foirades, ça arrive toujours assez vite.

Monsieur Turbin est un long type maigre et nerveux dont le visage est le siège de toute une gamme de tics étonnants, alors qu’il range divers papiers et dossiers qui traînent sur sa table, " pour faire place nette ", vous dit-il en se grattant furieusement le nez, en guise d’entrée en matière. Vous souriez, pour masquer la gêne qui vous envahit. Vous avez attendu toute la journée, sur une mauvaise chaise, que Roger Dublé consente à vous recevoir, vous aimeriez bien qu’on vous explique pourquoi diable vous vous retrouvez à six heures du soir dans le bureau d’un type qui aurait besoin de quinze ans de vacances pour chasser le stress qui se manifeste maintenant par des clignements de paupière intempestifs et des claquements de dents tout aussi intempestifs. Votre contrat, on vous l’a envoyé par la poste, vous l’avez signé et renvoyé avec la mention " lu et approuvé ", tout est en règle, vous n’avez plus qu’à prendre le poste… Que signifie cette mascarade ? Et comme si Turbin lisait dans votre tête les questions qui affluent, le voici qui se penche vers vous d’un air sinistre, et vous dit sur un ton d’outre-tombe, en bavant un peu : Nous vous devons des explications.

A ce stade, vous ne savez pas trop ce qu’il convient de faire. Vous gardez un sourire de circonstance mais franchement, vous aimeriez que le grand nerveux accouche au lieu de se perdre dans des circonlocutions inutiles, où il croit encore utile de faire l’éloge des résultats que vous avez obtenus aux tests. Au fait, mon vieux. Au fait ! Je ne comprends rien, dites-vous, pour le pousser dans ses retranchements. – Il y a eu une erreur d’aiguillage dans le recrutement, vous apprend-il. Nous sommes désolés, croyez-le, mais voilà, nous sommes obligés de mettre fin à votre mission ce soir, et sans plus d’explications, il pousse devant vous d’une main tremblante, comme s’il s’agissait d’un papier poisseux, une feuille A4, sur laquelle il est écrit noir sur blanc que votre période d’essai prend fin ce jour. Là. Tout de suite. Tout en la lisant, vous constatez qu’on vous dédommage pour ce que Turbin a appelé : une erreur d’aiguillage, et que vous venez de gagner sans rien foutre un mois de salaire, en un jour, rien qu’en restant assise sur votre chaise à compter les mouches.

Bravo. Pan dans le logo. C’est foiré.

Mais si par miracle, tout en vous raccompagnant jusqu’à l’ascenseur, Turbin crache le morceau et vous souffle que Miss Smith, la fille que vous étiez supposée remplacer auprès du Président, a finalement décidé de conserver son poste, votre petite excursion chez les consultants aura été… bien foirée.

 

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