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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 09:00

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En attendant Nouvelles en fête du 26 octobre prochain au Fontanil, voici quelques-unes des nouvelles étoilées par le jury de la douzième édition du concours.

 

Chantal Blanc, l’étoile du jour

Je suis née en 1945 dans le nord de la France, avant de vivre dix ans en Lorraine. En suivant mon père, muté en Algérie, j’ai découvert la violence d’une guerre. Je suis rentrée en France avec une polio en cadeau. La Provence nous a accueillis.

 Après avoir travaillé vingt ans dans l’enfance inadaptée, j’ai dû cesser mon activité professionnelle avec regret. Compensation trouvée peu à peu avec la peinture, puis l’écriture.

Cette nouvelle m’a entraînée au fond du puits, et après relecture j’ai réalisé que j’avais tué le père…

Le feu et la glace ne se côtoient-ils pas chez nombre de personnes ? Dedans ou dehors…

 

 

Secret de béton

 

 

Depuis des jours, il pleut. Les vitres transpirent après avoir été battues par les rafales mouillées. Quand la pluie s’éloigne, je vois la campagne à travers la dentelle beige et grise. Soudain, le furtif soleil fait exploser les petits points brodés. Je goûte la trêve... mais le ciel à nouveau s’assombrit. La dentelle résiste et fait la nique à cette vaine douche, puis le tonnerre frappe sur le gong, lorsque les trombes dégringolent, l’eau devient lavandière, efface le dessin qui décorait mes fenêtres…jusqu’à la prochaine offensive du vent qui va rebroder de jolis rideaux.

 

Il pleut. J’étais venu pour le calme près de Vauvert, à Mondenon, pour sécher mes pleurs, pour hennir avec les chevaux et colorer ma vie. J’étais venu pour respirer le sable, le faire glisser entre mes doigts. Je m’étais souvenu de belles vacances avec mes parents à Nîmes et aux Saintes Maries. J’avais découvert les chevaux, les taureaux et des oiseaux géants, les flamants rose surtout m’avaient marqué. J’ai préféré la tranquillité d’un hameau au tintamarre de la foule.

                                  

Mais il pleut depuis des jours, quinze ou vingt, je ne sais plus très bien. Il pleut depuis mon arrivée. Et la pluie est contagieuse, elle entretient mes larmes, elle me couvre de ses gouttes, de son eau, elle me transperce jusqu’à la moelle. Alors, je ne sors pas. D’ailleurs, le sable coulerait-il dans ma main ouverte ? Détrempé, il serait gant de sable mouillé, béton fendillé, il emprisonnerait mon désir d’expression, comme avant. Momifiée, ma main ne pourrait s’affranchir.       

Il pleut encore, Depuis des jours, il pleut alors que j’étais venu pour raconter mon secret. Comment écrire si je me sens pris par le béton ? Je le connais ce matériau. Pourtant, je ne suis pas maçon, je suis fils de pasteur. J’ai fait des études : inévitable quand le hasard de la naissance vous fait atterrir dans une telle famille ! 

Je n’aime ni le béton, ni le sable mouillé.                 

 

J’étais fatigué de la neige, de la pluie des Vosges. J’étais venu pour le soleil, le bleu, le bleu de là-bas, celui d’en haut, le bleu du ciel, je voulais regarder le bout du monde là où la ligne de fusion des deux bleus n’est plus ligne. J’étais venu pour échapper aux gris de cet obscur pays, au gris du nord est de ce pays où même le nom évoque l’obscurité, les ‘Vosges’ avec le O du soir, des monts, le O lové sur soi. Je voulais du clair, dans ‘Camargue’ le A de la clarté a deux yeux, j’y lisais le A de la guitare, des flamants, du sable et je voulais rencontrer l’avenir après avoir dissous mon noir passé.

 

Mais voilà, il pleut toujours, le climat est devenu monomaniaque, et si je profite de courtes récréations, je ne peux que craindre le retour du gris. Mon plaisir est gâché, je ne parviens pas à écrire mon histoire. Chez moi aussi, il pleut souvent en glace fondue, en crachin, en froidures ; ici, il pleut en rosée, en averse, en cascade, c’est plus franc, plus salé, iodé, mais je commence à perdre patience, le temps court, le temps coule… A cette allure, mes économies vont fondre comme sucre dans l’eau.

J’avais besoin de m’éloigner, un congé me fut accordé par le collège d’Epinal où je professe depuis deux ans. Ma mère est infirmière, son travail est devenu thérapie. Moi, je n’ai pas pu. Je devais quitter mes élèves, en petite fugue bien orchestrée vers une cabane de gardian où dormir et manger.

Là-haut, dans ma  montagne, la musique de mon âme se détériorait, mes portées s’effondraient sous les bémols, mes noires et mes blanches se mêlaient pour donner des notes grises sans discipline temporelle qui s’écrasaient sur les lames du parquet de chêne. Quant aux croches, elles eurent vite fait de s’échapper pour danser dans les fougères, au creux des sous-bois.

                                  

Depuis des jours, il pleut, mon papier est mouillé, mon crayon le déchire, le troue, mes mots se glissent dans les fibres de bois du bureau d’écolier que j’ai trouvé ici. Impossible de les rattraper ! Matière en moins pour m’expliquer, pour lui expliquer.

Le temps presse, le temps pleut, d’habitude, la pluie lave… moi,  je suis immergé dans un scaphandre avec un masque brodé et des mains raidies par le métal, comme dans du béton. Mes gestes sont lents, pesants, ma voix est muette. Bizarre… je me sens trempé dedans et enfermé dehors. Presque toujours.

J’ai pu me promener une fois, des parfums d’iris, de genêts précoces m’ont caressé, un nuage est passé au-dessus de moi, c’était une colonie de cigognes de retour de migration. Un petit instant, je me suis cru, à côté de Mulhouse où se trouve un parc naturel, la ‘petite’ Camargue alsacienne. Les cigognes y reviennent chaque année et coiffent certaines cheminées de leurs nids…j’aime quand elles claquettent.

Aujourd’hui, me voilà en  Camargue, en Provence où la faune  de la réserve ornithologique est très différente. Les couleurs du Sud sont plus vives, la musique  plus  chantante, l’accent aussi, les odeurs plus épicées. Le vin d’ici est de Costières alors que là-haut, il est d’Alsace.

 

Ce jour-là en voiture, j’ai côtoyé des roselières et j’ai compris pourquoi les cabanes de gardians étaient couvertes de roseaux. J’ai envié le bon sens de l’occitan.

J’ai eu de bons parents… non... j’ai une mère aimante et assez ouverte aux autres, à ses amis, ses malades, elle ne m’a pas étouffé. Mon père… était un homme respectable, un pasteur très disponible, mais froid et dur avec moi.

Il se voulait sculpteur de mon avenir et traçait mon chemin sans se préoccuper de mes désirs. J’ai eu longtemps l’impression d’être une boule de glaise modelable à volonté, ou de la paille dont on remplit le sac en toile de jute qui servira de matelas. Mais une fois ce but atteint, tout au milieu de moi, j’ai résisté, je me suis serré, durci en nodule minéral et j’ai attendu… longtemps. J’ai obéi, et masqué, j’ai donné le change. Et j’ai grandi. Et je me suis oublié… un temps.

                                  

La pluie persiste, je n’arrive pas à m’écrire, alors, je rêve, je me réinvente.

J’aimerais être musique pour faire frissonner les gitans, pour les inspirer, pour être écoutée, pour être jouée par des admirateurs de Django ou Manitas. J’aimerais être un bon ‘biou’ en langue d’Oc, un bœuf, je pourrais porter cocarde dans une manade et m’y faire un nom. La ‘ferrade’ est un moment vite oublié. Il faudra que je sois ‘bistourné’, je préfère ce mot à l’autre, (trop cru, moins joli, moins chantant à l’oreille), épreuve douloureuse mais qui résoudrait le problème d’identité que je trimballe depuis des années. Bien sûr, mon père était incapable de suspecter une telle aberration chez son descendant! Ainsi ‘adoubé’, je pourrais participer aux courses,  traverser les rues pour me rendre aux arènes, en revenir sous les cris des habitants et devenir biou d’Or. J’aimerais être flamant rose, même s’il faut attendre au moins quatre ans pour le devenir, ‘rose’. Je le trouve plus admiré, plus élégant que la cigogne.

Musique, biou, flamant, je ne craindrais plus cette pluie.

J’aimerais encore être genêt, éclairer de soleil la nature et essaimer avec ou sans vent. J’aimerais être ‘taureau’ bien noir pour enthousiasmer les aficionados et mettre au sable le torero avec son ‘costume’ imbu de ses paillettes. J’aimerais être ‘cheval’, tout blanc, pas de labour, mais de Camargue pour l’entente avec nature et gardian. Genêt, taureau, cheval, je ne craindrais plus cette pluie.

J’aimerais être soleil, pour réchauffer le monde et les cœurs, pas pour les brûler ; j’aimerais être soleil pour rayonner.             

Il pleut toujours. Pourra-t-on sauter le feu de la St Jean ?                                                    

Bientôt, ma mère sera en vacances, je veux la retrouver, lui expliquer, l’embrasser, la consoler. Mon père est mort le 15 mars, il y a donc deux mois. Il est figé… là-bas.

Depuis quelques années, le puits près de la maison était tari et représentait un danger potentiel pour les enfants et les animaux, il fallait le combler, mon père avait commencé par y jeter toutes sortes de vieux objets encombrants, cassés, des pierres et des ferrailles inutiles. Je l’avais aidé. Devant l’ampleur de la tâche, il avait fait appel à un ouvrier maçon avec sa bétonnière. Je n’aimerais pas être maçon, excepté pour construire une maison. Mais maçon pour remplir des trous, non, je n’aimerais pas. Et puis quand il pleut, on ne peut pas travailler, le béton refuse d’obéir. Il avait donc fait venir maçon et bétonnière. La machine tournait seule, personne n’a rien compris. Mon père est tombé, le béton a coulé sur lui…Ma mère l’a attendu, nous l’avons recherché…il n’a pas été retrouvé. Elle prie chaque jour, puis son travail l’accapare. Moi, j’ai essayé, mais je n’ai pas pu.

Le soleil ! Je vais écrire à ma mère et lui demander de venir. Je me renseignerai sur les dates des fêtes votives de Vergèze et d’autres villes. Je l’emmènerai aussi revoir Nîmes, Les Saintes, les marais.

Je pourrai lui parler de moi, elle m’aidera et pensera moins à sa peine ; je lui dirai mes joies d’enfant, on ne remercie jamais assez sa mère, elle sera fière, je lui confierai mes aspirations affectives, elle comprendra. Une mère ne renie pas son fils. Même s’il est différent. Une mère peut tout entendre. Mon père n’est plus là pour lui boucher les oreilles et c’est bien !

           

Le soleil s’affirme, mais en moi, il pleut depuis que j’ai eu un geste de trop et une parole en moins. Je dois écrire, le beau temps va tout sécher, le sable, le papier ; les mots seront inscrits,  maintenant ils n’ont plus l’excuse de l’eau. Il fait beau, un petit bout de nationale pour arriver à Mondenon et dans la première échoppe, je trouverai papier et programme des fêtes. J’achèterai le Midi-Libre pour me replonger dans le bain du monde.

                                  

Quelques pas sur la route, je suis décidé à dire mon secret, sinon il va fuir sans moi et pour aller où ? Encore le tonnerre, encore ! Nuages noirs, grosses gouttes… l’abribus de l’autre côté, j’y vais...

                                  

Et le lendemain, dans la rubrique des faits divers du Midi Libre :

 ... à Mondenon ...

…inconnu décédé...

…camion bétonnière…                                                                                            

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Concours de nouvelles 2013
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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 09:30

Rien.jpg

 

En attendant Nouvelles en fête du 26 octobre prochain au Fontanil, voici quelques-unes des nouvelles étoilées par le jury de la douzième édition du concours.

 

Philippe Laperrouse, l’étoile du jour

64 ans. Retraité.

Nouvelliste depuis 2005.

Quelques menus succès dans les concours de nouvelles.

Trois recueils publiés à son actif.

Récemment passé à l’écriture théâtrale.

Amateur de foot et de dessins humoristiques

Site d’auteur : www.monpied.net

 

 

Un feu-follet

 

 

À l’époque de mes vingt ans, j’étais toujours prêt à m’enflammer pour n’importe quoi ou n’importe qui. Tant qu’il s’agissait d’un roman, d’une pièce de théâtre ou d’une une exposition, ce n’était pas trop grave. Le chef-d’œuvre suivant suffisait à me faire oublier le précédent. Je passais avec inconscience d’un enthousiasme à l’autre. Mais ma maladie dépassait le registre de mes découvertes artistiques.

Mes révoltes inoffensives se déchainaient à la moindre injustice sociale. Je trouvais absolument intolérables les brimades que subissaient des peuplades lointaines en proie à la guerre, la dictature ou la famine. J’ai failli m’envoler à vingt reprises pour rétablir l’ordre sur les plateaux d’Asie Centrale ou dans les forêts du Guatemala. Failli seulement, car une misère chassant l’autre, j’étais constamment plongé dans l’incertitude sur la cause qu’il convenait d’embrasser en priorité. Lorsque par inadvertance, je choisissais un engagement, j’étais vite rebuté par la complexité des détails. Le seul fait de mener des démarches compliquées pour obtenir un passeport et un visa à jour pour sauver des femmes battues au bout du monde m’ennuyait prodigieusement. Je passais avec soulagement à un autre combat contre les atteintes à la liberté des plus démunis.

Cet activisme donquichottesque, velléitaire et parfaitement inefficace s’étendait à de nombreux domaines. À chaque affaire de tripatouillage d’argent par des élus mal intentionnés, j’ambitionnais d’envahir l’Assemblée nationale ou le Sénat pour manifester mon courroux. Puis, je remettais à plus tard une telle aventure devant la violence dont je savais capable les forces de l’ordre.

Les atteintes à l’environnement me révoltaient. Devant ma télé, entouré de quelques solides amis, je n’hésitais pas à supporter bruyamment les défilés de protestataires qui trouvaient à redire à propos d’une ligne de TGV ou d’une piste d’aéroport nuisibles à la nature.

Bref, mon emploi du temps était particulièrement chargé.

Sur un plan plus intime, j’étais amoureux tous les trois jours. Dès qu’un regard clair et qu’une joue ambrée apparaissaient dans mon champ de vision, je formulais des projets brûlants dans les cinq minutes suivantes et une liste de mariage le lendemain. Une telle propension à la précipitation débouchait inéluctablement sur quelques déceptions ou quiproquos fâcheux, surtout lorsqu’une nouvelle flamme s’allumait en moi sans  que j’ai pris le soin d’éteindre la précédente.

J’étais ravi de vivre à ce rythme infernal qu’une force obscure me poussait à entretenir avec obstination en dépit de multiples échecs. La plupart de mes initiatives à peine fomentées s’achevaient rapidement par un fiasco retentissant aux oreilles de tous, sauf aux miennes, puisque je me trouvais soudainement plongé dans une nouvelle aventure plus extravagante.

C’était pathologique et pathétique.

J’épuisais une à une toutes mes ressources d’exaltation. Je brulais mes propres ailes avec frénésie et jubilation. J’étais à la fois le pyromane et le paysage dévasté par les flammes qu’il allumait.

Le jour de mes vingt-trois ans, je fis mon premier burn-out. Enfin, plus exactement, un burn-in… Mon agitation compulsive m’apparut tout à coup dans toute sa médiocrité. Je fus comme sidéré par l’énergie que j’avais déployée à ne rien faire. L’homme que j’étais ressemblait à un champ de blé, ravagé d’un incendie inextinguible sous la forme de flammèches surgissant ici et là, s’éteignant aussitôt pour reprendre plus loin comme des feux follets qui se joueraient de l’effort des combattants du feu.

Il fallait que quelque chose se passe pour que ce gâchis cesse. Quelque chose comme une explosion qui me bouleverserait le cœur et obligerait mon esprit à se fixer sur une ambition stable.

Un samedi soir, ils étaient tous là, réunis autour de la table de restaurant que j’avais choisie pour honorer mon anniversaire. Il y avait Max, l’éternel étudiant qui avait pour seul souci de trouver la fac qui n’avait pas encore eu l’honneur de l’accueillir sur ses bancs. Sylvia qui s’annonçait fièrement architecte d’intérieur et se disait, tous les huit jours, sur le point de décrocher son premier client. Jean et Patrick, les apprentis rugbymen qui joueraient bientôt en Top 14, c’était certain. Monique et son copain Lucien, les musiciens de la bande qui passaient leur temps à fignoler leur premier disque, financé par un producteur à l’identité mystérieuse.

En les regardant rire et plaisanter, je me disais d’une part qu’ils étaient des personnages charmants, mais complètement inconséquents et que j’avais été, pendant des années, le premier d’entre eux. Dans cinq ans, ils seront tous agents d’assurance, contrôleurs à la SNCF ou assistante de direction en mettant les choses au mieux, c’est-à-dire en posant l’hypothèse qu’ils échappent à la case « Pôle Emploi ».

Ce soir-là, je me pris à penser à ma mère. Elle n’aurait pas manqué de remarquer que je passais enfin à l’âge adulte.

J’avais résolu d’attendre la fin du repas pour annoncer la grande nouvelle.

« J’ai une grande nouvelle à vous annoncer ! »

À cette interpellation, six cuillers se figèrent au-dessus de la soupe glacée de melon aux agrumes que j’avais sélectionnée en dessert. Max crut bon de persifler :

« Tu pars au Kenya pour sauver les bébés éléphants du fusil des ignobles trafiquants ! »

Lucien en rajouta une couche :

« Tu pars en stage de recherche de la sagesse absolue chez les moines tibétains !»

Je laissais filer les quolibets et les ricanements en toute sérénité, sûr de mon fait et de mon effet. Je ménageais encore un instant de silence pour donner du poids à la phrase qui allait suivre :

« Je vais écrire ! »

« Ouf ! Tu nous as fait peur ! ». Ce fut la réaction de Max. Les couverts et les mâchoires qui avaient suspendu leurs mouvements, se remirent en action. Mon projet n’avait pas réussi à détourner de leur objectif immédiat, les six museaux penchés avec gourmandise sur leur dessert glacé.

Lucien reprit la parole le premier. Il me félicita avec ostentation. Son regard frisait d’ironie : je sus instantanément qu’il n’ajoutait pas la moindre crédibilité à ce que je venais de dire. Il connaissait parfaitement la multiplicité de mes ambitions et leur propension à ne jamais aboutir. Aussi ne manqua-t-il pas d’ajouter une pique pour faire rire les autres sur ce sujet qu’il savait douloureux :

« D’après ce que tu nous avais dit la semaine dernière, je croyais que tu allais monter une usine de patins à roulettes… »

J’avais beau m’attendre à son intervention moqueuse, je commis une maladresse insigne :

« Cette fois, c’est sérieux ! »

L’éclat joyeux qui suivit me renseigna clairement sur le niveau de fiabilité que mes convives assignaient à mes impulsions littéraires. Sylvia reprit on souffle la première :

« Et ça parlera de quoi, ton roman ? »

« Je ne peux pas en dire davantage. »

J’étais piqué au vif et décidais d’une part de ne rien révéler du concept qui me trottait dans la tête et d’autre part de disparaître de mon groupe d’amis, le temps nécessaire pour démontrer que j’étais capable, enfin, de mener mon idée à son terme.

J’aurais du mal à expliquer la raison pour laquelle j’avais décidé de me convertir à l’écriture. Je ressentais le besoin de tordre le cou à cette frénésie infernale qui me poussait à entreprendre et à ne jamais finir. Une image me taraudait l’esprit : une spirale qui se repliait sur elle-même jusqu’à s’évanouir dans l’infiniment petit.

Toujours est-il qu’à la surprise générale de mes six comparses, Blaise vit le jour. Je m’étais caché six mois pour rédiger et parfaire mon manuscrit. Blaise était un écrivain. Enfin si on peut appeler écrivain un homme ou une femme pénétré(e) de l’irrépressible envie de coucher une histoire sur le papier blanc. Blaise était de cette trempe-là. Son problème fut, pendant de longues semaines, qu’il n’eut aucune idée du sujet qu’il développerait.

Aussi Blaise inventa-t-il Armande, une belle et riche héritière du début du XXe siècle. La ravissante Armande passait sa vie entre soupirants éconduits et amants d’un soir. Elle était atteinte, elle aussi, du syndrome de l’écriture. Armande avait tant à se moquer de la futilité des hommes. Mais au moment de prendre la plume, elle restait pétrifiée par une impossibilité manifeste à imaginer le plus petit fil de la plus minuscule des intrigues.

Aussi Armande créa-t-elle le maréchal Sébastien. Jean-Eudes Sébastien était un solide grognard sorti du rang, fidèle à l’Empereur qu’il avait suivi sur tous les champs de bataille d’Europe. À la mort du général Corse, le vieux soldat se dit qu’il fallait que les générations futures disposent d’un témoignage de ses extraordinaires aventures. Mais, devant son grimoire, le maréchal resta longtemps muet.

Il finit par faire entrer en scène son grand-père Louis Dubois qui eut une double chance dans sa vie : celle de s’instruire auprès des moines et celle de servir Sa Majesté Louis XIV qui fit halte un jour dans son auberge pour se restaurer…

Mon histoire s’arrêtait au grand Gutenberg qui fut lui-même dans l’incapacité de construire l'œuvre qui aurait pu lui donner l’occasion d’éprouver l’intérêt de sa géniale invention et dut imaginer de faire parler un pâtre grec, contemporain d’Aristote.

Mon texte n’avait pas vraiment de contenu puisque chaque personnage, maillon de la chaine, vivait l’impérieuse nécessité d’extérioriser quelque chose de profondément intime qui resterait comme une trace de son passage sur Terre. Espoir aussitôt éteint par son incapacité à construire l’esquisse d’un début d’une trame de roman, tant il est difficile d’imaginer d’autres aventures que celles d’aimer ou de mourir qui ont déjà été explorées par de si belles plumes depuis la nuit des temps.

Lorsque je fus sommé d’expliquer le succès de mon œuvre auprès de journalistes enfiévrés, je trouvais cette comparaison qui laissa mes interlocuteurs pantois d’admiration. La vie humaine n’est rien, un rien fragile comme de la paille. Seuls l’Amour et la Mort peuvent l’enflammer. N’ayant connu ni l’une ni l’autre, j’étais le premier à avoir écrit sur Rien.

 

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Concours de nouvelles 2013
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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 13:30

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En attendant Nouvelles en fête du 26 octobre prochain au Fontanil, voici quelques-unes des nouvelles étoilées par le jury de la douzième édition du concours.

 

Eric Gohierl'étoile du jour

Natif de Bourgogne mais vivant avec mon épouse à Frontignan dans l'Hérault depuis près de trente ans, j'ai franchi dernièrement le cap de la cinquantaine. Après une incursion de deux ans dans l'univers étudiant (pharmacie) je me suis embarqué pour vingt ans de "marinade" sur un bateau de pêche. Il y a une dizaine d'années de cela, je me suis mis au vert en me recyclant dans les espaces du même nom. L'écriture occupe une large part de mes loisirs depuis toujours. Mes activités actuelles me permettent d'y consacrer plus de temps. Auteur à ce jour de deux recueils de poésie, cinq romans et près de deux cents nouvelles, je me suis risqué à présenter certains de mes textes dans des concours littéraires.

Bien m'en a pris puisqu'ils ont eu l'heur de plaire et moi l'honneur d'en gagner près d'une trentaine. Sans compter divers accessits et les éditions en recueil collectif, une trentaine également… à ce jour.

     

 

Margot  

 

Réfléchir en soi-même, sentir ce qu'on a en soi, c'est ça la vraie façon de vivre.

La vie, c'est ce qu'on sent.

Erskine Caldwell (Le petit arpent du bon Dieu)  

 

 

«  Flic ! Floc ! » sanglotait la cafetière. Tandis qu'au passage chaque larme versée maraudait au marc son goût amer et sa ténébreuse couleur de deuil.

Noble attitude.

 

«  Floc ! Flic ! » rétorquait à cadence imitée le sang qui s'échappait à larmes chagrines de la gorge tranchée.

 

Anselme aurait souhaité que se joignent au concerto funeste les larmes à ses yeux arrachées. Mais va t'en foutre ! Elles lui coulaient tout au long du râpeux de ses joues puis, d'un bond maladroit, s'en venaient mollement frapper sa chemise toute maculée de sang.

Sa belle chemise du dimanche. La blanche, avec un crocodile dessus.

Un des derniers cadeaux de son petiot.

 

Drôle d'idée ! Pourquoi il l'avait enfilée avant de commettre son crime ? Avant de tirer d'un coup d'un seul un large trait au couteau dans la gorge sans défense ?

Il aurait pas su dire ! Ça lui était venu comme ça. Sans réfléchir. Sur un coup de tête. Pire qu'une envie de pisser après la bière de trop.

De l'hommage ? Du respect ? Peut-être que oui… Mais pas sûr ! On ne tue pas tous les jours par amour ! Ça se saurait.

Une chance encore !

 

La cafetière s'était mouchée bruyamment. Elle avait pleuré tout son soûl, tari tout son chagrin. Mais pas lui. Ni elle. Qui pleurnichait encore quelques larmes de sang sur la tomette incertaine de la cuisine. Presque en silence maintenant. Pour ne plus déranger. Le mal était fait. Du vilain. De l'irrémédiable. Du qu'on ne peut que constater.

Assis sur sa chaise, Anselme ne bougeait pas. Il lampait son calice jusqu'à la lie. Attendait que la toute… toute… dernière larme de vie se soit enfuie. Ne pas faire le deuil jusqu'au bout, ç'aurait été sacrilège. Un crachat à la gueule noire de la mort.

Du pas respect pour les vingt ans qu'ils avaient partagés.

 

Lorsque enfin il fut bien certain que la dernière goutte avait flique floqué la fin du gros chagrin de sang, Anselme se leva.

Brusque le mouvement, fuite éperdue des mouches accourues au festin.

 

Des petites, des grosses. Des toutes fines, des grasses à lard. Des bleues, des noires, des vertes, des mordorées. Des qu'il n'avait jamais vues. Des qui bourdonnaient. Des qui zonzonnaient. D'autres immobiles qui taisaient leur faim… mais par leur appétit.

Trois, quatre moulinets des bras pour forcer à la retraite celles qui ne voulaient pas comprendre.

Pas admettre que l'aubaine ce serait pour une autre fois.

 

Anselme ferma la porte. Pas sûr que ça suffise pour les empêcher de revenir. Ces bêtes-là c'était comme les autres, là, ceux qui l'avaient poussé au crime. L'odeur de la charogne, du cadavre à sucer, de la chair à corrompre, ça les attirait pire que l'aimant les épingles.

Il pesa son pas jusqu'au buffet. Sortit un verre, y jeta deux pierres de sucre et versa lentement le café. A tout prendre, il aurait préféré du vin… mais le rouge ça n'était pas assez couleur de la peine.

Il remua. Lentement. En silence. Et le blanc de la douceur disparut, dévoré par la noire amertume…

 

Un résumé de sa vie.

 

Il téta à petites gorgées. Sans hâte. Presque à regret. Comme pour contraindre le temps à la fuite. Le corps pendait face à lui. A l'envers. La tête, désarticulée par le couteau assassin, pendouillait triste. Mais le regardait par en dessous.

Il y avait du doute dans les yeux grands ouverts. De la peine à comprendre aussi. Mais pas de la colère, pas du reproche.

 

Dame ! C'est qu'il avait pris tout son temps pour bien lui expliquer. Lui faire admettre que ce n'était pas sa faute à lui mais celle des autres, là, les charognards, les sans-cœur. Les hommes de paille de cette vermine innommable. Ceux capables de priver un homme de son bien, de lui arracher l'âme sans un pleur, sans même le début de l'idée d'une seule petite larme.

 

Pas avares en sourires pourtant. Ça, fallait concéder. Des sourires, ils en traînaient des pleines valises. Par boisseaux d'un demi-quintal. Du en coin. Du compatissant. Du qui fait passer la pilule.

Du triste aussi… mais qui ne faisait pas vrai.

Comment voler un homme avec le sourire ? Voilà ce qu'on leur apprenait pendant des années dans leurs écoles de grands saigneurs. En insistant bien que l'âge on s'en foutait. Jeune, vieux ou dans la force de l'âge ? Tout pareil ! Y'avait que les sous d'important. Le reste ça n'était pas considérable.

Et ça, ils le lui avaient bien fait comprendre. Dans tous les sens.

Le large, le travers… et tout du long.

 

Qu'il puisse plus payer, ça n'était pas grave ! Il ne serait pas le premier à finir sur la paille. On mettait le tout en vente et comme ça, c'était arrangé. Et puis, il n'avait pas trop à se plaindre, il n'était pas perdu, il avait un fils… et même deux filles. Pas comme d'autres. Qui n'avaient pas cette chance !

« Y'en a qu'on même pas un enfant vers qui se retourner !» qu'ils lui avaient dit avant de repartir, en soldant le tout avec un de leurs foutus sourires en guise de ruban juste histoire de faire moins moche.

 

Comment ils auraient pu comprendre que sa vie à lui elle s'arrêtait là ? À ses quelques murs posés un peu à la va-comme-j'te-pousse sur cinq tout petits hectares d'une terre où rien ne venait vraiment sans peine. Au point qu'il fallait toujours la surveiller du coin de l'œil sinon elle n'en aurait fait qu'à sa guise.

Cinquante-sept ans qu'il promenait sa carcasse d'un bord à l'autre de ce petit coin de rien du tout. Que même les roues de son tracteur, si vieux qu'un musée n'en aurait pas voulu, connaissaient par cœur.

Du grand roncier qui servait de nid d'amour aux lapins jusqu'au plus petit caillou susceptible de gripper la machine.

 

Mais c'était son territoire, son terroir. Et celui de la Margot. Qu'est-ce qu'ils connaissaient en dehors de ça ? Pas grand-chose.

Si peu qu'avec rien ça ne faisait pas la différence bien grande !

 

C'est tout ça qu'il lui avait expliqué à Margot. Pour qu'elle comprenne sa colère, sa révolte, sa chouannerie solitaire sans aucun soutien à attendre. Le feu qui brûlait en lui, il n'y avait pas cinquante manières de l'éteindre !

Pour aujourd'hui encore, ils étaient chez eux, maîtres absolus sur ce domaine pauvre à rendre la misère malheureuse. Demain, les autres feraient ce qu'ils voudraient, vautours empressés d'une bien triste charogne. Margot n'y serait plus.

Et lui non plus !

 

Hors de question qu'ils soient les témoins impuissants de leur vampirisation. Les autres se rembourseraient sur le bien mais pas sur la bête. Et ça, elle l'avait compris Margot. Sûr !

Et rassurée qu'il parte juste derrière. Comme il l'avait promis !

 

Anselme ouvrit le tiroir qui se planquait sous la table comme un qui refuserait d'être complice du meurtre. Il sortit les deux couteaux, les ausculta un moment. Parfaits pour son travail. Il les affûta longtemps sur la pierre. Comme pour mettre le temps au recul.

Un tout petit à la lame bien fine et bien coupante qui zipperait les nerfs et les tendons aussi sûrement qu'une lame de faux bien aiguisée mord en souriant dans l'herbe toute verte du printemps.

Et l'autre, le grand, qui avait des dents comme une scie, prêtes à mordre dans le gras de la chair, dans les os un peu gros, à faire de ce corps pendu tête en bas un amas de petits morceaux.

 

Le trou était déjà fait, tout en haut du potager, là où chaque année il mettait ses salades dès que l'hiver arrêtait le froid de ses colères. Une belle fosse. Deux mètres du long et trois empans de profond. Sans compter un bon sac de chaux vive. Comme ça, zou ! Emballez c'est pesé !

Et sitôt qu'il aurait fini de l'enterrer. Qu'il la saurait à l'abri des autres. Il irait au salon décrocher son fusil.

Pas besoin que quelqu'un lui explique, il saurait bien comment faire.

 

Demain, quand les autres viendraient, ils prendraient tout ce qui leur plairait, ils feraient ce qu'ils voudraient de lui. De ça, il s'en foutait pas mal. La seule chose qui soit restée importante ces dernières semaines, c'est qu'elle soit bien à l'abri, que personne ne puisse en profiter.

La plus brave qu'il ait connue. Sa Margot. La toute dernière de ses truies.

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 08:30

souffle encre

 

En attendant Nouvelles en fête du 26 octobre prochain au Fontanil, voici quelques-unes des nouvelles étoilées par le jury de la douzième édition du concours.

 

Christine Van Acker, l'étoile du jour

Un pied en France, un pied en Belgique, cette fille de bateliers navigue d’un genre à l’autre (poésie, roman, nouvelles, théâtre,…), dans un bercement doux-amer empreint d’audace, de rêveries, d’espièglerie.  Autant, elle aime jouer avec le sens des mots, autant elle se méfie et dénonce ceux qui détournent leur sens à nos dépends. Cette grande oreille, comme elle aime s’appeler, réalise des documentaires, écrit des fictions qui sont diffusées sur les ondes de la RTBF, de France Inter et de France Culture.

Plus d’infos sur : www.lesgrandslunaires.org

 

 

 

                                               Un souffle d’encre

                       

 

Il est dit que nous habitons dans la cité des trois cent trente-trois saints. Perle du désert, notre ville est menacée de disparaître un jour sous le sable. Les pistes qui mènent ici traversent le Sahara ;  il faut bien les connaître pour ne pas se retrouver coincés par des étendues de rocailles, ou pour ne pas se perdre.

Les étrangers disent que nous habitons le bout du monde. Ce doit être vrai : je vis ici depuis toujours et ceux qui viennent d’ailleurs ne sont pas toujours issus du même monde que le nôtre.

Trois cent trente-trois saints ? C’est faux. Nous en avons beaucoup plus. Boubacar, Moussa, mon mari Abba Alhadi, et les autres dont je ne connais pas les noms, tous sont des saints. 

Regarde, toi, le visiteur, toi, l’étranger, regarde cette vieille boîte en fer. Ouvre-là avec respect. Je te le permets. Le livre qui se trouve à l’intérieur est vivant, grâce à Abba, mon saint de mari.

Ils sont venus, plus rapides que les vents de sable, ce sable qui veut tout recouvrir et contre lequel nous résistons pour garder nos cultures. Nos puits sont profonds, le fleuve n’est pas loin, nous avons bon espoir de remporter le combat.

Ces hommes au cœur asséché se sont installés chez nous. Ils ont tué et ils ont brûlé ce qu’ils pouvaient. Un jour, enfin, ils ont été chassés. Ils ont pensé que ça suffirait pour effacer notre culture dont nous prenons autant soin que celle de nos jardins. Ils n’ont pas réfléchi plus loin que le bout de leurs fusils. Les manuscrits qu’ils pensaient avoir détruits sont encore vivants, bien plus rusés qu’eux.

Ils ont cru que ces livres étaient les seuls, rangés, soumis, indifférents à leur sort. Ils n’ont pas imaginé le voyage de ceux que nous avions dissimulés, leurs pages préservées des flammes, dans des sacs de mil ou de riz, sur les pinasses, flottants sur le fleuve. Ils sont des milliers à avoir échappé au grand bûcher, gardés par tous les saints encore vivants dans ce pays.

On dit que les anges n’ont pas de sexe ; nos saints n’ont pas de lettres. Moi, Mariam, je ne sais pas lire, Abba, mon mari, non plus. Mais nous respectons nos livres parce qu’ils ont été écrits par nos ancêtres. Quand nous ne serons plus qu’ossements, ils respireront encore. Quand nous ne serons plus que poussière, Dieu parlera encore à travers eux.

Etranger, quand tu les ouvres, c’est la poussière des vieux os de nos ancêtres que tu respires. Nous les caressons, et notre âme s’éclaire et s’envole avec eux. La pensée n’est pas le privilège des savants. L’Esprit loge aussi dans le cœur des humbles.

Sois le bienvenu, étranger. Reste encore un peu. Bois le thé des hommes avec mon mari. Il est « aussi amer que la mort ». Le prochain thé, moins fort et plus sucré, « juste comme la vie », sera pour moi et pour les autres femmes. Le troisième, très léger et beaucoup plus sucré, « aussi doux que l’amour », je le réserverai pour nos enfants.

Ecoute-moi, étranger.

Le courant s’arrête, l’eau retient son souffle, le fleuve attend sa provision de vieux papier, de peaux de mouton, d’écorces, d’omoplates de chameaux, tous marqués de ces signes qui dansent et portent la musique de nos langues.

Abba, fais bien attention à toi ! Méfie-toi. Ferme bien le sac de riz. Cache le sous les cageots de légumes. Ce que tu fais est bien, mais reviens-moi, ne te laisse pas assassiner par ces chiens enragés.

Le fleuve connaît la grimace que fait l’homme quand il lèche du bout de la langue les lourdes plaques de sel gemme avant de les déposer au fond des pirogues. Le fleuve connaît la valeur et le poids de l’or. Il se souvient aussi du bois d’ébène, ces esclaves nus aux yeux apeurés, arrachés pour toujours à leurs familles.                                                                          

Le fleuve connaît la cruauté de l’homme, ça ne l’empêche pas de le porter encore sur son dos, sans le juger. S’il s’est alourdi d’étoffes et de biens précieux, le fleuve pouvait aussi se charger de notre histoire.

La voix de nos conteurs est pareille aux fleuves par lesquels coulent les choses du passé.

Nos livres sont nos paroles silencieuses, logées au fond de nos pensées.

Ecoute ma voix, étranger. Regarde ce livre. Ils sont frère et sœur, gouttes d’eau dans la mer. La mer, la mort des fleuves.

Les scribes ont conservé pour nous les paroles anciennes. Par eux, Allah s’adresse à nous, sa voix est d’encre. Elle est libre, lumineuse. Elle ne tue ni ne viole personne. Elle est amour. L’encre noire souligne, à traits légers, la pureté des pages vierges.

Ils ont noirci de cendres nos maisons de pisé, détruit les mausolées. Ils ont brûlé les bibliothèques. Ils ont dit que nos livres étaient impies, que nous étions des païens. Pendant huit jours, l’alarme ne s’est pas arrêtée de hurler, nos livres se tordaient de douleur. Ils n’ont laissé que des cendres, des vitrines vides, et beaucoup de poussière.

Ils étaient trop bêtes ; ils voulaient que nous devenions aussi bêtes qu’eux.                                             De quoi avaient-ils donc si peur ?

Regarde, étranger, je te le montre, celui que nous avons gardé. Nous n’avons que lui et nous ne savons pas le lire. Penses-tu réellement qu’il soit un danger ?

S’il venait à disparaître, notre maison n’aurait plus d’âme. Elle ne serait plus qu’un mélange de paille et de terre sèche, tout juste bonne à brûler. Je ne sais pas ce qu’il raconte. Parle-t-il du prophète ? Du mouvement des astres ? De mathématique ? De poésie ? Donne-t-il une recette de médicaments ? Des conseils pour réussir un acte sexuel ? Tout est bon à écrire, le vrai et le faux. Peu importe. Nous ne sommes pas des oulémas, mais il nous fait du bien.

Regarde comme ce livre est beau. Comment peut-on ne pas l’aimer ? J’ai confiance en toi, étranger. Tes mains sont tâchées d’encre ; les mains de nos ennemis étaient rouges de sang. En toi peut traverser la parole des anciens ; je le vois bien à tes yeux qui passent au-dessus des dunes et regardent dans le lointain. En eux, s’exprimait le jus du démon. Toi, tu sais comment ouvrir les livres. Nos ennemis n’ont été bons qu’à refermer ceux de nos vies. 

Tu ne parles pas notre langue, ça ne fait rien. Prends-le dans tes mains, respire-le, caresse-le. Il t’en restera quelque chose. Ecris-le dans ta langue. Laisse ton stylo glisser sur ta feuille de papier. Tenue par le fil de Dieu, ta main saura bien ce qu’il faut faire.

Avant de partir, prends ma main : ce que tu écriras nous ressemblera mieux. 

Nous sommes nombreux à avoir caché nos vieilles boîtes rouillées. Personne ne les trouvera jamais. Nos ennemis n’ont pas pensé à la cave de la bibliothèque. Ils n’ont pas vu Adda, mon mari bien aimé, porter des sacs trop lourds pour sa carcasse de vieillard et puis les confier à la vitesse du fleuve. Les piroguiers ignoraient tout de ce qu’ils transportaient. Les livres se sont tus de peur d’éveiller leurs soupçons. Par milliers, ils ont échappé au désastre, grâce à Abba, à Moussa, à Boubacar, et aux autres, grâce à nous, les femmes, qui avons reprisé les vieux sacs.

Mon vieil Abba, tu peux te reposer maintenant. N’aie plus mal. Les manuscrits sont à présent en lieu sûr et peuvent dormir en paix. Toi, tu as besoin d’eux mais, eux, ils n’ont plus besoin de toi. Moi, je t’aime et je veux que tu demeures encore près de moi le reste du temps qu’Allah voudra bien nous laisser vivre encore.

Quand je te serre dans mes bras, je tiens tous les livres du monde. Peu importe si je suis la seule à savoir les lire. L’étranger va partir, une page de notre vie dans sa plume. Il l’écrira pour nous.

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 08:45

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En attendant Nouvelles en fête du 26 octobre prochain au Fontanil, voici quelques-unes des nouvelles étoilées par le jury de la douzième édition du concours.

 

Danielle Akakpo, l’étoile du jour

Stéphanoise, Danielle Akakpo est "entrée en écriture" peu de temps avant de mettre fin à sa carrière de cadre administratif. Pour elle, il y avait un grand pas à franchir: oser montrer  ses gribouillis! Mais s'étant inscrite dans une école de musique à quarante-cinq ans pour y pratiquer l'orgue et ayant fait ses débuts en scène, elle s'est dit que ma foi, il n'y avait pas plus de raisons d'avoir peur d'être lue que d'être écoutée. Elle anime depuis pas mal d'années le forum Maux d'Auteurs, lieu d'échange de nombreux passionnés de lecture et d'écriture et fait des travaux de relecture-correction.

Depuis 2006, elle a publié cinq ouvrages: le dernier, Jen et Juliette (novella) a vu le jour en septembre 2013 chez Eastern éditions.

 

 

 

L'amour n'était pas dans la grange

 

 

 

— Enfin, te voilà réveillé ! Je n'avais pas frappé trop fort, juste un coup de pelle derrière la tête pendant que tu te baissais pour étaler un morceau de couverture sur la paille. Pas question de t'endormir trop profondément, j’ai une histoire à te raconter et je tiens à ce que tu l'entendes de tes deux oreilles !

 

Pas la peine de crier. La porte est bien fermée et ta propriété est tellement isolée du reste du village que tu t’égosillerais en vain. Je n'ai pas vu âme qui vive depuis mon arrivée, ta sale gueule mise à part !

 

Mais  tais-toi donc, bon Dieu, on dirait un porcelet qu'on égorge ! Tu n'es plus très fringant, hein, les mains attachées dans le dos et les chevilles liées ensemble avec de la grosse corde. Beaucoup moins fringant que tout à l'heure lorsque, tes grosses pattes posées sur mes fesses, tu m'entraînais vers la grange en me susurrant des cochonneries : « Tu verras comme ce sera bon, tu vas adorer, je vais te faire grimper au septième ciel... » Pauvre type !

 

Et cesse de gigoter comme un nourrisson dans sa couche merdeuse, ça m'étonnerait que tu puisses te détacher, j’ai du savoir-faire !

 

— Garce !

 

— Pardon ? J'ai bien entendu? Garce ? Je te filerais bien mon poing sur la tronche, mais comme je te l'ai annoncé, j'ai un récit à te faire et je ne veux pas que tu en perdes une miette. Tu en connais déjà une partie, le reste va t'épater, tu n’es pas près d’en revenir !

 

Pas besoin de te rappeler comment on s’est rencontrés, n'est-ce pas ? Ton annonce sur Meetyourgirl : Agriculteur, trente-cinq ans, à l'aise financièrement, physique agréable, sportif, affectueux, cherche compagne, la trentaine, jolie, bonne constitution, pour rompre sa solitude. "

 

Sur certains points, tu ne mens pas dans tes présentations. Je t’accorde que tu es beau gosse : grand, musclé, bronzé, cheveux bruns, magnifiques yeux verts. Affectueux, par contre... un euphémisme, un faux sens plutôt, mais tu ne pouvais décemment pas écrire : pathologiquement porté sur le sexe. Bref, j'ai répondu à l'annonce, on a échangé quelques mails. Pendant combien de temps ? Quatre jours, cinq jours à peine. J’ai accepté un premier rendez-vous en terrain neutre, dans un bouchon lyonnais : tu m'as trouvée ravissante, sympathique et sans plus attendre tu m'as invitée à passer un week-end chez toi. Je t'ai fait languir un peu, pour la forme, pas trop longtemps parce que moi aussi j'étais pressée. Pas pour les mêmes raisons que toi, tu comprendras bientôt.

 

Quand tu es venu me chercher à la gare – une bicoque elle aussi perdue dans la cambrouse où seul un chien errant a été témoin de notre rencontre – si j'occulte le fait que cette fois tu m'a jaugée d'un regard gourmand digne du grand méchant loup sûr de se régaler de quelques bonnes bouchées de chaperon rouge – tu t'es bien tenu et m'as collé deux simples bises sur les joues. La journée s’est passée de même, en bonne intelligence : visite de la ferme, une belle exploitation où tu bosses seul, repas fins – tu cuisines comme un chef, c'est bien la seule qualité que je puisse te reconnaître – conversations à bâtons rompus. On a parlé sports, politique, livres, vie de famille, ça crevait les yeux que ça te coûtait. En fin de soirée, tu frétillais comme un gardon, tu t’es mis à me frôler, à te frotter contre moi, à me passer la main dans le cou... et toujours ces yeux, gloutons, qui me déshabillaient, s'insinuaient au plus profond de mon intimité. J'ai lutté contre la nausée. Je me suis forcée à t'accorder un baiser langoureux en te soufflant à l'oreille un « à demain » des plus prometteurs et je me suis enfermée dans ma chambre à double tour. Ce matin, j'étais fermement résolue à passer à l’action : je me suis faite câline, séductrice, désirable à souhait jusqu'à ce qu'après le déjeuner au champagne, tu réattaques tes travaux d'approche.

 

« J'ai envie de toi, je te sens toute chaude, ne dis pas le contraire. Viens ! Dans la grange, tu verras, ce sera génial, on va s'aimer comme des bêtes, je vais te faire hurler de plaisir !»

 

C'est ce que tu lui disais à Pauline : « Je vais te faire hurler de plaisir ? »

 

— Pauline, mais...

 

— La ferme ! C'est moi qui parle !

 

Pauline, au bout d'une semaine d'essai – le mot n'est pas trop fort, tu avais fait une acquisition, tu voulais qu'elle t'en donne pour ton argent, saleté de maquignon – tu la trouvais trop réservée, pas assez portée sur la chose, en un mot « coincée ». Tu la basculais dans le foin et tu la prenais comme une bête, tu écrasais tes quatre-vingt-dix kilos sur son corps fragile, tu lui pétrissais les seins, les cuisses de tes grosses mains impatientes, tu lui mordais les lèvres jusqu'au sang. Tu voulais qu'elle te montre son plaisir : « Bouge, crie, salope ! » Et elle hurlait de douleur, la petite Pauline, martyrisée, violée.

 

— Tu... tu connais Pauline ?

 

—Ta gueule ! C'est moi qui parle, ne me le fais pas répéter encore une fois ou je te bâillonne.

 

Elle y avait cru, pourtant, à ton annonce, alléchante : Agriculteur, bien de sa personne, très affectueux....  Elle regardait l'Amour est dans le pré à la télévision, elle avait pensé : « Pourquoi pas moi, pourquoi ne trouverais-je pas le bonheur à la campagne ? » Elle était si solitaire, si avide de tendresse.

 

Elle t'a sûrement expliqué qu'elle songeait à abandonner l'enseignement, qu'elle ne se sentait plus de taille à affronter des garnements qui se fichaient de la grammaire comme de l’an quarante et une hiérarchie qui la méprisait pour son mal-être. Ce qu'elle souhaitait ? Changer de vie, fuir la ville, se ressourcer au contact de la nature, auprès d'un compagnon qui lui manifesterait de l'affection, pourquoi pas de l'amour. Elle était prête à travailler dur ; adolescente elle avait déjà tâté des travaux de la ferme les étés chez nos grands-parents. Toi, ça n'était pas vraiment ce que tu cherchais. Ta compagne, tu la voulais en priorité experte aux jeux de l’amour et soumise à tes caprices. Tu t'es montré malin : la jeune fille un peu timide, un peu naïve, tu as commencé par l’apprivoiser avec des gestes et des mots tendres. Tu lui as fait ce qu’on pourrait appeler un brin de cour, évitant de la brusquer. Résultat, elle a gobé tes boniments, elle a cru avoir rencontré son prince charmant et au bout d'une semaine, elle a cédé. Seulement voilà, au lit, tu as révélé ta vraie nature : brutal, sadique, jamais rassasié ! Plus tu insistais, plus elle se raidissait sous tes assauts. L'amour, elle ne le concevait pas comme toi et elle n'en avait pas une grande expérience. Tu t'es mis à la détester. Tu en as fait ta bonniche. « Pauline, va traire les vaches, Pauline, récure-moi l'étable... » Elle, elle voulait y croire encore : c'était sa faute, elle allait faire des efforts, s'habituer, parvenir à te contenter. Tu parles.... L'épisode « prince charmant » ? Un feu de paille, une mini-flamme trompeuse ! Pauline est devenue, entre deux corvées, ton esclave sexuelle. Sur ce plan-là, tu ne désarmais pas. Tu la prenais sur la table de la cuisine, à même le carrelage de l'entrée, et surtout dans la paille de cette fichue grange en lui assénant des mots doux à ta façon : « Je jouirais plus avec une chèvre, tu n’es qu'un morceau de viande, une bonne à rien ! »

 

— Je n’ai jamais dit ça !

 

— Ne mens pas, fumier, elle l'a écrit dans son journal. Ces choses-là ne s'inventent pas. Mais c'est qu'à force de gigoter comme un ver, il arriverait presque à se détacher, ce salaud ! Ne m'oblige pas à sortir l’artillerie : regarde, c'est bien un revolver que tu aperçois attaché à ma cheville sous mon pantalon, je prends toujours mes précautions, l’habitude... Tu étais déçu de ne pas me voir en minijupe cet après-midi. Souviens-toi, j'ai roucoulé que, de toute façon, je n'allais pas tarder à l'ôter ce pantalon, et ma réponse t’a ravi. Alors un geste de trop et je tire, j'ai de l'entraînement. Tiens, tu as perdu tes couleurs, quel drôle de teint de poireau ! Tu as peur, hein ? Que je te loge une balle dans les pattes ? Pas de sadisme inutile chez moi : c’est un autre traitement que je te réserve, pas besoin de t'abîmer avant.

 

Où en étais-je ? Ah oui, Pauline et son journal. Quand elle a compris qu'il n'y avait rien de bon à tirer de toi, elle t'a annoncé son intention de s'en aller. Tu as piqué une colère monstre, menacé de l'enfermer. Elle a réussi à s'enfuir de nuit, sans bagage, à marcher des kilomètres jusqu'à la gare, épuisée, la peur au ventre. Une fois rentrée chez elle, brisée, elle a consigné dans un cahier d'écolier tous les détails de sa sordide aventure parce qu'elle n'avait personne à qui la raconter. Et puis, le chagrin et la honte la submergeaient.

 

Le cahier, je l'ai eu en main, lu, relu, j’en connais chaque détail par cœur. Alors, moi aussi, je me suis connectée sur Meetyourgirl et j'ai attendu, patiemment. Je savais que tu recommencerais ton petit jeu. Et tu n’as pas tardé. Agriculteur, trente-cinq ans....  Tu n'avais pas changé grand-chose à ta première annonce, juste rajouté bonne constitution après compagne.  En dépit de ton nouveau pseudo, dès que tu as posté ta photo, je n'ai plus eu l'ombre d'un doute !

 

— J'en ai marre de ces salades, dis-moi qui tu es, ce que tu veux et qu'on en finisse !

 

—Tu reprends du poil de la bête ? Mets-la en veilleuse ou je vais me fâcher et finalement sortir mon flingue et abîmer ta panoplie de séducteur ! Qui je suis ?

 

Je t’ai bien eu avec Sandra Lavigne, employée de banque... Si j’enlève cette putain de perruque blonde à cheveux mi-longs...

 

— Pau...

 

— Les bouclettes brunes... frappant non ? Pauline, en plus grand et plus musclé. Elle ne t'a jamais parlé de sa sœur aînée, Laura, militaire, en mission en Afghanistan ? Eh bien, tu l’as devant toi : caporal Laura Bernier ! Rentrée un jour trop tard pour empêcher sa petite sœur d'avaler deux boîtes entières de somnifère.

 

Après avoir arrosé de mes larmes le journal de Pauline, la rage m’a prise. Contre moi qui, lors de notre dernière communication téléphonique, n’avais su entendre que sa joie de me revoir sous peu en permission. Puis j’ai retourné ma hargne contre le sinistre individu, le tortionnaire responsable de la mort de ma petite sœur.

 

Pourquoi tu cries ? Parce que je sors mes cigarettes de ma poche ? J’aime bien fumer, dans certaines circonstances, pas des troupes, trop dégueulasses, des Américaines... Et ce soir, les circonstances l'exigent. Mais tu vois, je n'arrive jamais à les griller jusqu'au bout. Tu gueules parce que j'ai jeté le mégot dans une botte de paille ? Ça ne m'empêchera pas de continuer. Le paquet entier va peut-être y passer. Et justice sera faite ; tu vas cramer comme un porc dans ce maudit endroit qui a abrité tes turpitudes.

 

Moi ? Je filerai en direction de la gare sur ton vieux vélo que je prendrai la précaution d'abandonner dans la rivière. Dès demain, je serai dans un avion en vol vers l'Afghanistan. Personne ne m'a vue ici, on n'est jamais sortis de la propriété et on n’a reçu aucune visite.

 

Il commence à faire une douce chaleur, les flammes se rapprochent de ton corps qui se contorsionne désespérément. Ça ne va pas tarder à sentir le barbecue ici. Cette fois, ton teint a viré au navet. Tes beaux yeux verts qui avaient tant impressionné Pauline sont devenus de grosses billes globuleuses déformées, décolorées par la trouille. Tu peux hurler, demander pardon tant que tu veux. Trop tard. Tu peux pleurer : tes larmes n’éteindront pas le brasier.

 

Ma parole, tu es en train de saloper ton chouette pantalon en lin beige ! Excuse-moi d'en rire ! Allez, salut Don Juan ! Je ne te dis pas « Au plaisir.»

 

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 09:15

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En attendant la publication du recueil 2013 et Nouvelles en fête du 26 octobre prochain au Fontanil, voici quelques-unes des "nouvelles étoilées" par le jury de la douzième édition du concours.

 

 

Odile Avril, l’étoile du jour

Née le 8 mars 1971, cadre informatique, habite à l’est, là où les lérots vont boire.

Administratrice et correctrice du forum de bêta-lecture ImperialDreamer / Idey.

Membre des jurys des Appels à Textes 2011 et 2012 de l’association ImperialDream.

Depuis 2011, elle a vu plusieurs de ses nouvelles distinguées (deux prix notamment).

Son objectif est de composer un recueil de textes tout public entre contes et fables. Un lien devrait unir certaines d’entre elles, notamment via son héroïne Rainette, le texte envoyé à Calipso clôturerait le recueil. Elle cherche un illustrateur et en attendant continue son écriture au gré de ses inspirations.

 

 

L’ombre noire

 

 

Naître corbeau, sur un arbre perché de surcroît, ne prédispose guère à la modestie de mauvais aloi. Dame Rainette batifolait par petits sauts au pied du saule où se trouvait le corvidé.

Elle se souvenait de la gageure avec ses amies : « Tu n’oseras jamais… »

Il s’agaçait de ce manège typique cadencé par le « on me voit, on ne me voit plus, on me voit, on ne me voit plus… » conséquent de l’herbe haute. Incessant, le mouvement prit fin lorsque le batracien remarqua l’oiseau sur la branche et s’approcha de sa chaire.

— Coucou Maître Corbeau, coassa la grenouille, vous guettez ?

— Non, Dame Rainette, croassa le freux, j’attends ma fiancée.

— En retard je suppose ?

— Comme souvent, hélas.

— Est-ce un cadeau ce petit paquet posé, précaire, à votre droite ?

— Oui, pour elle.

— Laissez-moi deviner… à l’effluve… un fromage !

— C’est si bon !

— Camembert pasteurisé : quelle faute de goût !

— Elle adore.

— Ça schlingue et pas qu’un peu. Vous, à l’élégance rare, si distingué et doté d’une intelligence supérieure !

À ces mots, le corbeau ne se sentit pas de joie : son plumage en frétilla ; il se redressa afin d’accentuer son avantage. De sa position privilégiée, il adressa un regard amène au sourire de sa minuscule laudatrice. Soudain, il se remémora l’ancienne embrouille avec le renard près de la fontaine : « Elle veut chouraver mon fromage ! » Un coassement le tira de sa rancœur.

— Admirez ces fleurs au parfum suave ; lorsque vous lui conterez fleurette, elles suggéreront votre dessein… Abandonnez donc ce juchoir et suivez-moi !

— Et si elle arrive ici avant nous ?

— Nous n’allons pas nous éloigner, ça ne nous prendra qu’un instant !

— Et si elle nous surprend ensemble ?

— Ne craignez point le ramage… oups ! Du ravage de la jalouse renaît la flamme de la douce.

Notre curieux couple sautillant partit en vadrouille. La petite lui montra la sauge, il en cueillit quelques, la rose avec laquelle elle lui enleva le relent du cadeau maintenant oublié, et d’autres. Lié avec un brin de paille, le bouquet final s’enrichit de variété, chatoya de couleurs, combina les senteurs. Au retour de la balade, le camembert avait disparu, remplacé par une charmante oiselle toute de noir vêtue, l’air un brin énervée sur son perchoir. Le duo éphémère se sépara. Tandis que la rainette rejoignait ses copines, un vif échange opposa les deux amoureux.

— C’est à cette heure-là que tu te pointes ? croassa, stridente, la freux.

— Mais c’est toi qui…

— Et qui est cette grenouille ?

— Rien qu’une amie.

— Et ce cadeau, tu l’as mis où ?

— Je l’avais déposé là, il a dû choir.

— Elle te l’aura chapardé, grand nigaud !

— Mais non, on ne s’est pas quittés.

— Ben voyons !

— Regarde le bouquet…

— Pff ! des fleurs. Et tu cocotes en plus. La prochaine fois, je me la croque ta groupie !

Au bord de la mare, entouré de plusieurs batraciens, reposait le fromage ravi.

— Et tu crois vraiment qu’il va éclore quoi ? coassa l’un. Je ne vois que des vers.

— On parie ? défia Dame Rainette. Avisez donc ces asticots ; vous pourrez dans peu de temps savourer une myriade de mouches, les fameuses piophilæ casei !

 

Quelques jours passèrent… Maître Corbeau sous un arbre déchu tenait en sa tête ce langage : « Être ou ne pas être freux ? Ou alors se dénicher un trou, s'y coucher, se couvrir de terre ou d’immondices et se dissimuler au monde ? » Au lieu d’une sérieuse introspection, il se résolut à changer de perchoir ; un noisetier cette fois. Deux petits animaux, un lérot et un écureuil, s'amusaient, se chamaillant au-dessus de lui, à savoir qui irait au bout d’une branche effilée cueillir une ultime noisette. Ils cessèrent quand ils aperçurent l'oiseau noir.

— Tu te souviens de l'arnaque du renard ? moqua le rat-bayard.

— Bien sûr ! s’esclaffa le mignon rouquin, et j'ai assisté à la rapine des batraciens la semaine dernière. Tu as suivi l'affaire ?

— De loin. Rien n'a éclos au final. Et Dame Rainette jura qu'on ne l’y prendrait plus.

— Il a encore amené un fromage. Qui donc va le lui chiper ?

Ils pouffèrent de rires à l’unisson. Oui, il en avait apporté un autre et avait choisi un camembert au lait cru grâce aux conseils de la grenouille.

La dulcinée se posa à l'heure, enfin. Son arrivée inattendue calma les railleurs.

— Oh ! Mon chéri, tu as pensé à moi, sourit-elle d'un tendre bisou.

— Et, cette fois, personne ne me l'a dérobé, répondit-il tout fier d'avoir anticipé les astuces des voleurs : il avait coincé le cadeau entre de solides branches.

— Laisse-moi à l’instant m'enivrer de son fumet. Mais il n’est...

— Le fromager l'a sélectionné pour moi...

— … pas pasteurisé ? Pouah ! Tu connais mes goûts pourtant.

— On m'a affirmé qu'il serait bien plus savoureux.

— J'en veux pas de ton affiné.

Elle saisit l'objet avec le bec, le jeta au loin et partit sans même dire adieu. Maître Renard qui passait juste sous l'arbre profita de l'aubaine et déguerpit avec son larcin inespéré.

Pauvre corvidé plaqué, humilié, incompris, risée du bocage à la prairie, des eaux aux cieux... De son perchoir, il chut au sol, terrassé par le chagrin, et se tordit la patte. Il claudiqua vers une haie de roseaux pour se cacher de la cruauté générale.

Dans cet abri, Dame Rainette affûtait une libellule et aiguisait sa langue en vue de son gobage. L'irruption du désespéré la troubla et elle rata sa cible.

— Encore vous ! protesta-t-elle.

 Devant l'air étiolé du volatile, elle refoula sa rancune. Elle aussi avait été grugée... son précédent fromage avait été ravagé par le dernier raz de mare et les asticots noyés.

Il gémit, elle soigna.

Il raconta, elle écouta.

Il s’épancha, elle absorba.

Il pleura, elle étancha.

Il chouina, elle le moucha.

— Je vais vous le chercher, ce camembert. C’est bien Maître Renard qui vous l’a barboté ?

— Oui ! Vous êtes sûre de…

— … Et certaine, par la ruse !

Elle s’éloigna, laissant son compagnon à sa mélancolie. Durant sa courte quête, elle se tracassait surtout du portage de l’objet au retour. Elle avait espéré en vain l’aide de quelques grenouilles. Certaines tentèrent de la dissuader, d’autres la traitèrent de folle, aucune ne la suivit. Déçue, elle continua sa mission, ébranlée toutefois par les incitations à la prudence de ses copines, inquiète au cas où elle devrait affronter seule ce terrifiant adversaire : elle n’aurait que sa malice et son agilité à lui opposer... Vint l’instant du doute. Regrettait-elle déjà la déraison de cette promesse irréfléchie ? Elle fut tentée de rebrousser chemin et de s’excuser auprès de son nouvel ami : la tâche s’avérait au-dessus de ses petites forces, elle s’était montrée trop présomptueuse. Bien sûr, dès demain matin, il irait à la police et elle courrait lui en procurer un autre. Elle imagina la déception : « Si vous aussi, vous m'abandonnez… » Irait-il lui-même se faire justice ? Elle ou lui, le combat serait perdu d’avance. Et elle se sentait si coupable !

Elle décida de continuer et débusqua son Graal dans un sous-bois. Le coquin avait entamé son butin. Elle envoya d’abord des pierres espérant ainsi le distraire de son festin ; puis tâtonna le cri canin, jappa vaguement, glapit à grand peine, entonna un confus « Waaaaah » ; elle bredouilla même un dernier « Haro ! » ouï de la bouche d’un pêcheur. Aucun effet sur le canidé ; alors elle sautilla tout autour de lui afin de détourner son attention. Ce manège effronté fonctionna mieux que prévu, le renard la poursuivit… Par deux fois elle échappa à sa morsure ; hélas elle se fatiguait et paniquait. Le prédateur réussit à la coincer ; pour éviter le troisième coup de crocs, elle effectua un saut de côté et retomba sur une pierre saillante. Elle ne se releva pas, étourdie par le choc ; le goupil s’apprêtait à la dévorer lorsque soudain une ombre noire plongea sur lui. Le corvidé volait à son secours ; son attaque en piqué causa des dégâts près des yeux du carnassier qui abandonna sa proie. Les coups de bec dissuadèrent le chapardeur de retourner à son repas et il s’enfuit pantois.

Le corbeau posa sur son dos l’aventurière, un peu sonnée par l’agression, saisit en son bec le fromage et s’envola. L’oiseau atterrit près des roseaux et constata alors que Dame Rainette s’était assoupie. Il la déposa avec précaution sur un nénuphar tout juste échoué. Il s’aperçut que son plumage dorsal était taché de sang. Inquiet, il examina la grenouille et trouva une minuscule plaie au ventre qui saignait beaucoup. Elle se réveilla.

— Alors, vous l’avez mangé ?

— Non, pas encore. Mais vous êtes blessée.

— Une égratignure, ce n’est rien, ça ne saigne déjà plus, vous voyez.

Ces derniers mots furent prononcés dans un souffle. Elle toussa puis se reprit.

— Dégustez-le donc, ce mets.

— Oui… il est exquis… Vous voulez goûter ?

— Non, merci, je ne mange pas de laitages… et je n’ai pas très faim. Régalez-vous !

Il picora sans enthousiasme, davantage pour faire plaisir à son héroïne. Elle somnolait en le regardant puis s’endormit et se mit à trembler. Le freux se coucha sur le dos, installa la petite bête sur son poitrail et rabattit son aile sur elle. Ses frissons cessèrent, elle semblait heureuse de cette douce chaleur et souriait.

Dans la nuit, il sommeillait à demi lorsqu’il crut entendre crier son amie : « Non, pas les vers… Grâce ! » Il ouvrit les yeux ; elle affichait toujours son sourire et dormait ou… Elle avait seulement cessé de respirer. Un croassement pathétique déchira l’obscurité.

Au matin, les riverains de la mare découvrirent le corps sans vie de la rainette déposé sur un nid de brindilles et de paille mêlées, et une épaisse couche de plumes noires. Ses pattes avant ramenées sur sa poitrine tenaient une rose rouge. Deux silex étaient appuyés au pied de ce monticule. Personne ne revit jamais le freux, mais dans les temps qui suivirent, nombre de renards devinrent borgnes ou aveugles, et l’ombre noire hanta longtemps les alentours.

 

* * *

Histoire de la fable étoilée à Calipso 2013 :

"L’ombre noire", alias aussi "Le corbeau et la grenouille".

 

Ben oui, elle a une histoire !

En 2011, j’avais écrit un texte humoristique pour me moquer gentiment de quelques principes d’internautes (je ne dis pas qui ni où), mélangeant deux fables de La Fontaine.

En 2012, lisant la présentation de quelqu’un, cela m’a inspiré le détournement d’une fable traditionnelle avec mon héroïne, Rainette. Et très peu de temps après, une seconde fable a germé en moi : détourner le texte le plus célèbre de La Fontaine "Le corbeau et le renard" en remplaçant ce dernier par d’espiègles grenouilles. Mais voilà, si le début ressemblait bien à une fable, la suite était incomplète, il manquait quelque chose puisque finalement aucune morale n’émergeait.

Plusieurs mois plus tard, l’inspiration m’est venue pour adjoindre une seconde partie. Je voulais la terminer sur la tendresse et puis le matin où j’écrivais la toute fin, une "tuile" m’est tombée dessus… Je me suis mise à mon clavier, espérant sécher mes larmes, et… c’est tout autre chose qui est sorti, un souvenir douloureux de jeunesse, la mort d’une chatonne de quelques jours que j’avais posée sur ma poitrine et recouverte d’une couette pour qu’elle arrête de trembler. J’ai donc terminé ce texte en pleurant…

 

Voilà, cette "fable" un peu atypique, commençant dans l’humour un peu sardonique pour se terminer sur le pathétique, n’a pas encore été éditée… mais elle a déjà terminé dixième à Syllabaire 2012 (8 éditées) et seconde aux 48 heures du polar 2013. Le bûcher de la fin existait dès la première version. J’ai uniquement rajouté un peu de paille pour Calipso (et avant un peu de police pour les 48 heures du polar).

Oui, aussi une particularité qui peut rebuter certains, cette fable porte mon style : oser, jouer avec les limites, et donc parfois ne pas respecter les constructions standards et normalisées du français, aimer beaucoup mélanger pluriel et singulier, mettre des mots là où ils ne devraient pas être. Sans pour autant que ce soit prohibé, bien entendu.

 

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 09:50

etoiles-2013.jpg

Pour la douzième édition du concours Calipso, quatre-vingt-une nouvelles étaient en compétition. Une participation moyenne  mais compensée par la qualité des textes reçus. Pas moins de trente six nouvelles ont été étoilées par le jury dans une première sélection. Voici les vingt-trois qui ont vu un temps les étoiles : 

Par ordre alphabétique d'auteurs :  

- L’amour n’était pas dans la grange de Danielle Akakpo  

- L’ombre noire d’Odile Avril  

- Secret de béton de Chantal Blanc  

- L’appel du feu de Désirée Boillot  

- Croix de bois, croix de fer de Françoise Bouchet  

- Pourvu qu’on ait l’ivresse d’Emmanuelle Cart-Tanneur  

- L’apparition de Claudine Créac’h  

- L’insatiable d’Olivier Delau  

- Sorcière de Sophie Etienbled  

- Monsieur Cocotte de Mickaël Feugray  

- Margot d’Eric Gohier  

- Sur le champ de Jordy Grosborne  

- Rouge safran de Jean Gualbert  

- D’étranges fruits de Laura Kuster  

- Un feu-follet de Philippe Laperrouse  

- Elle en moi de Patrick Ledent  

- La valse des étiquettes de Laurence Marconi  

- Pétroleuse de Karine Médrano  

- Hamamélis de Maude Mihami  

- Chambre noire de Pascale Pujol  

- Ardente comme le feu, fragile comme la paille de Laurine Roux  

- Tirer un trait de Danièle Tournié  

- Un souffle d’encre de Christine Van Acker  

Comme chaque année, nous proposons aux auteurs "étoilés" par le jury lors de sa première sélection, de les retrouver au café, histoire de ne pas limiter au seul recueil les regards et les sensibilités qui se sont exprimés à l'occasion du concours. Nous invitons donc les auteurs cités, et qui le souhaitent, à nous faire parvenir leur texte, accompagné d'une courte présentation, à notre adresse mail. 

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 09:15

 Avant-exil-11.jpg

 

Voici quelques-uns des dessins réalisés par Elisabeth Braure, artiste-peintre, lors des ateliers d’écritures mixtes parrains-filleuls de l’Apardap (Association de parrainage des demandeurs d’asile et de protection) dans le cadre du projet de réalisation d’un livre et d’un spectacle sur le thème : « Avant l’exil, j’étais quelqu’un – Paroles de réfugiés ». Une vingtaine de ces portraits illustreront le livre et les originaux (encadrés), tout comme le livre, pourront être acquis en soutenant ce projet présenté sur le site Kiss Kiss Bank Bank :

http://www.kisskissbankbank.com/avant-l-exil-j-etais-quelqu-un-paroles-de-refugies

Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont déjà contribué à cette aventure créative et solidaire et merci d’avance aux prochains visiteurs qui profiteront ce dimanche annoncé comme pluvieux pour s'associer au projet.

 

Avant-l-exil-05.jpg   avant-l-exil-02.JPG

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 08:30

Avant-l-exil22.jpg

 

 

 

Ce message de l’Apardap est un appel à soutien pour un projet créatif. Votre barman préféré est un des initiateurs du projet.

 

L’APARDAP est une association de parrainage républicain des demandeurs d’asile et de protection. Outre ses missions de soutien et d’accompagnement, elle initie de multiples actions culturelles dans l’agglomération grenobloise visant à lutter contre les stéréotypes négatifs vis-à-vis des populations migrantes.

C’est dans un esprit d’échanges à la fois studieux et conviviaux qu’elle a mis en place des ateliers d’écritures mixtes parrains-filleuls avec pour objectif de raconter et d’écrire sous forme de récits fictionnels les métiers pratiqués au pays avant l’exil.

Ces ateliers sont animés par une professionnelle et illustrés par une artiste peintre. Cette évocation de la vie au travail témoigne de la richesse des expériences, de la fierté à être inscrit dans le social, et nous invite par-delà ses joies et ses déboires à entendre ce qu’il en est de la réalité de l’exil.

Pour les participants, cette aventure littéraire et humaine ne peut prendre pleinement son sens que si elle est partagée, que si elle est l’occasion de faire résonner d’autres voix dans la vie de la cité.

L’édition d’un livre intitulé « Avant l’exil, j’étais quelqu’un – paroles de réfugiés » et l’organisation d’un spectacle construit à partir des textes publiés et mis en voix et en musique par des professionnels et amateurs, apparaissent comme une étape importante pour restaurer dialogue et compréhension.

 

Pour la réalisation de ce projet un budget prévisionnel de 5300 euros a été établi. La somme de 2500 euros est d’ores et déjà provisionnée. Il nous manque donc 2800 euros.

Pour obtenir ce financement, nous avons fait appel à l’organisation Kiss Kiss Bank Bank qui est une plateforme de financement participatif. KissKissBankBank donne ainsi l’occasion aux créateurs de projets de solliciter le soutien du public, de leurs cercles de connaissances ou d’amis dans un environnement créatif qui légitime leur action.

Nous vous invitons à vous rendre sur le site pour découvrir plus avant notre projet et si celui-ci vous a convaincu de participer à son financement. Des contreparties vous seront proposées en fonction de vos dons. (Voir les étapes ci-dessous)

Les membres de l’Apardap, les parrains et les filleuls espèrent que vous ferez partie des contributeurs et vous remercient par avance de votre soutien.

 

 

Comment contribuer au projet ?

Etape 1: Rendez-vous sur la page du projet que vous souhaitez soutenir en cliquant sur le lien suivant http://www.kisskissbankbank.com/avant-l-exil-j-etais-quelqu-un-paroles-de-refugies

Etape 2 : Cliquez sur “Soutenir le projet”. Si vous n’êtes pas inscrit, une page pour vous inscrire vous sera proposée, c’est rapide et gratuit. Vous serez ensuite renvoyé vers la page du projet que vous souhaitez soutenir.

Etape 3: Déterminez le montant de votre contribution sur notre site. Remplissez le formulaire, votre paiement sera sécurisé par PayBox, un des leaders mondiaux du paiement sécurisé sur Internet. Si le projet n’atteint pas son objectif de collecte, vous êtes automatiquement remboursé, sans aucun frais.

Note : les dons à une association sont déductibles de votre impôt sur le revenu.

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 15:15

couv calipso 2013bis  

L'équipe de Calipso et les membres du jury tiennent à remercier tous les participants à ce concours qui fut peut-être un peu léger en volume de participations (81) mais fort agréablement relevé en qualité. Nous reviendrons prochainement sur les étoilés de cette édition.

Voici le palmarès 2013 :

1 - Joël Hamm pour Caramantran

2 - Benoit Camus pour Le griot s’est volatilisé

3 - Marie Pontacq pour Le temps des Ellebores

4 - Isabelle Guilloteau et Christophe Esnault pour Tout feu, tout femme

5 - Jordy Grosborne pour Vieux frères

6 - Yvonne Le Meur-Rollet pour Etincelles

6 - Emmanuel Roche pour L’Homme de paille

6 - Elisabeth Le Tutour pour Un juste en enfer

9 - Jacqueline Dewerdt-Ogil pour Le condamné

10 -André Fanet pour Parce qu’un soir…

11 - Anne-Marie Dallais pour Sculptures éphémères

12 - Sylvette Heurtel pour Le verrou

13 - Thierry Poinot pour Un regard qui tue

 

La douzième édition de Nouvelles en fête aura lieu le 26 octobre 2013 de 17h à 23h30 au Fontanil. Comme pour les années précédentes, nous espérons la présence d'un maximum d'auteurs primés. Tous les concouristes sont bien sûr les bienvenus. L'hébergement des lauréats sera assuré par des membres de l'association Calipso et une contribution aux frais de transports pourra être allouée. Afin de pouvoir éditer le recueil pour le jour J, il est nécessaire de nous envoyer au plus vite les nouvelles lauréates,accompagnées d'une présentation de leur auteur. (envoi par mail et dans un format word).

A très bientôt...

 

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