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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 21:44


Corinne Jeanson a fait disparaître la dernière lettre de la série Transit mais ce n’est que pour prendre le train à sa façon…



Je n’ai as pris ce train, ce matin de mars. Pourtant nous avions fixé notre rendez-vous à 11h33 précise en gare de V***. J’ai hésité. Je savais que ma vie serait imprégnée à jamais de ce rendez-vous. L’intranquillité me laissait là sur ce bord de quai, en gare de L***. Impossible de poser mon pied gauche sur la première marche du wagon. Les autres passagers se pressaient vers leur destination. Derniers sourires, derniers baisers avant le départ. Un jeune homme me bouscula. S’excusa. J’ai reculé. J’ai attendu que le train s’éloignât. J’ai entendu les portes se refermer, je restais à regarder le lent échappement du convoi jusqu’aux tampons arrondis du dernier wagon et les voies qui reprenaient leur densité métallique.

Je suis revenu à la gare, j’ai acheté des Pall-Mall et j’ai pris un café dans le premier bar en face du parvis. Je me suis souvenu de notre premier voyage en train. Nous avions quitté la France de nuit, nous nous étions éveillés en Italie : Venise. Le parvis de la gare Santa Lucia de Venise, ses marches qui plongent dans les canaux. Nous étions des enfants, nous découvrions la vie ensemble, à peine vingt ans. La joie nous appartenait. La joie de découvrir à deux la vie, son monde, ses sensations. Je devinais que ce voyage symboliserait à jamais tous mes voyages. Je sentais ta main dans ma main.

Depuis d’autres trains m’ont capturé, depuis d’autres compartiments m’ont accompagné le temps d’un voyage à la découverte de nouveaux continents. Tant d’autres trains, tant d’autres continents. Ces transits passagers, mouvants, absurdes à force de tentations, de tentatives, de nouvelles joies aussi.

Comment au bord des mes cinquante ans, aurais-je pu reprendre le même chemin qui me guide incessamment vers toi jamais oubliée, jamais abandonnée au fond de mes tripes ? Il m’aurait fallu détacher toutes mes peaux cramoisies, tatouées, pour retrouver la chair transie, je ne sentais que mon vieux squelette broyé par mes déambulations, tous ces lieux de passage, tous ces visages, ces corps qui avaient accompagné ma propre vie, ma vie de vagabond. Vagabond depuis ton départ, éloigné de mon âme, de mon identité. Je connaissais à peine mon prénom, mon visage dans les reflets des vitrines comment l’aurais-tu reconnu ? Et dans ces reflets à côté de ma silhouette sombre j’ai perçu ton visage, comme un mirage.

J’ai refait le trajet, depuis le bar jusqu’à la gare, je l’ai traversé, j’étais sur le quai, un second train m’attendait. Les grèves de mars embrouillaient les pistes. Le contrôleur me demanda de me hâter, c’était le dernier train en partance, oui il s’arrêtait à V***. J’étais essoufflé, ce n’était pas ma course, c’était toi que je rejoignais. Je suis descendu sur le quai, tu étais resté à m’attendre. Tu m’as souri. Nous avons pris un café ensemble et nos doigts se sont croisés par-dessus nos tasses fumantes, nous avions retrouvé le chemin, rien n’avait changé, ni nos visages, ni nos cœurs, nous étions en terrain connu et dans le tourbillon de la vie il nous restait un long voyage à poursuivre. En aurais-je la force ?

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Nuits blanches
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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 17:11

Passage protégé passage à niveau passage en force passage interdit passage difficile passage clouté passage obligé passage à découvert passage souterrain passage à l’acte passage à tabac passage secret passage éclair mauvais passage droit de passage avis de passage lieu de passage servitude de passage Passages rebelles … ou pas sages les rebelles… le concours Calipso 2008 sera clos dans un mois. Qu’on se le dise !

Pour ne pas perdre le nord, cliquer ici

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Concours de nouvelles 2008
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 17:55


Ce texte d’Ernest J. Brooms a participé au concours de nouvelles Bayard et s'est distingué parmi les meilleurs...juste derrière les irrésistibles pointures comme Magali Duru et Georges Flipo.

 


Un ciel immensément gris et uniforme pèse de tout son poids sur la ligne d'horizon. A l'infini... Dense mais fine, la pluie n'a cessé de tomber depuis le matin. Elle s'abat sur les champs dénudés, s'infiltre dans l'herbe flétrie des prairies, crépite sur les tuiles poreuses d'une petite maison basse, perdue, éperdue, comme abandonnée au milieu de l'espace endolori.

La main se referme, décidée, sur la boule du changement de vitesses et la pousse sèchement vers l'avant. Le moteur, violenté, s'emballe et rugit. Le pied droit enfonce la pédale de frein et la voiture ralentit brusquement. Le passager, projeté vers l'avant, doit se tenir au tableau de bord.

Le conducteur, un homme distingué d'une quarantaine d'années, bien bâti et solide, sort du véhicule. Devant lui, la maison basse.

Le visage buriné par le vent des campagnes, engoncé dans un costume d'épais velours, l'autre le rejoint.

- Et voilà, c'est là !

Il a la voix dure comme ses mains. Il sort une grosse clé qu'il introduit dans la serrure. La porte résiste un peu et soudain, cède.

- Ce n'est rien, un peu d'huile et... voilà ! Je vous laisse regarder à l'aise. Prenez votre temps. Faites comme chez vous... J'ouvre les volets, puis je vais vérifier la clôture de la prairie... A tout à l'heure !

Henri Dubreuil pénètre dans une pièce spacieuse et désertée. Le mur, à sa gauche, est garni d'un papier peint défraîchi où des fleurs géantes grimpent vers le plafond à voussettes. Entre les tiges énormes, deux tableaux, dépendus il y a peu, tracent des rectangles plus clairs. En face, près d'une petite porte basse, veille une ancienne horloge au balancier de cuivre encore brillant.

Henri suit un instant le balancement perpétuel, immuable du temps. Mais vite, un ancien feu au charbon, un feu "crapaud" comme disent les campagnards, attire son regard friand d'antiquités. Le poêle ne dégage aucune chaleur, la charbonnière est vide... comme le large fauteuil d'osier, éreinté par les ans. Une porte est entrouverte sur une chambre, à droite, il la pousse. Une odeur âcre, moite et humide, lui monte au nez. L’odeur des morts qu’on y entreposait avant l’enterrement. Il n'insiste pas et se retourne. En face, deux marches de pierre bleue, usées à l'emplacement des pieds, mènent à une plus petite chambre accueillante mais fraîche. Les autres portes livrent leur secret. Celle de la remise devra être remplacée. La cuisine est grande et agréable. Henri se dirige vers la fenêtre, l'ouvre et, devant lui, l'immensité des champs mouillés. Le calme, la paix, enfin trouvés.

Le froid s'élance de la plaine, traverse les champs nus et frappe de plein fouet le visage de Dubreuil. La fenêtre est vite refermée. L'homme se retourne et revient dans la pièce, devant. Ses doigts ont saisi machinalement une cigarette et la fumée se mêle à la moiteur de l'air. Le fauteuil d'osier craque lorsqu'il s'assied. Un curieux mélange s'opère alors dans l'esprit de Dubreuil : humidité ambiante, odeur de moisissure, exiguïté du bâtiment... On y respire le silence tranquille et serein. Pas tout à fait : un léger bruit l'accentue. Un battement régulier, un décompte incessant, le cœur de la vieille horloge bat le temps qui trépasse.

A chaque mouvement du corps, l'osier du fauteuil gémit. A chaque craquement, l'horloge répond par son chant métallique. Le tic-tac découpe le silence mécaniquement. Il s'amplifie dans la tête de l'homme ; la sueur perle à la base du front, une bouffée de chaleur envahit chaque pore et les doigts se crispent, le buste se raidit... Le bruit obsédant heurte les parois du cerveau en oiseau affolé. Les yeux hagards de Dubreuil se tendent vers l'écran ivoire.

La grande aiguille noire ciselée ne tressaille pas comme la plus petite qui sursaute et stabilise de minute en minute. Les yeux de l'homme y sont rivés. Plus rien n'existe.

Le décor vacille, les formes fondent, les murs s'écartent, les poutres craquelées éclatent.

Mais le long pendule de cuivre bat, imperturbable. Le temps a perdu de sa consistance. Minutes et heures fuient.

Les jours, les ans défilent, fiers et tristes.

Et le bras de cuivre dirige le bal et bat toujours plus fort.

Ce n'étaient plus les mêmes objets. Il faisait sombre. Entre chien et loup.

Au pied de la hautaine horloge, un corps de femme gisait. Une jupe d'épais tissu, mi-relevée, découvrait de longues jambes, tuméfiées, serrées aux genoux... Le visage disparaissait sous la masse des cheveux emmêlés. Au cou, brillait un médaillon doré au cœur de verre, fracassé. La femme pleurait. Et le pendule marquait le temps du silence. Le ventre se soulevait, l'horloge battait, le ventre se tendait, le cuivre brillait dans l'ombre. Et l’homme, debout, se reboutonnait. Il attrapait une bouteille de genièvre et en avalait une large lampée. Assis sur une marche de l’escalier qui menait au grenier, l’enfant regardait par la porte entrouverte. Les yeux vidés.

Dubreuil se frotte les yeux ; en lui, la douleur se réveille. Ses doigts appuient sur les tempes, glissent sur la barbe naissante, enserrent le cou et la chaîne d'un vieux médaillon doré...

L’unique fenêtre donne sur la rue déserte, le potager et le petit sentier aujourd’hui impraticable. L’enfant y court et l’homme le poursuit. Sale garnement, tu vas voir quand je vais t’attraper ! L’enfant se retrouve dans la cave à charbon, une sorte de réduit triangulaire sous l’escalier. L’obscurité totale, la peur. Le beau-père l’a toujours détesté. Jaloux de l’amour porté à l’enfant par sa mère. Alors, il fallait nettoyer le jardin, ne laisser aucune mauvaise herbe. Vider la fosse à purin en y plongeant un seau, tirer sur la corde pour le faire remonter et le jeter sur le potager. Rien de tel comme engrais ! Et vas plus vite, tu te traînes. T’es qu’un paresseux ! Tu vas voir… L’enfant devait s’agenouiller sur des branches de saule fraîchement coupées et le beau-père retirait sa ceinture de cuir tressé et frappait sous les pieds nus, sur les mains, sur le dos… Et ne t’avises pas de crier. Personne ne t’entend ici ! T’es bien comme ta mère, une mauviette !

Puis un jour, tout s’accélère. Le beau-père est arrêté. Une bagarre qui tourne mal dans un bistrot. Un coup de couteau et un mort. Les enquêteurs découvrent un enfant amaigri, les yeux hagards. Il crie et se débat. La mère aussi. Le corps de l’adolescent ne laisse aucun doute sur les traitements qu’il a subis. La mère ne peut expliquer pourquoi elle a laissé faire. Elle sera condamnée pour non-assistance à personne en danger, déchue de ses droits. Et l’enfant rejoindra l’orphelinat des Mères de l’Enfant Jésus, dans la ville la plus proche. Puis, il sera adopté par une famille d’accueil. Une, puis une autre, puis une autre… s’éloignant à chaque fois un peu plus. Des souvenirs en pagaille. Des gens gentils, accueillants, intéressés, intéressants, jeunes, plus vieux… et surtout, Robert et Danielle, ce couple âgé qui l’avait considéré comme leur fils. Sans descendance, ils avait tout donné, leur temps, leur amour, leurs sourires, leur expérience… Henri a grandi sans poser de questions préférant les enfouir au plus profond de son monde secret.

Encore adolescent, Henri apprendra la mort de sa mère, un soir d’hiver. Elle avait continué à vivre, seule, dans la maison au bout des champs. Plus de nouvelles du beau-père, et c’est tant mieux. Que devint-il après la prison, nul ne le sait. La vie s’est poursuivie, de lycées en collèges. Artiste-peintre local, Robert lui a donné le goût du dessin et Danielle, la sensibilité féminine. Il sera architecte et se fera vite un nom dans le milieu. Les portes de la vraie vie lui sont désormais grandes ouvertes.

Mais jamais, il ne s’est marié. Et surtout, pas d’enfant ! Nul risque de reproduire son histoire de quelque façon que ce soit !

L'homme se lève, l'osier se plaint une dernière fois. Une envie de vomir le prend à la gorge. Les poumons prêts à éclater le suffoquent. Il faut partir sans essayer de comprendre. La pendule poursuit son décompte, glacial témoin du temps oublié, ... du souvenir perdu.

Pousser la porte et sortir. La lumière humide agresse ses yeux rougis. Il faut gagner la voiture et...

- Et alors, monsieur Dubreuil, elle vous plaît ? Je vous l'avais dit. Il y a vingt ans que je vis ici. La maison avait été mise en vente publique et ici, on préfère ne parler des anciens habitants. J’ai tout aménagé au fil des ans. C’est qu’il y avait du boulot. Mais aujourd’hui, je suis trop vieux pour rester seul et les enfants veulent que je parte vivre dans une maison de retraite, comme ils disent. Si c’est pas un malheur ! Mais enfin, c'est ce que vous recherchiez ? Monsieur Dubreuil ?

Henri se retourne sur le fermier…

- Oui. C’est d’accord. J’achète !

- Avec quelques transformations, vous pouvez en faire quelque chose de bien ! D’autant plus qu’on m’a dit que vous étiez architecte. On sera content au village que vous retapiez cette maison. Car elle est là depuis toujours. Vous comprenez… C’est qu’on y tient à nos maisons, c’est tout un passé et des souvenirs… On se revoit chez le notaire ?

La voiture n'est déjà plus là. Le silence est revenu. Lourd. Oppressant.

Seul, derrière la façade blessée à jamais, toujours le même bruit. Il augmente et envahit l'espace, un immense tic-tac investit la plaine et la pluie tombe de plus en plus belle...

L’acte de vente fut signé devant un notaire impassible. Dubreuil ne broncha pas à l’énoncé des différents propriétaires précédents, à l’histoire notariale de la maison. D’autres images lui venaient en tête. Le vieux fermier était très impressionné et tortillait ses gros doigts. Quelques signatures et quelques paraphes plus tard, l’affaire était conclue à la joie de tous. Surtout du vieux fermier. Dubreuil serra les mains et repartit vers la ville, loin de cette froide campagne.

Vue du quatorzième étage, la ville est allumée de milliers de lumerottes. La nuit est tombée sur l’agitation de la vie. Henri aime cette solitude protégée par la foule d’êtres humains anonymes. Il se laisse tomber dans le profond canapé, ferme un instant les yeux. La maison basse perdue dans la campagne lointaine lui semble appartenir à un autre continent. Celui d’une enfance désormais gommée. Il attrape son GSM, fait défiler la liste du répertoire, s’arrête sur Gauthier & Fils, entreprise…

- Henri Dubreuil, architecte. Bonjour Monsieur Gaulthier, nous avions déjà pris contact. Vous vous souvenez ? C’est pour une démolition…

                                                                                                                       E.J.B.

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 12:23

On lui avait parlé d’une association d’entraide dans un pays voisin. Des humanistes qui faisaient attention à la douleur. L’opportunité d’une ouverture lui avait donné quelques sueurs mais elle s’était très vite ressaisie. Pendant des jours elle avait écouté les recommandations, les avertissements, les convictions des uns et des autres, les amis comme les docteurs, sans rien leur objecter ni réprouver. Elle ne voulait pas partir sur un coup de tête ni s’engager à la légère. Mais quand sa mère avait acquiescé, s’en remettant aux seuls cris de son cœur, une intense bouffée de chaleur l’avait illuminée. Le voyage en train était tout indiqué avait-elle dit, pour soutenir sa résolution ou y renoncer.

Elle raffolait du train. Elle aimait écouter le bruit du temps sur les rails, sentir filer la terre comme le ciel, se laisser aller d’espace en espace et revisiter au couchant les villes lumières. Elle aimait les regards songeurs ou distrait des autres voyageurs, le léger balancement des corps quand la rêverie les accaparait totalement. Elle aimait le passage du contrôleur et avec lui, les brusques retours au monde. Elle avait tant aimé son premier grand voyage, celui qui avait donné sens à sa vie.

Quand les portes du wagon se refermèrent et que sur le quai résonna le coup de sifflet du chef de gare, elle sut qu’elle ne ferait plus marche arrière. Un groupe de jeunes gens rieurs et cajoleurs avait trouvé refuge dans son compartiment. Elle les avait bénis de son plus beau sourire. Quand la nuit prit corps, elle remercia sa bonne étoile de lui avoir offert le bon train. Au moment de fermer les yeux, l’image d’un homme en chemise blanche se joignit à ses pensées. Un homme bienveillant qui allait l’aider à effacer la frontière la séparant de son cher époux disparu.

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 16:44

Pétrole

 par Jean-Claude Touray

 

C’est devenu un produit de luxe.

Avec les augmentations inconsidérées du prix de ce combustible, l’utilisation de la lampe à pétrole devient vraiment coûteuse, et il est conseillé, pour des raisons économiques évidentes de s’éclairer à l’électricité : les centrales nucléaires en débordent. On sert encore l’essence et le gazole exclusivement à la pompe, mais plus pour longtemps pour les qualités " haut de gamme ". Une grande maison de Champagne va lancer la bouteille-cadeau : pour les fêtes et les anniversaires on offrira un magnum ou un Jéroboam de " sans plomb, cuvée spéciale ". Traçable jusqu’à la plate-forme de production. Equitable pour le producteur et respectueux de l’environnement. Parallèlement, pour abaisser le coût des carburants automobiles, on ajoutera aux produits d’origine pétrolière les invendus de la production de Beaujolais nouveau. Plus astucieux que d’en faire du vinaigre !

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 18:39


Une fois encore notre collaboratrice Ysiad vient au secours d’internautes pris dans l’incessant remue-ménage de la vie moderne. Aujourd’hui, elle nous livre une série de fiches pratiques en réponse à la question posée dans le dernier Blogcity, revue d’étoiles :

Comment obtenir un cours gratuit de dépoussiérage ?

 


Ici même. Entrez au café, tirez une chaise, mettez les pieds sous la table et ne faites surtout pas attention au balai qui passe, levez simplement vos semelles, voilà, merci beaucoup. Avec la poussière, il faut toujours commencer par le commencement, parce que si on commence par la fin, la poussière a le temps de se redéposer. C’est comme ça. Ça n’a l’air de rien, la poussière, mais en réalité c’est très sournois. C’est le genre de truc qui passe inaperçu pendant des mois, et qui vous saute aux yeux le dimanche, à l’heure où le rocking-chair vous tend ses confortables petits bras sur la véranda. La poussière ensevelit tout, le temps, les hommes, les siècles, elle est une grande dévoreuse, gardons bien cela à l’esprit.

Première étape.

Il faut d’abord localiser les endroits où la poussière aime se nicher pour former d’immondes petits tas floconneux, que les langues indulgentes appellent des " moutons ". Mais bouh, qu’ils sont laids sous les lits, ces vilains moutons de poussière, et comme ils sont difficiles à choper à main nue ! Ils vous filent entre les doigts comme du sable et vous font transpirer pour rien. D’où l’intérêt de disposer chez soi d’un bon aspirateur en état de marche, le fin du fin étant d’en avoir un à tête chercheuse, ça existe forcément quelque part dans le monde, bougre de flûte. A défaut d’une tête chercheuse, on pourra se rabattre avantageusement sur un bon balai robuste à poils souples, dont le passage pourra être complété par un vigoureux coup de brosse, pour les perfectionnistes qui veulent gratter entre les lattes du parquet, il en reste toujours à cet endroit.

Deuxième étape.

Si l’endroit à dépoussiérer est vraiment très crade (plinthes, placards de cuisine, rebords de glace, chambre d’ado), il est hautement conseillé de se munir d’un masque en papier, comme ça la poussière va sur le papier, et pas dans les narines, il fallait y penser. Si le local n’est pas trop crade, et qu’en somme il s’agit juste d’agiter le plumeau devant la belle-mère pour montrer qu’on a une très haute conscience du ménage, le masque en papier est encore hautement conseillé parce que c’est là, justement, que la poussière en profite pour vous prendre à revers avec son armée invisible, et vous faire crever d’éternuement si elle en a envie, après tout, après le coup que vous lui avez porté avec la brosse, vous pouvez vous attendre à des représailles. Donc méfiez-vous et restez sur vos gardes.

Troisième étape.

Si l’objet est particulièrement délicat à dépoussiérer, par exemple un clavier d’ordinateur où la poussière raffole des interstices pour mieux vous faire la nique, beeeuuurk, c’est vraiment trop immonde, alors n’hésitez plus : achetez une bombe de gaz comprimé, et allez-y franco. Faites-vous plaisir, que diable. Nous vous garantissons l’extase lorsque, du pulvérisateur à long nez s’échappera un jet à haute pression. Oui, l’extase, avec les deux mains collées au corps glacé de la bombe, quand vous pchiterez avec volupté entre les AZERT et les YUIOP, les QSDFG et les HJKLM et puis les WXCVB, et les N ?./§, façon : On achève bien les chevaux. Vous verrez surgir d’entre les touches un épais nuage de résidus pas catholiques et même quelques trombones. Pchitez, pchitez, il n’en restera rien, comme pour les notes de frais de notre ex-président, ça fera un gros Pchiiiiit ! Et tout sera clean, clean, clean, comme au premier jour.

Quatrième étape.

Balancez-vous dans le rocking-chair, et ouvrez un bouquin sans compter les moutons. La poussière reviendra forcément, c’est la loi de ce monde, et personne n’y peut rien.

Ici bas, la poussière est tout, s’il est vrai que tout est poussière, pour plagier Tristan Corbière.

Ysiad

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 11:57

par Corinne Jeanson


Je n'ai pas de souvenir
Ce dernier baiser
L'as-tu réellement déposé ?
J'appartiens à ton monde intérieur
Je suis veuve de toi
Tu es sous terre et tu n'es pas sous terre
Tu me tenais par la main
Dans le froid de janvier
Le ciel était bleu je crois
Le souvenir est resté
Le dernier, l'unique
Je ne me suis pas retournée
Tu n'étais déjà plus là
Les portes du tramway ont grincé
Il m'a éloignée de l'ultime sensation
Ta main chaude dans la mienne
L'enfer s'est dressé
Des pans de murs dans la vie à jamais
Toutes ces murailles érigées
M'exilent de jour en jour de ta trace effacée
Cette femme en robe noire qui me suit
Pourquoi me chuchote-t-elle dans la nuque
Le nom que tu me donnais
Quel nouveau jeu inventes-tu
Pour me rappeler à toi ?

 

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 18:16


Une chronique à la petite semaine de quelques judicieuses fabriques de littérature.

A cliquer dans les Aiguillages :

 

Sur Mot Compte Double

Après une longue absence, Françoise Guérin et ses chroniqueurs reviennent en force avec sur le plateau : séminaires pétillants, poésies engageantes, nouvelles incandescentes et chroniques entr’apercues de l’autre côté du miroir…

Chez Stéphane Laurent

La série " Les petits noirs avec " réintègre un large coin du zinc de chez Stéphane alors bien sûr ça discute ferme sur place et on va même en causer chez les voisins, c’est vous dire…

Sur Maux d’Auteurs

En attendant le printemps et à défaut de l’été, Danielle Akakpo et ses complices organisent un vrai concours de nouvelles sur le thème de la renaissance

Chez Georges Flipo

Ce cher Georges est tourmenté : il s’interroge, s’explique, se raconte, se commente, scrute, dissèque, évalue, bref questionne le monde… et semble parfois surpris de recueillir des réponses qui ont le don de susciter de nouvelles interrogations, de nouvelles explications, de nouveaux commentaires… la vie quoi !

Sur Pour le plaisir d’écrire

Ernest J. Brooms nous conte une histoire de vieux démons longtemps nichés en travers de la gorge…

Chez Magali Duru

Du rouge amer et du noir écarlate pour inaugurer une série de textes dérivés d’une vidéo mystérieuse…

Sur Quelques propos sur l’invisible

Tout ne vient pas uniquement de la littérature, nous dit Frédéric Boudet dans une reprise en fanfare de ses propos sur l’invisible au cours du mois de mai dernier.

 


La dépêche expéditive de chez
Reuters

Un Japonais qui s’étonnait de voir des provisions disparaître régulièrement de sa cuisine, a eu l’idée d’y installer discrètement une caméra. Le visionnage des bandes lui a permis d’observer qu’une inconnue errait chez lui en son absence. C’est en procédant à une fouille en règle de son appartement qu’il a découvert, avec l’aide de policiers, qu’une femme de 58 ans vivait cachée à l’intérieur d’un grand placard inutilisé et dans lequel elle avait déployé un petit matelas et entreposé quelques effets personnels. Elle s’y était installé plusieurs mois auparavant faute d’avoir pu trouvé aucun autre endroit où vivre. L’histoire ne dit pas si l’homme a par la suite offert l’hospitalité à la dame.

 


Ces drôles de requêtes enregistrées sur la route Google / Calipso

A quel exercice doit-on se soumettre pour faire de la protection rapprochée ?

Comment obtenir un cours gratuit de dépoussiérage ?

Le futur sera-t-il emmerdant ?

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 16:47

A 68 ans, il avait de plus en plus de mal à faire ses valises. Même pour quelques grammes, il fallait être d’une prudence extrême. Il en avait près de deux kilos dans ses bagages. Un exercice hautement minutieux. D’après ses calculs, c’était le poids minimal pour mettre les voiles et assurer ses arrières. Tracter davantage l’aurait contraint à payer de sa personne sans plus de garantie pour ses vieux jours. Il n’avait plus assez de sang-froid pour contrer les loups des grandes lignes. Plus assez de mordant aussi. La poudre lui donnait la nausée et détraquait sa vigilance. Depuis qu’il négociait hors du réseau, il conservait au fond de la gorge une sale odeur de sang, résultat des funestes règlements de compte perpétrés entre ex-associés. Le sang était très mauvais pour les affaires. Il attirait toujours les impatients et les exaltés. S’en débarrasser lui coûtait à présent trop d’énergie. Pour sa dernière transaction, il avait fait affaire avec un gars qui lui était redevable.

L’homme l’attendait aux consignes de la gare centrale. A cette heure-là, la zone était déserte. Derrière sa carcasse affable, le passeur empestait la libération conditionnelle et la soif de revanche. Epiloguer sur les termes du contrat était parfaitement inutile. Il n’avait jamais su s’arranger avec le monde autrement qu’en faisant le vide. Le moment venu, il fallait payer. Dans sa poche, il caressa la crosse de son revolver. Juste une poignée de secondes. Le temps de chasser l’impression d’étouffement qui le prenait à la gorge. Une balle venait de la traverser.

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 20:07

Ce n’était que quelques mots barbouillés sur un mur par un condamné en partance.

Zone retranchée

Un vigile tourne la clef

La vie s’éclipse

On en avait parlé à la promenade. Quelqu’un avait appelé ça un haïku. Ça ne disait rien à personne mais cela avait suffi à délier les langues.

Le détenu affecté à la cellule libérée, proche de l’envol lui aussi, s’en était d’abord amusé en ânonnant à voix haute, les mains croisées dans le dos, souvenir lointain des jours d’école.

Homme des brouillards

Rayé de bleu et de noir

Ni vivant ni mort

On avait protesté dans la travée et menacé le bouffon. Comme s’il obéissait à un instinct de survie, il s’était mis sur-le-champ à battre des mains, à crier, à sauter, à apostropher le voisinage, et finalement, épuisé par l’emportement, à tituber, à sangloter, pour enfin griffonner à son tour.

Larmes nocturnes

La voie lactée est souillée

Tourne manège

L’administration ne fut pas sourde. On l’envoya illico au garrot sans plus de considération. L’occupant qui suivit, également en fin de parcours, ne trouva rien de plus captivant que de s’acquitter pareillement de la douleur.

Geôles endormies

Le soleil noircit les jours

Rêves balayés

On y plaça alors un prévenu en perdition. Un sans papiers qui trouva pourtant l’énergie d’inscrire le calvaire des gens de rien.

Fracas de la nuit

La vie à double tranchant

Il nous faut mourir

Dans les cellules voisines, on ne resta pas muet. En quelques jours les murs de l’établissement furent couverts de ces sinistres graffitis.

Fleurs vénéneuses

Le paria reste tapi

Âme expulsée

L’administration pénitentiaire procéda à de multiples transferts. Et à une propagation rapide de la rancœur.

Appel de phares

Etais-tu un ennemi ?

La lumière n’est plus

La relève de la garde ne changea rien. Sur tous les murs, on portait désormais le verbe haut.

Colosse de fer

L’œil s’ouvre et se ferme

Un ordre claque

L’amertume gagna les matons. Un grand nombre déserta la maison, noircissant ça et là les vers de la défaite.

Les yeux sur la rue

Entre minuit et sept heures

Une vie oubliée

 

Dehors, le vent se leva. L’affaire prit rapidement une dimension nationale. Des journaux titrèrent sur le laxisme qui prévalait dans les centrales pendant que d’autres en appelaient au respect de l’humanité. Des syndicats revendiquèrent l’assistance officielle de spécialistes pour encadrer les malheureux. Les politiques les plus en vue n’hésitèrent pas à dénoncer l’incurie du pouvoir qui n’entendait rien à la détresse populaire. Les experts se gargarisèrent de discours qui emprisonnent les mots et préconisèrent quantité de recommandations sans réels contours.

Quant aux prisonniers, ils continuèrent à poinçonner les murs, à traverser les champs et les rivières, à chercher à se défaire des maléfices d’une pensée tenue à huis clos, à brûler du seul désir que chacun puisse s’endormir en paix avant que le noir l’absorbe définitivement. Ils n’espéraient rien d’autre qu’enrayer la valse des ordonnances et des potions expérimentales, que juguler le sinistre goutte-à-goutte des jours et des nuits. Desserrer l’étau. Briser une à une les lignes d’ombres. Se saisir d’une fraction du temps pour se souvenir des mots et des gestes, des odeurs et du goût, surtout le goût disaient-ils, allez savoir pourquoi ?

Tout se passa comme toujours. On attendit que le pays entier s’émeuve en découvrant sur le petit écran la mine ravagée d’un prévenu manifestement au bout du rouleau pour que la question fût discutée en haut lieu. On légiféra entre deux journaux télévisés. Annoncée comme une mesure d’ordre humanitaire, une conciliation charitable pour les perpétuités, une convention de modernisation fut expédiée aux parrains de la république, charge à ceux-ci d’en communiquer la substance à une heure de grande écoute. Certains prétendent aujourd’hui que c’est ainsi que fut instaurée au printemps la journée des poètes.

Fondu enchaîné

Dans l’épaisseur grise des murs

La nuit est blanche



L’état français vient d’être condamné pour non-respect de la dignité humaine en prison.

Mars 2008, Patrick Essel

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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