Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 14:24

dentiste.jpg 

On le sait, certains y vont la bouche en cœur et d'autres armés jusqu'aux dents. D'aucuns en reviennent en se mordant les doigts ou claquent la porte en ne mâchant pas leurs mots. Ceux-là dévoraient la vie à pleine dents avant de se retrouver à n'avoir plus rien à se mettre dessous Ceux-ci ont eu beau se les brosser, la première visite leur est restée en travers de la gorge.

Ils ont pignon sur rue et leur réputation se fait par le bouche à oreille, mais au final nous sommes nombreux à nous faire mener par le bout du nez quand vient le temps de crever l'abcès.

 

Chez le dentiste

par Danielle Akakpo

 

 

Vendredi après-midi, je me trouve devant la porte de mon dentiste en même temps qu’un monsieur tout de noir vêtu. L’assistante en chef-secrétaire-hôtesse d’accueil nous ouvre, lève les yeux vers nous de toute la hauteur de son mètre-cinquante-cinq enrobé dans ses 75 kilos de bonne chair et nous désigne la salle d’attente d’un geste péremptoire. Une fois installé en face de moi, mon vis à vis s’agite sur son siège, remue les lèvres sans qu’il en sorte un son puis, n’y tenant plus, ose :

- Eh bien, dites donc, l’accueil ici…

Je fronce les sourcils, étonnée. Il explose.

- Non mais, vous avez vu ? Pas un mot, pas même bonjour, pas une moitié de sourire !

J’ai compris.

- C’est la première fois que vous venez, sans doute ?

- Non, mais c’est la première fois que c’est cette… cette personne qui m’ouvre la porte.

J’éclate de rire.

- Oh ! vous savez, j’habite l’immeuble, deux étages au-dessus, je viens me faire soigner ici depuis presque vingt ans, alors Marinette, je l’ai toujours connue ainsi, fermée, bougonne, je n’y fais même plus attention !

- Oui, mais tout de même, l’accueil, ça compte, non ? Les autres sont plus avenantes.

C’est vrai que Marinette, avec sa permanente frisée – vous savez, la permanente à l’ancienne faite pour durer cinq à six mois – ses yeux globuleux qui ont toujours l’air de vouloir sauter par-dessus ses grosses lunettes à monture noire, son tablier-robe à rayures bleues et blanches – les autres portent une coquette blouse bleu ciel – sa voix caverneuse quand elle consent à ouvrir le bec, elle n’a rien de la parfaite hôtesse d’accueil. C’est plutôt le genre bouledogue furieux à qui l’on vient de piquer son os !

Je continue à renseigner le brave patient.

- C’est l’employée la plus ancienne, sûrement la plus compétente aussi. Elle a toute la confiance des patrons. C’est elle qui a les clés, qui vient relever le courrier le samedi et pendant les vacances. Si vous la rencontrez dans le quartier, c’est la même chose (j’ai failli lâcher la même tronche !), grognon, face de carême…

C’est plus fort que moi, il faut que je cause, ça m’évite de stresser avant d’aller m’installer sur le fauteuil de torture. D’ordinaire, les clients du cabinet dentaire font semblant de s’absorber dans un magazine ou regardent droit devant eux, arborant un faux air détaché : "Même pas peur ! " Pour une fois que j’ai un interlocuteur en veine de bavardage, j’en profite.

- Ben dites donc, poursuit le monsieur, vraiment pas un cadeau, celle-là ! L’accueil, ça compte, pourtant ! (Il y tient à l’accueil !) Moi, une secrétaire aussi désagréable, je ne la garderais pas huit jours.

Puisqu’il m’encourage…

- Ah ça, si vous avez vraiment mal, si vous venez en urgence, sûr que si vous tombez sur Marinette, elle vous envoie balader vite fait bien fait ou vous donne un rendez-vous pour la semaine suivante ! Les urgences, elle ne connaît pas. Elle m’a fait le coup assez souvent. Maintenant je guette : quand je la vois partir de ma fenêtre, je redescends voir ses collègues et le tour est joué !

Entre nous, Marinette faisait la joie de mes filles adolescentes qui l’avaient baptisée Sœur Sourire et lui attribuaient une aventure secrète avec son boss ! L’amour au milieu des prothèses, entre deux piqûres anesthésiantes, entre deux couronnes…

Je réattaque avec un soupir :

- Dommage que M.X prenne sa retraite en septembre.

- Ah bon ! Je ne savais pas. Une chance qu’il ait un associé.

Heureusement que M.X ouvre la porte et vient me chercher parce que j’étais toute prête à susurrer que l’associé, mon mari l’appelle le boucher ou le bourreau suivant son humeur et s’est juré de ne jamais remettre les pieds dans son cabinet.

Dites-moi, j’ai un doute tout à coup, vous croyez que je suis mauvaise langue ?

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
commenter cet article

commentaires

Jean-Claude 01/06/2011 22:21



Sous des dehors primesautiers, Marinette est le diminutif d'un prénom de fille à papa qui fait peur (est-ce le peine de préciser?)



ysiad 30/05/2011 20:54



Déjà, aller chez le dentiste n'est pas une partie de plaisir alors s'il faut se frapper une mégère à l'accueil du type Marinette.. J'aime bien ce personnage greumeleumeleu à la langue bien pendue
et à la dent bien aiguisée.



M 30/05/2011 14:37



Vu l'escalier, mieux vaut avoir bon pied bon oeil si on a de mauvaises dents...