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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 17:13

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Aujourd’hui, en compagnie du jingle désormais populaire au café, selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous risquons sur le terrain mensonger de la publicité, dont les bras tentaculaires s’étirent sur tous les rayons du supermarché, jusque sur les paquets de croquettes pour chat Puranimo.

 

Comment bien foirer son excursion au pays des publicitaires

par Ysiad

 

L’heure est grave. Vous voici à votre table, en train de rédiger un courrier au très opulent groupe Problicis, non pour lui proposer votre candidature mais celle de votre chat de gouttière, suite à l’achat de deux paquets de croquettes proposant, à l’intérieur d’un dépliant collé à l’emballage, un jeu-concours si alléchant que ce serait péché de pas participer. A en croire votre fille, vous seriez une bien mauvaise maîtresse, si vous boycottiez l’occasion qui vous est donnée d’admirer un jour, dans les journaux, la photo couleur de Patou étalée sur une pleine page ! Il suffit d’écrire que Patou raffole de ses nouvelles croquettes, c’est tout ! Tu peux tout de même faire ce petit effort pour lui ! Oui, bien sûr, vous le pouvez. Objectivement, il est tout à fait concevable que vous rédigiez un témoignage à la con selon lequel votre grand adepte de la sieste sur un radiateur tiède a miraculeusement retrouvé son instinct de chasseur et son goût pour le jeu, grâce aux bienfaits des croquettes Puranimo sur son métabolisme. D’accord, avez-vous dit à votre fille, non sans imaginer déjà la bête de fourrure en gros plan dans la presse nationale, mais surtout pas un mot à Papa, et toi et ton frère signez cette lettre aussi, ça aura plus de poids.

C’est ainsi que le soir même, une missive cosignée, libellée à l’adresse de Problicis Dialogue – Jeu concours Puranimo, est déposée clandestinement à la poste du Louvre, cependant que le conjoint reprend au stylo rouge, en soupirant, les sources d’un élève selon lesquelles le Cogito, ergo sum aurait été écrit par Jean-Paul Sartre, écrivain corse de la fin du dix-neuvième siècle.

Et puis bon, ensuite, les jours passent, c’est leur boulot, entraînant les semaines les unes derrière les autres, jusqu’à ce qu’un beau jour, le téléphone sonne, c’est aussi son boulot, mais comme vous n’êtes pas là, le conjoint, qui, lui, est là et tape au clavier un extrait des Pensées de Pascal pour l’intégrer au corrigé qu’il va distribuer tout à l’heure à sa classe de littéraires, décroche.

Allô, Monsieur B. ?

C’est moi, fait-il, cherchant à reconnaître la voix dans le combiné. – Pépin Pipeau, de Problicis Dialogue. Vous êtes bien le maître de Patou ? – Certes, répond-il, vaguement intrigué. – Nous avons la joie de vous annoncer que votre chat a été sélectionné parmi trois mille autres candidats, et qu’il a d’ores et déjà gagné des tas de cadeaux, dont une séance exclusive de photo par un photographe animalier, qui donnera lieu à la publication de son portrait couleur dans les journaux !

Maintenant, c’est à vous. Le conjoint attend des explications. Allez, débrouillez-vous, étayez solidement votre point de vue, défendez votre position et celle du chat, qui commence à s’impatienter devant sa gamelle. Patou a été retenu ! concluez-vous en versant au matou les croquettes de la gloire, émoustillée à l’idée de lancer sa carrière. Il y a tout de même une petite chose, fait le conjoint à demi convaincu, mais secrètement flatté que la bête ait réussi à coiffer au poteau tant de concurrents. On m’a dit que ton nom apparaîtrait à côté de la photo, à la suite du témoignage.

Argl. Gloups. L’imprévu est de taille. Vous blêmissez. Verdissez. Virez écrevisse. La situation est cornélienne. Vous ne pouvez pas signer ce témoignage, c’est inconcevable, ce prénom d’Ysiad est si particulier qu’il vous démasquerait tout de suite! Imaginons une seconde que mon chef de service tombe là-dessus, avancez-vous. Ma carrière est brisée, je suis grillée à vie. Signe, toi, je t’en prie à genoux, suppliez-vous. Bon. On hésite un peu, mais on va voir ce qu’on peut faire. On va réfléchir, on n’est pas prof de philo pour rien.

C’est ainsi que quelques jours plus tard, le maître et le chat s’engouffrent dans un taxi pour les studios de Levallois-Perret, munis d’un contrat stipulant que Monsieur B. signera le témoignage à côté de la photo, et que Problicis détiendra une exclusivité de cinq ans sur le droit à l’image du sujet fourré dénommé Patou, afin de dissuader la concurrence de se servir de son minois à des fins commerciales.

Au bout d’une heure à faire le pied de grue dans une petite pièce avec le chat et vingt-cinq autres félins miaulant dans leurs boîtes, la séance de photo a démarré, au cours de laquelle Patou s’est montré stressé et nerveux, refusant d’attraper la souris qu’agitait le photographe animalier, mais mordant sauvagement sa main avant d’aller se planquer sous une table, a relaté le conjoint en vous remettant un bol doseur et deux paquets de croquettes petit format avec la photo témoin de la bête toute hérissée de peur, censée paraître dans la presse.

Bien maigre butin. Si maigre que oui, bravo, pan dans l’objectif : c’est foiré.

… Mais si par miracle, six mois plus tard, parmi le cahier publicitaire d’un magazine de mode féminin faisant étalage de sacs, robes, montres et parfums coûteux, vous repérez la photo de la star à moustaches réduite aux dimensions d’une vulgaire vignette, coincée entre d’autres photos de chats de gouttière très ordinaires, alors seulement, la petite excursion au pays des publicitaires aura été bien foirée.

 

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 13:48

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L'homme s'en est allé. Il n'était pas de ceux qui se résignent dans l'adversité et il aura vécu comme il l'entendait jusqu'au bout. Il considérait qu'il y avait toujours une prise possible sur les peines et les maux fussent-ils enkystés à l'intérieur de son corps même. Il ne cherchait pas à empêcher l'usure du temps ni à maîtriser les incertitudes de son cours, il aimait simplement avancer sans courber l'échine, être toujours présent dans la vie et y imprimer sa singularité.

Laurent Sauzé, qui comptait parmi ses amis, a souhaité lui rendre hommage ici même, dans ce café où il aimait exposer quelques unes de ses réflexions sur notre société et partager, le temps d'un poème ou d'une nouvelle, les plaisirs de l'écriture. Ainsi dans l'adieu, Gilbert continue à nous faire signe. Et c'est heureux.

   

Hommage à Gilbert Marquès

Gilbert Marquès nous a quittés le premier janvier de cette année à l’âge de soixante-deux ans. Nous tous, sa famille, ses amis et ses lecteurs ressentons un grand vide devant sa disparition.

Artiste multidisciplinaire, Gilbert débuta sa carrière fort jeune. Il monta pour la première fois sur les planches à six ans dans le "Petit Prince" de Saint Exupery. Plus tard, il joua comme batteur dans un formation musicale. Puis il créa en 1971 une troupe d’art dramatique, "l’atelier13". Et quelques années après, il la transforma, en collaboration avec des amis artistes, en SARL aux multiples activités, telles qu’une école de théâtre, une maison d’édition, ou encore l’organisation de spectacles. En 1997, sa carrière artistique prit un tournant plus littéraire. Mais pour qui connait son oeuvre, on ne peut que remarquer combien ses nouvelles, ses poèmes et ses romans sont marqués par l’influence de la scène et la musique.

Bien que critique vis-à-vis de ses contemporains, car il avait en horreur par-dessus tout la connerie humaine, il ne s’est jamais considéré comme un artiste reclus dans sa tour d’ivoire. Refusant toute étiquette et préservant son indépendance, il n’a cessé de s’engager durant tout sa vie : il a milité contre le régime de Franco, eut pendant des années une activité syndicale, et s’est toujours battu pour que les artistes cessent de démissionner, et reprennent la place qui était la leur et n’aurait jamais dû cesser d’être.

Il était navré que tant d’œuvres ne marquent plus d’engagement politique, social, humain. Il ressentait une saine colère face à tous ceux qui, abdiquant leur mission première, ne défendaient plus la culture. Il fustigeait les grands producteurs, les grands éditeurs qui ne pensent qu’à engranger du fric. Et pire encore, il avait vu ces dernières années le désintérêt de plus en plus grand des autorités pour la culture.

Oui ! Gilbert n’était pas tendre avec ses contemporains qui n’ont que trop tendance à se contenter de soupes insipides en matière d’art. Mais paradoxalement, il ne prenait pas le public pour un ramassis d’imbéciles. Il était exigeant vis-à-vis de ses lecteurs. Quand on parlait de culture "populaire", il bannissait toute forme de vulgarisation, terme qu’il détestait, préférant parler d’initiation et d’éducation. Très actif dans sa région, il souhaitait une libre accession du plus grand nombre à la culture, me citant toujours l’exemple de l’Orchestre National de Toulouse qui organisait des répétitions gratuites et publiques. Et ces dernières années, il participa aux festivals multiculturels organisés par sa commune. Il avait d’ailleurs largement contribué à la création d’une commission culturelle au sein de la mairie.

Travailleur infatigable, il a écrit une œuvre conséquente : 14 livres publiés, 600 textes édités en revues et sur des sites Internet, dont plusieurs essais historiques. Il a été récompensé par 300 distinctions et prix. Son œuvre est lucide, ses textes sont parfois amers et désabusés, mais derrière tout ça se cache tout de même un espoir en l’homme. On y découvre une plume acerbe, acérée mais qui exprime un amour profond. A travers ses créations, Gilbert n’est pas pessimiste, mais il se veut réaliste, se plaisant à disséquer les paradoxes humains, à montrer l’extrême complexité de la nature humaine.

Mais au-delà de ses écrits, homme de contact, il aimait par dessus tout rencontrer les gens. Ayant traversé plus de la moitié d’un siècle, il avait connu des personnages comme Jacques Brel, Guy Marchand, ou encore Brigitte Fossey. Il s’était lié d’amitié avec Claude Nougaro et avait tissé une grande complicité avec Léo Ferré. Avoir côtoyé des artistes aussi illustres ne lui avait nullement donné la grosse tête, et homme profondément humain, il parlait aussi bien avec le professeur d’université qu’avec l’ouvrier. Il aimait la vie, et grâce à son multilinguisme, il la vivait comme citoyen du monde, ayant patiemment tissé des liens dans le monde entier, développé des relations et des collaborations avec des revues, poètes et écrivains d’Afrique, du Québec, de Chine, des deux Amériques comme des pays de l’Est de l’Europe. Certaines de ces relations était devenues de véritables amis.

J’étais de ceux-là.

J’avais fait sa connaissance au détour d’une lettre qu’il m’envoya le 11 juin 1999. Et depuis, nous n’avions pas cessé de nous écrire, échangeant une volumineuse correspondance. J’eus aussi le plaisir de passer quelques jours chez lui en compagnie de sa sympathique épouse.

Au fil des ans, nous avions construit une solide amitié.

Et pourtant, tant de choses nous opposaient : notre âge d’abord. Il aurait pu être mon père. Nos origines ensuite, qu’il rappelait volontiers quand nous étions en désaccord : lui, le méridional, moi, l’homme du Nord. Nos conceptions de la littérature différaient aussi. Combien de fois me grondait-il de trop idolâtrer les classiques ! Combien de fois lui lançais-je dans le nez son satané esprit soixante-huitard !

D’abord formels au départ, nos échanges atteignirent rapidement une certaine profondeur : au delà de la création littéraire, qui était notre ciment commun, nous nous mîmes à parler histoire, économie, philosophie, médecine, politique, musique, poésie, ethnologie et de plein d’autres sujets qui nous passionnaient. Des divergences apparaissaient quelquefois, et à cause de nos caractères de cochon, nos démêlés épistolaires se transformaient parfois en véritables pugilats. Nous ne nous ménagions pas lors de nos prises de bec. Si mes paroles sonnaient parfois comme des coups de fouet, ses phrases me frappaient comme des uppercuts. Un jour, nous faillîmes presque cesser toute relation.

Mais notre franchise, loin de nous éloigner, nous rapprocha davantage. Au fils des années, nos lettres devinrent plus intimes. Je me souviens de l’une d’elle où il me faisait part de son ras-le-bol, m’engueulant carrément. Il avait décidé de passer du vouvoiement au tutoiement. Tel était aussi Gilbert.

C’est ce jour-là, je crois, que nous devînmes vraiment amis. Et j’appris à la connaître. Et il apprit à me connaître. D’une patience infinie, il prenait la peine de répondre à mes multiples interrogations, alors que je peinais à débuter ma carrière littéraire. Sans jamais adopter un ton paternaliste, il me prodigua de nombreux conseils avisés sur la manière de la mener, puisant dans sa grande expérience, me faisant part de ses succès comme de ses échecs.

Mais il serait totalement faux de réduire notre relation à celle pouvant exister entre un disciple et son maître. Quelle ironie de penser cela quand on sait combien il aimait la liberté ! Ni Dieu ! Ni Maître ! Tel était son credo. Non ! Point de cela entre nous, mais une amitié franche où l’estime se mêlait à une grande exigence, de ces amitiés parfois rudes, mais qui restent en fin de compte indéfectibles. Nous nous enrichissions mutuellement. Nous aimions échanger librement, et apprendre de l’autre.

Gilbert, jamais tu refusas de m’accueillir dans ton cœur, écoutant avec bienveillance mes coups de blues et me remontant le moral quand j’en avais besoin, comme je le fis d’ailleurs moi-même quand il t’arrivait de douter de ce que tu avais accompli.

Nous étions amis.

Et tu nous as maintenant quittés. Quel drôle de coup nous as-tu fait là ! Je me sens maintenant comme orphelin, sans toi, et je ne suis pas le seul. Je n’entendrai plus tes coups de gueule. Je ne pourrai plus jamais goûter avec toi de ce fameux vin des sables de Camargue. Et qui va critiquer mes pauvres écrits, maintenant ?

Enfin, j’espère que là où tu es, tu as enfin retrouvé tous tes amis disparus, Jean, Claude, Léo, François et les autres ?

Mais ici, oui, ici, Gilbert, tu vas sérieusement nous manquer.

Laurent Sauzé

 

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 08:00

Tickson image

Pour lire cette nouvelle, merci de laisser un message dans les commentaires ; 

il sera transmis à l'auteure.

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 08:00

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Après les humeurs de chien chères à notre ami Claude Bachelier, vous apprécierez certainement de découvrir ces gaietés de cœur d'un autre compagnon de l'homme... 

Pépère

par Claude Romashov

 

Elle secoue et arrange les coussins. Le ronron de l’aspirateur m’énerve. Je n’ai qu’une envie, disparaître et la faire sursauter en jaillissant brusquement de ma cachette. Quand elle s’applique au ménage, elle ramasse mes jouets en maugréant pour les mettre hors de portée. Je n’aime pas cela et dois la supplier pour qu’elle les sorte de sa boite. Mais finalement j’obtiens ce que je veux car elle trouve irrésistibles mes yeux candides et mes joues rondes qu’elle tiraille ou caresse d’un doigt replié selon les variations de son humeur.

Oh, je ne suis pas malheureux, juste un peu contrarié. Elle est d’un naturel si gentil et si tendre. Je suis son trésor. Elle me le murmure doucement à l’oreille et d’autres secrets aussi. Toujours à s’inquiéter si j’ai assez chaud, assez mangé, si je ne m’ennuie pas. Nous vivons seuls tous les deux. L’homme est parti. Grand bien lui fasse. Je ne l’aimais pas mais de la voir si désarmée me fend le cœur. Je partage sa peine, je la console comme je peux. Je suis si petit, si impuissant face à la lâcheté humaine.

Il a emmené tous les meubles sauf le canapé, une horrible table basse, la télé et le lit de la chambre. Alors depuis qu’il n’est plus là, elle traque la moindre poussière, la moindre trace invisible de sa présence.

Je lui dis qu’on est bien tous les deux, que nous resterons toujours ensemble car je ne la quitterais jamais ma jolie maman. Ses beaux yeux d’azur me sourient à travers ses larmes et j’arrive même à la faire rire avec mes facéties. C’est vrai que j’en rajoute un peu.

Mais ce matin, elle a repris le ménage. Elle marmonne "tous des salauds!", jette un coup vengeur à l’horrible table basse qui en retour lui laisse un éclat de bois dans le pied. Juron, larmes, je ne sais plus où me mettre, je ne l’ai jamais vue dans une telle rage. "Ne reste pas dans mes jambes" Elle s’énerve après moi. C’est injuste mais je préfère me faire oublier et file dans la chambre. Je n’aime pas la colère, j’ai horreur des cris. Je rumine dans mon coin. "S’il te plait, reprends-toi" Je le pense si fort que ça marche, elle vient s’accroupir et m’entoure de ses bras. Je lui pardonne, me serre contre elle car je sais que l’amour déçu fait mal et même si je suis encore un gamin, je devine cette souffrance, l’abandon de celui en qui on place tous ses espoirs, l’abandon des mains qui caressent et protègent. La chaleur et la sécurité de l’amour.

D’ailleurs il fait froid ce matin, elle a ouvert les fenêtres et la brume hivernale emplit les pièces me faisant frissonner de la tête aux pieds. Moi qui aime tant jouer, courir et sauter dans le jardin, je n’ai pas envie de mettre le nez dehors.

Le jardin, odorant, vert et vaste en été. Les jours heureux près de la piscine. Leurs cris joyeux, les éclaboussures d’eau, leurs embrassades. Elle, me guettant du coin de l’œil, me recommandant la prudence. Nous avons vécu tous les trois un bel été malgré la jalousie larvée de son amant. Il ne me supportait pas, voulait m’évincer, essayait de me corriger en douce si je faisais une bêtise mais une femme qui aime son petit reste vigilante. Elle déjouait tous ses plans pour m’écarter d’eux et redoublait de tendresse envers moi. Je me sentais le premier dans son cœur et l’autre avec ses simagrées ne faisait que renforcer l’attachement que j’avais pour elle.

Il est parti. J’en ai bondi de joie. J’ai récupéré mon espace, ma quiétude et toute son attention. Dommage qu’elle le pleure autant. J’ai parfois du mal à comprendre car elle est aimée de la famille et les garçons la courtisent avec des fleurs et toujours un petit cadeau pour moi. Cet homme l’a rendue sourde et aveugle ma parole !

Elle me dit : "Tu ne peux pas savoir, celui-là, je l’ai dans la peau".

Moi, je pense qu’elle doit en conserver des lambeaux car malgré le ménage dans son cœur et dans la maison, elle n’arrive pas à se défaire de son odeur.

Pouah ! Je n’aime pas son odeur musquée d’homme.

Les coussins retrouvent leur place sur le canapé et moi celui que je préfère. Celui qui est bien usé, bien griffé par le temps. Elle se calme enfin, sors un mouchoir pour tamponner ses beaux yeux bleus, les plonge dans les miens et me dit mi amusée, mi fâchée :

"Tu n’aurais pas dû faire cela quand même".

Quoi ? Et pourquoi me serais-je gêné ? Il l’avait cherché, non ?

Elle éclate de rire, enfin, en évoquant la scène de rupture.

Ils se disputaient comme souvent mais ce soir-là, c’était plus violent. Voyant qu’il levait la main sur elle, je n’ai pas supporté. Je lui ai bondi au visage d’une seule détente et planté "mes dagues de Zorro" dans le gras des joues en lui arrachant sa vilaine peau. Un homme n’a pas le droit de menacer celle que j’aime par-dessus-tout. Ma douce, ma belle, la maman à son chat-chat : Pépère.

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:32

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Aujourd’hui, tout en chantonnant le refrain selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous allons traîner nos guêtres le long des galeries d’art situées dans le sixième arrondissement de Paris. C’est fou comme il est agréable de flâner, durant les belles journées d’automne, dans les petites rues où se niche tout ce que la capitale compte de plus en vogue parmi le peuple des artistes. Même si vous éprouvez quelques difficultés d’ordre esthétique à adhérer à toutes les nouvelles tendances, vous aimez assez vous tenir au courant de ce qui se fait comme de ce qui s’expose, afin de ne pas avoir l’air de tomber du cocotier lorsqu’il est question, par exemple, de : Michaël Jackson and Bubbles, œuvre incontournable exposée récemment au château de Versailles - à ne surtout pas traduire par Michaël Jackson et des bulles, mais par : Michaël Jackson et Bubbles ; ce dernier ayant été le primate favori dudit chanteur. Ne prenez pas cet air ahuri s’il vous plaît, cela n’a rien de surprenant ; Georges Clooney n’a-t-il pas partagé les années les plus érotiques de sa vie avec Max, un porc vietnamien d’une séduction brûlante ? Michaël Jackson avait donc tout à fait le droit de donner à fond dans le chimpanzé, et Jeff Koons de les sculpter dans la porcelaine, tous deux vêtus du même costume or et blanc.

Comment bien foirer à un vernissage dans Paris

par Ysiad 

 

Vous voici donc dans le quartier des artistes, en train d’observer derrière la vitre d’une galerie à la pointe de l’art toutes sortes d’objets tubulaires composés de matériaux recyclés, et sans doute votre esprit grossier cherche-t-il déjà l’usage que l’on peut bien faire de ces choses aux formes insolites trônant sur des colonnes de marbre blanc de hauteurs différentes, lorsqu’un être tout aussi insolite portant catogan et blouson clouté vous fait signe d’entrer. C’est vrai, ça, au lieu de rester plantée sur le trottoir comme n’importe quel quidam, poussez donc la porte de l’art, le galeriste vous y invite ; pourquoi vous faire prier ? Et regardez comme vous avez de la chance : c’est la soirée du vernissage.

Un imposant buffet barre le fond de la salle principale, copieusement chargé de bouteilles de champagne, et pas n’importe lequel. L’artiste doit être connu ou le mécène très riche, en tout cas c’est du Roederer. Vous n’en buvez pas tous les jours, alors demandez vite une flûte bien pleine. Voilà. Parfait. Vous y avez droit comme les autres, et puis vous serez plus à l’aise, une coupe à la main, pour signer le registre que le galeriste vous indique, en vous priant de laisser vos coordonnées à côté de votre signature, pour l’envoi du catalogue. Il est tellement plus agréable de recevoir un catalogue d’art dans une belle enveloppe timbrée du sixième arrondissement qu’un message électronique du discounter du quartier prévenant sa clientèle d’habitués qu’il y a des prix fracassés sur les Mars en pack en douze entre le 7 et le 10 janvier, reconnaissez-le en vous mêlant à la foule venue admirer l’œuvre de l’artiste dénommé Eloy Rampignol.

Rampignol ne se contente pas de créer des sculptures tubulaires à base de matériaux recyclés. Il prend toutes sortes de photos représentant des décharges publiques dans un clair-obscur étudié, où des cuvettes de toilettes sont jetées les unes sur les autres au milieu de vieux cintres et d’abat-jour éventrés. Un peu plus loin, il y a sa série des Pinces à linge à contre-jour, bouleversante de vérité. C’est de l’art, admettez-le en demandant une rasade supplémentaire de champagne au buffet, et allez admirer la salle consacrée aux dernières toiles de l’artiste. Un groupe de catogans et de queues de cheval discute face à un tableau de deux mètres sur trois mêlant des couleurs très crues autour de ce qui vous semble être une grosse tache entièrement bleue. Vous posez la coupe sur un guéridon pour fouiller dans vos poches à la recherche de vos lunettes. Point de lunettes mais des papiers de bonbons à foison, qu’il faudra jeter dès que possible. Pour l’heure, où sont passées ces satanées binocles ? Dans votre sac, peut-être. Fouillez. Encore. Ouf, les voici. Videz votre coupe et chaussez-les, afin de contempler tout à loisir le chef-d’œuvre de Rampignol intitulé : La naissance du Schtroumpf bleu.

A première vue, la grosse tache bleue, c’est le Schtroumpf qui vient au monde, au milieu de fulgurantes éclaboussures de rouge de vert de jaune et de violet, tandis qu’au loin, le ciel persiste dans un noir absolu. C’est ainsi, et sans doute ce noir très dense signifie-t-il que cette naissance n’est pas forcément porteuse de bons présages, d’après le petit texte à droite du tableau de Mark Greenson, qui a été traduit de l’américain par Hortense Bourrin-Lepannard. Heureusement, un grand serveur passe avec du champagne frais et remplit votre coupe à ras bord, trop aimable. Tout en aspirant vos bulles, vous clignez des yeux et vous efforcez de piger face au tableau ce que l’artiste a voulu dire derrière cette "très intéressante polychromie autour de la représentation métaphorique d’une déité du troisième millénaire", comme le souligne le barbu à votre droite, pour qui les subtilités de la peinture avant-gardiste ne semblent avoir aucun secret. Vous continuez à cligner, en écoutant d’une oreille vague la logorrhée de l’initié, quand soudain, il vous semble apercevoir au milieu de la tache bleue, les traits du chef de l’Etat. Allons bon. Stupeur. Horreur. La coupe de champagne est vide, la tête vous tourne et vos poches sont bourrées à craquer de papiers de Carambar et de mouchoirs sales. Point de corbeille aux angles de la pièce, peut-être y en a-t-il une dans la première salle. Certainement. Il faut simplement s’en enquérir auprès du serveur qui passe, là-bas, tout habillé de blanc.

Vous vous faufilez tant bien que mal parmi la foule de plus en plus dense pour alpaguer le petit homme en blanc qui glisse comme une ballerine de groupe en groupe, et c’est en lui demandant où se trouve la poubelle la plus proche que vous réalisez à son air stupéfait qu’il ne s’agit pas du serveur, mais d’Eloy Rampignol soi-même.

Bingo. En plein dans la croûte. C’est foiré.

Mais si par miracle, à l’instant de vous éclipser, avisant un récipient caca d’oie à l’entrée, vous sortez l’immonde petit tapon de vos poches pour enfin vous en défaire, et que le catogan clouté se précipite pour vous faire remarquer qu’il ne s’agit pas d’une poubelle mais d’une œuvre signée de l’artiste, (Le Vase de nuit – Période grise – 2002), alors seulement, la petite escapade au vernissage d’un artiste en vogue dans le sixième arrondissement de la capitale aura été bien foirée.

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 10:00

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Il y a des jours où l'on sent poindre une sorte de jubilation au sortir de la nuit. On se dit que le rêve constitue au moins la moitié de cet instant unique qu'est le réveil et que peut-être allons-nous avancer plus vite que les nuages et mettre nos pas dans les pas de l'Histoire…

 

Eveil

Dans la campagne assoupie

Sous la brume de l’aube

La feuille inquiète frissonne

Et frémit comme une robe de soie

Une eau invisible murmure

Dans un doux récital

En notes éparpillées

Une bête passe froissant l’herbe

Un gland se détache d’un chêne

Sous le tic tac régulier du bec

Qui ausculte l’écorce

L’horizon se teinte de rouge

Les oiseaux commencent à chanter

Un volet bat

Une porte grince

Un chien aboie

Un rire sort d’une ruelle

Les voix du jour s’élèvent

Et tout renaît

Quand s’éveille la vie

Aux matins de lumière.

Suzanne Alvarez

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 12:03

Delivrance.jpg

 

Celui qui plante les épines récolte les blessures  

Regarde là-bas où tu as moissonné

Les fleurs de l'espoir

Le torrent du sang va t'arracher

Et l'orage brûlant va te dévorer.

Abou El Kacem Chebbi, Poète Tunisien (1909-1934)

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 11:44

promenade-du-soir.jpg 

Il pleut, il fait froid, les crapauds sifflent et les dindons sont perchés, bref il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors…

 

La promenade du soir sur la 17ème rue.

par Claude Bachelier

 

Tous les soirs, Miss Casswell et moi, nous nous promenons sur la 17ème rue. Avec nos maîtres, cela va sans dire. Autant pour nos petits besoins naturels que pour prendre l’air. Et aussi pour faire faire un peu d’exercice aux dits maîtres que nous trouvons trop sédentaires et pas assez sportifs.

Et, quelque soit le temps, nous sortons. Même si ces messieurs rechignent à mettre le nez dehors, au fallacieux prétexte qu’il pleut à verse, qu’il neige à gros flocons ou qu’il gèle à pierre fendre. De toutes façons, ils n’ont pas vraiment le choix. Ou alors, il leur faudra nettoyer la moquette, et ça, c’est vraiment pénible. Très pénible.

Miss Casswell et moi, Oberon, sommes deux petites chiennes, deux cockers adorables. Je le dis sans fausse modestie : nous sommes deux petites chiennes très belles, très distinguées. Même si un français, amis très proche de nos maîtres, ose nous appeler "sac à puces" ! Nous, des "sacs à puces" ? Nous qui sommes lavées, baignées, shampouinées, coiffées plusieurs fois par mois ! Nous qui sommes la propreté même, la distinction même ! Bien sûr, comme nous sommes bien élevées et civilisées, nous ne daignons même pas mordre les mollets poilus de ce maudit français. Pourtant un jour, nous lui avons quelque peu mâché ses mocassins qu’il avait laissé traîner au lieu de les ranger. Si vous aviez vu sa tête quand il a découvert ce qui lui restait de ses chaussures ! Nous avons failli nous rouler par terre de contentement. Mais nous sommes restées impassibles et avons superbement ignoré son regard courroucé.

Hier soir, comme tous les 19 mai, devant l’entrée de notre immeuble, des policiers avaient déposé quelques bougies sur le sol. C’était l’anniversaire de la mort de l’un de leur collègue, Anthony Sanchez, tué à cet endroit par des cambrioleurs. Un des policiers a même fait un petit discours où il a rappelé que le policier tué avait alors 31 ans, qu’il avait une femme, Elisabeth et un fils de 7 ans, John. Il a même parlé de son père, Antonio et de sa mère, Loretta. Il a dit que c’était quelqu’un de très courageux, qu’il avait été décoré de trois médailles du Devoir et de douze comme excellent policier de service. Puis, les policiers sont partis après avoir discuté quelques instants avec les passants. Mon maître, lui, a même commencé à se disputer avec quelqu’un qui affirmait que ce genre de cérémonie ne servait à rien et, qu’après tout, mourir en service faisait partie des risques du métier de policier. Quand il se met en colère, mon maître devient tout pale, il sert les mâchoires à se casser les dents et a les yeux qui lui sortent de la tête. Quand il a vu tout cela, le passant a préféré passer son chemin.

Je ne sais pas ce qui pousse les hommes à passer le plus clair de leur temps à s’entre-tuer. Quand nos maîtres écoutent la radio ou regardent la télévision, il n’est question que de meurtres, de massacres, de guerres ! A croire que les hommes ne savent pas faire autre chose que de s’assassiner. Pourtant, quand je vois tout ce qu’il y a de beau dans l’appartement de nos maîtres, des peintures, des dessins, des sculptures, des livres, de la musique, je me dis que ce serait tellement mieux si ces humains s’occupaient à créer de belles choses plutôt qu’à s’égorger un peu partout dans le monde.

Nous autres, chiens, en tout cas pour Miss Casswell et moi, nous aimons la tranquillité, le calme, la paix. Quand nous croisons nos semblables dans la rue, il ne nous viendrait jamais à l’esprit de les agresser ou de leur chercher querelle. Il est vrai que nous n’avons guère de fréquentations canines, et si, par hasard, un autre chien voulait se montrer par trop familier, nous aurions tôt fait de lui montrer les crocs ; et si cela ne suffisait pas, nos maîtres sauraient vite remettre chacun à sa place.

Pourtant, il arrive que certains chiens se comportent de façon bizarre : en plein milieu du trottoir, parfois même sur la rue malgré les voitures, il y en a un qui monte sur l’autre, puis s’agite frénétiquement. Ça ne dure jamais très longtemps, ils repartent un peu plus loin et recommencent le même manège. Souvent, des passants les chassent à coups de pied, mais sans vraiment les séparer. C’est quand même bizarre, d’autant qu’à la télé, j’ai vu des humains faire la même chose, sauf que ce n’était pas dans la rue. Pour ma part, je trouve ce genre d’occupation à la limite de la familiarité et pour tout dire, d’une vulgarité sans nom.

Mais heureusement, lors de nos promenades du soir, nous voyons rarement ce genre de spectacles. Les gens félicitent nos maîtres d’avoir de si belles et de si agréables petites créatures. Il arrive régulièrement de croiser les mêmes personnes avec leur chien. Alors, les maîtres parlent entre eux, de la pluie ou du beau temps ; des impôts trop hauts ou des salaires trop bas ; du dernier film de Woody Allen ou du dernier vainqueur de la Star Académy. Et nous, attendons patiemment la fin de ces bavardages sans fin.

Puis, nous rentrons. Nous retrouvons notre calme et notre tranquillité. Miss Casswell et moi disputons une dernière partie de balles, puis nous allons nous coucher après que nos maîtres nous aient longuement et tendrement câlinées. Demain matin, l’un d’entre eux se lèvera aux aurores, bruyamment, pour aller travailler. A peine aura t’il fermé la porte que nous nous précipiterons dans le lit de notre autre maître qui dort profondément. Très profondément.

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 11:31

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Aujourd’hui, tout en fredonnant la ritournelle selon laquelle "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous déplions gaiement la carte routière dans l’intention d’emprunter de jolies départementales menant forcément à un éden verdoyant. En tout cas, y a bigrement intérêt qu’elles vous y mènent. Après l’hiver que vous avez passé, enfermé dans les murs gris de la ville, vous n’avez envie que de prairies à perte de vue, de forêts et d’étangs, pour courir, gambader, vous rouler dans l’herbe si le cœur vous en dit, rire, relire des églogues ou chanter des comptines au milieu des ruminants.

 

Comment bien foirer son petit week-end tant attendu à la campagne

par Ysiad

 

Il faut en convenir : au seuil du printemps, tout citadin qui se respecte voit se dessiner un matin à la lisière de ses paupières un petit coin de paradis, quelque part, qui l’attend. Ce citadin, c’est vous, vous et encore vous qui rêvez de vous refaire une santé, cabrioler dans l’herbe haute et respirer à pleins poumons le bon air de la campagne. Il est vrai que depuis le mois de septembre, vous poussez vos bottes sur les trottoirs trempés de pluie et parfois verglacés de la grande ville, dans le vacarme des klaxons et la pollution des embouteillages, en espérant des jours meilleurs. Du calme. Ils arrivent, ils sont là. La météo a annoncé un temps éblouissant sur la vallée de la Loire, en vous rendant au Salon des loisirs et du temps libre, vous avez déniché une petite adresse de derrière les fagots, le pitchoun trépigne devant la porte en tenant à la main son canard à roulettes, alors qu’attendez-vous pour lever le camp ?

Fait inouï, le soleil brille déjà en quittant la ville. A l’arrière de la voiture le petit gazouille une chansonnette, il n’y a pas d’embouteillages, la route défile, toute bordée d’arbres bourgeonnants et de promesses de renouveau, c’est merveilleux, quel chouette week-end vous allez passer tous les trois à courir autour des étangs, et quelle joie à l’instant où l’hôtelier vous remet les clés de la chambre ! Vous êtes au premier étage, avec vue sur le parc et l’étang vous dit-il en vous laissant entendre que l’on vous a gâtés. Simplement, soyez discrets en montant, nous avons un groupe qui vient d’arriver, vous précise-t-il en louchant vers le petit.

La vue est très belle en effet et le pitchoun pousse des cris d’excitation en voyant les cygnes et les canards qui se croisent sur l’eau comme des bateaux indifférents. Il faut aller les voir et leur jeter du pain, avez-vous du pain ? Non, mais des Choco BN en miettes, oui, plein les poches, alors chaussez vos bottes, et courez rejoindre les volatiles qui vous attendent !

Les cygnes et les canards ont levé la tête. Coin-coin, faites-vous d’une voix engageante en leur jetant des miettes de BN, coin-coin fait l’enfant en écho, et voici les oiseaux qui rappliquent tous ensemble, cols verts, aigrettes, canettes, cygnes hautains, petits petits petits, venez venez venez ! Un concert nasillard s’élève à chaque volée de miettes, c’est un attroupement de plumes et de becs voraces, ça joue de l’aile pour gagner une place et malheureusement, même à la campagne, rien ne va comme on voudrait. Les cygnes n’ont qu’à tendre le cou pour attraper le butin avant les autres, c’est énervant, les canards sont lésés et l’enfant se met à trépigner, des hurlements de colère s’élèvent à l’encontre de ces oiseaux aussi blancs qu’égoïstes, pendant que les pauvres canards cancanent de dépit, et cela fait un si grand tintamarre qu’à la fin, l’hôtelier s’engage sur l’allée à grands pas et vous supplie de bien vouloir baisser d’un ton. A cause du groupe, précise-t-il. Ah oui, bien sûr, faites-vous en guise d’excuse, le groupe. Alors qu’il s’éloigne, vous vous demandez de quel groupe il peut bien s’agir, car enfin, pour l’instant, en dehors du groupe des palmipèdes qui se disputent les dernières miettes de gâteaux, il n’y a point de groupe à l’horizon, seulement des prairies et des étangs, et au loin peut-être quelques vaches tranquilles, et encore plus loin des lacs, et ainsi de suite quand soudain, surgissant du bois comme des esprits de la forêt, des silhouettes évanescentes vêtues de tuniques blanches passent au bout de l’allée l’une derrière l’autre, dans le plus grand silence. Le temps de les entrevoir, elles ont déjà disparu.

Qu’est ce que c’est que ces zombies, fait le conjoint. Des fantômes, répondez-vous. Enfin. Fantômes ou zombies, on n’en sait rien, on ne va pas rester plantés là, on va se bouger un petit peu, le paquet de gâteau est vide, les cygnes sont repartis, c’est le moment d’aller marcher dans la forêt, en avant. On respire à fond le bon air pur et l’odeur de la terre mouillée, on surveille les rainettes cachées dans les roseaux, on admire l’envol d’une buse, on se grise de tout ce qui manque en ville, on s’en met plein les yeux et on pousse jusqu’à Romorantin qui n’est pas bien loin. Au retour, le soleil jette ses derniers rayons sur le miroir de l’étang, la campagne se replie sur elle-même. C’est l’heure pour une bonne petite douche avant d’aller dîner. Chuuuut, fait l’hôtelier en collant son index sur la bouche dès qu’il vous voit arriver, le groupe est rentré. Allons bon. Le bonhomme commence à vous gonfler avec son groupe, mais enfin, il faut rester stoïque. Nous dînons à 19 heures ce soir, ajoute-t-il en chuchotant très bas.

L’enfant s’est endormi dans vos bras mais à peine a-t-il entendu le bruit de l’eau que le voilà ressuscité. Il est gai, il pousse des petits cris de joie en courant dans la chambre, il escalade le grand lit et se vautre sur les oreillers en riant si fort qu’au bout de cinq minutes, on toque à la porte. Chhhhuuuut, fait la voix hôtelière. Doucement. Le groupe a besoin de calme. Les pas s’éloignent. Silence dans la chambre. Il commence à m’emmerder sévère, avec son groupe de mes deux, fait le conjoint. A ces mots rigolos, le petit se déchaîne, il fait des cabrioles sur le lit, des grimaces devant la glace, il est grand temps d’aller dîner et heureusement, la salle est vide. Pas l’ombre d’un fantôme à l’horizon, c’est parfait, le serveur accourt et vous indique votre table située à l’écart, tout au fond de la salle. Nous avons un groupe, s’excuse-t-il en vous installant. – Je l’aurais parié, répond le conjoint. Et peut-on savoir ce qu’il fabrique, ce fameux groupe ?Il se ressource, Monsieur. Vous êtes dans un relais du silence, ici.

Ah. Première nouvelle. Le conjoint vous regarde. Il est consterné. Tout de même. Réserver dans un relais du silence avec un enfant d’à peine deux ans, faut le faire. Mais bon. On règlera ça plus tard. Pour l’heure, passons commande, sans oublier le jambon-purée pour le pauvre petit qui gesticule sur sa chaise. Chuuuuut, fait le serveur en déposant la corbeille de pain et l’apéritif offert par la maison. A peine a-t-il tourné les talons que vous tendez au pitchoun un morceau de baguette pour l’occuper. L’entrée arrive, des carottes râpées, le petit s’amuse à s’en mettre sur la tête, ça se gâte un peu, vous essayez de le calmer lorsque la porte s’ouvre sur l’armée des fantômes. Sur le coup, l’enfant ne dit rien, il regarde cette colonie d’hommes et de femmes tout de blanc vêtus marchant tête baissée et se répartissant sans un mot autour des tables. Une secte, pariez-vous en les observant qui s’assoient et fixent le disque de leur assiette comme s’ils contemplaient au centre le trésor d’Agamemnon. Le conjoint étouffe un toussotement dans son poing, le petit s’amuse à tirer la langue, vous vous mordez les lèvres. Si vous riez c’est fichu, l’enfant va partir en vrille, voilà le jambon-purée qui arrive. Vous avez beau l’encourager avec des : "chut, chut", le petit frappe la table avec le dos de sa cuillère, de plus en plus fort, et cela fait "bom, bom" dans le silence parfait de la salle. Vous prenez la cuillère, la garnissez de purée et la dirigez vers sa bouche en faisant "aaah", mais voilà que l’enfant hilare attrape la cuillère au vol et la fait tourner au bout de son bras. La purée gicle partout sur la table, le conjoint crispe la mâchoire, ça déconne complètement mais vous n’allez pas vous fâcher, personne n’a rien vu, excepté le serveur, qui s’est éclipsé. Bon. On recommence. Aaaaah, le petit pousse des cris de joie, ignorant les "chut" impérieux que vous lui adressez, et le voilà qui s’échappe vers le grand escalier situé au milieu de la salle. Stupeur en le voyant escalader les marches, consternation lorsqu’il glisse sur les fesses en riant aux éclats, juste au moment où l’hôtelier débarque.

Bingo. Dans le mille. C’est foiré.

Mais si par miracle, un premier fantôme éclate de rire, entraînant un deuxième fantôme, et un troisième, et que bientôt, l’hilarité se propageant de table en table, toute la salle soit prise d’un fou-rire tel que l’hôtelier vous enjoigne de bien vouloir aller passer la nuit ailleurs afin que le groupe puisse reprendre ses exercices dans le calme, le week-end tant attendu dans un petit coin de paradis aura été bien foiré.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 09:53

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Un retour en poésie en ce jour de repos dominical. Installez-vous confortablement en compagnie de Jean Calbrix.

 

Le fauteuil 

 

C'est un large fauteuil - Louis quinze peut-être -

Il est là dans un coin avec des airs de veuf

Son beau reps jaunissant n'est plus tout à fait neuf,

Et son bois très ancien fleure encor bon le hêtre.

 

Que fait-il esseulé, ce vénérable ancêtre

Qu'éclaire la lueur sourdant d'un œil de bœuf ?

Son dossier disparaît dessous un drap d'Elbeuf

Et ses bras sont tendus, semblant chercher un maître.

 

Il se souvient, c'est sûr, des grands postérieurs,

Des bandes de gamins sautant sur lui, rieurs,

Des fessiers de marquis, des croupes de duchesses.

 

Ah ! fauteuil du bon temps, tu connais les dessous

Et tu nous contes là les subtiles caresses

Quand tes ressorts usés chantent des amours fous.

 

 

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