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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 10:55

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Comme chaque année, nous avons proposé aux auteurs mentionnés par le jury dans sa première sélection, de les retrouver au café, histoire de ne pas limiter au seul recueil les regards et les sensibilités qui se sont exprimés à l'occasion du concours. Le partage est le lieu de toutes les inventions. Merci à toutes celles et ceux qui ont bien voulu poursuivre l'aventure.

 

La proie d'en face

par Jordy Grosborne

 

 

La forêt s'éclaircissait enfin et nous pouvions voir le jour s'amenuiser au travers du feuillage. Nous arrivions sans doute à l'orée d'une clairière, peut-être même du bois. Je jetai rapidement un regard aux autres pour leur intimer l'ordre de m'attendre et m'avançai en éclaireur à pas sûr au milieu des branchages afin de repérer un endroit propice où nous poster.

Nous étions une douzaine à être partis chasser à l'aube naissante, laissant nos proches dans une inquiétude certaine. Des rumeurs insistantes circulaient et l'appréhension avait gagné les rangs. Même ceux d'ordinaire si aguerris, si sûr d'eux, s'alarmaient et en étaient maintenant réduits à être constamment aux aguets, non plus comme des chasseurs vigilants, mais comme des proies apeurées, jetant des regards anxieux aux fourrés que nous longions. Plusieurs fois déjà il m'avait fallu faire face à des mouvements de repli spontanés et anarchiques où chacun cherchait au plus vite un abri, qui se glissant contre un tronc, qui se tapissant dans une anfractuosité du sol. J'avais toutes les peines du monde à conserver notre cohésion habituelle et j'avais dû faire montre d'autorité pour rappeler qui était le chef. Je bénéficiais encore d'une place respectée, mais la révolte montait. Ces temps troublés par la peur de l'autre ne valaient rien à la paix sociale, et le moindre bruissement d'une feuille était prétexte à remettre la hiérarchie en cause ! Le plus infime craquement faisait frémir et des descriptions sanglantes d'un lointain passé, ravivé à chaque génération par nos anciens, s'imposaient aux esprits rendus dociles par la crainte.

La raison en était simple : IL était revenu hanter nos sous-bois !

Celui que l'on croyait enfin disparu de nos contrées, définitivement éliminé, chassé à l'autre bout du territoire, celui-là même qui était capable de faire souffrir ou de tuer sans en avoir le naturel besoin, ce grand et musculeux prédateur, patient et sanguinaire, au regard pétri d'intelligence, celui-là même, redouté depuis des lustres, était de retour. Les histoires les plus folles circulaient à son sujet. On évoquait même une certaine ressemblance sociologique avec nous. Chacun dans le groupe connaissait sa place et son rôle. Tous obéissaient à des règles de conduite stricte. Certains allaient jusqu'à prétendre qu'il possédait, comme nous, le langage. Ils pouvaient communiquer pour encercler leurs proies avant de les tuer et de les dépecer sur place. Quelques-uns prétendaient même qu'ils pouvaient être fidèles toute leur vie à la même compagne… Mais nous n'étions pas nombreux à le croire !

Un jeune inconscient, il y a longtemps, les avait suivis jusque dans leur tanière. Il avait décrit avec force détails la répartition des tâches de chacun. La recherche de nourriture, l'éducation des petits… Peut-être ces similitudes de nos modes de vie nous angoissaient ? S'apercevoir que celui que l'on a toujours cru différent, nécessairement terrifiant, était finalement plus proche de nous que nous ne le pensions, voilà qui avait de quoi déstabiliser. La majorité des miens réagissait violemment à cette idée.

Il était si simple d'en faire un monstre, plus aisé à haïr.

Les mythes les plus fous prennent souvent naissance dans des braises refroidies, mais ils avaient pourtant la vie dure et en avait fait notre ennemi privilégié et séculaire. Nous étions les deux plus grands prédateurs et il ne devait en rester qu'un.

En tout cas, aujourd'hui, je doutais qu'il soit revenu. Cela me semblait impossible. Il aurait dû franchir tant de terres de roches et d'arbres pour y parvenir ? Il avait été repoussé si loin ! Les seuls à avoir récemment vu ses traces étaient de vieux solitaires, aigris par le bannissement du clan, pressés d'en récupérer la tête en se faisant les apôtres d'un futur chaotique sur lequel ils pourraient reconquérir la place si convoitée de meneur. Retrouver cet ascendant naturel sur les autres, qui courbaient l'échine devant vous et vous apportaient les plus beaux mets et les plus belles compagnes.

Et quand bien même aurait-il reconquit le territoire, si l'intelligence était effectivement l'apanage de nos deux espèces, il n'en pouvait aller autrement qu'en acceptant la cohabitation et, même, en s'appréciant. Il n'y avait rien à gagner à une lutte sans merci qui ferait tant de victimes de part et d'autres. Ils n'étaient même pas bons à manger ! Et on m'avait conté des rencontres merveilleuses entre représentant de nos peuples, des moments d'aide mutuelle, d'admiration et de respect l'un pour l'autre… Et j'avais la faiblesse de vouloir y croire. Il se disait même que certains de nos fils, après s'être perdus, auraient été recueillis, protégés, nourris et éduqués avec autant d'amour que s'il s'était agi des leurs. Nous n'étions malheureusement qu'une poignée à penser ainsi et, déjà, les petits étaient rappelés à l'ordre par leur mère, leur interdisant de s'éloigner de plus de quelques pas des adultes.

On l'aurait vu traîner de plus en plus en près, rôdant à son heure favorite : entre chiens et loups.

L'orée du bois était proche quand, à quelques arbres de moi, retentit un craquement. Je tendis instinctivement l'oreille tout en me figeant. Puis, j'avançai, lentement, en me tassant le plus possible, jusqu'à quasiment ramper. Tous mes sens étaient en éveil. Un court instant l'idée d'appeler les autres me traversa l'esprit, mais je n'en fis rien, trop conscient du déferlement de haine et de violence qui s'en suivrait. J'avais tout de suite senti que ce n'était pas un gibier ordinaire et l'empreinte sur laquelle j'avais maintenant le nez ne faisait que confirmer tardivement ce que mon instinct m'avait déjà appris.

Le roi était de retour et il voulait reprendre son royaume. C'est du moins ce qu'auraient eu beau jeu de dire mes ennemis aux dents longues et à la langue pendante.

Ce qui m'empêchait peut-être aussi d'appeler les autres, c'était simplement que ce que je voyais, là, en face de moi, me voyait aussi !

Nous étions tous deux si semblables dans nos positions que la situation devait être cocasse pour qui eut pu la voir. J'avais le sentiment que nous avions chacun peur de l'autre, mais aussi que la curiosité nous immobilisait, tous les deux, tapis au plus près du sol comme pour rentrer sous terre. Malgré tout, je devinais aisément sa grande taille. Mais le plus fascinant était ses yeux, vifs, intelligents, écarquillés pour ne rien perdre de l'instant. Alors c'est lui, qui a chassé notre peuple, tué les miens, massacrés nos petits… J'avais peine à le croire tellement il semblait me regarder avec… respect et admiration. Nous n'avancerons pas plus l'un vers l'autre, c'est sûr. Et je n'appellerai pas les miens, même s'ils avaient raison… L'homme est de retour dans nos forêts !

Nous sommes restés là, à nous observer, chacun étant pour l'autre la proie d'en face. Je relevai un peu le museau pour analyser d'éventuelles odeurs apportées par le vent, mais ce dernier avait tourné et je l'avais désormais, inutile, dans mon dos. Les oreilles dressées, je m'assurai que les autres loups de ma meute ne venaient pas à ma recherche, rendus peut-être inquiets par la longueur de mon absence. La communication particulière entre cet homme et moi n'était que le fruit de notre égalité dans la découverte de l'autre, la peur de l'autre, et la maîtrise de l'autre. A plusieurs, l'inégalité de rapport aurait brisé ce merveilleux équilibre.

Brutalement, je retroussai les babines et montrai les crocs alors même que mes longs poils noirs se dressaient sur mon échine. L'homme venait de faire un geste et attrapait un objet qu'il avait à l’épaule. On avait aussi longuement évoqués leurs armes dans nos histoires à faire peur. "Il ne mord pas, il ne griffe pas, il ne s'approche même pas… Il tue !" Disait-on de lui. Celui que j'avais face à moi avait des gestes excessivement lents, comme pour me rassurer, mais le cliquetis de l'engin lorsqu'il posa le doigt dessus ne me disait rien qui vaille. Un grognement guttural sorti de ma gueule entrouverte et je soulevai un peu mon arrière train tout en montrant les crocs, prêt à bondir sur lui. Les traits de son visage se tendirent, et il cessa de me regarder dans les yeux, fixant un point juste devant moi, pour ne pas donner le sentiment de me défier. A mon grondement, il répondit par de petits bruits, légers, calmes, apaisants. Alors c'était vrai, ils avaient un langage. Mes oreilles pivotaient de droite à gauche, captées par ses sons. Puis il attrapa l'objet d'une main et le mit devant son visage, collant ses yeux derrière et le pointant dans ma direction. Je fis instantanément un bond sur le côté. L'homme émis un petit cri et eu un mouvement de recul, mais il continuait de me viser. Sa respiration s'accélérait. Il allait se passer quelque chose. J'avais entendu tant de choses qui auraient dû m'inciter à fuir, mais je ne voulais pas laisser ma peur m'envahir. J'allais pouvoir vérifier la véracité des légendes et c'était peut-être l'occasion de nous montrer que nous pouvions vivre au même endroit, nous voir, communiquer même, sans qu'il me tue et sans que je le dévore.

Soudain son doigt tressaille, il retient sa respiration et j'entends un bruit, comme un caillou qui roule sur un autre. Tout se passe si vite que je n'ai pas le temps de réagir. Rien n'a bougé. Je suis à l'écoute de mon corps, mais je ne souffre pas. Il semble ne s'être rien passé. D'autres déclics suivent, rapprochés, sans que rien ne change, puis, je vois l'homme baisser son appareil et me regarder à nouveau. Je sais maintenant que je n'ai rien à craindre de lui. Il montre ses petites dents, mais pas agressivement… Il a juste l'air heureux et ses yeux étincellent.

De longs hurlements nous font sursauter tous les deux. Quelques loups de la meute se rappellent à notre bon souvenir et il me faut les rejoindre. Je me redresse sur mes pattes et immédiatement l'homme fait de même. Il tient toujours précieusement son appareil dans la main, contre sa poitrine. Je pense naïvement sans doute que dans cette boîte il y a quelque chose qui permettrait de prouver que, ni l'un ni l'autre ne sommes des animaux sanguinaires et que les temps anciens n'ont inventé que des légendes obscurantistes et ridicules puisque j'ai la preuve que l'homme ne tue pas sans avoir faim.

Je pousse aussi un hurlement pour prévenir les autres de mon retour et éviter leur venue. Ils n'auraient pas compris. Je vais me retourner lorsque, de façon incompréhensible, l’homme me court après, gesticulant et hurlant. Effrayé, sans comprendre ce qui justifie cette volte-face, je bondis dans les fourrés, juste assez vite pour entendre tout en même temps un autre déclic rugueux, sourd, agressif et un bruit assourdissant à mes oreilles. Le caillou juste à mes côtés se brise en deux, et des éclats viennent me brûler les flans. Un autre homme est là, caché derrière un tronc à me viser avec un plus long appareil. Voyant que je m'échappe, il s'en prend violemment à celui qui, je viens de le comprendre, m'a sauvé. Je veux aller payer ma dette, mais une meute d'hommes surgit de partout, des chiens enragés d'avoir été privés depuis des jours de nourriture aboient à étourdir mes sens. Je ne peux que fuir pour rejoindre les miens. Déjà nous disparaissons dans les fourrés enveloppés par la nuit amicale. A eux les chiens, à nous les loups et, au milieu, l’homme guette et masque la lumière.

Mon clan va être rassuré de ses certitudes de haine. Même si j'ai trouvé un homme qui m'a respecté, nous avons surtout retrouvé des ennemis pour lesquels nous ne serons toujours, comme dans les temps les plus obscurs, que la proie d'en face.

 

 

 

L'auteur : 40 ans, auteur de cœur… Mais juriste de profession. Après pas mal d’années adolescentes et post-adolescentes à m’essayer à la poésie, j’ai trouvé mon format : la nouvelle.

Devenue parente pauvre de la littérature contemporaine française, elle est pourtant un extraordinaire champ de création d’émotions et de personnages, d’histoires tragiques ou drôles, dont la brièveté et l’intensité devraient convenir à notre époque pressée. Malheureusement, à part des passionnés qui organisent des concours via des associations ou des municipalités, peu d’éditeurs s’y intéressent.

J’ai d’abord écrit des nouvelles policières, puis généralistes à tendance noire, puis plus de tendances du tout, hormis celle de prendre du plaisir avec une approche artisanale. J’aime chercher le mot juste, sentir l’impact d’une ponctuation, faire coller le verbe au plus près de ce que j’ai en tête. J’essaie de donner une atmosphère qui permette au lecteur de " voir et ressentir " l’histoire. La production s’en ressent, certes, mais je trouve toujours quelque chose à modifier sur mes textes… Alors j’écris plusieurs fois le même !

Coté roman, je n’en ai écrit ni de bon, ni de mauvais, juste des romans inachevés. Je travaille actuellement sur un nouveau projet qui a pour l’instant accouché d’un synopsis détaillé, d’une galerie de personnages et d’un chapitre un.

J’ai un peu moins de 40 nouvelles à mon actif (j’écris sur ce format depuis une dizaine d’année ) dont certaines ont connu des destinées diverses et constructives. Des publications en revues spécialisées (Ligne Noire, Sol'air, l'Encrier renversé, Nouvelles au Pluriel, ou non spécialisé - Terre Sauvage -), deux fictions radiophoniques à la RTBF et des prix à des concours (Villeneuve les Maguelonne, Alpha, Mably, Delirium, Horizons Noirs, Corrençon-en-Vercors …) qui m'encourage à poursuivre et à travailler, avec, comme objectif premier, de constituer un recueil de nouvelles dont je n'ais pas à rougir et que je pourrais présenter aux éditeurs. Au cas où !

Ensuite, pourquoi pas, finir un roman et de préférence celui qui est en cours.

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 14:01

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Nous commençons une nouvelle série intitulée " Comment bien foirer ", parce que dans la vie, foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux.

 

 

1ère leçon : Comment bien foirer ses pommes de terre sautées.

par Ysiad 

 

 

Commencez par sortir du placard une poêle, dont la taille sera proportionnelle aux appétits à satisfaire, dans laquelle vous versez de l’huile. Un bouchon, deux bouchons, trois bouchons. Ensuite pelez les pommes de terre, soigneusement, pour cela prenez un éplucheur en état de marche et faites de belles peaux régulières sans vous couper, et quand elles sont toutes épluchées, coupez les en lamelles ou en dés, va pour les dés.

Allumez le gaz et patientez.

Lorsque l’huile se met à frémir au fond de la poêle, répartissez les dés également à la surface à l’aide d’une spatule. Si on veut éviter que ça attache au fond, il faut rester à son poste près de la gazinière sans lâcher la spatule et renoncer pour le moment à écrire, même si dès l’instant où vous avez sorti la poêle, l’incipit de la nouvelle que vous projetez d’écrire a jailli comme le chat du canapé au son du tomber de croquettes dans la gamelle. L’huile devient bulleuse, c’est bon signe, c’est le moment de remuer les dés en vous concentrant et en tenant à distance l’incipit ; vous l’écrirez plus tard, quand vous aurez terminé de déjeuner ; vous n’avez qu’à le mémoriser en ajoutant un peu d’huile, attention, ça va un peu plus vite à gauche qu’à droite, continuez à remuer et baissez le feu. Doux le feu. On se calme. Petite flamme sous le gaz. Tout petit tournesol bleu. Si petit que ça vous laisse le temps d’écrire la phrase qui vous fait de l’œil toutes les quinze secondes et qui semble assez bien roulée avec ses beaux adverbes et ses mignons adjectifs. Allez, dépêchez-vous, pendant que les dés dorent tranquillement sous la petite fleur du gaz, ruez-vous sur le papier et en avant, pour une fois que l’inspiration vous tient, vous pouvez vous autoriser une petite incartade. Voilà. Vingt-deux mots, c’est vite écrit, personne n’a rien remarqué, il suffit d’être inspiré. Reprenez votre poste près de la gazinière. Côté pommes de terre, c’est pas terrible, à peine ont-elles bronzé sur un côté, c’est contrariant. Très. D’autant que vous n’avez pas que ça à faire. Poussez un peu le feu, que diable. Un peu plus grand le tournesol, quoi, flûte. Les enfants aiment les pommes de terre croustillantes, le conjoint aussi, qui a grand appétit. Au rythme où ça va, vous pouvez aller l’écrire, votre deuxième phrase, on vous y autorise. Vingt-six mots, cette fois-ci. Pas mal du tout. Bien, même. Le temps de faire un saut à la cuisine pour remuer la poêlée qui dore sous le gaz qui ronfle, et voilà que sans avoir rien demandé à personne, une troisième phrase arrive sous la mine du crayon, qui complète avantageusement la précédente, et une quatrième, et encore une autre ! Un saut de puce à la cuisine pour donner un bon coup de spatule dans les dés qui coagulent, et retour en dansant vers le joli paragraphe qui se forme sous la mine du crayon, à croire qu’une voix vous dicte ces phrases qui s’enchaînent sans reprise ni rature, cohérentes, aérées et en même temps solidement arrimées l’une à l’autre comme les poutres de la Tour Eiffel, si ça continue vous allez la remplir, votre page, et ça continue dans le même élan, c’est la première fois que ça vous arrive, vous êtes partie pour noircir un bloc entier en compagnie de la voix divine, quelle fabuleuse inspiration aujourd’hui, et comme c’est étrange ! Maintenant que vous arrivez au bas de la troisième page, haletant sous l’effort, ressentant quelques élancements au poignet tant vous avez écrit dans la fougue qui vous tenait, vous entendez une voix, qui n’est pas celle de l’inspiration mais du conjoint, une voix qui beugle à pleins poumons que les patates sont cramées.

Bravo. But.

C’est foiré.

Et si par miracle il n’y avait plus une seule boîte de raviolis dans le garde-manger, - votre fils ayant invité ses potes à dîner le week-end dernier -, vous auriez alors bien foiré.

 

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 09:18

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Il y avait longtemps qu’il ne tenait plus le compte des heures. Perdu dans l’immensité rouge du champ d'honneur, il avait fini par se retrouver sans figure et sans voix. Comme lui, les survivants étaient happés l'un après l'autre dans l'étreinte suante des tranchées. Comme lui ils étaient sortis du rêve.

L'horizon n'en finissait plus de brûler. Il entendait les craquements de la terre mais son corps refusait obstinément de se mettre en marche. Sa langue était prisonnière du feu, ses yeux pétrifiés sous l'étendard, ses mains enrayées par la grenaille.

Dans le ciel, les belles âmes diffusaient jour et nuit la même antienne : 

n’oubliez pas d’aller à la cueillette des balles perdues,

n’oubliez pas d’amasser les éclats d’obus,

n’oubliez pas de prélever les organes des suppliciés,

n’oubliez pas d’écouter le crépitement des corps dressés sur le bûcher.

Il n'aspirait plus qu'à être six pieds sous terre, enseveli avec la douleur du renoncement.

Les profondeurs le débarrasseraient de toutes ses parures et creuseraient sa chair.

Lui effaceraient-elles à jamais la mémoire ?

 

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 19:04

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Elle n'est resté qu'un petit moment au café mais cela lui a suffit pour lui donner envie de nous laisser une trace de son passage. Son poème, dédié à notre dernier "transit" mérite sa place au menu du jour. Merci Noémie.

  

Sur le quai d'une gare

Des visages froissés sur le quai d'une gare

Quand la nuit s'évapore au petit matin gris

Des serments, des adieux, des rires et des cris

D'une foule pressée, en ce bruit, qui s'égare.

 

A l'approche du train, des baisers échangés

Des sanglots et des pleurs, de cruelles ruptures

Le murmure des mots pour panser les blessures

Lorsque l'âme se blesse aux rêves effrangés.

 

Dans la foule, une femme au sourire qui passe

Ondoyante et gracile en sa robe d'été

Laisse sur son passage, en ce lieu tourmenté

L'ivresse d'un parfum, quand son ombre s'efface.

 

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 15:19

Previsions-meteo.jpg

 

Beau début d'automne

 

 Prévisions pour la journée du 23 septembre 2010

Persistance d'un front du refus en provenance des couches populaires. Mobilisation globalement bien suivie en dépit des fanfaronnades de l'Etat-Major et des appréciations pince-sans-rire de la maréchaussée.

Le soleil brillera de mille feux dans un champ de pression encore élevé.

Défilés énergiques à agités, se renforçant en cours de journée.

En soirée, ambiance encore agréable malgré la menace d'une dépression.

Par la suite, le système dépressionnaire aurait tendance à se renforcer. Très nette dégradation en vue avec l'arrivée des premières lacrymogènes.

Indice de protestation :

2 à 3 millions en pleine rue.

20 à 30 millions à l'applaudimètre.

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 12:45

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L'horloge centrale s'était arrêtée.

Il pensa que ce n'était pas la peine de se lever. D'où qu'ils venaient les trains passaient toujours en retard. S'il en avait été autrement, il aurait bondi de son fauteuil et crié au miracle. Il se trouvait bien dans cette petite gare de triage. Il n'avait pas d'autres activités qu'aller et venir le long des rails, contrôler les aiguillages et, si nécessaire, brandir sa lanterne à huile rouge. Sitôt regagné la petite cahute qui lui servait d'office, il ne manquait pas de faire valser la mappemonde posée sur une petite table près de la fenêtre. Il aimait la regarder filer d'un pays à l'autre tandis que des dizaines d'images voletaient autour de lui. Aux ateliers on le disait vieillissant. En fait, le monde était devenu immobile et la plupart du temps il ne trouvait rien de plus prometteur que de dénouer les rubans du passé. Il se rendait bien compte que trop d'images grésillaient sur le feu du souvenir et qu'elles alourdissaient outrageusement ses paupières mais l'accumulation s'était faite sans qu'il n'y prenne garde. Pour un vivant comme lui ce n'était pas bon signe et il s'était promis qu'un jour il barbouillerait à la chaux vive les reflets trop pesants.

Comme tous les soirs, calé dans son fauteuil, il essayait de lutter contre le sommeil et les trous noirs qui s'en suivaient. Il pensait à la face décrépie de toutes ces belles qui autrefois, gainées de bas noirs, faisaient les Orientales. Il se souvenait de son cœur battant la chamade quand il entendait le hurlement d'une énorme Minière, ventre gonflé de charbon et bouche béante d'arrogance, surgissant d'entre les ronciers du maquis. Il revoyait, goguenard, les efforts des ingénieurs et contremaîtres pour mater les caprices de la Pacific quand elle devait traverser les marais de Louisiane. Il riait en lui-même à l'évocation d'une frétillante Danseuse pleine de vapeur fraîche, cherchant à garder la ligne dans une grosse tempête de sable.

L'image d'un vieil homme avançant à tâtons sur un quai désert lui traversa brusquement l'esprit. Il se leva et sortit pour voir. La gare était plongée dans le noir et il rentra. La mappemonde n'était plus qu'un globe sombre et lisse comme si les reliefs s'étaient laissés enfermer à l'intérieur. Il se laissa glisser dans le fauteuil sans y toucher. Sa mémoire commençait à mal tourner elle aussi. Présageant le pire, il pria pour qu'un peu de lumière revienne, juste quelques éclaboussures de ciel azuré, de quoi consoler ses petites pépites quand elles n'émettraient plus qu'une légère vibration, un bref chuchotement, une dernière pulsation.

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 13:35

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Bonne nouvelle pour les amateurs d'arts ménagers : Yvonne Oter nous revient avec six nouveaux épisodes de "La Femme Popote".

Mauvaise nouvelle pour tout le monde : Madame nous fait savoir qu'elle pense en rester là sur le sujet.

 

 

13. L’araignée.

Petite, presque incolore et transparente, l’araignée tisse avec application, suivant les trames millénaires inscrites dans ses gènes. Elle s’est trouvé un coin bien tranquille, haut sous le plafond, pour ne pas être dérangée dans sa tâche. Et elle y déroule le fil de son piège mortel. Un coup à gauche, un coup à droite. Un coup en haut, un coup en bas. L’ouvrage prend forme et volume. Et commence à prendre vies : déjà deux mouchettes insouciantes se sont laissé engluer dans les fils à peine tissés.

Satisfaite de voir son garde-manger se garnir, l’araignée n’en continue pas moins son labeur avec acharnement. C’est qu’il s’agit de renforcer l’ouvrage, si elle veut y piéger de plus gros insectes, bien gras, tendres et savoureux. Elle en salive d’avance et se hâte de terminer sa toile.

Hélas ! Comme bien souvent, l’araignée propose et les dieux disposent. Une des Parques qui passait par là avisa la malheureuse et décida de trancher net le fil de son existence. Clac !

En repliant la tête de loup télescopique, je chantonne. Encore une p… de s…. de toile d’araignée débusquée ! C’est tous les jours qu’il faut être vigilante en cette saison !

 

14. Le frigo.

Le frigo est mal à l’aise. Il se sent sale. Pourtant, il luit et resplendit de toute sa blancheur soigneusement entretenue. Mais lui, il sait qu’il n’est pas propre partout.

Le frigo est dos au mur, ce qui est logique et bien pratique pour voir tout ce qui se passe dans la cuisine. Mais offre le gros inconvénient de cacher ses arrières. Qui échappent alors aux entretiens courants.

Pourtant, qu’il aime ça, quand on le gratouille, le chatouille, le papouille dans le dos ! Quand le crissement de l’éponge à récurer le parcourt du haut de l’échine jusqu’en bas, il frémit d’aise. Et quand l’eau tiède savonneuse le rince de toutes ses impuretés, il ne se sent plus de bonheur. Cette douce chaleur le venge de tout le froid sciemment entretenu dans son intérieur.

Aujourd’hui est le grand jour, il l’a compris. Il a été tiré vers le milieu de la pièce, a vu arriver le seau et la brosse, a senti les prémices du grand bain de dos avec excitation et impatience.

" Mais, non ! Ce n’est pas vrai ! Il faut me débrancher avant de mettre de l’eau ! Houhou ! Au secours ! Enlevez la prise électrique ! "

Merde, merde, merde ! Voilà le troisième frigo que je bousille en dix ans ! Et j’ai failli me faire court juter par les étincelles ! Ca aurait peut-être mieux valu, car qu’est-ce que je vais entendre ce soir quand ma douce moitié va rentrer…

 

15. Le tuyau.

Le tuyau d’arrosage est un grand paresseux. C’est pour cela qu’il adore l’hiver, saison où il a très peu de chance d’être dérangé. Il se love et s’enroule dans l’oisiveté et finit par s’endormir béatement, d’un sommeil sans rêves ni cauchemars. Jusqu’au printemps suivant où il lui faudra, bien malgré lui, reprendre du service.

Cette année, l’hiver a été long, rude et froid. Des gelées persistantes ont retardé la reprise des activités au jardin. Et le tuyau d’arrosage a bénéficié de plusieurs semaines de repos supplémentaires. Aussi, est-il bien engourdi lorsqu’il est sorti pour la première fois de sa torpeur. Sans qu’on lui laisse le temps de récupérer un peu de lucidité, il est de suite mis au travail. Sans soucis de ses raideurs. Sans se préoccuper des rhumatismes qui le taraudent vu son grand âge. Sans ménagements.

Alors, il craque, au propre comme au figuré. Il demandait juste un peu d’égards, lui, un peu de douceur. Il n’ose même pas prononcer le mot tendresse, il ne sait pas ce que c’est. Il craque. Et un gros jet d’eau fuse impromptu de la déchirure de sa peau malmenée.

Me voilà trempée, maintenant ! La faute à ce laid vieux tuyau tout décoloré ! Bon, je vais me changer pour aller en acheter un nouveau. Mes semis de petits pois ont tellement besoin d’eau…

 

16. Le melon.

Le melon souffre sous la chaleur du mois de juin. Disposé avec harmonie parmi ses congénères, il offre aux chalands du marché dominical sa bonne bouille de fruit sain élevé avec amour. Et il attire l’attention des acheteurs potentiels, à un point tel que chacun veut le prendre en main et éprouver sa capacité à prendre place au repas de midi. C’est pour cela qu’il souffre.

On le soupèse, allant jusqu’à le faire sauter dans la paume. On lui enfonce un doigt inquisiteur dans toutes ses parties. Il a même senti un ongle pointu, peint d’un rouge agressif, lui entailler la peau. Oh, les mauvaises gens, qui ne savent pas reconnaître comme il se doit un beau fruit mûr, digne de figurer à leur menu !

Celle-ci lui semble moins sauvage, plus connaisseuse. Elle le saisit délicatement, le retourne la queue vers le bas et lui sent avec satisfaction le fondement. Avec son nez, pas avec ses doigts. Oui, oui, Madame, c’est comme cela qu’il faut faire ! C’est ainsi qu’on reconnaît un melon de qualité, qu’on juge de sa maturité et de son état de fraîcheur. Il est tout heureux de se retrouver dans le cabas d’une cliente d’aussi belle tenue morale.

" Bon, du Porto, il m’en reste. Du jambon du pays aussi. Je la tiens, mon entrée ! "

 

17. La roulette.

La roulette avant droite du caddie est une rebelle. Une contestataire. Une anarchiste. Un suppôt de Satan, disent les clientes du supermarché. Elle ne peut supporter de suivre aveuglément les mouvements bien coordonnés de ses trois compagnes de galère. Les arrêts, les brusques départs, les attentes, les accélérations, les chocs contre les rayons, le poids des victuailles qui viennent lester le caddie au fil des achats lui sont insupportables.

Alors, elle grince des dents, essaye de se défiler en faisant quelques mouvements de protestation, se roule vers l’arrière au moment de redémarrer, tourne follement dans les lignes droites. Coince dans les virages souvent mal négociés. Elle se rend ainsi tellement invivable qu’il n’est pas rare de la retrouver abandonnée au milieu d’une allée, la cliente ayant rendu les armes face à une telle mauvaise volonté.

Jusqu’au jour où elle reçut un tel coup de pied qu’elle s’en sentit toute chamboulée. Ses velléités d’indépendance cédèrent devant l’autorité qui émanait de ce pied violent, mais ferme dans sa volonté de mâter les récalcitrants. Retournant à une docilité temporaire, elle se tint coite pendant toute la durée des achats dirigés par le pied.

J’aime beaucoup la musique douce diffusée dans les grandes surfaces. Elle m’aide à faire les courses avec plus de sérénité.

 

18. La cire.

La cire, dans l’immensité de son orgueil, veut être traitée avec égard et componction. Pieusement, religieusement, sans écart de conduite inopportun. Fruit du long travail de mille ouvrières ailées et zélées, elle attend dévouement, adoration et traitement de faveur lorsqu’elle est utilisée à des travaux ménagers. Elle aimerait entendre une prière fervente avant l’ouverture du couvercle de son tabernacle. Il lui plairait que ce cérémonial s’accompagne de chants, de psaumes, d’incantations rendant grâce à sa grandeur et à son importance. Une petite génuflexion serait même la bienvenue.

Aussi, à chaque fois, elle reçoit un choc lorsqu’elle voit s’approcher de sa surface vierge, un infâme chiffon graisseux, maculé de toutes les saletés récoltées lors des précédents usages. Une honte, un sacrilège, une offense si grave qu’il lui faudra des mois pour se remettre de l’outrage. Il n’y a plus de respect, ma pauvre dame ! Les traditions se perdent ! Où allons-nous ?

Je me lave soigneusement les mains, car je hais l’odeur de la cire qui les imprègne. Elle me donne mal au cœur.

 

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 10:57

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Le mot de Désirée Boillot

Entre chien et loup, mon cœur balance

Je passe au café pour tirer mon chapeau à tous les valeureux auteurs qui se sont risqués à écrire entre chien et loup. Voici que pour la première fois, je me retrouvais de l’autre côté de la barrière, et je me faisais l’effet d’une bergère qui aurait à choisir les meilleurs moutons du troupeau. Il n’y a de meilleur mouton que pour soi. Il faut le savoir. L’autre berger trouvera à ce mouton-là plus de chair, à cet autre plus de tendreté, à cet autre encore une meilleure laine. Regarde mon mouton, comme il est docile et doux ! – Et le mien ! Regarde moi cette charpente et comme il est planté !

Il y aurait autant d’avis différents que de variétés de style, si les réunions d’harmonisation n’étaient là pour rassembler les bergers et les bergères. Encore faut-il que ces réunions soient organisées avec souplesse et qu’elles permettent de "lâcher du lest": l’expression n’est pas de moi mais de Patrick L’Ecolier, le maître d’œuvre du concours. Je voudrais le remercier.

Je remercie également tous les participants pour ces moments de lecture.

 

 

Le mot de Françoise Bouchet

Lancée comme une bouteille à la mer

Ouverte à la lecture

Une nouvelle nue

Parmi tant d’autres

 

Concourt intimidée,

Hésite entre chien et loup

Insiste, s’insinue,

Envoûte cinq jurés de ses atours

Nouvelle primée,

 

Mais laquelle ? Suspens…

 

 

Le mot de Laurence Marconi

Cet été, nous avons beaucoup lu. Entre chien et loup, dans la clarté timide de l’aube ou peu avant la débâcle du jour, aux heures gorgées de lumière ou dans la quiétude de la nuit, il s’agissait de frontières, de personnages funambules en équilibre entre deux mondes. Vous nous avez parlé de ces hommes et de ces femmes qui vivent dans la marge, de l’autre côté de la ligne rouge, si fragiles, si démunis que le souffle de l’indifférence suffit à les gommer de la page; de ces êtres plus tout à fait humains mais pas encore tout à fait bêtes, de ces loups-garous pour qui la lune est pleine chaque nuit; de ces destins qui se brisent dès la première morsure des ténèbres, de ces proies trop faciles et tendres sous la dent, de ces courants de vie qui nous portent et nous chahutent, de ces instants où tout bascule.

Pour ces larmes et ces sourires, ces virgules et ces soupirs qui ont ponctué notre été, soyez tous remerciés.

 

 

Le mot de Patrick Denys

Juillet-août entre chiens et loups ... Le va et vient des incertitudes à la lecture des 115 propositions. L'ombre et la lumière!

Des surprises parfois ou de l'étonnement ; de l'émotion aussi, souvent à fleur de peau, entre les lignes ; et de la colère pour les justes causes, de la poésie ou de l'humour...

Difficile de partager tout cela avec le même regard, mais c'était la richesse - et pour moi la découverte - de cette expérience "plurielle". Merci aux auteurs et merci à Calipso pour toutes ces ouvertures.

 

 

Le palmarès

1 Théa des Coulmes, Jean-Paul Coutelier (Belgique)

2 Les anonymes, Jacqueline Dewerdt-Ogil (Pas de Calais)

3 Eurydice sur le quai, Sylvie Dubin (Maine et Loire)

4 Aux aguets, Isabelle Guilloteau (Côte d'Armor) et Christophe Esmault (Eure et Loire)

5 Un loup pour l'homme, Sophie Etienbled (Seine Maritime)

6 Un chien pour l'homme, Sylvette Heurtel (Ille et Vilaine)

6 La course aux étoiles, Maryse Vannier (Hauts de Seine)

8 Balade entre chien et loup, Carole Exbrayat (Isère)

8 Loup, y es-tu ? André Fanet, (Côte d'Or)

10 La chute lente du jour, Jean-Paul Vialard (Lot et garonne)

11 Canons à louer, Christian Jacques (Hauts de Seine)

12 Moi, S, tête de serpent, Benoit Camus (Hauts de Seine)

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 19:00

 Greve parapluie

 

 

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 11:28

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Où l'on retrouve Jean-Claude Touray célébrant un grand nom de l'histoire...

 

 

Caïn : erreur judiciaire ?

 

 

Facile de commémorer la naissance ou la mort d’un personnage dont l’existence est mythique, aucune contrainte de date. Célébrons donc aujourd’hui le vingt millième anniversaire de la venue de Caïn en ce bas-monde. Caïn, l’aîné des fistons d’Eve et d’Adam, le premier criminel de l’Histoire a-t-on écrit, celui qui aurait assassiné son p’tit frangin Abel. Condamné en première instance à l’exil, sans appel possible, par un Dieu juge et partie.

 

Je crois à l’innocence du présumé coupable.

 

Abel ce salopiot, avec ses menus " méchoui et barbecue " associant viandes grillées aromatisées aux herbes de Judée, salades sauvages, fromage et dessert, faisait un malheur dans le secteur de la restauration. Dieu était un client régulier. De son côté, la soupe de légumes versée sur une tranche de pain d’épeautre que Caïn offrait à la consommation n’avait aucun succès. Dieu n’était jamais venu.

D’où, dit-on, une jalousie, un mouvement d’humeur et des coups et blessures ayant entraîné la mort d’Abel avec intention de la donner. C’est une colère froide et raisonnée qui aurait conduit Caïn à émasculer son cadet avec un coupe-cigare avant de le clouer au sol d’un coup de pioche… Colère contre son chouchou de frérot toujours favorisé, et contre Dieu qui n’était pas végétarien.

 

Voila l’opinion officielle, qui est celle de la grande majorité de nos concitoyens. Ils ont tendance à prendre l’aîné des rejetons d’Adam pour un assassin sans moralité, un quidam franchement pas fréquentable à jeter aux oubliettes. " Rien n’est bon en lui, y’a tout à jeter " pourraient-ils chanter, paraphrasant Brassens. Victor Hugo a pourtant montré que Caïn avait une conscience qui le tenait à l’œil et cela, jusque dans la tombe.

 

On voit bien que toute l’instruction de cette affaire est à reprendre à zéro…On n’est même pas certain qu’il y ait eu mort d’homme. Encore moins que Caïn ait été, par jalousie, l’assassin de son frère.

 

Caïn, agriculteur sédentaire, récoltait des céréales sélectionnées. Parallèlement, c’est lui qui a lancé, cahin-caha hue dia hop là, la domestication des animaux qui nous sont familiers comme l’âne et le bœuf, le chat et la souris ou encore le morpion. C’est un bienfaiteur de l’humanité, très moderne en son temps : le Néolithique.

 

Abel, vagabond sans feu ni lieu, se nourrissait de rats du désert et de figues de Barbarie complétés de laitages et viandes fournis par son troupeau de chèvres. Il dormait à la belle étoile avec sa chienne. C’est surtout en rêve qu’il était devenu le pape de la cuisine branchée. Nomade accompagnant ses bêtes, Abel n’était qu’un va-nu-pieds.

 

Et l’on voudrait nous faire croire que Caïn était jaloux de la réussite de son frère au point de le trucider !

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