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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 14:01

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Nous commençons une nouvelle série intitulée " Comment bien foirer ", parce que dans la vie, foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux.

 

 

1ère leçon : Comment bien foirer ses pommes de terre sautées.

par Ysiad 

 

 

Commencez par sortir du placard une poêle, dont la taille sera proportionnelle aux appétits à satisfaire, dans laquelle vous versez de l’huile. Un bouchon, deux bouchons, trois bouchons. Ensuite pelez les pommes de terre, soigneusement, pour cela prenez un éplucheur en état de marche et faites de belles peaux régulières sans vous couper, et quand elles sont toutes épluchées, coupez les en lamelles ou en dés, va pour les dés.

Allumez le gaz et patientez.

Lorsque l’huile se met à frémir au fond de la poêle, répartissez les dés également à la surface à l’aide d’une spatule. Si on veut éviter que ça attache au fond, il faut rester à son poste près de la gazinière sans lâcher la spatule et renoncer pour le moment à écrire, même si dès l’instant où vous avez sorti la poêle, l’incipit de la nouvelle que vous projetez d’écrire a jailli comme le chat du canapé au son du tomber de croquettes dans la gamelle. L’huile devient bulleuse, c’est bon signe, c’est le moment de remuer les dés en vous concentrant et en tenant à distance l’incipit ; vous l’écrirez plus tard, quand vous aurez terminé de déjeuner ; vous n’avez qu’à le mémoriser en ajoutant un peu d’huile, attention, ça va un peu plus vite à gauche qu’à droite, continuez à remuer et baissez le feu. Doux le feu. On se calme. Petite flamme sous le gaz. Tout petit tournesol bleu. Si petit que ça vous laisse le temps d’écrire la phrase qui vous fait de l’œil toutes les quinze secondes et qui semble assez bien roulée avec ses beaux adverbes et ses mignons adjectifs. Allez, dépêchez-vous, pendant que les dés dorent tranquillement sous la petite fleur du gaz, ruez-vous sur le papier et en avant, pour une fois que l’inspiration vous tient, vous pouvez vous autoriser une petite incartade. Voilà. Vingt-deux mots, c’est vite écrit, personne n’a rien remarqué, il suffit d’être inspiré. Reprenez votre poste près de la gazinière. Côté pommes de terre, c’est pas terrible, à peine ont-elles bronzé sur un côté, c’est contrariant. Très. D’autant que vous n’avez pas que ça à faire. Poussez un peu le feu, que diable. Un peu plus grand le tournesol, quoi, flûte. Les enfants aiment les pommes de terre croustillantes, le conjoint aussi, qui a grand appétit. Au rythme où ça va, vous pouvez aller l’écrire, votre deuxième phrase, on vous y autorise. Vingt-six mots, cette fois-ci. Pas mal du tout. Bien, même. Le temps de faire un saut à la cuisine pour remuer la poêlée qui dore sous le gaz qui ronfle, et voilà que sans avoir rien demandé à personne, une troisième phrase arrive sous la mine du crayon, qui complète avantageusement la précédente, et une quatrième, et encore une autre ! Un saut de puce à la cuisine pour donner un bon coup de spatule dans les dés qui coagulent, et retour en dansant vers le joli paragraphe qui se forme sous la mine du crayon, à croire qu’une voix vous dicte ces phrases qui s’enchaînent sans reprise ni rature, cohérentes, aérées et en même temps solidement arrimées l’une à l’autre comme les poutres de la Tour Eiffel, si ça continue vous allez la remplir, votre page, et ça continue dans le même élan, c’est la première fois que ça vous arrive, vous êtes partie pour noircir un bloc entier en compagnie de la voix divine, quelle fabuleuse inspiration aujourd’hui, et comme c’est étrange ! Maintenant que vous arrivez au bas de la troisième page, haletant sous l’effort, ressentant quelques élancements au poignet tant vous avez écrit dans la fougue qui vous tenait, vous entendez une voix, qui n’est pas celle de l’inspiration mais du conjoint, une voix qui beugle à pleins poumons que les patates sont cramées.

Bravo. But.

C’est foiré.

Et si par miracle il n’y avait plus une seule boîte de raviolis dans le garde-manger, - votre fils ayant invité ses potes à dîner le week-end dernier -, vous auriez alors bien foiré.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Comment bien foirer...
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commentaires

ysiad 04/10/2010 12:28



Tu ne sais pas si bien dire. Le jour n'est pas si loin où il aura droit à ses croquettes allégées avec son herbe à chat en guise de dessert, ah mais.



Jean 04/10/2010 12:24



Si je comprends bien, Ysiad, Hervé va devoir se contenter de croquettes... comme Patou, pas de jaloux !



ysiad 30/09/2010 07:57



Ben Jean  vaut mieux, tu sais, je ne suis pas une grande cuisinière.



Jean 30/09/2010 03:04



Ben, moi aussi je veux bien aller au restautrant avec toi, Ysiad.



ysiad 29/09/2010 18:14



Julie, comment veux tu que j'étoffe sur Patou, il est déjà bien assez étoffé, ce chat. Ca me donne une autre idée de foirade, d'ailleurs.


Merci, Gilbert, je vous invite à déjeuner quand vous voulez, et on ira au restaurant.