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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 17:50

chien-et-loup-selection.jpg

 

Le mot du barman

Alors bien sûr au début il y a cette idée de passage où le ciel rétrécit et où les ombres deviennent fugitives, bien sûr il y a ces chemins de traverse où les bêtes se défaussent de leur humanité, bien sûr il y a le chant du cygne et l'invitation à rentrer en soi-même, il y a le tourbillon des pensées quand la lumière vacille, et puis il y a cette image du temps abolissant les lignes et les contours tandis que l'espace se meut sournoisement, et bien sûr il y a ces petits noirs suspendus entre elle et lui quand la chair du jour se défait, il y a toutes ces secondes crépusculaires si démesurément effeuillées qu'elles en deviennent imperceptibles, il y a ces minutes où se risquent les fantasmes et où s'aiguisent les angoisses, ces heures en creux où, tapi dans la pénombre, on tricote sortilèges et enchantements, il y a enfin ces instants de clair-obscur où l'on marche sur la pointe des pieds, où l'on s'emmitoufle dans la touffeur bruissante du soir, où l'on sent dans la réverbération du monde l'âme de ceux qui veillent la nuit. Et puis vient l'écriture dans ce qu'elle a d'ombrageux et de troublant, une écriture équivoque, sans cesse reprise et sans dernier mot, une écriture qui se heurte aux choses et aux êtres, une écriture proprement déchirante qui vient dire la séparation d'avec l'autre mais aussi d'avec soi, une écriture qui nous entraîne fatalement dans un entre-deux par-delà le bien et le mal, le vrai et le faux...

Entre chien et loup, c'est un peu toute cette densité de lumière qui nous a été donnée à lire.

 

Et voici la liste des 13 nouvelles sélectionnées pour le recueil (par ordre alphabétique) :

 

Aux aguets

Balade entre chien et loup

Canons à louer

Eurydice sur le quai

La chute lente du jour

La course aux étoiles

Le gant perdu

Les anonymes

Loup, y es-tu ? (LG21)

Moi, S, tête de serpent

Théa des Coulmes

Un chien pour l'homme

Un loup pour l'homme

 

Nous vous donnons rendez-vous dans huit jours pour le palmarès final de cette neuvième édition.

  

 

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 17:25

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Attention, Mesdames et Messieurs, attention, demain, nous disons bien demain, premier jour du mois de septembre, sera livrée ici-même et par porteur spécial, la très belle liste des nouvelles qui auront l'infime honneur de participer à la grande finale du concours Calipso 2010 "Entre chien et loup". Le café restera exceptionnellement ouvert jusqu'à pas d'heure pour recevoir félicitations et doléances...

Il ne sera pas fait d'autres annonces, qu'on se le dise !

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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 08:05

petit homme

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 17:22
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Même si le petit homme au groin proéminent aime patauger dans les marais nauséabonds du vieux borgne, nous autres au café, nous ne nous résignons pas : la porte reste ouverte aux hommes de bonne volonté, y compris ceux qui auraient franchi la frontière en douce. Ici, les cocktails se fabriquent avec les mots du monde entier et on échange les coups de cœur comme les coups de gueule. Bienvenue à ceux qui créent sans se demander s'ils sont français de couche, de souche, s'ils sont fils de manouche ou citoyen en babouches, bienvenue aux auteurs et aux lecteurs d'ici et d'ailleurs, bienvenue à l'ami Pierrot, au chat de la voisine, au juif errant, à l'étranger...

 

Petites histoires porcines

par Gilbert Marquès

 

Cochon des champs

Regardez bien la matrone

Pour sûr une belle cochonne

Bien en chair bonne en gras

La préférée des verrats

Nourrie aux glands des forêts

Douce avec ses gorets

Qu'elle materne dans sa soue

Chaude encore de la boue

Dans laquelle elle s'est souillée

Jolie truie au regard mouillé

Vit à l'air libre dans les champs

Et vivra encore longtemps

Avant de disparaître saucisson

Ou encore délicieux jambons

 

                          Cochon du ghetto

                              Mes jambons sont des saucises molles

J'en ai rien à gratter du groin

Moi pauvre porcelet venu de loin

Pour devenir cochon suralimenté

Pour être gros faut pas s'agiter

Je suis gonflé de la bedaine

Bourré d'anabolisants quelle haine

Enfermé derrière des barreaux

J'entends le rire de mes bourreaux

Ils me donne une autre ration de poudre

Qu'ils aillent donc se faire foutre

J'ai plus faim j'ai mal partout

Vivre comme ça vaut pas le coup

Je tiens plus sur mes guibolles

Mes jambons sont des saucisses molles

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 09:31

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Même en l'absence du barman il y a toujours de quoi déguster un petit noir sur le zinc. Et puis il y a toujours quelqu'un de sympathique pour faire un brin de causette. Aujourd'hui Claude Romashov vous présente ...

 

ANGELIQUE

 

Elle a les mains rouges, de grandes mains rustiques, faites pour le travail manuel. Ces mains terminent des bras ronds et forts. Elles s’activent dès l’aube, rapides, nerveuses, efficaces. Leur propriétaire est efficace. Besogne vite expédiée, grain de poussière traqué avec rage. Le chat la regarde, ébahi et craintif. Doit-il rester, tétanisé par son regard ou prendre la fuite ?

Son frigo est toujours plein, la viande soigneusement emballée, les œufs à la bonne place et les fromages odorants, proscrits, bannis, même enfermés. Hors de chez elle, tout ce qui sent fort, tout ce qui dérange la bienséance, tout ce qui contrarie sa vie bien réglée. Elle aime trop la discipline, les idées bien rangées. D’ailleurs on se demande si elle en a des idées. Le front buté, recouvert d’une épaisse frange brune, les yeux en mouvement, toujours zébrés d’éclairs de colère, la bouche fière et serrée, qui ne s’ouvre que pour sortir des vacheries ou, au mieux des lieux communs. Je ne l’ai jamais vue calme, apaisée. C’est une adepte du mouvement, toujours à bousculer les objets et les gens. Gare à celui qui se trouve sur son passage. Il sera copieusement insulté.

Je la suis parfois quand elle retrouve ses amies, elle n’a que des amies, les hommes la fuient. Chacun ses failles. Elle ne comprend pas pourquoi. Un jour, je lui expliquerai peut-être, et puis non ! Qu’elle se débrouille ! Elle qui a réponse à tout, qui fait toujours mieux que le reste du monde.

Donc je la suis quand elle retrouve ses amies, au supermarché ou au square. Une assemblée de bigotes, bien pensantes, mal fagotées, le cheveu et le talon plat. Elles papotent sur la vie chère qui les étranglent, sur la voisine pas sérieuse qui aguiche tous les hommes et sur, oh bonheur ! Le dernier sermon du curé (l’amateur d’enfants de chœur !… Je tente une percée…) Je crois que je vais me faire assassiner. On me foudroie du regard, lippe en avant et elle, elle me sort qu’elle a honte de moi, que je prends un malin plaisir à la ridiculiser devant ses amies. Je sais, j’aime provoquer, surtout ces épouvantails qui en savent long comme un jour sans pain sur les aléas de la vie chère, sur la bonne conduite à adopter.

Elle s’appelle Angélique, prénom doux et sucré pour une décervelée. Elle a une allure déliée, bon ! Des mollets trop ronds mais parfois je la trouve assez jolie (quand elle se tait). Un visage long et osseux mais surtout deux yeux inoubliables. Très mobiles, verts aux pupilles larges. Certains disent qu’ils sont beaux moi, je ne les aime pas : trop fouilleurs ! Elle a une bouche aux dents pointues et carnassières et des bras en tenaille qui blessent quand elle vous agrippe. Si j’étais caricaturiste, je la croquerais en homard. Oh le vilain teint rouge et piqueté ! Oh les yeux fureteurs et les pinces prédatrices !

Elle a un métier qu’elle exerce aussi avec efficacité. Elle s’occupe de personnes âgées. Ménage nickel, repas servis à l’heure, toilette… Aïe, les petites vieilles, pas trop mal le gant de toilette passé par des pinces de homard ! Elle peut discuter à l’infini du temps d’avant où tout était plus facile, où les hommes n’étaient pas inconstants (ah bon !) Où toutes les voitures ne polluaient pas les poumons, là, elle a raison. Mais elle a toujours raison car c’est une personne qui ne doute jamais. Jamais d’elle-même, jamais de ceux à qui elle accorde sa confiance. Ils existent mais ils sont rares car elle estime qui la flatte, qui courbe l’échine pour la mériter.

 

MARTINE

 

Le silence se fait dans la pièce enfumée et les têtes se dévissent. Elle le sait, elle le sent. Elle entre majestueuse telle une actrice de péplum. Ils se précipitent l’un pour tenir son sac, l’autre avec un cintre pour son manteau. Royale car elle en a l’habitude, elle dépose le vêtement dans les bras du garçon dont le visage cramoisi disparaît derrière les poils du vison. Martine gentille, le remercie d’un sourire éclatant. Un sourire nacré de petites dents très incisives. Le malheureux garçon se liquéfie. Il est vrai que belle, brune et spectaculaire, elle ne laisse jamais indifférent. On l’aime ou on la déteste, moi j’aime l’observer en retrait.

Martine a beaucoup d’allure, je dirais même du charisme. Le seul inconvénient, si c’en est un, c’est qu’une jolie fille a toute la population mâle à ses pieds. Ils ne l’intéressent pas vraiment, non ce qu’elle cherche c’est une proie à déguster jusqu’à la lie. C’est une prédatrice qui traque inlassablement ses victimes. En voilà une de premier choix ! Un pigeonneau, policé, très beau volatile, ramage et plumage à l’avenant. Il avance en aveugle, m’écrase les pieds, s’excuse à peine : (C’est quoi la blonde rondouillarde, ta copine !) L’imbécile, il va y passer, il a mis la patte dans l’engrenage et au mieux, il en ressortira vidé de ses illusions et le portefeuille bien sec. Un moindre mal ! Je ne sais pas comment elle se débrouille mais, elle a beau les malmener, en tirer le maximum de dévouement et d’espèces sonnantes, ils pleurent et gémissent lamentablement quand elle les jette. Car elle les jette toujours, en bonne prédatrice quand la victime est exsangue.

Moi, j’alimente la conversation, ils veulent tout savoir d’elle. Martine est secrète, elle ne raconte pas ses fêlures, les blessures de l’enfance et je sais qu’elle en a beaucoup endurées, que son comportement est une sorte de revanche contre un destin qui n’était ni pavé d’or, ni pavé de bonnes intentions à son égard. Elle a reçu la séduction en arme absolue et je pense qu’elle a bien raison de s’en servir. Les hommes sont à la fois trop cruels et trop naïfs.

Donc ce soir, je l’observe. La mèche ondulée au ras du beau regard noir en amande, la peau de pêche, les lèvres rouges et ourlées et surtout les gestes d’une suprême élégance, les longs doigts aux ongles vrais et démesurés qui s’accrochent subrepticement au revers de la veste du beau jeune homme, et c’est reparti… Demain, elle me racontera qu’elle est amoureuse, qu’il est merveilleux jusqu’à ce que la belle idylle se gâte rapidement. Dès qu’elle se sent prisonnière, elle s’évade Don Juane et parfois je me demande ce qu’elle cherche et si cette course éperdue après l’amour, après l’argent n’est pas l’expression d’un profond malaise.

Lui : son caniche péteux, le chien de sa vie, compisse allègrement tous les poteaux et montre les dents quand des petits merdeux lorgnent de trop près sa jolie maman.

 

 

La secrétaire de mairie

 

La secrétaire de mairie a rejoint son bureau. Elle trône triomphante derrière son ordinateur. Elle est efficace, presque affable avec un sens inné du contact. Il est vrai, qu’à l’abri de ses verres correcteurs, monstrueusement épais, elle remarque tout. Très organisée, elle sait mieux que personne, remplir un planning. L’endroit où elle travaille lui convient parfaitement. Elle se pique de culture, et dans cette mairie de secteur, elle peut à loisir, prévoir des sorties, des lotos pour ses chers papys et mamies.

Il est une chose qu’elle adore par-dessus tout : c’est danser. Formidable les adhérents de son club du troisième âge ne sont pas en reste.

La secrétaire de mairie, boudinée dans ses beaux atours bariolés, danse et danse encore au bras de son mari rabougri. Elle tourne, virevolte, froufroute et coasse, au son de l’accordéon d’Aimable.

Perchée sur des pattes grêles, le visage à la peau granuleuse, l’œil exorbité derrière les hublots qui lui mangent la figure, elle ressemble, la pauvre à un crapaud buffle.

Codicille : elle possède un chien, lui aussi gras, perché sur des pattes torses. Un chien très laid. Un bouledogue français répondant au joli nom corse de Napoléon.
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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 14:13

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Entre va-et-vient d'un rivage à l'autre, votre barman préféré en oublierait presque de saluer les visiteurs de l'été et de leur servir le café. Je profite donc d'un transit à Grenoble pour programmer pour les semaines à venir un méli-mélo de petits noirs à déguster sur le zinc...  

 

Au cœur des choses

par Suzanne Alvarez 

 

   

Après " La Peste " et " L’Etranger ", j’ai dévoré vers 14/15 ans la pièce de théâtre " Les Justes " de Camus et dans laquelle le flic explique : " Je me suis fait policier pour pénétrer au cœur des choses ". Cette réflexion m’a si bien frappé, qu’elle a contribué, en grande partie, à mon orientation professionnelle ultérieure. Je suis donc entré dans la Police. Parmi les (si je dis quelques, vous allez me trouver inconsistant, si je dis nombreuses, vous allez me trouver vaniteux) compétences professionnelles que l’on voulait bien me reconnaître, figurait la manière d’accoucher les malfaiteurs, délinquants ou criminels. Aucun mérite en cela. J’ai toujours eu un faible pour les joutes oratoires et, l’expérience aidant, j’étais devenu assez bon dans le dialogue aboutissant à enfermer l’interlocuteur dans ses contradictions, pour, finalement, obtenir ses aveux. En flic digne de ce nom, je lâchais rarement mon os avant de l’avoir entièrement rongé.

 

J’étais de permanence de nuit…

Vers vingt-deux heures trente environ, le PC me signalait un meurtre dans le quartier de la Roquette : un homme, père de deux adolescents, venait de poignarder sa femme et avait pris la fuite.

Je fonçai immédiatement sur place : un appartement en étage, dans un petit immeuble sans prétention, serré entre deux constructions hideuses. Des curieux encombraient la cage d’escaliers. Je fus contraint de disperser le groupe, et leur ordonnai de rentrer chez eux.

A mon arrivée, outre les deux malheureux gamins -une fille de quinze ans pratiquement au bord de l’hystérie et un garçon de quatorze-, je trouvai dans l’appartement une équipe de pompiers, une autre du SAMU, et une voisine.

Au milieu de la salle de séjour n’excédant pas la vingtaine de mètres carrés, le cadavre d’une femme assez corpulente gisait, allongé sur le dos. Elle était vêtue d’une chemise de nuit. Un oreiller était glissé sous sa tête. Une table de repassage était dépliée entre elle et la baie vitrée.

Tandis que j’observais la victime, je constatai comme tout le monde, que du sang, qui devait provenir de dessous son corps, commençait à se répandre et à s’écouler lentement, mais progressivement, notamment au niveau de la poitrine.

Sur la table se trouvaient encore quatre couverts et les reliefs du repas du soir. Je commençai par chasser le chat qui lapait le sang dans l’indifférence générale, et que l’inspecteur Plavis qui m’accompagnait enferma sur le balcon. Je bloquai l’équipe de pompiers qui s’apprêtait à quitter les lieux, et je demandai au médecin du SAMU de me seconder dans l’examen du cadavre. A ma demande, il le retourna sur le côté. Et là, je découvris, planté entre les deux omoplates, un couteau " Opinel " dont le manche était rabattu contre le dos. Je constatai alors que la lame était si profondément enfoncée, que la virole avait pénétré en partie dans la chair.

Les premières explications recueillies verbalement par l’ensemble des gens présents, confirmèrent l’hypothèse que je commençais à entrevoir.

Après le repas du soir, la victime avait commencé du repassage, tout en reprochant à son mari son intempérance habituelle. Placée face à la baie vitrée, elle lui tournait le dos. Les deux enfants étaient dans leur chambre respective, lorsque, après des éclats de voix, ils entendirent un bruit de chute. Sortant simultanément, ils s’étaient alors pratiquement heurtés à leur père, qui, affolé et décomposé, les avait repoussés et leur avait dit en bredouillant : " J’ai fait une connerie ". Puis il a ouvert la porte et il a eu cette fuite précipitée pour se cacher, aller n’importe où, disparaître…

Dans les escaliers, il a croisé la voisine du dessous en répétant : " J’ai fait une connerie ", puis il a continué sa course désespérée. Cette voisine, une infirmière, qui avait entendu crier les deux enfants, était sortie de chez elle. A peine remise de son émotion, et n’écoutant que son courage, elle s’était précipitée chez eux, un étage plus haut. Lorsqu’elle a vu leur mère à terre, elle a pensé à une syncope et a réclamé un oreiller pour lui surélever la tête. Puis, s’étant assurée que le cœur de la malheureuse battait encore, elle leur a demandé d’appeler les pompiers.

Voyant que le pouls faiblissait, elle a commencé un énergique massage cardiaque, jusqu’à l’arrivée des pompiers, qui parvinrent rapidement sur les lieux. Sans perdre un instant, ceux-ci prirent le relais avec la vigueur qui les caractérise. Malgré tous leurs efforts, et bien que, par la suite, relayés par le SAMU, ils n’ont pu empêcher le décès de la victime. Comme je les interrogeais, à propos de la tache de sang qui s’élargissait de plus en plus, ils me signalèrent qu’elle n’était pas visible avant mon arrivée. En effet, il n’y avait aucune trace suspecte lors de l’intervention de l’infirmière, puis des pompiers et du SAMU. Ce qui expliquerait la façon dont ils avaient procédé pour tenter de réanimer la victime. Le meurtrier qui s’était réfugié au poste de garde de l’hôpital Croix Saint-Simon tout proche se rendit de lui-même, et je pus prendre immédiatement ses aveux.

Je fis, comme à mon habitude, preuve de diplomatie : je le mis en confiance et je réussis à trouver les arguments convaincants pour l’amener à des aveux ou plutôt à une confession, véritable soulagement pour ce quinquagénaire, visiblement au bout du rouleau. Et comme je lui demandais pourquoi il avait commis ce geste irréparable, il m’expliqua qu’il avait cédé à un mouvement d’humeur parce que sa femme passait son temps à le mépriser. Alors il buvait parce que tout ça le dégoûtait.

Mais il m’a fallu dans la même nuit, entendre l’infirmière, les pompiers et l’équipe du SAMU, tous bien ennuyés d’avoir commis cette navrante boulette. Car tout ce beau monde ignorait l’existence du couteau.

Et l’on ne saura jamais avec quelle violence, le mari a poignardé sa femme : peut-être aurait–elle pu être sauvée sans tous ces massages cardiaques … fatals. Qui sait ?

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:11

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La période estivale serait-elle hors du temps ? une incontournable variation saisonnière ? un intervalle paisible pour les sédentaires ? L'été est propice à toutes les audaces. Figurez-vous que c'est durant cette période que se pensent et se font les grandes choses de la vie. Oui, assurément. D'ailleurs il n'y a pas que le barman pour imaginer que l'on puisse réfléchir sous le soleil. Il y a Yvonne Oter. Vous la connaissez Yvonne, elle n'est pas du genre à s'absenter du monde et faire une croix sur l'essentiel,. L'été était déjà à l'œuvre qu'elle pianotait encore sur son clavier. Même quand elle n'est pas dans son assiette, elle garde le lien. Encore et toujours. Au risque d'oublier de passer la serpillière et quitte à avoir les nerfs en pelote Yvonne ne rate jamais un rendez-vous.

Nous voilà au cœur de l'été et force est de constater que La Femme Popote veille sur notre confort...

 

 

7. Le clavier.

" Je suis sale, puant, maculé de partout. S’il n’y avait qu’un peu de poussière pour m’enlaidir, je serais ravi. Mais des taches d’origines diverses me défigurent hideusement. C’est la faute à tout ce que mon utilisatrice utilise en même temps qu’elle me tape dessus. C’est facile, pour elle, elle ne tape qu’à un doigt, le majeur de la main droite. Alors, les neuf autres sont disponibles pour le reste. Mon U garde les traces de ketchup d’un sandwich au poulet. Mon S est tout collé du soda qui a débordé d’une canette trop agitée. La queue de mon Q est irrémédiablement polluée par une goutte de vernis à ongles rouge vif. Ma touche " majuscule " est brûlée par une cendre de cigarette mal éteinte. Je n’ai plus aucun genre, je ne suis plus présentable, j’ai honte de me voir aussi moche. C’est pour quand, le grand nettoyage de printemps ? "

En tirant la langue, je commence à écrire la grande lettre qui va décider ou non de la réconciliation. " mon cher jac ue , … ".

 

8. Les cinq assiettes.

C’est reparti ! Les assiettes commencent à s’empiler les unes sur les autres au sortir de l’évier où elles se prélassaient dans une chaude savonnée. Cette manie de toujours faire des pyramides avec la vaisselle, comme s’il n’aurait pas été plus simple de l’essuyer au fur et à mesure. Mais non. Les assiettes sont déposées sur un plat à gratin qui surmonte lui-même un grand saladier qui recouvre les couverts mêlés à divers raviers.

Aie ! Ce n’est vraiment pas une bonne idée de mettre par-dessus le couvercle de la grosse marmite en fonte ! Les assiettes frémissent d’angoisse, elles le sentent mal, ce coup-là. On ne le leur avait jamais fait. Le couvercle pèse, incommode la dernière de la pile qui cherche à s’en décharger en glissant légèrement de travers, qui déséquilibre celle qui la précède, qui cherche à se rattraper où elle peut, mais qui, compromettant définitivement l’entassement, fait s’écrouler l’ensemble de la vaisselle. Les plats sont sauvés par un réflexe inouï mais les cinq assiettes s’écrasent au sol dans un ultime hurlement de panique. Avec le couvercle…

D’un autre côté, ce n’est pas une mauvaise chose ! Dès demain, je pourrai aller m’acheter ces merveilleuses assiettes rectangulaires, en verre légèrement bleuté, que j’avais trouvé tellement belles la semaine dernière.

 

9. Le lien.

Le lien fixé sous le sac poubelle gémit sous les manipulations de plus en plus fébriles qui le triturent. Il se tord, se plie en quatre, se dénoue, se serre, enserre, glisse, collette, ripe, ondule, se tend, se détend, gémit, roule, lace, délace, rien à faire ! Le sac poubelle résiste et ne se laisse pas prendre à toutes ses ruses.

Pourtant, son contenu a été bien tassé, écrasé, pilé. Son volume reste trop important pour accepter de subir un emprisonnement par le lien. Celui-ci va connaître la plus grande humiliation de toute sa carrière : être arraché et jeté parmi les détritus. Comme si c’était sa faute !

Puisque ça ne marche pas avec ce bête lien de plastique, je vais fermer le sac avec le large rouleau adhésif que j’ai utilisé pour sceller mes caisses lors du déménagement. Tant pis si c’est moins facile à transporter, mon mari n’aura qu’à se débrouiller…

 

10. Les moutons.

Le peuple des moutons est un peuple sage. Il croît et se multiplie avec lenteur, en prenant son temps, en laissant le temps au temps. Le peuple des moutons n’est pas nomade. Là où il naît, il vit, bien au chaud, en sécurité, sans esprit vain d’aventures hasardeuses. Le peuple des moutons forme une tribu où la vie est calme, harmonieuse, sereine.

Une fois par an, se prépare l’Aïd El Kebir. Alors, le peuple des moutons est rassemblé à grands coups de balai, énergiquement, mais sans brutalité excessive. Quand tous les individus sont réunis, apparaît le long tunnel scintillant chargé de les transporter vers le lieu du sacrifice. En grande pompe, avec musique ronronnante et souffle divin qui les aspire vers leur destin. Tous ensemble, sans exception. Et tout est bien, ainsi que le prévoit la fatalité prévue par les prophètes.

Ouf ! Je range l’aspirateur dans le placard avec un grand soupir de soulagement. Encore une chambre dont j’ai terminé le grand nettoyage. Mon dos est douloureux mais je suis satisfaite du résultat : plus rien ne traîne sous le lit.

 

11. La serpillière.

Les coins se sont mis en grève et leur mouvement de résistance prend de l’ampleur au fil des jours. Non mais ! Pourquoi faudrait-il toujours qu’on s’en prenne à eux, systématiquement, sans répit ? Les coins en ont tout simplement assez de se faire pourchasser par la serpillière.

Au début de leur contestation, ils semblent obtenir des résultats et leur ennemie jurée, maniée par une main masculine, les laisse désormais en paix. La serpillière lave à grande eau le centre de la pièce, mais ne vient plus les harceler de manière agressive. Alors, les coins en profitent, se vautrent dans les noirceurs qui les envahissent et en oublient peu à peu les affres du frottage et du récurage réguliers.

Après trois semaines de tranquillité béate, il leur faudra bien déchanter. La maniaque est de retour et la serpillière, reprise en main avec fermeté, les traque de plus belle.

Si c’est pas malheureux ! Trois semaines de maladie, et il fait tout de suite dégoûtant, ici ! Je ne peux compter que sur moi-même pour que le ménage soit propre et net !

 

12. La pelote.

La pelote jaune paille de laine layette, à tricoter avec des aiguilles 2½, est une petite chose fragile, délicate, à manier avec douceur et respect. Elle ne supporte pas les gestes brusques ou incompétents. Elle a en horreur les maladresses et les brutalités.

Dès les débuts de sa carrière de fil à tricoter, elle a été fortement traumatisée par l’intrusion dans les profondeurs de son intimité, d’un doigt nu qui la fouaillait sans pudeur pour trouver le bout d’entame du travail. Personne ne l’avait avertie d’une telle infamie à subir après son long sommeil dans un rayon bien protégé de sa mercerie natale. Et ce n’était que le début d’un véritable calvaire.

Son fil, au lieu de se dérouler lentement, avec componction, est tiré par brusques à-coups, lorsque l’avancement de l’ouvrage le nécessite. Sans prévenir, sans précaution. Alors, face à une telle ignominie, son sang ne fait qu’un tour et son fil aussi. Il se noue, s’emmêle et se tord en un nœud inextricable.

Ce n’est pas vrai ! Vite, mes ciseaux ! Voilà de nouveau cette s… de laine qui me joue des tours ! Maintenant, je ne chipote plus à essayer de la démêler. Cela me prendrait plus de temps que le tricot en lui-même ! J’en ai assez, je coupe !

 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 19:00

de l'or1 image

 Du levant ...

de-l-or2-image.jpg

au couchant ...

de l'or3 image

sous le soleil exactement...

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 17:26

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Fin de la première étape pour la neuvième édition du concours Calipso "Entre chien et loup". une participation en baisse par rapport à 2009 mais tout de même 116 contributions. C'est sous bonne garde (comme le montre la photo) que le jury va travailler pour sélectionner les 10 textes qui participeront à la finale. Le palmarès définitif sera annoncé au cours de la seconde quinzaine de septembre. Rappelons que la  soirée Nouvelles en fête se tiendra le samedi 16 octobre 2010 au Fontanil. Cette année le jury est composé de Désirée Boillot, primée en 2006 et 2008, Françoise Bouchet, primée en  2007, Patrick Denys, primé en 2008, Laurence Marconi, primée en 2008 et Patrick L'Ecolier, président de Calipso.

Le jury souhaite un agréable été à tous les concouristes et leur donne rendez-vous pour les premiers résultats au cours de la première quinzaine de septembre.

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 18:50

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En fait juste le temps qu'il faut pour remettre de l'ordre dans la machine, de nettoyer puces et carte mère et après cela  de prendre quelques jours de vacances...

A bientôt...

 

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