Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 13:33

douce nuit

Comment bien foirer sa nuit

 par Ysiad 

   

Nous continuons notre série selon laquelle foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux, avec aujourd’hui un troisième volet qui traitera de l’inconvénient de vouloir dormir la nuit.

 

 

Commencez par rêver d’une nuit réparatrice. Rien de tel qu’une bonne nuit pour vous remettre des innombrables gags de l’existence qui vous assaillent dès que vous avez posé un pied hors du lit. Non parce que franchement, la journée a été sacrément salée. Vous avez attendu le métro vingt minutes sur le quai avant de vous ruer à l’intérieur d’une rame bondée de gens qui vous ont écrasé les orteils, vous avez reçu trois mails en latin du chef de service, qui aime beaucoup se distinguer en écrivant : merci de faire plus que le minimum minimorum, quel petit farceur tout de même, il faut être énarque pour écrire des choses aussi poilantes, le photocopieur couleur s’est bloqué juste au moment où vous imprimiez vos photos de vacances, flûte alors, c’est gênant, enfin bref, une bonne nuit, ça va vous requinquer, et vous commencez par changer les draps. De bons draps bien frais prédisposent au sommeil, c’est ce que disait votre grand-mère, et sur cette bonne devise bien sensée vous aérez la chambre, retapez les oreillers, passez l’aspirateur, ramassez la poussière à quatre pattes, allez, du nerf, épuisez-vous bien à nettoyer la pièce, et chassez-moi ce chat couché sous la couette. C’est un peu difficile, c’est vrai, avec ces grands yeux pâles qui vous regardent d’un air contrit, mêlé de ce petit quelque chose qui insinue que vous feriez vraiment mieux de le laisser tranquille. Ne cédez pas devant cette stratégie féline ! Surtout pas ! Pas de pitié pour cette grosse fourrure tiède, ce pacha voluptueux qui couve sur tout ce qui est mou et doux, coussin, oreiller, couverture, peau de mouton, écharpe de laine, tapis de bain, bonnets d’hiver. Zou le chat ! Ouste ! Du balai ! Ce gros père a semé des poils partout sur le drap du dessous, pas gêné. Ce soir-là, soyez impitoyable, et prenez de bonnes résolutions. Nourrissez-le aussi tard que possible, en vous rappelant que la vétérinaire a dit que les matous devaient faire dix-huit petits repas par jour, et non se jeter voracement sur leur gamelle comme le vôtre, qui est beaucoup trop gras. Ne vous a-t-elle pas vanté les bienfaits des croquettes allégées ? N’avez-vous pas porté à bout de bras en tirant la langue six kilos d’allégé, pour que cette grosse fourrure perde un peu de cette brioche qui essuie la poussière ? Qu’attendez-vous pour l’ouvrir, ce paquet acheté expressément pour le tigre ronronnant qui vient frotter sa tête contre vos jambes au risque de vous faire choir ? Attendez vingt et une heures trente pour verser. Petit à petit. Croquette par croquette. C’est fastidieux, mais le succès est au bout de l’effort… Dreling, dreling, dreling. Pas plus de six croquettes par prise. A vingt-trois heures douze, le bol doseur est vide, vous avez un peu sommeil, le chat est parti se réfugier sur le canapé, et la nuit, la douce nuit est à vous.

 

Préparez vous une bonne tisane aux plantes, prenez le code du commerce en latin, lisez les deux premières pages, bordez bien le conjoint pour qu’il ait bien chaud, éteignez et dodo. Là. Il est pas doux, l’oreiller ? Ils sont pas frais, les draps bien propres ? Ah ! La bonne nuit que vous allez passer… jusqu’à trois heures douze du mat’. Le chat affamé a bondi sur le lit. Oreilles couchées, moustaches écartées, babines frémissantes, il s’approche sur ses grosses pattes griffues. A mi-parcours, il s’arrête et miaule. De plus en plus fort. Ouh, l’ignoble matou. Vous temporisez. Bâillez. Il est encore trop tôt pour les braves, grosse bête. Mais le matou ne l’entend pas de cette oreille. Il n’aime pas trop qu’on l’appelle grosse bête, voyez-vous. Il est assez chatouilleux sur ce point. Voire très susceptible. Vous avez remué, il ne vous lâchera plus. Il vous piétine en exécutant sa danse du lait. Passe et repasse sur votre estomac, mais comme vous faites la morte, voilà qu’il se venge sur le conjoint en lui mordant ignoblement les pieds. Vous vous levez, titubant derrière l’animal qui se dirige d’un trot nerveux vers sa gamelle. Vous la remplissez à ras de croquettes allégées et retournez vous coucher en vous retenant au mur.

 

Mais si, par miracle, le portable sonne à quatre heures vingt-deux pour vous annoncer qu’il vous reste un euro de crédit et qu’il est temps de recharger le forfait, cette fois c’est la bonne, la nuit est bien foirée.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans Comment bien foirer...
commenter cet article

commentaires

Jean 11/11/2010 16:57



Il y avait une vie de chien, il y a maintenant une vie de chat. Reste à la SPA de faire un procès aux diététiciens de nos félins compagnons qui, avec leurs régimes draconiens concoctés
soi-disant pour le bien-être de nos pauvres bêtes, nous imposent des nuits blanches


Merci à toi, Ysiad, pour cette nouvelle tranche d'humour et une bise à Julie.



ysiad 09/11/2010 21:45



Sans un chat, on peut faire non seulement sa nuit, mais sa grasse matinée. Avec un chat, c'est plus difficile, surtout avec les gros matous voraces.



Laurence M 09/11/2010 15:01



Eh bien voilà, je savais bien qu'un jour, quelque part, je lirais, j'entendrais quelque chose qui me conforterait dans mon choix de ne pas avoir de chat ! ça y est , c'est fait, merci Ysiad !
Quant au portable qui ronronne dans la nuit, lui, je l'assomme  ... Bravo pour ces savoureux moments de lecture !



ysiad 08/11/2010 21:45



D'accord Julie, ce pauvre petit est si aimable lorsqu'il me mord pour avoir ses croquettes. On va lui rendre justice bien vite, il le mérite. Vite, allons le nourrir sinon il va y avoir des
représailles.


 


Merci à tous pour vos commentaires.



Julie 08/11/2010 19:42



N'empeche que ce chat a bon dos parce qu'à côté ça, il n'en reste pas moins le plus mignon des matous et on a beau dire qu'il te reveille à 4h00 du mat', il est la cause de beaucoup de
satisfactions !


Rendons justice à cette pauvre bête blamée et faisons lui honneur dans un prochain texte qui je l'espère sera vite publié!


Bravo!