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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 18:27


Quand il en avait eu assez de lutter contre les dragons et les vampires, il avait décidé de prendre le large. Il se doutait bien qu’ailleurs l’atmosphère resterait chargée de spectres et de mauvais génies mais il en avait cure. Dans sa situation, il lui fallait forcément payer un tribut. Chaque jour qui passait lui apportait suffisamment de raisons de battre en retraite.

Il avait pris l’habitude de monter dans le premier train venu et d’attendre un éparpillement des regards avant de s’esquiver et d’attraper une correspondance. Brouiller les pistes ne le protégeait que quelques heures, à peine le temps d’écouter les nouvelles sur une station locale, de manger un bout et de s’assoupir. Un sifflement strident ou un cri aigu le réveillait brutalement. Des images sans liens entre elles lui venaient alors à l’esprit. Il se retrouvait pris dans la gueule béante d’une ville sous contrôle, pleine de miroirs déformants. Il se demandait si ses yeux voyaient l’envers ou l’endroit du monde. A chaque fois il lui fallait surmonter l’envie de les fermer et de se précipiter tête baissée dans la jungle des reflets.

Et puis, il repensait à ce jour où pour la première fois il avait failli être emporté alors qu’il rentrait de mission, épuisé et incapable d’autre chose que de dormir. On peut disparaître à force de dormir, lui avait dit son voisin de couchette. L’homme s’obligeait à garder un œil dedans et l’autre dehors. L’idée de passer à la trappe l’obsédait. Comme lui aujourd’hui, il avait trouvé refuge dans les trains. Il parcourait le territoire sans faire de bruit ni rien voir du paysage, apparaissant et disparaissant sur toutes les lignes sans qu’aucun contrôleur se souvienne l’avoir croisé ici ou ailleurs.

A son tour il circulait dans cette fraction d’espace, juste en dessous du réel. La nuit était toujours plus profonde. Mais l’important était de bouger, d’être loin, toujours plus loin, y compris de soi-même.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Transit
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commentaires

Lastrega 18/03/2009 11:45

Joli poème pour un aussi beau "transit". Merci Arnaud !

Arnaud 18/03/2009 10:08

SUR LE QUAI D'UNE GAREDes visages froissés sur le quai d'une gareQuand la nuit s'évapore aux petits matins grisDes larmes et soupirs, des rires et des crisD'une masse pressée, dans le bruit, qui s'égare.Dans le piège du jour, des amants enlacésDes serments et des pleurs, de cruelles rupturesLe murmure des mots pour cacher les blessuresEt la vie qui s'enfuit à chaque instant passé.Un visage d'enfant au sourire qui passePureté de lumière en un fleuve inconnuQui se laisse entraîner par la foule sans butEt qu'emporte le temps, quand l'image s'efface.

Jean-Pierre 17/03/2009 22:16

Félicitations, Patrick, pour ce mariage de la photo et du texte pour laisser place à l'imagination débridéeC'est beau de fabriquer sur scène une émotion, de faire partager du sacré, du spirituel, du charnel.A.BASHUNG

yvonne lmr 15/03/2009 23:48

"La nuit, je mens, Je prends des trains à travers la plaine..." A. Bashung Merci pour ce lien Lastrega. il m'a permis de retrouver d'autres illustrations de cette série "Transit" dans les textes  de Bashung et dans ses clips.

Phil 15/03/2009 21:00

Belle brochette de poèmes, Suzanne. On sent que tu fouines dans tes rayons pour nous trouver quelques petits trésors de derrière les fagots, que le temps parfois nous fait oublier.Heureusement, Captaine Alvarez est sur tous les fronts pour ravitailler la troupe.Et tu trouves encore le moyen de murmurer des mots bleus . Etais-ce dans un Train Bleu?