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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 17:33
 


Ysiad aime assez répondre aux questions des internautes égarés sur la route Google / Calipso. Pour "Le printemps de Calipso ", elle nous offre un sujet hautement sensible et qui devrait en interpeller plus d’un(e) : est-ce mal de fouiller dans l’ordinateur de son mari ?

 



Chère internaute,

La question relevée dans les filets de Google mérite d’être abordée, même si vous l’avez posée sous un angle délicat. Peut-on fouiller dans l’ordinateur de son mari ?, permet d’éviter cet écueil moral capable de faire sombrer bien des raisonnements. Permettez-moi toutefois de penser que si cette question s’est posée en ces termes, c’est parce que vous n’avez pas la conscience tranquille. Au fil des jours, l’idée de fouiller dans l’ordinateur de votre mari vous a tentée et tourmentée. Vous avez succombé à la tentation simplement parce que votre époux a mis le feu aux poudres du soupçon en laissant tomber un soir d’hiver, à peine la dernière bouchée avalée : Chérie, j’ai du travail, je te laisse devant Mister Bean.

Vous eût-il abandonnée devant James Bond contre le Docteur No, les choses auraient pris une tout autre tournure. Vous vous seriez concentrée sur la silhouette de Sean Connery courant sur une plage de la Jamaïque dans un pantalon de toile légère à la rencontre d’une ramasseuse de coquillages tout à fait quelconque, et vous n’auriez jamais perçu derrière la porte les rires de privauté qu’accompagnait le cliquetis infernal des touches du clavier, alors qu’à l’écran, ce soir-là, Atkinson paumait sa montre dans le croupion d’une dinde trop grasse.

Malheureusement, ce fameux soir d’hiver, les cliquètements du clavier ont pris une ampleur anormale. Ni les vibrations de l’essoreuse déchaînée, ni les gesticulations de Mister Bean ne sont parvenus à les atténuer. Le cancrelat du doute rongeait votre cerveau en glissant dans chacun de vos hémisphères des prénoms comme Pénélope ou Natacha, cependant que de longues silhouettes botticelliennes posaient leurs bras graciles sur les épaules de votre mari. A bout de nerfs, vous avez éteint la télé d’un pouce rageur, jeté un Je vais me coucher sec à travers la porte et gagné la chambre, flanquée du compagnon fourré toujours prêt à jouer les ventouses au pied du lit.

Et puis les jours ont passé. Forcément. Les jours passent mais pas le soupçon, c’est ainsi, la vie est mal fichue. Le soupçon se nourrit de n’importe quel embryon d’indice derrière la porte. Un dimanche, en voulant le nettoyer avec un coton imbibé d’alcool, l’écran de l’ordinateur est devenu un lac de tourbe peuplé de créatures trop blondes pour être honnêtes, et c’est pour cette raison précise que vous avez tapé sur la pointe des doigts un mot de passe, suivi d’un code secret.

Vous avez pratiqué la fouille informatique avec une volupté sans égale aux alentours de minuit, lorsque la pluie tambourinait sur les tuiles du toit et que toute la chambre retentissait des vibrations régulières de l’époux ronflant. Vous avez progressé à tâtons vers le bouton de porte en écartant des voiles de pénombre, toute la difficulté consistant à correctement viser ce bouton sans risquer de trébucher sur le miauleur qui a une fâcheuse tendance à s’entremettre, dès qu’il devine votre présence en mouvement. Au début, il vous arrivait de lui marcher sur la queue avant d’accéder à la pièce où vous attendait l’ordinateur replié dans sa housse. C’était embêtant. La lampe s’allumait, une tête de hibou émergeait des oreillers ; terré sous le lit, le chat feulait et crachait. C’est pourquoi vous avez pris des mesures et acheté au matou un collier phosphorescent, pour les nuits où vous meniez votre petite enquête.

Qui n’a rien donné. Vous avez accédé à une foule de liens utiles. Les horaires de livraison du supermarché ne laissant dans leur sillage aucun parfum d’érotisme extraconjugal, vous avez estimé que vos soupçons étaient ridicules. Au fil des jours, Natacha et Pénélope se sont éloignées, jusqu’à ce soir de pleine lune où, à force de recoupements, une certaine Calipso a surgi des fréquentations informatiques de votre mari. Calipso dans sa robe tissée de perles dansant à son bras, Calipso capable de le retenir de la même façon que son homonyme avait autrefois retenu Ulysse avant que Zeus n’intervienne pour permettre au captif de cingler vers Ithaque où l’attendait Pénélope.

Alors d’un doigt vengeur, vous avez demandé au dieu Google de vous conduire jusqu’à elle.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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commentaires

Jean 02/04/2008 03:13

Un joli texte comme sait en concocter Ysiad. C'est du vécu, et quel art de nous promener avec un zest d'humour à chaque ligne. Belle étude de moeurs aussi entre une femme et son mari qu'on subodore quelque peu macho : les feuilletons de merde pour elle et le nec plus ultra de la toile pour lui. Assurément un bon coup de pub pour Calipso où quelques coquins vont repasser en revue les textes et images pour y dénicher entre les lignes et les clairs-obscurs un ersatz de pornographie. 

palan 01/04/2008 10:25

une sculpture ??pas sûr....5BA...au moins!

Françoise 31/03/2008 20:57

Très joli, une réponse qui crève l'écran, Ysiad. Quant à la suggestion de Magali... Tu es sûre que tu ne veux pas nous narrer le reste ? Ca démarrait drôlement bien... TGE : Très Grande Etourdie ! Mince, je suis démasquée !

ysiad 31/03/2008 19:01

Et que trouve le mari de l'internaute en cliquant sur Calipso ? La sculpture d'une femme nue, bien sûr. Et quelle femme ! Et quel nu ! S6G.

danielle 31/03/2008 17:43

Pour un commentaire, c'est un commentaire! Bravo à vous deux, mesdames!