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Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

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Transit 22

Elle était en retard et sa poitrine battait encore la chamade lorsqu’elle entra dans le compartiment. Après un rapide coup d’œil sur les voyageurs, elle avait pris place en face de lui, côté fenêtre, en sens inverse de la marche. La course l’avait mise en chaleur et pour échapper aux regards, elle ferma presque immédiatement les yeux. C’était un de ces jours heureux où l’on s’imagine être au premier matin du monde. L’air était doux, encore pailleté des étoiles de la nuit. Il lui semblait que le train ne transportait que des gens occupés à parvenir à bon port et il remercia le ciel de lui avoir accordé une compagne de voyage aussi lunaire que lui. Il aimait les femmes qui voyageaient seules en train. Il se disait qu’elles y montraient volontiers le meilleur d’elles-mêmes. Jamais il n’avait forcé un regard. Il se contentait de laisser aller le flot de vœux qui coulaient du cœur et sans faire de bruit attendre que les prunelles se mettent au beau. 

Peut-être s’était-il assoupi quelques instants, ébloui par la seule attente. Une légère rosée avait enveloppé ses paupières. On avait quitté le pays pour un autre et en chemin le paysage s’était altéré. Le ciel charriait des tourbillons de nuages enfermant la lumière dans des grelots d’argent. Une multitude de petites étincelles, portées par le vent, venaient pleurer sur les vitres du compartiment. Le train tout entier tanguait, ébranlé par le relâchement des rails.

Elle ne s’était pas réveillée, enfouie dans la touffeur épaisse d’un rêve. Sur ses lèvres bruissait une horde de personnages aux contours bourgeonnants. De sa chevelure parfumée à l’encre bleue il voyait s’ouvrir les perles de la féminité. Sa peau, devenue perméable à l’eau, entamait une troublante métamorphose. Son corps tout entier ne tarda pas à baigner dans une mousse finement duvetée. Dehors, le ciel avait basculé et le train était parti en oblique à la suite d’une nuée de papillons géants. A son tour, il avait senti ses poumons se gonfler d’eau et alors que le train s’éloignait rapidement de la terre, elle avait pris congé, le laissant seul à la lisière des astres, dans une étroite courbure du temps.

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P
Merci Chantal, merci Laurence, merci Danielle, merci Ysiad, merci a celles et ceux qui rêvent encore.Bon voyage sardine, les océans vous sont grands ouverts...
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C
O.K.
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Y
C'est un texte onirique d'où s'échappent des images. Le train est un lieu où l'être humain rêve, il suffit de traverser les voitures pour le constater. Le rêve est un récit composé de mots et d'images mis bout à bout, j'ai lu ce texte sous cet angle sans chercher à m'interroger sur son sens.
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D
Sardine, si tu n'aimes pas et c'est ton droit,  dis-le en toute simplicité. Pas besoin d'agresser, d'en faire des tonnes. Et pourquoi ne pas aller voir ailleurs puisqu'apparemment, rien ne te convient ici ?
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C
Bien sûr, vocabulaire, syntaxe, orthographe, grammaire, ponctuation, figures de style et encore plus...et l'âme, et l'unicité de l'écrivant avec sensations, sentiments, connaissances, expériences, imagination et encore...Et puis, il y a des cris, des couleurs, des césures...Ce texte m'a fait "vibrer" doucement, O.K. ce n'est pas du V. Hugo, ni du Baudelaire, ce n'est pas du Mozart, ni du Haydn, ce n'est pas du Monet, ni du Vermeer...Prévert, Pérec, Satie, Moussorsky, N; de Staël, Picasso ont rompu avec l'harmonie pour mieux faire vivre leurs émotions, pris au hasard de ma pensée, tous ceux-là me plaisent différemment...Je comprends votre réticence cependant. Emotion, intelligence et santé équilibrées font peut-être la beaut pure...?
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