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Tandis que le soir tombait elle attrapait le dernier train, celui qui à ses yeux était sacré. Elle allait de wagon en wagon quémandant un peu d’attention pour son histoire.
Mon nom est Felicia Gonzales et je veux partager avec vous le plus beau de ma vie. Pendant sept jours j'ai demandé avec toutes mes forces qu'arrive l'homme indiqué pour moi, le meilleur compagnon, le meilleur ami, la meilleure paire. Trois jours seulement ensuite, il était là. Son nom est Javier Henriquez, je l'ai connu un soir dans ce train …
Il était peut-être le seul à l’écouter vraiment. La plupart des voyageurs connaissaient la suite et à son passage les hommes bourdonnaient d’impatience tandis que les femmes s’absentaient, semblant prises dans le seul bruissement de leurs pensées.
Elle parlait du fluide qui était passé entre eux à la seconde près où un éclair d’orage était venu fendre le crépuscule. Elle riait de cette chose énorme et irrésistible cachée en elle et qui tout d’un coup était apparue au grand jour. Toute sa bonté allait à son désir. Le ciel était merveilleux, parfait. Elle aimait le montrer et dire qu’il était resté éperdument clair au-dessus de sa tête. Des jours et des jours à se retrouver au train du soir sans jamais ressentir le poids des ténèbres. Le temps s’en était allé ainsi, dans une palpitation grisante et oublieuse. Jusqu’à ce qu’un fracas en tête de train vienne brouiller la lumière. Un incident voyageur, avait-on dit.
C’est durant la confusion qui avait suivi qu’elle avait surpris un œil noir et brillant dans le plafonnier du wagon. L’image d’un ciel à l’envers lui avait alors traversé l’esprit. Le vent s’était levé brusquement et l’orage avait préparé en hâte son théâtre d’ombres. Elle s’était cramponnée au bras de son homme qu’elle avait senti captivé par le malin, l’implorant de ne pas laisser errer ses yeux. Mais au premier coup de foudre ses forces avaient été aspirées et une peur panique l’avait saisi. Alors qu’elle était entrée en prière pour le sortir des turbulences, le train avait stoppé dans les sous-bois d’une petite ville terreuse. Une sirène avait retenti à trois reprises. Pris dans le flot des voyageurs se précipitant vers la sortie, il avait été emporté.
Un soir, il lui avait dit que c’était une bien triste histoire. Elle avait répondu ah vous croyez en levant les yeux au ciel. Mais le ciel ne faisait plus attention à rien et ses prières étaient à présent happées par le ventre énorme de la nuit. Dans ses mains tremblaient de grandes étendues de larmes.