Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...
Une église, un homme en uniforme, un casque miroitant, des passants. Ne pas se focaliser sur l’objet à photographier. Souvent le photographe voudrait avoir l’air de ne pas y être et se laisser surprendre par l’objectif. On sait comment cet objet intervient à merveille pour confondre la réalité. Dans un impeccable jeu de miroirs l’objectif voit tout sans rien regarder, il opère de main de maître pour fixer une image vraie mais ce qu’il nous rend n’est rien de plus qu’une expression vraisemblable du monde. L’œil, quant à lui, est capable de toutes les contorsions et de tous les arrangements sauf celui de rester immobile et donc d’éterniser, autrement qu’en désordre, l’objet regardé. L’objectif retient-il un point dans la profondeur que celui-ci emplit après-coup le regard du photographe. Rien d’étonnant à ce que parfois l’image révèle ce que nous voulons cacher, surexpose le masque que nous affichons pour régler une scène naturelle et vienne pointer un détail outrageusement criant de vérité. C’est toujours un autre qui sort de la chambre noire, un autre qui impressionne par sa ressemblance et qui à l’occasion provoque un trouble insupportable du côté du moi. Authentique et palpable, illusoire et fantasmée, la photographie reste une chose sensible qui nous met à l’épreuve et quand bien même elle ne nous dit rien de ce que nous aimons vraiment, sa présence continue au cours de la vie à en faire autre chose qu’un cliché.