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Sa valise était toujours prête depuis qu’un fonctionnaire lui avait rappelé qui elle était et d’où elle venait. Son père avait disparu lors du dernier recensement et elle s’était retrouvée seule à s’occuper des enfants. On disait que le monde était devenu plus assuré maintenant que chaque communauté était astreinte à porter un insigne. Comme son père elle n’en avait pas voulu, convaincue qu’un jour ou l’autre des hommes en costume noir viendraient de toute façon frapper à leur porte.
Ils avaient fait irruption pendant la célébration de l’expiation. Interpellés et conduits à la hâte au pôle de regroupement par des routes vides de toute présence humaine. Quelques minutes avant que le train entre en gare, on l’avait séparée des siens. Une main gantée avait saisi sa main et un bras galonné enserré sa taille. Des jambes s’étaient pressées contre les siennes. Des bottes l’avaient foulée et entraînée vers une voiture réservée. Sa langue était restée muette mais ses yeux avaient réussi à accrocher d’autres yeux, à interroger les lèvres des plus vieilles. Les vitres des wagons miroitaient sous le gel et derrière la réverbération on devinait les ailes déployées d’un aigle impérial et son énorme gorge, béante de cris humains.
Au milieu de la nuit le train s’était arrêté dans une gare périphérique, peu éclairée. Les contrôleurs faisaient cracher leurs sifflets et claquer les crocs de leurs chiens. Hommes, femmes, enfants étaient triés et classés dès leur descente. Avec une effarante absence de peur chaque groupe s’engouffrait dans d’obscurs passages souterrain. Avant qu’ils ne disparaissent à leur tour, elle avait eu le temps d’entrevoir les petits et de se laisser traverser par la lueur immortelle de leurs regards. Le pire n’est jamais sûr disaient les anciens, aussi n’avait-elle pas cherché à infléchir la course vers ce pire…