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A 68 ans, il avait de plus en plus de mal à faire ses valises. Même pour quelques grammes, il fallait être d’une prudence extrême. Il en avait près de deux kilos dans ses bagages. Un exercice hautement minutieux. D’après ses calculs, c’était le poids minimal pour mettre les voiles et assurer ses arrières. Tracter davantage l’aurait contraint à payer de sa personne sans plus de garantie pour ses vieux jours. Il n’avait plus assez de sang-froid pour contrer les loups des grandes lignes. Plus assez de mordant aussi. La poudre lui donnait la nausée et détraquait sa vigilance. Depuis qu’il négociait hors du réseau, il conservait au fond de la gorge une sale odeur de sang, résultat des funestes règlements de compte perpétrés entre ex-associés. Le sang était très mauvais pour les affaires. Il attirait toujours les impatients et les exaltés. S’en débarrasser lui coûtait à présent trop d’énergie. Pour sa dernière transaction, il avait fait affaire avec un gars qui lui était redevable.
L’homme l’attendait aux consignes de la gare centrale. A cette heure-là, la zone était déserte. Derrière sa carcasse affable, le passeur empestait la libération conditionnelle et la soif de revanche. Epiloguer sur les termes du contrat était parfaitement inutile. Il n’avait jamais su s’arranger avec le monde autrement qu’en faisant le vide. Le moment venu, il fallait payer. Dans sa poche, il caressa la crosse de son revolver. Juste une poignée de secondes. Le temps de chasser l’impression d’étouffement qui le prenait à la gorge. Une balle venait de la traverser.