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Mouvement du 22 mars (9)
Limana, déesse de l’équilibre
par Régine Garcia
Limana, déesse à la peau blanche comme le lait et aux yeux couleur jade, contemple toute l’étendue de la voûte divine où de minuscules étoiles multicolores constellent un ciel orangé. Autrefois, cette jeune déesse chantait avec bonheur, tout le long du jour et de la nuit. Les autres Déesses et Dieux s’émerveillaient de sa voix magnifique et l’écoutaient avec ravissement.
Désormais, Limana ne fredonne que des mélopées tristes. Elle se questionne sur le pouvoir des dieux. Pourquoi devraient-ils décider du destin des mortels ? Telle déesse aura la sagesse, tel autre aura le pouvoir de punir. Assise au pied d’un grand chêne sombre, elle s’abandonne à toutes ses interrogations lorsque Athéna l’avertit d’un conseil imminent.
Escortée par la déesse de la sagesse, elle longe le bois, en silence, avant d’arriver à la clairière du Conseil. Sa robe blanche et légère flotte dans la douce brise du soir d’été. Les senteurs entêtantes du jasmin se mêlent à la douceur des roses pourpres. Elle aime cette terre immémoriale où ses parents l’ont enfantée. Malgré cela, elle n’arrive plus à se réjouir.
Zeus a mandaté les Dieux et les Déesses réunis dans la clairière du Conseil où des sièges et des tables en marbre rosé sont disposés en arrondi. Au soleil couchant, une brume diffuse un voile irisé sur l’assemblée. Rien ne laisse présager l’issue fatale. L’ordre du jour concerne Limana. Sur le siège le plus haut, barbe blanche, torse bombé, Zeus tonne d’une voix grave :
- Limana, Déesse de l’équilibre, mets-toi au centre du cercle. Explique-nous tes questionnements.
À la fois séduite et impressionnée par son élégance et son autorité naturelles, Limana découvre le dieu de l’Olympe pour la première fois. C’est pourtant d’un ton assuré qu’elle prend la parole :
- Pourquoi les Dieux auraient-ils tous les pouvoirs ? Pourquoi ne pas investir certains humains des nôtres ?
- Je ne te comprends plus, Limana, toi si modérée, répond la Déesse de la Bonté.
- Quelle idée bizarre ! Grogne le Dieu de la Haine. Ce serait alors les humains qui gouverneraient et ils nous détruiraient.
Limana essaie de les persuader du bien fondé de ses opinions.
- Mais non, c’est juste une question d’équilibre. Si nous, les Dieux, étions allégés de nos pouvoirs, nous pourrions vivre avec plus de sérénité. Sans les leur donner tous, nous les partagerions. Nos responsabilités seraient mineures et nos doutes aussi.
Limana a ouvert un débat épineux. Le Conseil devient un énorme brouhaha. Sur un signe de la main de Zeus, tout le monde se tait :
- Limana, tu es une jeune femme, tu ne peux comprendre ce que veulent dire les mots pouvoir et jalousie.
- Non, en effet. C’est si simple de cohabiter sans être jaloux ni assoiffé de pouvoir.
Le regard de Zeus foudroie Limana qui baisse les yeux. A-t-elle fait le bon choix ? Ne vaut-il pas mieux laisser les Dieux décider pour les mortels ? En secret, Zeus convient de punir Limana. Indigne d’être une Déesse, elle mérite l’ultime condamnation.
Le lendemain, Limana s’étire, baille et sourit. Par la fenêtre, elle aperçoit un magnifique jardin bordé de cyprès. Un homme et un enfant jouent au ballon, se bousculent et rient de bon cœur. Puis, une incertitude naît : qui est-elle réellement ? Une simple mortelle qui se réveille après un rêve ou une déesse déchue ?