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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 08:00

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Le pêcheur à la ligne.

Claude Bachelier

 

 

« Un pêcheur au bord de l’eau, abrité par son chapeau, est heureux, il trouve la vie belle ».

 

 

Jacques est un pêcheur. Un pêcheur à la ligne. Un vrai. Il fait partie de ces gens qui aiment la solitude sans être pour autant des solitaires. De ces gens que rien ne saurait détourner du calme d’une journée au bord d’une rivière. C’est avec son ex beau père qu’il avait pris le virus, au point de délaisser sa femme, ce qui avait conduit au divorce, chacun repartant de son côté, sans drames et sans histoires.

Donc, Jacques est un pêcheur. Hors de son travail, toute sa vie tourne autour de cette activité. Il possède une multitude de cannes à pêche et les accessoires qui vont avec. Il y consacre une grande partie de son temps libre et une part non négligeable de ses revenus. Mais son salaire confortable d’ingénieur lui permet d’avoir les meilleurs matériels, quelque soit la pêche pratiquée : à la ligne, au lancer, à la mouche et même au gros. Pour autant, il ne pratique pas la « pêche sportive », qu’il assimile à la compétition. Il a horreur de ces grands-messes bruyantes et vulgaires où les pêcheurs sont transformés en compétiteurs gloutons. Selon lui, la pêche est et doit rester un loisir, un moment de détente et de repos.

Que ce soit au bord d’une rivière paisible ou d’un torrent tumultueux, que ce soit en Ecosse pour le saumon ou le brochet, en Irlande ou au Canada, ou encore en Méditerranée ou sur les côtes de Floride pour la pêche au gros, il a toujours ces exigences de plaisirs simples et de communion avec la nature.

Chacun connaît sa passion. Pour autant, il ne fait pas de prosélytisme. Il en parle, certes, mais sans jamais imposer d’explications interminables à ses interlocuteurs.

Jacques ne vote pas. Sa dernière participation remonte à l’année ou il fallut éviter la honte et le discrédit à la France. Il n’a pas de raisons particulières, sinon qu’il préfère aller à la pêche. S’il n’a pas de mépris particulier pour la classe politique, il a en revanche horreur des débats télévisés, des discours des uns ou des autres, des postures, des illusions répandues ou des promesses aléatoires.

Ses collègues de travail, ses fréquentations s’étonnent parfois de son attitude. Certains l’accusent même de manquer de courage, voire d’être lâche en refusant d’assumer un choix. Même s’il n’en laisse rien paraître, ce genre d’insultes le blesse profondément. Mais il est vrai qu’il n’a pas vraiment d’arguments à leur opposer. Il a bien essayé le genre « les politiques sont tous pourris » ou « bonnet blanc et blanc bonnet », mais sans conviction tant ce genre de raisonnements lui paraissent absurdes. Pareil pour le « de toutes façons je n’y comprends rien ».

Pourtant, il fait des efforts et essaie de se convaincre qu’il doit s’intéresser à la vie politique du pays. Alors, il regarde les débats à la télé, lit des journaux d’opinion, surfe sur internet sur les sites des partis, des syndicats et des associations. Mais au bout de dix minutes, quinze au maximum, il lâche prise, saoulé par les mots, les images, par tous ces gens convaincus de vouloir faire le bonheur des citoyens, même contre leur gré !

Ainsi, il retourne se réfugier auprès de ses chers bouquins qui, eux, ne traitent que de la pêche ou étale avec amour ses cannes sur la table de son atelier.

Oui, Jacques est un pêcheur à la ligne. Non, il n’ira pas voter ce dimanche-là. Oui, il est heureux. Non, il n’éprouve aucune gène à taquiner la truite ou le brochet au lieu de glisser un bulletin dans l’urne.

Oui, Jacques est heureux et trouve la vie belle.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Les 100 derniers jours
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commentaires

Laurence M 21/02/2012 09:45


Un marin d'eau douce qui mène sa barque et qui refuse, comme beaucoup, de nager en eaux troubles !

Castor tillon 18/02/2012 14:09


Je n'aime ni la pêche ni la chasse, et la politique me dégoûte. Elle me révulse d'autant plus que je suis obligé de mettre le nez dedans contre mon gré. Mais je suis un garçon difficile, et
depuis un moment, mes facultés d'émerveillement se cantonnent aux films de Disney.

Lza 18/02/2012 09:33


 D'accord avec vous. Evidemment, les discours politiques ne sont pas toujours passionnants, et ça ne sent pas toujours très bon, mais un jour ou l'autre, ça nous ratrappe.

M 18/02/2012 09:25


Le jour où la rivière sera privatisée/trop polluée/ recouverte d'une rocade/aux eaux irradiées par le refoulement des eaux de la centrale la plus proche/vendue aux Chinois/asséchée/hors de son
lit en train d'inonder une zone pavillonnaire construite là où elle n'aurait pas dû/sillonnée de petits cons sur des engins à moteur/, Jacques n'ira plus pêcher. Le taux de la "honte et du
discrédit", ça se surveille tous les jours, toutes les minutes, comme le bouchon de la canne à pêche, et la fin du paradis ça commence tout tout petit, comme le fretin.

Yvonne Oter 18/02/2012 09:03


J'adore le brochet au beurre blanc ! Mais j'aime beaucoup moins tous ces hommes ou femmes politiques, même recouverts d'une épaisse sauce électoraliste