Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...
Le festival se termine avec un feu d'artifice concocté par quelques uns des poètes qui ont illuminé cette dernière semaine de 2010. Un grand merci à Johanne Hauber-Bieth, Roger-André Halique, Yvonne Oter, François Fournet, Yvette Bonaric, Louis Delorme, Colette Rigoulot, Paul Athanase, Louise Debrakel, René Lallement, Jean Calbrix, Suzanne Alvarez, Olivier Furon-Bazan, Madeleine, Christelle, Joël Hamm ainsi que le poète inconnu et toute ma reconnaissance à Jean-Pierre Michel pour son active et chaleureuse collaboration. Merci également à Ysiad qui nous offre "Holidays" de Michel Polnareff pour couronner la fête.
L'étang
Tel un fragment de jade
Au ciel tout ébloui,
L’étang plein de secrets
Cher aux grenouilles vertes,
Niché dans un écrin
De grands sapins bleu-nuit,
S’exhale en doux soupirs
Quand la nèpe volette.
Frémit l’onde placide
Au petit vent léger
Sous le dais triomphant
Du magnifique azur,
Parfois un papillon
Se plaît à voltiger,
Turbulence éphémère
Du monde miniature.
Suzanne Alvarez
Les fleurs de la sagesse
Elles viennent éclore un beau jour dans notre âme
Avec l’âge portant en lui bien des chagrins
Et nous les regardons fleurir nos boulingrins…
L’expérience est là pour aviver leur flamme.
Au parfum de ces fleurs plus doux sont les regrets,
Moins vif l’emportement suscitant la colère…
La sagesse en bouquet fait que mieux l’on tolère
Puisque chaque pétale a bien mille secrets.
Le cœur se laisse aller et plus vite pardonne.
Les yeux savent saisir d’un coup l’essentiel,
Lors le geste se fait moins artificiel
Et l’esprit se sent mieux car, surpris, il chantonne.
Les fleurs de la sagesse ont le don de l’humour
Qui parle bien plus fort que celui de la haine
Elles tissent en nous une indicible chaîne
Faisant briller notre être où ruisselle l’amour.
Johanne Hauber-Bieth
Belle étrangère
Ta nudité est celle de mes rêves enfantés
Jadis par ces notes aux touches si douces
Poursuivies par des sons aux pouces
Réglés surgissant des brumes argentés.
Ton ombre hante mes souvenirs,
Elle est la source de mes errances
Le puits de mes souffrances
Et de mes espérances d'avenir !!!
Tu es belle étrangère, la muse
La princesse de mes nuits
De cette folie mon imaginaire fuit
Dans le temps sans ruse !
Ta silhouette m'obsède et mon cœur se brise
Dans le temps de la vie !
Je ne suis plus qu'un mendiant de la survie,
Un homme abandonné sur la banquise.
Ta douceur m'étouffe d'une chaleur
Au voile agité d'un bonheur,
A la croisée des chemins d'honneur
Malgré l'agitation d'un monde de douleur !
Olivier Furon-Bazan
Les amours silencieuses
Ô mes amours de porcelaine,
Amours brisées dans les lointains
Mes amours pelotes de laine
Enchevêtrées par le destin.
Ô mes amours de confidences
Doux secrets de mots chuchotés
Lumineux dans leur transparence
Envolés vers l'éternité.
Ô mes amours frêles rameaux,
Mes fleurs de vent, mes poignées d'eau
Mes chansons mortes sans berceuse,
Faut-il que des joies si précieuses
S'évanouissent dans les roseaux
ô mes amours silencieuses!...
Louise Debrakel
L'oiseau de paix
Affronte l'avenir mais respecte, ma fille,
La paisible colombe, emblématique oiseau,
Prête à quitter la terre, où le tumulte brille,
Si nous ne forgeons pas un idéal nouveau.
Ne cherche point, ma fille, à conquérir le monde,
Mais soutiens les combats dont l'esprit répondrait
Aux sentiments d'entraide et d'amitié profonde:
Alors, le ciel morose, enfin s'éclaircirait.
Peut-être y verrais-tu, l'angoisse étant finie,
Un merveilleux bonheur entraîner avec lui,
La colombe de paix veillant sur l'harmonie
D'un monde fraternel où la discorde a fui.
René Lallement
Scènes de plage
Au chevet de l’été, près des vagues mourantes
Sont alignés les corps, les bras posés en croix
Sur la blancheur des peaux, où la rougeur s’accroît
S’incline l’or du jour, aux heures flamboyantes.
Des bustes généreux, dévoilant leurs rondeurs
Où vient jouer le vent aux instants d’effeuillage
Attisent les regards des mâles sur la plage
Tant il est bien connu, que l’homme est un voyeur.
Mais comment résister, à la vue des ondines
S’élançant presque nues pour plonger dans les flots.
A trop les contempler, étendu sur le dos
Le soleil sur mes yeux, a grillé la rétine…
Poète inconnu
L'idée
La vague eut l’idée de ciseler l’écaille
l’écaille de façonner l’œil.
L’œil regarda la terre
la terre reçut l’empreinte.
Le vent eut l’idée de modeler le souffle
le souffle de s’élever en cri.
Le cri chercha le ciel
le ciel imagina l’envol.
Le pas eut l’idée d’atteindre l’horizon
l’horizon d’éclairer l’espérance.
L’espérance rencontra l’amour
l’amour engendra l’enfant.
L’enfant eut l’idée de composer des signes
les signes de s’épanouir en mots.
Les mots formèrent des vagues
signèrent de leurs empreintes
l’ivresse de leurs ailes
c’est la que la vie eut l’idée
de me faire naître.
François Fournet
Premier amour
A l’ombre des regards s’effeuillaient les mots tendres
Chaque baiser volé s’enlaçait aux soupirs
Mon cœur en ce bel âge où chante l’avenir
Aux mailles de l’amour s’était laissé surprendre.
Dans le jardin secret de nos premiers serments
Où frémissait encor sa frêle chrysalide
Les jours n’existaient plus, quand ma douce sylphide
M’offrait l’or de ses yeux aux mille chatoiements.
Un jour, ma belle amie a déployé ses ailes
Pour prendre son envol vers un futile ailleurs
Je garde le parfum, aux rives de mes pleurs
De ces printemps perdus, lorsque je pense à Elle.
Jean-Pierre Michel