Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...
Photo Roger-André Halique
Roger-André Halique, Yvonne Oter et François Fournet sont les invités du jour. Diana Krall les accompagne avec "Temptation"
Le rêve
Prévaut l'ombre de mes nuits
Aux jours de désolation.
Mieux valent ses illusions
Au froid constat du midi
De l’hivernale clarté.
Quand les ailes de mes rêves
A bord d'un char de nuages
Attelés à mes poèmes
En leurs galops étoilés
M'entraînent dans leurs voyages
J'y vais quérir la lumière
En la blanche cour de Vénus
Pour y rechercher la femme
Qui fut ma chaleur d'hier
Au temps béni de mon âme
Si le sommeil m'en dévoile
Ne fut-ce qu'une vision brève
Je le préfère à mes matins
Quand l'éveil d'un nouveau jour
Me sert son lot de chagrins.
Roger-André Halique
Voici le temps venu.
"Ma mère, voici le temps venu
D’aller prier pour mon salut
Les sots sont revenus."
Voici le temps venu
des gens farcis de certitudes
qu’ils veulent à tout prix
faire partager aux autres.
Tous les moyens sont bons,
la presse, la radio, la toile,
un film, un livre,
certains ne reculant devant rien
pour propager leur bonne parole.
Leurs certitudes doivent devenir le credo universel.
Voici le temps venu
des ratés, des désabusés, des frustrés.
Oh, s’ils n’ont pas réussi,
ce n’était pas qu’ils étaient sans talent
c’était les "autres" qui en manquaient
pour être à même de comprendre
l’immensité de leur génie.
Alors, il faut "les" éclairer,
"leur" expliquer,
"les" déniaiser,
afin qu’ils ne laissent plus passer
l’opportunité de s’améliorer.
Voici le temps venu
des tartuffes
des faux-monnayeurs
des faire semblant
des gurus
des menteurs.
Et de leurs victimes,
les naïfs
les purs
les gogos
les enfants
les candides.
Et les premiers clament, déclament, proclament.
Et les seconds écoutent, béent, admirent.
Tandis qu’une nausée d’abord vague
s’insinue
et monte allègrement en puissance
aux creux de mon corps
de mon esprit
de mon âme.
"Ma mère, voici le temps venu
D’aller prier pour mon salut
Les sots sont revenus."
Yvonne Oter
Toucher le soleil
Au cœur de cette vie
tu ne crois pas pouvoir saisir
les astres dans le ciel
ni la lune qui rêve,
ni l’étoile qui rit
et danse sur ton ombre.
Il est pourtant si simple
de poser le soleil
dans le creux de ta main,
de caresser la lune
tremblante sous tes doigts,
de pianoter sur chaque étoile
ainsi qu’autant de notes
d’un même clavecin.
Il faut peu de chose, bien peu.
Ouvrir tes sens
aux grand large des yeux,
éclore ton regard
sur le moindre reflet,
élargir tes deux bras
pour élever ton ombre
aux dimension de l’être.
Il suffit d’allumer
un matin de tendresse
au désir d’accueillir.
Il suffit de si peu,
sans doute d’écouter
plus longuement,
plus doucement
le chant des galaxies
qui brûlent sur la terre :
les regards rencontrés.
François Fournet
(poète, comédien, animateur radio)