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Non, ce n’est pas le Captain Alvarez qui est à la manœuvre aujourd’hui, ni Pauline Réage (disparue en 1988) et pourtant il n’est question que d’histoires d’O dans ce billet…
Qu’est-ce que ça m’énerve…
par Yvonne Oter
A chaque fois que je regarde un journal télévisé sur une quelconque chaîne nationale, je constate que le son " au ", ou " eau ", ou " ô " a disparu de la langue française. Il s’est tout bêtement transformé en " o ".
Ainsi, lors des prévisions météorologiques, on entend " … un été bo, chod et sec ". Aux informations économiques, " les hots-fournox de la sidérurgie à chod ". Lors des faits divers, " Le bedo de Bone a été blanchi de toute accusation d’avoir pillé le tronc de Saint Jérome ". Pendant la retransmission de la course du quinté, " les chevox entrent dans la dernière ligne droite ". A la page people, " le chapo de la reine Elisabeth II était digne de sa réputation ".
Passe-t-on pour un sombre plouc si l’on prononce le son " au ", ou " eau ", ou " ô " ? Cette disparition a eu lieu vraisemblablement depuis quelques années, peu à peu, lentement, insidieusement, mais je ne m’en suis rendu compte qu’il y a quelques mois. Depuis que je l’ai remarquée, ça m’énerve. Et ça m’énerve même prodigieusement ! Pas tellement parce que je me refuse à prononcer " o " comme le voudrait la nouvelle mode et que donc je dois passer pour une rétrograde, mais plutôt pour les conséquences imprévues de cette mutation.
Ainsi, à l’heure où l’on prône la simplification de la langue française pour que nos chères têtes blondes éprouvent moins de difficultés scolaires, imaginons la perplexité des écoliers devant la dictée suivante, énoncée par un jeune enseignant à la mode :
" Ox abords du châto, le jardinier muni de son râto nettoyait nonchalamment les plates bandes. Les boulox et les soles pleureurs bruissaient sous la brise caressante. " Plutot que de perdre votre temps à baguenoder ainsi, vous feriez mieux d’aller vous occuper des poirox au potager, mon bo ". Madame la Baronne n’était jamais contente. Un peu chamo sur les bords, elle aimait adresser des remarques désobligeantes o petit personnel. O fond, le jardinier, qui ne lui faisait pas de cadox et profitait de chaque occasion pour proner la révolte domestique, savait que, s’il s’était occupé du potager, elle l’aurait envoyé dans les plates bandes. Hossant les épaules, il se dirigea vers les rangées de poirox qui, il est vrai, manquaient d’o. "
Je n’ose imaginer les copies que les chers bambins rentreraient !
J’habite dans le sud, en pays d’oc. Ici, c’est de naissance, avec la première tétée, que l’on prononce le son " o " pour " au ", ou " eau ", ou " ô ". Ainsi, mon ancien voisin s’appelait René Judeau, ce qu’il prononçait René Judo. Mais ça allait bien avec le reste de son discours " Ah, ma povre, putaing, cong, si vous saviez… ". Depuis quatre ans que j’y suis installée, la prononciation du sud-ouest ne me dérange plus. Mais que l’on ne vienne pas me dire que tous les présentateurs d’émissions de télévision proviennent du pays de Henry IV !
J’ai de la chance ! Mon nom comporte deux " o " bien francs, bien purs, garantis d’origine. Si par hasard, la mode s’inversait, attention ! Je n’aimerais pas que l’on m’appelle Yvaunne Auter…