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Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

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Dans les affluents du rêve

 

S’il existait un livre d’or de l’éloge en littérature, le roman de Milena Agus Mal de pierres y figurerait certainement en excellente position. C’est un beau roman, c’est une belle histoire, assurément singulière et captivante, et l’on pourrait voir dans l’accumulation de louanges qui lui sont consacrés un effet d'engrenage où la surenchère dans le coup de cœur permettrait de se singulariser aux yeux du lecteur indécis. Mais peut-être viennent-ils simplement dire ce qu’il en est de l’excitation du lecteur averti reconnaissant dans ce qu’exprime l’auteure quelque chose de sa propre pensée désirante, quelque chose qui autoriserait le fantasme à prendre corps. Car il est bien question du corps - de ce qui l’anime comme de ce qui l’étouffe - dans les liaisons fugitives qu’entretiennent les personnages. A commencer par ce mal de pierres qui tenaille le ventre de l’héroïne et qui lui barre l’accès à la seule chose qui lui importe, l’amour.

Se délivrer du mal en se livrant à l’homme qui voudra bien l’aider à se tenir debout, voilà bien ce qui l’agite. Elle paye de sa personne pour être quelques instants le jouet d’un mari qui ne la regarde pas et dont elle ne sait même pas s’il est beau ou laid. Dans l’intimité, elle devient une prestataire de service honorée du côté de la seule satisfaction de fantasmes or ce qu’elle voudrait, c’est prendre plaisir à donner la vie, être créatrice plutôt que créature, inventer une vie qui déborde du rêve, être la rescapée d’un naufrage annoncé.

A ce corps qui ne réagit pas comme elle aurait tant aimé, tellement lourd de l’absence d’autrui qu’il lui est impossible d’héberger un petit être vivant, il faudra toute la puissance du désir pour qu’il s’éveille, se remplisse de joie plutôt que de pierres et que le blé puisse lever.

Mal de pierres de Milena Agus aux Editions Liana Levi, 124 pages, 13€

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