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Le jour arrive à son terme et la terre gronde. Fécondés à l’embouchure du fleuve, les germes du banian jaillissent des profondeurs, se multiplient et se déploient sans peine dans le labyrinthe des pierres. L’homme regarde et ne dit rien, n’esquisse pas un geste de défense. Il est ébranlé par tant vigueur et ses yeux, ses beaux yeux de maître se cerclent de noir devant la prolifération. Il entend les coups, les éclatements, les débordements et assiste impuissant à l’avancée sans fin. Il devine que ses jours sont comptés. Sa peau est déjà couverte d’effrayantes meurtrissures. Bientôt, il ne sera plus qu’un pauvre homme ignorant, sa fierté aura disparu, et ses remparts ne suffiront plus à le protéger. Quand le fleuve sera là, tout proche, prêt à le surpasser, il lui faudra partir, laisser la place. Les mailletons finiront alors de s’engouffrer dans l’épaisseur même de ses murs et de toute cette beauté du monde qu’il avait si patiemment modelée, il ne restera plus demain que la rumeur d’une ancestrale existence.