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Jacques Lamy a bien apprécié la Une du journal télévisé rapportée par Dominique Guérin et du coup il a eu envie de reprendre, lui aussi à sa façon, une de ces Unes récurrentes à l’entrée de l’hiver…
Quand nos pannes de cœur le privent de raison,
le sans-logis s’égare en cette nuit glaciale :
du froid de nos regards son Être est envahi…
Il patauge en l’errance et la désespérance,
sous les astres noirs et figés.
Et s’il a souvenance d’une vie antérieure,
de la tiédeur des mains et du pain quotidien,
c’est la douceur des soirs d’un bel été de liesse
où sonnait alentour son plus beau chant d’amour
qui surgit de mémoire en quête.
Il pleure ses "hiers" en rêvant des "demains",
lorsqu’il avait un nom. Dès lors, les gens l’évitent :
il n’est plus qu’oripeaux qu’on enjambe parfois
sur la marche de glace. Et son regard se lasse,
scrutant la longue nuit du temps…
Il gêne, et il le sait, par sa seule présence,
Il est un muet reproche aux consciences d’airain
des faux nantis prudents, des nantis égoïstes
de notre Société de contre vérités
qu’il rejette et culpabilise.
Parfois il se console, oubliant d’exister,
en noyant son esprit, océan de chimères,
sous l’acre goût râpeux de fruits couleur de sang :
la chute de l'obole alors en parabole
tinte au fer sans l'écho du coeur.
D’abord il espérait au grand Soleil renaître,
mais comme il n’avait plus ni parents, ni amis,
il se réfugiait vite aux confins de son âme,
rêvant aux mois de mai, s’endormant à jamais
par une nuit d’hiver, en ville…
Jacques LAMY