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Le train pouvait bien filer à toute vapeur, il ne referait pas son retard et on ne l’attendrait certainement pas à la correspondance.
Il était fatigué de voyager au ras des pâquerettes. Il ne comprenait pas pourquoi elle avait refusé qu’il prenne l’avion pour la retrouver. Le train augmentait les distances, alourdissait les bagages, multipliait les risques d’incidents et finalement rajoutait du temps inutile au temps nécessaire.
Elle n’imaginait pas que l’on puisse apprécier la terre de si loin. Depuis longtemps, elle n’attendait plus rien du ciel. Les belles années étaient passées. Elle voulait juste qu’il se rappelle un voyage fait au tout début.
Il n’aimait pas les pèlerinages. Encore moins évoquer les souvenirs. Il n’avait jamais su retenir que des images confuses des noms et des lieux que l’on disait importants. Dans les réunions de famille, il se taisait, la fiction n’était pas son fort.
Elle prenait son temps. Jamais, elle n’avait fait attention à l’heure. Avec la vitesse, elle craignait de voir le monde de travers, de se disperser et de ne rien avoir à dire au retour de voyage. Son père était écrivain, et depuis qu’elle était en âge de goûter à la vie, il la pressait de lui rapporter ses aventures. Elle était toujours infiniment troublée à l’idée de se retrouver en point de mire dans un de ses récits.
Il ne tenait pas en place. Il n’avait jamais une minute à perdre. Attendre, c’était porter des menottes. Le temps brûlait toujours tout très vite, partout. Il aimait partir, peu lui importait la destination. D’en haut, le ciel emportait le besoin de tenir un rôle, la terre s’y étirait indéfiniment et tous les décollages de quelque lieu que ce soit lui procuraient à chaque fois un sentiment d’immortalité.
Le train ne convient pas à tous les voyageurs, voulait-elle bien croire. Il a ses incommodités. La nuit venue, on ne peut presque plus rien fixer, les lignes sont incertaines, on ne sait plus vraiment où il vous mène et il faut alors s’en remettre au seul désir.
Seul dans son compartiment, il cherchait désespérément un angle du ciel ouvert sur les étoiles. Le brouillard absorbait l’espace et l’idée que le temps dévorait toutes choses le submergea totalement. Il regarda sa montre, jugea que le train serait manifestement en retard et que la nuit ne s’achèverait pas sur un de ces interminables baisers dont son amante avait le secret.