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Il n’y avait personne pour indiquer son chemin au voyageur. Personne au guichet, personne en salle d’attente et pas davantage sur les quais. Pas de bruit non plus et presque pas de lumière. Seul sur la plate-forme, il affectait cet air un peu stupide des gens qui languissent et qui ne savent que faire sinon regarder leur montre toutes les minutes. Par bonheur, la sienne s’était enrayée lors d’un accident d’aiguillage. Depuis, son corps le laissait en paix et son esprit vaquait, libre de toute inquiétude. La gare n’était plus qu’un lieu d’attente et il savait à quoi s’en tenir au sujet des trains qui n’arrivaient pas.
Il n’imaginait pas que la vie puisse ressembler aux images exotiques et promesses d’aventures placardées un peu partout. Pour lui, les vraies histoires étaient liées au besoin d’être bouleversé et pour tout dire elles ne tenaient jamais réellement debout. Elles se passaient fatalement dans des endroits improbables, peut-être même dans des lieux fictifs. Des instants de vie qui s'échauffaient au gré des clins d’œil et du tremblement des corps. Il n’aimait pas être comblé d’avance. Seule lui importait l’intensité du temps qui passe. Surtout le temps de la nuit, celui qui venait du ciel. La pénombre lui permettait de revenir en arrière, de fendre les murailles de l’oubli et de retrouver quelques unes des voies secrètes enfouies dans l’enfance. Parfois, il lui arrivait de se réveiller sur une toute petite île perdue dans l’océan de l’humanité. Ou bien dans une gare au beau milieu d’une salle des pas perdus.