Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...
L’aventure commençait juste après le panneau indiquant l’au-delà. Au-delà de cette limite vous devez… L’avertissement périssait sous la rouille et, depuis la délocalisation du site de maintenance des chemins de fer, on ne savait plus trop ce que l’on devait.
Il en avait fait son territoire. Une zone d’expérimentation bien plus amusante que les parties de cache-cache entre les ateliers et les wagons avec ses copains d’école. Jouer à faire des découvertes, inventer des mondes éphémères, jongler avec les visiteurs était tout simplement magique.
A peine sorti de l’école, il était sur le terrain. Tapi dans l’ombre à guetter l’imprévu, à épier les couples clandestins, repérer les filous, surprendre les intrus, sentir les intrigues. Chaque homme, femme ou enfant franchissant la ligne de démarcation, faisait l’objet d’une description minutieuse de ses faits et gestes, assorti de commentaires sur ses tics et manies. Rentré chez lui, son carnet de bord devenait l’objet d’explorations passionnées et les événements du jour le répertoire énigmatique de toutes les tentations.
C’est à partir d’un poste d’observation secondaire, du côté de la chaudronnerie, qu’il avait surpris leur manège. Au risque d’être découvert, il s’était approché au plus près du wagon où s’étaient réfugiés sa petite sœur et son deuxième père. En équilibre sur un bout de marchepied, il avait failli se casser la figure en voyant ce gros bonhomme gigoter à quatre pattes, à moitié nu.
Heureusement qu’ils ne m’ont pas vu… avait-il noté après coup. Rien d’autre. A quoi bon, il n’avait jamais aimé l’histoire de l’ogre et du petit poucet.