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Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

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Transit 06

Par précaution, les enfants leur avaient demandé de prendre un train de nuit. Les voyages de jour étaient pénibles, semés d’embûches et d’incidents de toutes sortes, disaient-ils. Eux, les offenses comme les humiliations ne les faisaient plus pâlir d’effroi depuis longtemps. Ils avaient vécu jusqu’à l’épuisement toutes les douleurs de la vie. La vieillesse était venue sans qu’ils aient eu besoin d’être à leur tour impitoyables. Leurs enfants travaillaient au Nord, de l’autre côté de la frontière dans une ville industrieuse bordée de cités ouvrières et de camps d’émigrants. Ils avaient entrepris de les rejoindre et de s’installer dans une maison réservée aux anciens. Leurs passeports dataient de leur mariage et, pour s’acquitter des formalités propres aux gens du Sud, le vieux couple disposait d'une poignée de billets à deux chiffres, toutes leurs économies. A la douane, l’inspecteur était plein d’attention. Pour leurs intentions, leurs papiers et leurs liquidités. Son regard se partageait entre le doute et la tentation. S’il le fallait, une fois parvenus à destination, les enfants pourraient trouver à lui donner davantage. L’homme aurait voulu être sûr. Vous serez bientôt arrivés, avait-il dit finalement en glissant l’argent et les papiers dans sa vareuse. Peu avant l’aube, le train s’était arrêté dans une gare de banlieue. Les sans papiers avaient été rassemblés. Un fourgon cellulaire les attendait sur le quai.

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E
Implacable et tellement vrai.(je fais dans les phrases lapidaires moi en ce moment...)
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M
Ooooh. C'est superbe !
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D
Superbe commentaire!Tu m'autorises à en faire mon prochain édito (je préciserai le nom de l'auteur, bien sûr!)
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P
<br /> Pas de soucis Danielle, la littérature est une compagne de voyage qui vient nous rappeler que l’horizon n’est pas fixe, qu’une chose peut en cacher une autre (comme un train), qu’un endroit n’a de sens que parce qu’il a un envers et que l’écriture n’est rien si elle ne permet pas d’entendre un peu quelque chose du sens de la vie, rien si elle s’autorise à en ignorer les revers, rien si elle s’ingénie à se jouer des blessures du monde… Bref, si la littérature fait la part belle au rêve et au fantasme elle engage aussi à toucher au plus près la frustration et l’intranquilité…<br />
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D
Vraiment Patrick, traiter des sans papiers sur un blog littéraire, je suis choquée! (On se comprend, n'est-ce pas?)
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