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C’est le printemps. La pluie est froide. Demain, l’air se réchauffera. Encore que, il neigera peut-être. Au petit matin on se dit qu’il vaut mieux passer sous silence le temps qu’il fait. Tout a déjà eu lieu. Goutte à goutte. Reste à attendre que le temps se dissipe. L’air de rien. Sans bruit. Dans une sorte d’engourdissement. Peut-être faudrait-il combler l'accablante durée de quelques soubresauts ? En parlant de la vie, par exemple ? De ces rendez-vous attendus que l’on serre longtemps dans la poitrine, qui montent en fièvre quand le petit jeu commence et qui font naître ces drôles d’histoires, belles et définitives que l’on raconte les jours d’après, au hasard du monde. De ces bribes de poèmes qui ressuscitent la mémoire et qui donnent ce si bon goût de l’autre sur le bout de la langue. De ces divisions qui vous hérissent l’échine quand le jeu est plus incommodant que prévu. De ces petites misères qui entretiennent la souffrance jusque dans les miroirs. De ces plans d’évasions que l’on dresse en secret les nuits où l’impatience est à fleur de peau. De ces turbulentes interrogations qui compliquent l’existence quand on se figure être bien calé à l’écart de la multitude.
L’autre jour, il faisait beau et un adolescent amoureux me demandait : comment ça tient s’il y a pas d’os ?
L’humanité se défait. L’homme reste à l’intérieur de ses yeux, dans l’ombre. On y pense presque sans douleur.