Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...
Bis repetita
Benoit Camus
Tu attends. Trois quarts d’heure que t’es là, à taper la semelle devant le hall de l’immeuble. T’en peux plus. T’as froid. T’es en sueur. Qu’est-ce qu’il fout ? Tu tournes en rond, tu voudrais qu’il arrive. Je vais clamser, te dis-tu. T’as la nausée. Mal au bide. Ça te démange. Faut qu’il rapplique. Te file la came. T’en as besoin. Juste un fix. Dans ton bras crevassé. Rien qu’un taquet et laisser glisser. Oui, laisser glisser. Tu le hais. Le détestes. Mais il te la faut. Et tu lui refuseras rien. Il te la faut et il l’a.
Ça y est ! Tu le vois. Il se pointe. Il t’a repéré. Tu lui souris. Il est ton sauveur. Il l’a et il s’approche. Tu le rejoins. Te colles contre lui. « T’en as ? » Il te repousse. Te réclame l’argent. Tu l’alignes. Il t’en réclame plus. Tu allonges. T’as tout prévu. T’es content. T’es un malin. Il te dit que t’es un malin. Tu confirmes. T’es un malin, t’es fier de toi. Tu le regardes. Il prend son temps. Joue avec toi. Tu le supplies : « donne-la moi ! » Il ricane. « T’es pressé ? » « Non, enfin si… » Tu insistes. « Donne-la moi ! » Et tu t’agrippes à sa manche. « Allez, s’te plaît ! » Tu chiales presque. C’est trop dur. « Me touche pas ! » Il se dégage. Il recule. Tu le débectes. Il t’a assez vu. N’a plus qu’une envie, que tu t’effaces. Alors, il sort de son blouson le képa. Ton petit képa. Te le sert. Tu trembles. Tu exultes. Le bonheur ! Le récupères et t’arraches. Sans te retourner. « À bientôt, ma gagneuse ! » Il se marre derrière ton dos. Tu t’en fous. Tu l’as. Au creux de ta paume. Ton petit képa. La poudre. Elle est à toi. Elle est pour toi. Et tu perds plus une seconde.
Tu l’emportes dans le local poubelle. La poses sur le couvercle d’un bac à ordures. Et retrousses ta manche. Bon dieu, elle est à toi. Tu sors ta vieille pompe de ta poche. Et tu ris. Tu ris parce qu’elle est là, que dans quelques secondes, tu la sentiras dans tes veines. Tu la dissous. La charges dans la seringue. La dose. Et une bonne. Tu tends ton bras gauche. Un petit nœud autour. Cadeau ! Tu serres. Tu regardes pas ton bras, t’as pas envie de savoir ; tu te contentes de shooter. Tu lâches. Le rush. Elle coule. Le flash. La fin du monde. Une de plus.