Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

Françoise Guérin est une voisine fort sympathique qui aime gambader dans les champs de mots et combiner en clair comme en filigrane toutes sortes d’écrits qui nous convient à des voyages singuliers, invraisemblables, équivoques, des destinations parallèles bordés par la grâce ou la détresse, habités par l’embarras, la nervosité et le plaisir, des périples riches en expériences du délice et du désastre. Ses mots au goût d’amande amère ou de pluie d’été, drôles ou chagrins, apportent la promesse de l’émotion et de l’enthousiasme ; petits bonheurs de l’écriture qui ne laissent jamais le lecteur indifférent.
Françoise est notre invitée et c’est une bonne nouvelle pour les gens de passage au café.
Métaphore
par Françoise Guérin
Elle file la métaphore comme d’autres enfilent un bas. Une jolie métaphore couleur chair, bien tendue sur le mollet.
Métaphore boulevardière qui claque du talon, métaphore aguicheuse qui ne sait plus son nom. Métaphore, piètre travestissement du désir.
Jusque là, pas un pli, jour après jour. Elle parle. Elle croit dire. Fidélité des mots qui glissent, lisses, dans les replis charnus du silence. Ce silence les contient, lui qui sait qu’il ne sait rien, elle qui ne veut pas savoir qu’elle sait. Elle file la métaphore, de tout son être, de tous ces mots qui servent à ne pas dire. La phrase, ourlée, tissée serré, ne laisse rien échapper. Jusqu’au jour…
Un accroc. Le bas file. Escarmouche de mots, coup d’ongle incisif dans la maille phrasée du discours, brillant, poli, maîtrisé. La métaphore déchirée laisse entrevoir l’indicible. Les mots s’en échappent, ahuris, embarrassés. Certains n’ont jamais vu la lumière.
Elle se tait. Contemple la béance, le trou où s’origine l’impensable. Le manque.
Bonheur et châtiment du sens.