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Ainsi donc Stéphane Laurent * (se) pose une nouvelle fois la question de l’écriture. Question insoluble affirme-t-il dans son titre. Insoluble parce qu’insensée ? chimérique ? impensable ? ou parce qu’elle viendrait exposer quelque chose de l’intériorité, quelque chose qui dirait la panique de la vie ? L’écriture est ce qui nous transporte du plus intime au plus étranger de soi, quelque chose qui met en mouvement la mémoire et l’imaginaire, quelque chose qui insuffle de la joie comme de l’effroi, qui avive la réflexion et fait surgir l’inattendu, quelque chose qui en appelle à l’altérité et qui donne à désirer.
Mais un écrivain peut-il être pris dans la seule question de l’écriture ? Il semblerait que l’on oublie bien souvent d’ouvrir les yeux et de lâcher la plume pour se poser la question de la lecture et de la rencontre avec le lecteur. Car à moins de ne considérer l’écriture que du côté de l’exercice purement intellectuel, circonscrite au seul champ neuronal ou de ne l’entendre que dans une position narcissique inébranlable, ce qui s’écrit se doit d’être adresser. C’est dans ce temps de l’adresse que l’écrivain devient auteur, qu’il participe à l’aventure de la création et qu’il peut converser avec l’autre, l’étranger, si présent dans ses pensées.
En écrivant, l’auteur est poussé par le désir d’une connaissance de cet autre, réel ou fantasmé, interrogeant par là sa propre incomplétude. Le lecteur vient témoigner de la recevabilité de ces histoires singulières qui le traversent, de ce qu’il en est pour lui du bruit et de la fureur de ces vies proches, dispersées, transfigurées, du silence étourdissant qui adviendra au moment de la disparition. Il nous rappelle, au-delà de la permanence des choses, l’exigence de mémoire et la nécessité d’apprendre, d’entreprendre et de rêver. Les traces laissées par les uns et les autres nous y incitent, fort heureusement. Je serais tenté de dire que le lecteur est le garant d’une perpétuation de notre intelligence, de notre sensibilité, de notre volonté de vivre. Si rien n’est inoubliable tout est susceptible d’être transmis et réinventé. Alors oui, il est bon de laisser traîner des mots, ce sont ceux que nous avons attrapés ça et là qui nous ont encouragés à prendre notre envol.
* voir l’article publié sur son blog mercredi 6 décembre 2006 (lien ci-contre)