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Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

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L'incommensurable joie

 

Ainsi donc Stéphane Laurent * (se) pose une nouvelle fois la question de l’écriture. Question insoluble affirme-t-il dans son titre. Insoluble parce qu’insensée ? chimérique ? impensable ? ou parce qu’elle viendrait exposer quelque chose de l’intériorité, quelque chose qui dirait la panique de la vie ? L’écriture est ce qui nous transporte du plus intime au plus étranger de soi, quelque chose qui met en mouvement la mémoire et l’imaginaire, quelque chose qui insuffle de la joie comme de l’effroi, qui avive la réflexion et fait surgir l’inattendu, quelque chose qui en appelle à l’altérité et qui donne à désirer.

Mais un écrivain peut-il être pris dans la seule question de l’écriture ? Il semblerait que l’on oublie bien souvent d’ouvrir les yeux et de lâcher la plume pour se poser la question de la lecture et de la rencontre avec le lecteur. Car à moins de ne considérer l’écriture que du côté de l’exercice purement intellectuel, circonscrite au seul champ neuronal ou de ne l’entendre que dans une position narcissique inébranlable, ce qui s’écrit se doit d’être adresser. C’est dans ce temps de l’adresse que l’écrivain devient auteur, qu’il participe à l’aventure de la création et qu’il peut converser avec l’autre, l’étranger, si présent dans ses pensées.

En écrivant, l’auteur est poussé par le désir d’une connaissance de cet autre, réel ou fantasmé, interrogeant par là sa propre incomplétude. Le lecteur vient témoigner de la recevabilité de ces histoires singulières qui le traversent, de ce qu’il en est pour lui du bruit et de la fureur de ces vies proches, dispersées, transfigurées, du silence étourdissant qui adviendra au moment de la disparition. Il nous rappelle, au-delà de la permanence des choses, l’exigence de mémoire et la nécessité d’apprendre, d’entreprendre et de rêver. Les traces laissées par les uns et les autres nous y incitent, fort heureusement. Je serais tenté de dire que le lecteur est le garant d’une perpétuation de notre intelligence, de notre sensibilité, de notre volonté de vivre. Si rien n’est inoubliable tout est susceptible d’être transmis et réinventé. Alors oui, il est bon de laisser traîner des mots, ce sont ceux que nous avons attrapés ça et là qui nous ont encouragés à prendre notre envol.

 

* voir l’article publié sur son blog mercredi 6 décembre 2006 (lien ci-contre)

 

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M
Passé le premier quart d'heure d'écriture "spontanée", "automatique", sous l'inspiration, le premier mouvement "à chaud", passée la première "nécessité " d'écrire, il me semble que quiconque écrit passe aussi et surtout énormément de temps à... se lire, à se relire. On est son premier lecteur, tout de même. Comment pourrait-on ne pas se poser la question du lecteur? C'est en tant que lecteur qu'on se relit, si quand on écrit, on écrit en tant qu'écriv (ain, aillon, aillant, eur, euse... comme vous voulez).Par contre, Désirée, quand tu parles de ce moment extraordinaire où on entend, lu par un autre, un texte qu'on a vécu soi-même de l'intérieur et qui a l'air d'entrer en adéquation avec ce qui fait vibrer un public... oui, quelle aventure!
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G
D'où la démarche essentielle avant d'écrire, de se poser la question : quel est mon public ? Bien différent si l'on a affaire à un public adulte ou enfant par exemple.
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S
Bel écho à mes interrogations, Patrick. Et tu as raison: même si ce n'était pas le propos de mon petit article, il est essentiel de se placer du point de vue du lecteur, qui légitime, bien évidemment, la démarche d'écriture.
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D
La rencontre avec le lecteur est essentielle, c'est vrai. Je ne peux m'empêcher d'évoquer la soirée Calipso et les lectures théâtralisées qui ont été faites et que j'aurais aimé enregistrer. C'est un moment rare, de ceux qui donnent envie de continuer. Il y en a d'autres, mais pas tant que ça au fond. Quand on lit sa prose tout seul dans son coin avant de poster, quand on fait sonner les mots contre le mur, eh bien il faut y croire. Il n'est pas du tout évident d'apercevoir cet étranger au bout de sa propre voix. Parfois, quand je lis un texte d'un auteur inconnu et que ce texte me frappe, je me dis tiens, si c'était lu par untel ou une telle, ce serait sublime. Je pense à Lucchini avec Céline : qu'aurait dit Céline en entendant Lucchini interpréter des extraits de son Voyage au bout de la nuit ? Comment aurait-il réagi ? Je pense qu'il aurait redécouvert son propre texte, mais j'arrête là.
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