Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

Les amateurs de concours de nouvelles connaissent bien Gérard Levoyer et sa capacité, chaque année, à faire renaître de ses cendres le concours " Nouvelle au pluriel ". De naissance, de renaissance, de continuité, de partage et de transmission il est question dans l’édition 2006 intitulée " Quelque chose de grand est né ". Ecrire, c’est vouloir aller de l’un à l’autre, partir à la recherche de ce qui manque, tenter de capter ou d’inventer une histoire qui fait défaut. C’est l’objet même du propos de l’un des auteurs de ce recueil - Jordy Grosborne - et de sa nouvelle intitulée " Hubert " du nom d’un vieil homme proche de la fin et épris du désir de souffler à son petit fils quelques mots de ce qu’il en a été pour lui et ses contemporains de l’aventure de la vie à une époque ou tout était forcément autrement. De ce beau texte se dégage une force à la fois paisible et fiévreuse que l’on ne pourrait éprouver s’Il ne s’agissait que d’accompagner ou de soutenir un homme dont l’humeur est devenue moins rieuse. Le lien qui s’instaure entre le grand-père et son petit-fils va bien au-delà d’une complicité conquise dans l’épreuve de la perte, tout simplement parce que moi, le jeune, j’aimerais bien savoir et que l’autre, le vieux, est pris dans un fabuleux voyage, illuminé de rires et de cris, où le temps d’avant est retrouvé, partagé, transmis. De cette impérieuse nécessité de feuilleter les souvenirs naîtra un livre et la promesse implicite de faire perdurer l’histoire. Un premier cadeau viendra avec ce saisissant constat du narrateur un jour, j’aurai peut-être moi aussi quatre-vingts ans.
" Hubert " de Jordy Grosborne dans Quelque chose de grand est né, Nouvelle au Pluriel 2006, éditions Editinter, 124 pages, 12 €.