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Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

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Effroyables morsures

 

D’abord, il y a le titre qui nous remet en mémoire l’excellent film de John Huston et par ricochet feu le concours de nouvelles du même nom initié par Stéphane Laurent, ensuite on se dit que l’on a affaire à une nouvelle collection " Suite noire " conçue par des gens qui ont envie de surfer sur la vague du roman court et faire valser de mains en mains ses bouquins grâce à une couverture cartonnée haute résistance, enfin, et ce n’est pas la moindre des raisons, l’action se déroule à Paris dans le triangle - Château Rouge, Barbès, La Chapelle - quartier populaire, cosmopolite et convivial où adolescent je traînais allègrement mes guêtres. Bien évidemment ce Paris là a changé du tout au tout et Marc Villard friand de la forme noire et saignante fait mordre la poussière à mes belles illuminations d’antan. C’est la vie. Ceci dit, il y a dans ce roman une tripotée de personnages hautement vindicatifs et vidés de presque toute substance humaine. On ne se retrouve pas dans l’organisation d’un beau " casse " quand la ville dort comme dans le film d’Huston mais dans une sorte de chronique funeste d’une sale casse des corps, des esprits et des rêves. Les belligérants, principalement des africains, se torturent au crack et à la prostitution, s'arnaquent et s’étripent de jour comme de nuit, s’échangent spontanément coups de feu et overdoses. Pas de flic dans ce polar, ni de détective, de juge, de journaliste, pas de héros salvateur non plus, tout juste un éducateur de rue désabusé qui marche à l’instinct et au fusil à pompe, courant désespérément après un fantasme séculaire, celui d’être un jour l’amant d’une prostituée à la dérive. Pas de vision collatérale, pas de réflexion sur la marginalité, pas de commentaires sur l’oppression. A croire que, dans l’imaginaire communément admis, le Paris d’aujourd’hui serait à l’agonie, noyé dans le sordide et la pestilence. La ville comme lieu de haine et d’anéantissement.

C’est mordant, rapide et économe en paroles, l’auteur va à l’essentiel et monte son histoire comme un bon film de série TV. On en a pour moins de 52 minutes de lecture corrosive et quelques heures pour retrouver sa boussole et digérer les quelques intermèdes poétiques façon Villard, expédiés ça et là sans crier gare.

Elle pense à la mort télévisée.

A Zina, poussière sur une terre lointaine.

Aux hommes qui l’ont soumise.

A ceux qui meurent entre ses cuisses.

A la fillette qu’elle ne fut jamais.

Au sang. Au bruit du sang.

A l’odeur du sang.

 

Quand la ville mord de Marc VILLARD aux Editions La Branche, collection Suite Noire, 95 pages, 10 €

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