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Alors comme ça, certains conjoncturistes auraient émis l’idée que cette année le Père Noël aurait été plutôt renfrogné et le Père Sylvestre particulièrement grognon et qu’à présent le Blanc serait maussade, que les Soldes battraient de l’aile et que le meilleur de la crise serait derrière nous…
Contrairement à nos voisins, nous, au café, résistons mieux. Ce n’est ni un don du ciel ni le fruit du hasard mais tout simplement parce que des milliers de braves gens n’hésitent pas à venir ici mouiller leur chemise (même le dimanche) pour dépasser le ressentiment et que des choses vraiment importantes soient entendues…Jean-Claude Touray est là ce soir pour en témoigner.
Pour Noël, mon contrat prévoyait que j’incarne, avec les andouillers en éventail, le seul renne de l’attelage de Papa Christmas ayant échappé aux compressions de personnel. Tu sais bien, le p’tit Rudolf au nez rouge. Un rôle passionnant et une vraie rente de situation : " Seul pour tirer le traineau, seul pour pomper le vin chaud ".
Idyllique. Sauf qu’Auguste, le clown vedette, s’étant tordu le pied le 23, ne pouvait plus marcher. Gros, très gros problème. Il était Père-Noël commis d’office le 24 au soir dans une maison de retraite, pour distribuer aux pensionnaires les cendriers-cadeaux offerts par la Manufacture des Tabacs et Allumettes. J’étais, soi-disant, le seul comédien fumeur de la troupe à pouvoir le remplacer au pied levé … adieu donc ma prestation de caribou solo.
Père Noël d’un soir pour rendre service, j’ai enfilé la houppelande, chaussé les bottes et la barbe, et tiré moi-même le traineau jusqu’à l’institution Jeanne Calment, mais le cœur n’y était pas. J’ai déposé les cadeaux à côté des charentaises, disposées en rond autour du sapin de carton. Pour ceux et celles qui voulaient utiliser leur cendrier tout de suite, il y avait de quoi fumer. Les tables se sont organisées spontanément pour un concours de crapette et je me suis échappé vite fait, après avoir signé la feuille de présence et branché Tino Rossi en boucle sur " Petit Papa Noël ".
Je me suis dit en partant : on va bien voir ce qui me sera proposé, pour l’Epiphanie et les galettes de janvier des comités d’entreprise. Ils ne vont tout de même pas me donner à jouer Melchior, Balthazar ou le roi Gaspard !
S’ils me sucrent le rôle du chameau, je les assigne aux prud’hommes. Je suis, par contrat, une bête de scène, il ne faudrait pas l’oublier.