Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

Aujord’hui, c’est un capitaine qui n’en est pas à sa première traversée qui a jeté l’encre sur le papier, pour nous parler de la Calipso. Il l’aperçoit, de temps à autre, quand il repose son stylo, et il se joint à nous pour trinquer à la santé du navire et lever haut son verre sous les étoiles.
Calipso
Gamin, quand on évoquait devant moi la Calipso, je songeais avant tout à ce rafiot du tonnerre de Dieu et à son capitaine – un petit marin à bonnet rouge, dont la voix singulière traînait d’une mer à l’autre, chaque dimanche après-midi – qui recherchait sous toutes les latitudes l’épatante compagnie des requins-marteaux et des tortues marines… Un peu plus tard, à cette même évocation, je n’en avais que pour Ulysse. Une histoire d’île et de passion fatale… Moi qui ne suis pas foutu d’inventer une excuse valable quand j’arrive avec cinq minutes de retard à la maison, j’ai toujours eu de l’affection pour les heureux veinards qui ont la science du bobard…
Aujourd’hui, c’est autre chose. Quand on me dit Calipso, je me dis qu’il y a sans doute un peu des deux. Qu’on tient là une arche – à bord de laquelle ne sont grimpés que des gibiers à plume – qui poursuit sans faiblir une bien belle odyssée…
Je la vois passer, de temps à autre. Elle traverse à belle allure mes eaux territoriales, frôle – un brin enjôleuse – mon port d’attache. Toutes voiles dehors. Le vent qui la pousse en avant est de bonne composition et les matelots, pour ce que j’en sais, ont le cœur à l’ouvrage. C’est plutôt bon signe, par les temps qui courent. Quant à moi, j’en profite, à ma façon.
Et voilà qu’aujourd’hui, on m’annonce qu’elle affiche ses quatre cent coups. Il me semble bien que ça s’arrose…
C’est la première fois que je monte à bord mais je ne suis que de passage. On ne peut pas être de tous les voyages. Mais si d’aventure vous croisez dans mes parages, vous devriez sans trop de mal m’apercevoir. Je serai dans un troquet du port, à trinquer à votre belle santé. Et si vous tendez l’oreille, vous devriez même m’entendre vous souhaiter bonne chance…
Alain Emery