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Numéro 3 de " A propos de… ", une chronique signée Gilbert MARQUÈS
Il existe en langue française, des mots qui cohabitent mais dont les sens sont tellement divergents qu'ils s'ignorent. Ainsi en est-il depuis 2007, nouvelle ère gouvernementale, de la politique et de la culture.
Selon les dictionnaires, la politique est définie comme étant la direction d'un état qui détermine ses activités. A cette formule lapidaire s'ajoutent des nuances et notamment celle, ironique actuellement, qui précise :
"Manière prudente, fine, avisée d'agir"
Selon les mêmes références, la culture serait l'enrichissement de l'esprit par des connaissances variées et étendues, définition première assortie d'autres significations complémentaires.
Questions !
La culture peut-elle ou doit-elle être une des activités de la politique ? Appartient-elle à la politique ou bien le contraire ?
Pendant longtemps, les différents gouvernements qui se sont succédés, se sont préoccupés aussi de culture. De Gaulle avec Malraux, Mitterand avec Lang mais depuis, le désert…
Aucun souvenir durant la campagne présidentielle de la moindre allusion à la culture. La mode était lancée. Nous sommes en effet en pleine période électorale avec les municipales et les cantonales et, bizarrement, la culture est également absente des professions de foi, qu'elles proviennent d'un bord politique ou de l'autre. Rien ! Pas une toute petite ligne !
Certes, il peut être compréhensible qu'en période réputée de crise, la culture ne soit pas le souci majeur des politiques mais dans ce cas, pourquoi faire appel au devoir de mémoire en obligeant les écoliers à apprendre la lettre de Guy Moquet ou bien d'assimiler chacun d'eux à un petit martyr en évoquant la Shoah ? Pourquoi ne pas leur demander aussi de parrainer un enfant Serbe, Hutu ou de n'importe quelle autre nationalité victime des nombreux génocides qui ont jalonné l'histoire ? Cette mesure a été désavouée et a fait long feu notamment, en dehors de toutes les bonnes ou mauvaises raisons invoquées, parce que la France n'est pas seulement juive, arabe, asiatique ni même européenne mais tout cela à la fois et plus encore.
La France répond en ce sens parfaitement à la définition de la culture. Carrefour depuis l'antiquité entre toutes les nations, elle s'est enrichie de l'expérience non seulement des autochtones mais aussi du savoir de tous ceux qui ont décidé un jour de s'établir dans ce pays.
Les artistes de toutes les disciplines se sont emparés de cette pluralité pour la magnifier, la développer et la colporter dans le monde entier, faisant ainsi de la culture française une entité plus durable que les différents régimes politiques qui ont conduit la nation au fil des siècles.
Culture sous-entend échange et donc communication entre les gens, les peuples mais en sommes-nous encore là à l'heure présente ? Doute !
Doute quand il est question d'immigration choisie !
Doute quand il y a des reconduites aveugles aux frontières répondant à des exigences statistiques et non à des préoccupations même pas humanitaires mais simplement humanistes !
Doute quand le Quai d'Orsay se mêle de trier sur le volet les auteurs israéliens qui sont invités au Salon du Livre, entraînant ainsi la défection des auteurs des pays arabes dont on peut d'ailleurs douter du bien fondé quand ce pouvait être un moyen de débattre en terrain neutre (?) entre intellectuels et non politiques, de la fondation d'un état palestinien !
Doute encore que la politique veuille sincèrement développer la culture au moment où la censure économique se double de nouveau d'une censure idéologique ne supportant pas l'opposition et encore moins la contradiction !
Doute enfin sur l'avenir de la vraie culture sacrifiée sur l'autel économique qui la tire vers le bas en faisant la une des journaux en scandale par des comportements ou des propos vulgaires, injurieux voire irresponsables !
Le divorce entre la culture et la politique serait-il consommé ?
Il semblerait à moins que la culture ne devienne un élément de pouvoir dont la politique pourrait se saisir à l'instar des pays totalitaires, pour asseoir son autorité comme le tente la mondialisation en favorisant la pensée unique.
Nous n'en sommes pas encore là et finalement, l'ignorance de la politique envers la culture lui rend service en lui permettant d'acquérir sa véritable indépendance même si, en corollaire, lui sont dressées de nouvelles embûches rendant plus difficile sa propagation.
La culture, à la différence de la politique, ne connaît pas de frontière. A nous, les acteurs possédant cette force placée au-dessus de tout clivage, de la développer toujours davantage. Nous possédons pour ce faire un outil pour l'instant difficilement contrôlable, Internet. Profitons-en et sachons ou apprenons à l'utiliser pour déborder la politique en continuant à créer et, peut-être, pallier ainsi à ses carences en nous mêlant de ce qui est censé ne pas nous concerner.
Aussonne, le 15 Mars 2008