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Numéro 2 de " A propos de… ", une chronique signée Gilbert MARQUÈS

En ces temps étranges où l'hiver s'apparente au printemps sous l'effet du réchauffement de la planète, nous dit-on, l'actualité ne désarme pas. Tant sur la scène internationale qu'hexagonale, elle m'offre aujourd'hui cette petite réflexion au vu d'événements récents tenant à la fois du voyeurisme et du sensationnel savamment orchestrés par ceux qui veulent nous convaincre d'on ne sait trop quoi, en fin de compte.
Qu'est-ce qu'une image ?
Au sens premier, une reproduction de quelqu'un ou de quelque chose au moyen de différents procédés techniques utilisant des supports variés. Par extension, cette signification s'est enrichie de la notion de reflet, non seulement celui renvoyé par un miroir mais aussi celui projeté par le regard de l'autre, cet observateur qui guette et dont les yeux vont permettre une interprétation de ce qu'il voit.
L'image, depuis qu'elle est apparue, est devenue un outil d'éducation, de culture, de plaisirs, en un mot un outil de communication au même sens que la parole ou l'écrit. Mais elle est également utilisée à d'autres fins : le prosélytisme, la propagande tel qu'il est de mode aujourd'hui. Souvent, les deux usages interfèrent au point qu'à l'époque moderne, l'image est devenue avec le son un élément indispensable de la vie quotidienne. Subsidiairement, exit l'écrit…
Cette utilisation incontrôlée entraîne des dérives, évidemment, qui au lieu d'aider à la réflexion ou de favoriser le rêve en aiguillonnant l'imagination, a fortement tendance à les suppléer pour aboutir à ces produits prédigérés dont on nous abreuve jusqu'au harcèlement et que nous consommons malgré nous, contraints et forcés. Ils ont pour objectif inavoué de nous modeler selon certaines normes, une image à laquelle nous devrions nous conformer sans qu'il soit bien entendu tenu compte de nos aspirations.
C'est ainsi qu'avec la complicité des tout puissants médias, l'image se transforme en icône.
Qu'est-ce qu'une icône ?
A l'origine, il s'agissait simplement d'une image sainte peinte sur un panneau de bois. Cette technique fut importée d'Orient.
Avec l'évolution de la langue, le sens originel s'est modifié pour définir aussi une personne exemplaire à laquelle le commun devrait s'efforcer de ressembler. Nous ne sommes pas loin d'une forme d'idolâtrie telle que dans les années 60 envers des personnages publics, des artistes en général pour lesquels par contraction, le mot fanatique s'est vu amputer de certaines syllabes pour devenir dans le langage populaire fan.
Et bien que ne figurant pas encore dans les dictionnaires à ma connaissance, l'icône s'est enrichie d'un troisième sens, technique celui-là puisque désignant en informatique la petite image qui symbolise un programme ou un logiciel sur les écrans de nos ordinateurs.
Je ne suis d'ailleurs par sûr que si nous demandions à nos enfants ce qu'est une icône, ils ne nous répondraient pas par cette interprétation, ignorant totalement ce dont il s'agit en réalité à l'origine.
Ces différentes définitions exposées pour avoir l'esprit clair, revenons à l'actualité par laquelle nous subissons de façon pernicieuse mais efficace l'agression des images pour la fabrication d'icônes.
En exagérant certes mais à peine, je pourrai pousser le bouchon plus loin en écrivant que la publicité notamment, contribue de manière stratégique à cette propagation. Quel homme politique en effet, pour prendre un exemple, n'utilise-t-il pas aujourd'hui les services d'un publicitaire et de conseillers en communication pour optimiser son image tant au cours de ses campagnes électorales que tout au long de sa carrière lorsqu'il parvient vers les sommets ? Ne tente-t-il pas au moyen d'affiches démesurées et de slogans chocs d'attirer davantage l'attention sur lui que sur son programme idéologique pour s'ancrer dans l'inconscient de l'électeur moyen qui ainsi le mémorise mieux ? Un visage, une attitude valent tous les discours au point de transformer un homme banal en icône, autant dire une sorte de comédien de l'absurde.
Ce mélange des genres né aux Etats-Unis où pour arracher l'investiture, il faut déplacer famille et amis de façon à démontrer que le candidat serait un homme ordinaire, bien-pensant et bon père de famille, a ses limites notamment démontrées par certains scandales qui ont suivi les élections. N'empêche, il a été importé vers l'Europe dont la France où il prend toutefois des allures de parodie. Ce serait hilarant si ce n'était pas grotesque et surtout si les mouvements familiaux relevant de la vie privée n'avaient pas en fin de compte été utilisés pour noyer le poisson de l'état désastreux dans lequel le pays sombre. Pour la première fois peut-être, nous atteignons la perfection dans le domaine public avec un iconoclaste conservateur, paradoxe rédhibitoire offrant une image inédite dont s'enrichira l'iconographie de notre histoire.
Que nous reste-t-il à nous, pôvres poètes et modestes écrivaillons, hormis notre plume, pardon !, notre clavier pour ruminer notre déconvenue parce que finalement, le dicton disant que la réalité dépasse la fiction se vérifie une fois de plus ? Nos stylos produisent des mots, pas des images et nous ne deviendrons jamais des icônes. Qu'à cela ne tienne !
Nous pouvons toujours nous consoler en affirmant que l'image médiatique est comme la parole. Fugace, elle s'envole…
Aussonne, le 13 Février 2008