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Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

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Je les ferais bien couper

Ils n’étaient pas de mèche et pourtant ils se sont retrouvés avec ciseaux et peignes pour nous brosser le portrait. Après le barbier d’Ernest J. Brooms, c’est Danielle Akakpo qui officie du côté de la coiffeuse.

   

coiffeur-image-copie-1.jpg 

Je les ferais bien couper. Ils ricochent sur mes cols roulés, ce que c’est agaçant ! Ils sont trop longs sur le dessus de la tête, longs et mous et ça me fatigue de passer régulièrement une bonne demi-heure à manier la brosse à brushing. Pour quel résultat d’ailleurs ? À vrai dire, c’est plutôt pour me donner bonne conscience, parce que je suis si malhabile que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Brosse à brushing ou pas, j’ai l’air d’un chien fou.

J’ai ressorti ma vieille carte d’identité – je vais toujours chez le coiffeur avant de me faire photographier pour la postérité – qu’est-ce que je raconte, pour dix ans ! –J’étais drôlement chouette avec les cheveux coupés très court, la nuque dégagée, quelques petites mèches balayant négligemment mon grand front. Ben oui, j’ai un grand front, d’intellectuelle m’a-t-on toujours répété ! Je ne vais pas en avoir honte, quand même ! J’avais l’air d’une adolescente, enfin, n’exagérons pas, disons que je faisais bien dix ans de moins. Quoi ? Ma carte d’identité aura bientôt dix ans ? Comme le temps passe ! Franchement, l’ovale de mon visage – j’étais sur le point d’écrire le pur ovale – mes oreilles finement ourlées – on me l’a murmuré aussi qu’elles étaient mignonnes mes oreilles – seraient beaucoup mieux mis en valeur si j’optais à nouveau pour une coiffure très courte. Je vais de ce pas téléphoner à mon Figaro.

D’un autre côté, il fait un froid de canard. Je me souviens que ma mère, ou ma grand-mère peut-être, disait toujours : " Attends donc qu’il fasse beau pour te faire couper les cheveux. " Manquerait plus que j’attrape la crève ! D’autant que pour le moment, je n’ai pas trop à me plaindre : mon arthrose du coude – eh oui, à force de jouer avec la souris ! – me laisse en paix, mon estomac a bien voulu digérer les chocolats de Noël, et ma tension a cessé de faire le yoyo. Pourvou qué ça doure, comme le claironnait la maman de Napoléon !

Et puis, tout bien réfléchi, pourquoi capitulerais-je alors que je suis si près de mon but ? Mon but ? Une lubie qui m’est revenue, comme ça, un soir, en regardant de vieilles photos : j’aimerais tellement pouvoir le refaire ce sacré chignon bouclé de mes vingt-cinq ans ! Encore une petite quinzaine et je devrais y être. Quel souvenir ! Une fois bien fixé à grands renforts d’épingles, de laque, il restait impeccable pendant une semaine. Je me levais le matin aussi bien chignonnée que la veille, comme si j’avais dormi assise. C’est complètement passé de mode ? C’est vrai. Et vu que je n’ai pas de cérémonie habillée en vue, que je ne sors plus le soir pour aller danser – sage grand-mère lisant au coin du feu, enfin près du radiateur ou somnolant devant la télé –, je vois d’ici mon look avec mon jean, ma parka, mon panier de marché… et mon chignon bouclé ! Les voisins, ma petite marchande de journaux en tomberaient sur le cul ! En fait c’est aussi de la queue de cheval de la même époque que j’ai la nostalgie : tellement facile, rapide à serrer dans son élastique, quel gain de temps tous les matins ! Et les couettes à la Sheila, les nattes ! Non mais, franchement, Danielle, tu dérailles, tu oublies ta date de naissance !

Bon, je tire un trait sur ces petites fantaisies. Par contre, j’aperçois un fil blanc là, en plein sur le sommet de la tête. C’est fou ce qu’il brille à la lumière. Ça va rarement seul, cette engeance-là, c’est comme les poux, toujours en colonie. Je suis bonne pour une petite couleur. Oui mais laquelle ? Ton sur ton, châtain clair sur châtain clair ? Moi je m’adore en brune mais mon homme va encore me dire que ça me donne un teint de lavabo. J’aime bien les faire moi-même mes couleurs, ça m’amuse. Sauf que la dernière fois, je ne sais pas ce qui s’est passé mais le blond doré a méchamment viré… à la catastrophe. J’avais tout d’un tournesol, et je te garantis, Broomse, que dans ces cas-là, il n’y a pas que la nuit que les tournesols s’affolent ! Bref, que c’est compliqué une vie de femme, la mienne en tout cas, surtout à cause des cheveux ! Voila, à force de me regarder dans ce miroir, de réfléchir à coupera coupera pas, couleur ou pas couleur, je me suis mis le moral à zéro, je frise la déprime. Tiens, j’avais oublié l’époque bénie où la mode permettait, pour ne pas dire exigeait que la femme fût frisée comme un mouton : quelques années de bonheur pour mes crins très réceptifs à ce genre de traitement. !

" Qu’est-ce que tu dis, chéri ? Il neige, ça alors ! Et Évelyne Dhéliat annonce que ça va durer une quinzaine de jours, peut-être plus ? " Quelle chance, plus d’états d’âme, je file me coucher l’esprit serein. À partir de demain, j’enfonce le casque, enfin le bonnet de laine jusqu’aux yeux : neige oblige !

Danielle Akakpo


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D
Oui et comme je suis régulièrement mal coiffée  vous imaginez quel calvaire doit être ma vie!
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M
On comprend bien à lire ce texte pourquoi l'expression " être né coiffé" désigne quelqu'un qui a de la chance...
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S
Bravo Danielle, un bonheur de te lire au petit déjeuner.Bonne idée le casque-bonnet-béret...ça me fait penser qu'il est temps que j'aille chez le coiffeur, ça fait longtemps que je n'ai rien lu sur Jonny et Leticia. En plus , moi qui aime voyager, je ressens toujours un coup au coeur quand on me dit: "Si vous voulez passer à l'espace shampoing..." L'espace shampoing, c'est un peu la quatrième dimension, le point de départ vers de nouveaux horizons au coeur de la ville. Le voyage immobile en peignoir de nylon dans un siège de skaï. Bref, il faut que j'y aille, chez le coiffeur.
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R
Tu en as eu de la chance Danielle de garder un chignon durant une semaine. Moi, ça n'a jamais marché !Tu m'as bien fait marrer comme on dit à Marseille ;) 
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E
- Je n'écrirai pas la réplique à cette belle page de Broomse, de peur qu'elle paraisse "barbante!", avais-tu commenté. Tu n'as pu t'en empêcher et c'est heureux, je me suis bien "poilé" ! Ce serait marrant que nos deux textes soient interprétés par Isabelle Mergault et son cheveu sur la langue. L'exercice serait impossible pour moi qui ait un poil dans la main... Bravo Danielle. A qui le tour ? Après la barbe et les cheveux, il reste encore de nombreuses parties du corps inexplorées !EJB
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