Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...
Rocher surplombant le café
Refuge Calipso, Alt.2012.
Un fond de vallée. De ces larges vallées préalpines qui hébergent pêle-mêle axes de communication, zones de commerces et de résidence. Au milieu, quelques îlots verts font de la résistance. Pour rejoindre le cœur du village, il faut s’élever, s’aventurer dans l’étroitesse des rues, accepter de changer d’échelle et oublier un temps, l’horizontal. Un peu plus tôt dans l’après-midi, deux Lyonnaises s’y sont égarées, me dit-on. Rien d’étonnant. Nous sommes aux portes de la Chartreuse, à ses pieds. Les familiers du massif vous l’avoueront, ici, chaque sentier apporte son lot de découverte, de récompense, mais tous ne sont pas balisés. La route poursuit son ascension, mais avant de passer le petit pont, c’est l’étape. On y trouve des hôtes attentionnés, à l’écoute. On se joint à d’autres voyageurs. Les inconnus se présentent, se découvrent. Certains ont plusieurs noms. Quelques têtes familières se rassemblent. Le temps des surprises est venu. L’énergie folle du slam d’un bout de chou recule encore un temps la mort annoncée des poètes. Trois porte-parole s’emparent des mots des porte-plume, les transforment, leur donnent une seconde jeunesse. Une courte pause permet d’échanger, de prêter l’oreille à de charmantes complices, d’évoquer d’autres vies minuscules, de reprendre son souffle avant de repartir du même pas assuré. Blanche passe en coup de vent et sur le marchepied d’un tramway, elle aussi, sort du bois. L’art du conte chemine un instant à nos côtés, s’appuyant sur l’épaule de la poésie. Les nouvelles reviennent résonner à nos oreilles. L’une d’elles court. Elle est forte, dure, terrible et sans faner, marque mon esprit. Quelques mots, puisque mon tour est venu et qu’il faut bien en dire. Un bref salut amical au locataire précédent, plantigrade breton. Et puis des remerciements bien sûr : au barman qui sait recevoir, aux lecteurs qui savent lire et aux clients d’un jour qui permettent à une de mes petites histoires de se promener en si bonne compagnie. La soirée s’achève comme elle a commencé, en chansons, en musique. Une voix se distingue dans la jungle des mots incisifs, sur des airs rock de java. Je prends, j’apprends encore. L’air est vif quand, très tard, on met le pied dehors. Dans l’obscurité, le petit pont chuchote que de l’autre côté, la montagne attend. Pour emmener ailleurs, peut-être un peu plus haut. Il suggère des itinéraires, fait naître des envies, des idées. Je lui promets de revenir un jour, une nuit. Il se fait tard, je rentre. Écrire…
Merci
Dominique Chappey