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Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

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Les cent premiers jours après la fin du monde, 60

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La vie continue

Joël Hamm

 

 

 L’homme pénètre la matière compacte de la foule. C’est un lutteur, un combattant, un résistant de la première horreur, un fanal dressé sur l’arête blessante de l’époque. Il ne se résigne pas à la fin annoncée. Il veut convaincre la multitude inquiète. Il crie des slogans rouge sang.

   Le ciel resplendit, soudain fendu par un éclair blanc. Un soleil de magnésium grille la ville. Après le souffle ardent, des silhouettes noires marquent le sol irradié.

   On dirait qu’il est le seul survivant. Sa voix s’étiole, sa démarche est chancelante. Les protons l’ont criblé. Les rayons ont carbonisé sa chair. Sa peau diffuse des particules de suie. Il avance, vêtements et peau en lambeaux. Son ombre s’alourdie au fil de la journée. Elle devient dense, épaisse, grumeleuse, pénible à tirer. Sa surface pelliculeuse desquame quand une pluie bleu cobalt crépite sur le sol cramé. Il s’empêtre dans cette traîne et piétine sa flaque grasse, s’en met plein les chaussures, laissant la trace brillante de ses pas sur les trottoirs de la ville schématique.

   Il marche vers le désert nouveau. A la sortie de la ville, sur la plaine aride et vide de ciel, un arbre noir guette l'éternité. La vie est si lente…et si brutale, si violente, siffle l'acier d’une hache. Il voit l’arbre s’abattre. Une foule en haillon le dépèce jusqu’à la dernière brindille avant d’allumer un feu immense sur la dune pelée. D’autres que lui ont donc été épargnés. Il crie : La mort n’a aucun droit, bande de gogos ! Les flammes calcinent le reste de nature autour de l’arbre et dégagent une fumée acre. Il éructe et crache des scories sous une pluie tourbillonnante de papillons noirs. L’incendie est bordé de silhouettes gesticulantes. Il rejoint ce reste de horde. La compagnie des humains est un salut quand la solitude flambe. 

    Des inconnus hagards chantent des psaumes autour du feu. Ils fêtent la fin de la guerre comme des imbéciles qu’ils sont restés. Un vieillard, près de lui, vaticine :

   – Vous verrez, dit-il, rien ne changera. Les vaincus brûlent leur chagrin en alambic au bord des chemins. Ils distillent leur rancœur, la liqueur des prochains vainqueurs…

  Il fuit les survivants, se retourne. Personne pour le suivre. Il titube des heures sur la terre dévastée, traînant sa carcasse irradiée. Sa vue est brouillée, il se dirige à l’oreille vers les clameurs de l’océan qui continue imperturbablement à lancer ses vagues mortes sur le rivage. Essoufflé, il s’assied sur un rocher. La brise marine effiloche la brume laiteuse et balaie le ciel chargé d’astres aveugles. Le lapis-lazuli nimbe l’espace. Un soleil pourpre, surgi des nuages noirs, bouscule les phares quilles, file un rai vert entre les cuisses de la nuit.

   Il reprend sa route sous les nuées traversées de luminescences. Il longe la côte jusqu’au lever du jour. Etoles d'écume sale jetées sur le rivage. L’océan rafle les rocs. Les sables inlassables roulent roses sur les plages. Une clarté diffuse colore lilas le sable troué de flaques. Un chien étique lèche les algues. Les vents taillent la moiteur moka de l’air grillé. La barre bleue ramène l'horizon, jette ses émeraudes sur la grève noire. Au loin, une épave de tanker s'évapore, buée au large des graviers battus par le ressac.

   Il arrive le soir au port.

   La rade est vide de bateaux. Le parfum des vieux sacs, graissés par la sueur des chameaux porteurs de café, filtre par les tôles mitées d'un hangar abandonné.

   Etendu sur le môle encore chaud de la journée, il essaie de distinguer les paroles d’une chanson qui vient d’un café du port. La vie est là, qui continue. La chanteuse beugle d’une voix éraillée par l’alcool et la cigarette :

                  J'ai d’l'amour à r'vendre

                  Brûlant  sous la cendre...

 

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J
<br /> Pas de doute, ça fait bien plaisir ces commentaires.<br />
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S
<br /> Et quelle musique...:"Les vaincus brûlent leur chagrin en alambic au bord des chemins". Bravo, Joël<br />
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L
<br /> Le plus sophistiqué des appareils photos n'atteindra jamais l'oeil des mots de Joël.<br />
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D
<br /> J'ai posté un truc qui a disparu alors je réitère au risque de faire doublon ?<br /> <br /> <br /> Appâter le lecteur avec un début de fin du monde, c'est brillant.<br /> <br /> <br /> Le lecteur reste sur la sienne, c'est frustrant.<br /> <br /> <br /> Bravo, Joël<br />
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L
<br /> La noirceur, la destruction, et de temps en temps un éclat de lumière, un éclair de beauté...<br />
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