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Roger, 8 jours après la fin du monde
Dominique Chappey
J’ai crié. J’ai appelé. Sur le seuil de la première porte du sas, j’ai tenu aussi longtemps que j’ai pu. L’alarme du bunker a sonné. J’ai dû me résoudre à fermer la première porte, puis la seconde. La mort dans l’âme. Je ne sais pas ce qui lui a pris. J’avais tout prévu, tout expliqué. Je lui faisais confiance, après toutes ces années. Je croyais qu’elle avait compris. J’ai dû faire une erreur quelque part. Dans le manuel de survie, ils insistent pourtant sur ce point : la seule variable incontrôlable. Le facteur humain. Irrationnel et imprévisible.
Hélas, tout le reste s’est déroulé comme prévu. Ça n’a pas été long à venir. Le jour même, les éléments se sont déchaînés ou bien c’est l’hystérie collective qui a pris le pouvoir. Je ne sais pas. Mes capteurs extérieurs n’ont pas tenu plus de trois heures. Plus d’antenne, d’interphone, de caméras. Même le hublot blindé du sas est devenu opaque. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe au-dehors. Ça doit être le chaos. Je n’ose penser à ce qui a pu arriver à Belinda. Cette décision folle de ne pas me rejoindre, au dernier moment.
Surtout ne pas céder à la tentation de sortir prématurément, c’est la règle numéro un du manuel. Ils vont être nombreux dehors, les imprévoyants, à vouloir me déloger et profiter de mes réserves, de mon refuge. Ne pas sortir, ne pas répondre, quels que soient les moyens qu’ils utilisent pour me convaincre d’ouvrir la porte. La ruse, la pitié, la force. Le bunker possède une double enceinte de confinement. Si jamais, on devait en arriver là, j’ai de quoi les recevoir, un petit arsenal qui les ramènera à la raison et me débarrassera des pilleurs.
Je me suis préparé pendant de longues années. Je n’aurai pas fait tous ces sacrifices en vain. Je ne dois pas me laisser aller, par respect pour la mémoire de Belinda. Le planning quotidien à suivre, les procédures. Trois heures de dynamo par jour pour maintenir les batteries en charge. Tester la qualité de l’eau du forage. La filtrer au besoin. Veiller au recyclage des déchets. Je dois m’astreindre à suivre une routine dont dépend ma survie.
Le manuel est formel. Six mois d’isolement total pour laisser le temps faire son œuvre et se débarrasser des plus faibles. Ensuite, seulement, lancer les premiers messages vers l’extérieur si la radio le permet. Les plus méritants auront survécu. Les survivants devront tenter d’établir un contact, s’organiser pour reconstruire le monde de demain.
Une contamination radioactive massive peut prolonger le confinement. En cas d’absence totale de signes de survie extérieure, la marge de sécurité avant toute tentative de sortie est de deux ans. Sans Belinda, j’ai suffisamment de réserves pour tenir deux fois plus longtemps.
Deux ans de patience. Peut-être plus.