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Dix mots pour la France : l'occasion perdue
Jean-Claude Touray
C’est avec l’allongement des jours, les montées de sève anticipées et les giboulées de Mars, le retour de la «semaine de la langue française et de la Francophonie (17-25 mars 2012). » de son opération vedette : le « jeu des dix mots ».
Ce divertissement culturel fait un tabac dans les écoles comme dans les maisons de retraite, les cliniques psychiatriques et partout où nichent des plumitifs avec démangeaisons d’écriture en commun.
T’as un thème général, dix mots qui s’y rapportent et une à deux heures pour tortiller ta rédac.
« Dis-moi dix mots qui te racontent », c’est le sujet cette année, une prudente manière d’écrire : « fais nous ton autoportrait ». Comme indiqué dans le cuistre commentaire que je suis en train de piller, ce thème illustre la capacité de la langue française à dire l’intime, la singularité, l’identité propre à un individu ou à un groupe. Les dix mots choisis pour te raconter aux autres, les voici :
âme, autrement, caractère, chez, confier
histoire, naturel, penchant, songe, transports.
Et c’est parti mon Kiki.
C'est à ce moment que quelqu'un au ministère de la Culture aurait dû, par exemple, en relisant les épreuves du livret de dix mots, avoir le bon réflexe. En effet, ce n’était un secret pour personne qu’en plus d’être bissextile, 2012 était une année électorale avec remise en cause du bail de l’occupant actuel de l’Elysée.
Si les autorités qui nous gouvernent avaient eu plus de présence d’esprit, une option « Dix mots pour la France » aurait été ouverte pendant la semaine de la langue française, donnant l’occasion aux candidats à la Présidence de la république de mettre à nu sans histoires leur cœur et ses intimes transports devant les électeurs.
Leurs textes auraient été joints aux professions de foi du premier tour.
A Titre d’exemple, voici l’autoportrait qu’aurait pu écrire un candidat que vous reconnaitrez peut-être.
J’ai un penchant naturel pour la gauche, mais mon âme au fond est à droite. Ou bien l’inverse, je n’ai jamais su.
Chez moi, la force de caractère n’a d’égale que la certitude d’avoir raison. Je suis assis entre deux chaises sur le fil du rasoir et j’y reste. Qui m’aime me suive. Voila ce que j’appelle faire de la politique autrement.
En périodes électorales sur les marchés je croque de l’ail en buvant du Jurançon. Pas fier et bien dans ses sabots, c’est, du moins le crois-je, mon image dans les scrutins locaux.
Pour la présidence de la République, je cherche encore. Pour être complet, je vais vous confier ma plus secrète ambition : devenir maire de PAU, Et mon songe le mieux caché : Y être arrivé.