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Salades à l'électorale
Emmanuelle Cart-Tanneur
Prendre une belle otage, si possible d'origine contrôlée - en cas d'incertitude sur sa provenance on pourra toujours rectifier la présentation ultérieurement. L'important est d'utiliser de bons produits susceptibles de mettre l'eau à la bouche et les larmes aux yeux.
Les produits exotiques sont toujours les bienvenus, apportant à la recette une xénophilie de bon aloi qui pourra être réutilisé plusieurs fois avant de perdre son goût. Ainsi la Bulgarie fournit-elle de très belles otages sans trop d'acidité, ainsi que le Mexique , avec son petit côté piquant et imprévisible (libérée, pas libérée ?) et que tous les pays du Moyen-Orient en général, dont les charmes militaires restent incomparables, même si l'on n'est jamais sûr de bien recevoir sa commande en bon état (bien vérifier l'intégrité du colis et la présence de tous ses membres).
Faire revenir l'otage – cette étape est la plus délicate et peut parfois nécessiter un peu de patience
Assaisonner de deux ou trois pincées de suspense.
Cuisiner l'opinion publique ne pose guère de problème à qui possède un tant soit peu d'expérience en la matière ; la retourner comme une crêpe autant de fois que possible, elle n'en sera que plus malléable. En accompagnement, on pourra prévoir quelques salades variées plus ou moins assaisonnées, un trait de Kärcher ou une larme de détail de l'histoire.
Dresser les partis les uns contre les autres, et servir avec quelques affaires bien gratinées ou deux ou trois comptes blanchis et juste saisis.
Une brasserie populaire parisienne vient de la mettre à sa carte cette mise en bouche électorale qui accompagne très bien la mauvaise foi de canard très en vogue en ce moment.