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Entre délices de chair et plaisirs des sens Jean-Claude Touray, toujours d’humeur enjouée, nous conte une fable habitée par quelques personnages mythiques….
Le prince, la poule et le poulpe.
par Jean-Claude Touray
Un prince consort,
L’un de ces Grands que l’on promène
Accroché au bras d’une reine
Et qui sont là pour le décor,
Un prince donc, avait une poule.
Elle faisait l’admiration des foules :
C’était une bête aux yeux d’or
Semés de vives étincelles
Comme celles
Jaillissant d’un diamant aux feux multicolores.
De plus voluptueux auraient choisi la chatte
Au déhanché d’aristocrate
Ou la pouliche
A l’œil de biche,
Le prince aimait mieux les gélines
Et le matin, après matines
Avant de la combler de baisers, de caresses,
Il promenait sa poule, en laisse.
Ils vécurent un bonheur fou
Jusqu’au jour où
Pour être au tip top de la mode,
Elle fauta avec un octopode
Un beau colosse aux bras musclés d’acier trempé.
Oublieux de l’antique adage :
" Pour être heureux vivons cachés "
Nos deux aimables personnages
Se bécotant
A tous les vents,
Furent pincés en flag par monseigneur
Le prince qui cria : " Je vais faire un malheur ".
Le consort très fâché de leur libertinage
Les fit embastiller dans une grande cage.
La reine profita de cette sombre affaire
Pour exiger, sans même un jugement sommaire,
L’exécution de la fichue volaille,
La Poule insolente et canaille
Qui lui faisait porter des bois de cerf au front,
Triste ornement pour une tête.
Maintenant que la bête
Avait perdu la protection
Du prince qu’on
Sort dans les grandes occasions,
Le bourreau pouvait l’embrocher
Au plaisir de sa Majesté.
Au tribunal correctionnel,
Plus heureux qu’elle
Son ami poulpe eut sans soucis
Indulgence quasi plénière.
Verdict : simple privation de dessert
Avec sursis.
Le prince, on ne le savait pas,
Avait du goût
Pour les gros bras.
L’octopode le fascina,
L’hypnotisant de ses yeux fous.
Désormais le poulpe promène
Le prince en liesse, ils vont de bar en bouge
Et de claque en taverne
En buvant un noir ou un rouge
Avant de regagner, chaque jour que Dieu fait
Les marches du Palais
Pour cultiver à deux le jardin de la reine.
Moralité :
Deux " tiens " valent mieux qu’un " tu ne l’avais pas ".